N'en jetons presque plus ! Trions, reprenons, détournons.
L'essentiel est presque bien dit et redit, en long, en large...
Reprenons serré, de travers, à travers.
Par les moyens d'avenir du présent. Pour le présent de l'avenir.
(OTTO)KARL

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2015-02-23

le dess(e)in ranimé

Du bon usage de la clandestinité (…). L'enfance, par définition, est clandestine, il suffit de s'apercevoir assez tôt que la surveillance et le dressage n'en finiront pas. Il y a une contre-vie enfantine qu'il s'agit de protéger, d'amplifier, de prolonger et de ranimer.
(Ph.S.)

> sauv(et)age de l'enfance
> l'enfance offensée
> jeu d'adulpte

> intervalles : le coup d'être vécu
> pour cette « clandestinité de la vie privée »
 

2015-01-22

l'enfance offensée

Malgré toutes leurs dénégations et leurs grands airs, les adultes sont des enfants ratés qui veulent, à tout prix, transmettre à leurs descendants ce ratage, y compris sous forme d'ascension sociale. L'enfance ? Un paradis contrarié. Eh bien, non, je vais la garder. Il n'y a aucune raison de renier ou de déserter son enfance pour l'adapter à celle des autres, le plus souvent humiliée, malheureuse ou bornée.
(Ph.S.)

Au besoin, débusquer l'enfance embusquée sous l'enfance offensée.
(O.K.)

> sauv(et)age de l'enfance
> jeu d'adulpte

2013-12-04

grâce à nous

. Des moments de paix, d'abandon, nous en avons eu aussi ensemble (...).
. On ne peut pas expliquer la complicité. (…) Je sais seulement qu'il existe des moments. Ils peuvent se produire avec une femme, un homme, une bouteille de vin. Ce sont des états de grâce partagés.
Ils me font penser à une prise réussie au cinéma. Il y a toujours une part d'irrationnel dans une prise réussie. On travaille des heures, on passe son temps à refaire, à reprendre, à modifier, puis soudain c'est la bonne. On ne comprend pas pourquoi, mais c'est l'éclaircie, c'est la bonne. (...)
(G.D. - merci à J.D.)

2013-11-14

en post(e) campagne

C’est dans la campagne sans lune, noir total, que j’ai vu pour la première fois le lapin fluo, vert intense dans son champ abandonné, menant sa vie, indifférent à l’idée de son étrangeté, dans un halo brûlant, comme on ferme les yeux sur le souvenir de quelqu’un, signal dans la nuit noire, petit point.

Sage comme une image.

Plus mangeable, ce lapin-là, le contraire du boeuf, ex-vache, viande sur pied dès sa naissance, placard de boucherie au ralenti dans les prés, le front bouclé trempé, les yeux noirs exorbités de peur quand on les fait grimper dans le camion.

Ajouter ici une histoire vraie à propos de gens qui aiment leur vache jusqu’à leur tisser des couvertures sur mesure.

C’est loin.

Un philosophe disait qu’il fallait faire exploser le passé dans le présent, il avait raison.

Construisons.

C’est flou.

Un coup de blanc mais pas trop, pas trop de peinture, attention, ou alors ne pas poncer ni enduire avant, pour garder visible le relief de ce qui s’est passé.

Il faudrait faire une étude.

Se documenter, comprendre, rattraper le temps perdu, consulter les bons traités techniques, trouver les bonnes sources, recouper, faire parler les témoins, bien recopier.

Le lapin fluo, c’est tout le contraire de vos vaches classiques.

Réalisé avec amour par un artiste de labo dans son atelier-hôpital, prototype vivant, oreilles clonées et douces, cible idéale dans campagne transparente, gibier 4D pour nouveau chasseur.

Boum.

Planqué dans les fossés aussi visible qu’un fugitif à l’infrarouge.

Chasseur écologique nouvelle génération.

Après chasseur, il fera artiste dans la post-campagne.

C’est dans très bientôt déjà.

Ajouter ici une traditionnelle vue de campagne avec immenses prairies ponctuées de très grands arbres au feuillage fin et dense.

Il faudrait faire une étude.

C’est compliqué, c’est parfait, on ne s’endort pas.

Imaginer les bons travaux pour une vie idéale, trouver le bon compromis entre le neuf et le vieux, il y a des solutions, il faudrait faire une étude, chauffage au charbon ? type de vêtements ? rester habillé toujours pareil dans toutes les circonstances, habillé en tous les jours, pas de panoplie spécialisée, c’est une première garantie de suspension du temps.

Ajoutez ici le début d’un livre qui attaque bille en tête : un baron dans la force de l’âge, appelons-le Édouard, etc. affinités électives, fraîcheur, belle histoire d’amour d’été, capacité à prendre quelqu’un dans les bras de manière éperdue, vita nova, rouler dans les champs, courir la nuit, sensation d’être ici et maintenant, brûlure, quelque chose de direct, un bon début, c’est simple, expéditif, franc du collier, c’est rare, est-ce que les gens à l’époque parlaient vraiment comme ça ?

C’est dans les livres qu’on parle vraiment.

Il suffit de lire un livre qui s’écarte des manières du moment.

C’est rare.

Je fais un effort énorme de compréhension, je devrais mieux me documenter, travailler sur des bases solides, c’est trop tard, j’aurais dû commencer avant.

Je perds un temps fantastique, je ne devrais pas, c’est une erreur, j’écoute trop...

... c’est pas comme ça que j’irais vendre un scénario, le bon pitch, eh oui comme au base-ball, absolument, le pitch, vous avez 5 minutes pour raconter l’histoire.

... alors qu’on est déjà un grand cinéaste encore jeune, un vrai film sur du vrai réel...

Il faut se lancer, il y a une méthode : savoir exactement ce qu’on fait et uniquement ce qu’on est en train de faire avant de le faire, sans interface mentale, et ensuite le faire tout simplement.

J’ajoute que, dans une autre partie de ma vie, je me suis trompé complètement, j’avoue, je regrette, je croyais que collectionner des choses suffisait, comme on dispose des souvenirs corporels dans une vitrine...

Je regrette.

Je suis Robinson, c’est moi...

À une époque précédente, j’avais une vie très proche de la nature, par nécessité, installé dans une cabane faite main, après avoir réglé l’essentiel, j’aurais dû m’arrêter, j’ai continué comme un canard sans tête.

J’aurais dû prendre des vacances.

... beaucoup de travail pour pas grand-chose.

J’avais du temps à perdre.

Une série de projets à dormir debout.

Le sport, c’est mieux.

Elle m’a parlé.

Cheveux d’or.


Essayons de rassembler ces *** pour les enterrer, tout mettre en tas pour les annuler en vitesse, un résumé pour les détruire d’un coup, comme quand on revit en accéléré le film de sa vie juste avant de mourir.

Un millefeuille s’écrase dans mon cerveau.

On verra plus tard qu’il faudra faire l’équivalent avec les choses aimées, un monument qui grandira.

On s’en occupe à plein temps, on travaille, on ramène des tas de choses trouvées à l’extérieur, on les colle, il faudra acheter l’appartement du dessus et percer un trou dans le plafond pour continuer, ça augmente, musée sonore d’êtres aimés, catalogue de paroles dans l’air, c’est si loin qu’il faudrait un baobab.

Un monument au mort maison.

... je suis otage passé à l’ennemi, je suis conquis par les paroles des autres, ffft, je disparais, avalé, disparu, terminé, c’est problématique, tout devient affecté d’une puissance énorme, volonté de m’en sortir par de vraies lectures, crayon en main, d’auteurs importants, mon idéal de modification dans le bon sens de tout ce qui va se passer, mon algorithme de vie.

Je fais des études et ça ira mieux après, je suis un peu en perte de vitesse ces derniers temps, j’avoue, j’ai trop parlé ? vous trouvez que je me suis bizarrement comporté chez ces gens ? ils ont voulu me torturer, absolument, je peux le prouver, alors que je me suis mis en quatre toute ma vie.

Silence.

... il faut quand même qu’une reconnaissance soit possible...

Résumé.

Je suis enfermé dans un sale petit film concret, héros principal : le corps bouillant d’organes en décomposition.

... amis perdus, problèmes sous ciment, impossibilité retour immédiat, blocage en amour, difficulté recherche en général, frein et non-influence de bonnes choses et protection, manque elle.

Elle qui ?

Avec qui dois-je entrer en rapport ? qu’est-ce qui est bon pour moi ? qu’est-ce qui va se passer ? quel est le rapport de choses en moi qui va se mettre en rapport avec des choses elles-mêmes en rapports intenses et secrets ?

Je ne comprends pas tout, je devine, j’essaye.

Qui doit comprendre quoi ?

À la recherche de ?

Voilà ce que j’aurais pu faire si j’avais eu une formation, et un atelier assez grand pour construire mes essais taille réelle.

Je vais arranger tout ça, ça va bien se passer, les choses compliquées deviendront simples, je devrais construire un endroit approprié pour réfléchir à tout ça, je dois être aidé par le cadre, une table pratique, dépliante ? un toit, quelque chose de léger mais d’assez résistant quand même.

Au travail.

Finir par tout comprendre par analogie comme se révèle patiemment un ciel de puzzle.

Construire un meuble pour faire progresser ce travail, des heures penchées sur ces petits dessins noirs, un vrai bon petit Robinson qui fait au jour le jour le travail qu’il s’est fixé lui-même, une planche étroite bien poncée pour lire debout combinée à de petites étagères dessous, on y range des outils et les éléments essentiels pour bien accomplir la tâche fixée.

J’avance.

... il faudrait corriger à l’infini.

J’abandonne.

Bienvenue à la campagne.

Pommes dauphines surgelées.

Vue 360° sur la vallée.

Venez.

Bilan provisoire, il fait partout pareil, gris avec des gens dedans, post-campagne † in memoriam, ciel sale, réverbération maximum, comme si on avait installé une batterie de spots derrière une vitre opalescente de porte de clinique.

il faut faire exploser le passé dans le présent, oui, mais comment ? comment on sort ?

J’aurais dû être artiste.

Pause.

Il cherche un[e] assistant[e].





Il me faut un[e] spécialiste, on ne peut pas avoir toujours raison tout seul.


Comment s’en sortir ? sortir vers où et pourquoi ? quels sont les risques ? que faire ? pourquoi ? pour qui ? vers où ? avec quelle partie de qui relier les parties extérieures de moi ? rester seul ? combien de temps ? pourquoi ? quel intérêt ?

Et si j’arrêtais de parler tout seul, ça ne sert à rien, vous devriez vous laisser aller, pour changer, si j’arrêtais d’entendre des phrases…

Comment penser sans voix ?

Je progresse, sport de silence total, épouser ce qui se dit, technique camouflage, sage comme une image, pas un mot, on verra plus tard l’avantage de cette méthode.

Opération Perroquet Mort.

Une vie sans paroles avec juste des gestes, cure de signes, je me coule dans le mouvement des choses, je compose, je suis habile à présenter mon corps sous des rapports qui se composent directement avec les rapports qu’entretiennent les machines entre elles.

Vous devriez vous laisser aller, ils m’ont tous dit ça, pourquoi s’énerver comme ça ? vous êtes compliqué, vous n’êtes pas vivant, au sens nature, détendu, vous en faites trop, levant les yeux au ciel, alors que c’est le contraire, je ne suis pas assez compliqué pour être vivant, je suis un mécanisme pas assez artificiel pour ressembler à un vrai vivant.

Je ne le dis pas, c’est fini, maintenant Silence.
 






J’y suis, je suis déjà tout en haut, dans le vent, la terre est ronde, je suis un point saillant sur une surface courbe, me voilà sur l’extrême branche, ça va vite.


Bulles.




Je nage.
 

(O.C.)(O.K.)



> petite annonce
« sylvie aymard, c'est moi » 
« je voudrais... »
etc. etc.

>> EN POST(E) CAMPAGNE II, LE RETOUR (version audiovisuelle)

2013-10-24

k. kong pris

     Ce K[.] Kong n’a ni bite, ni couilles, ni seins. Aucune scène ne permet de lui attribuer un genre. Il n’est ni mâle ni femelle. Il est juste poilu et noir. Herbivore et contemplatif, cette créature a le sens de l’humour, et de la démonstration de puissance. Entre Kong et la blonde, il n’y a aucune scène de séduction érotique. La belle et la bête s’apprivoisent et se protègent, sont sensuellement tendres l’une vers l’autre. Mais de façon non sexuée.
    (…)
    K[.] Kong, ici, fonctionne comme la métaphore d’une sexualité d’avant le distinction des genres (…). K[.] Kong est au-delà de la femelle et au-delà du mâle. Il est à la charnière, entre l’homme et l’animal, l’adulte et l’enfant, le bon et le méchant, le primitif et le civilisé, le blanc et le noir. Hybride, avant l’obligation du binaire. L’île de ce film est la possibilité d’une forme de sexualité polymorphe et hyperpuissante. (…)
    Quand l’homme vient la chercher, la femme hésite à le suivre. Il veut la sauver, la ramener dans la ville, dans l’hétérosexualité hypernormée. La belle sait qu’elle est en sécurité auprès de K[.] Kong. (…) Ce avec quoi elle avait des affinités. Son choix de l’hétérosexualité et de la vie en ville, c’est le choix de sacrifier ce qui en elle est hirsute, puissant, ce qui en elle rit en se frappant la poitrine. Ce qui règne sur l’île. (…)
    Dans la ville, K[.] Kong écrase tout sur son passage. (…) La bête cherche sa blonde. Pour une scène qui n’est pas érotique, mais relève plutôt de l’enfance : je te tiendrai dans ma main et nous patinerons ensemble (…). (…) Il n’y a pas ici de séduction érotique. Mais un rapport sensuel évident, ludique, où la force ne fixe pas de domination. K[.] Kong, ou le chaos d’avant les genres.
    Puis les hommes en uniforme, le politique, l’État interviennent pour tuer la bête. (…) C’est leur nombre qui permet d’abattre la bête. Et de laisser la blonde seule, prête à épouser le héros.
(…)
    Ensuite, alors, la belle a suivi son beau. (…) Elle se met sous la protection du plus désirant, du plus fort, du plus adapté. Elle est coupée de sa puissance fondamentale. C’est notre monde moderne.
(V.D.)

> Devenez postmoderne
> la loi de l'o... ffre
> le partenariat propriétaire, c'est le vol
...
> chapitre POSTSEXUEL

2013-10-09

pauvre d'eux, moi

Pauvre de moi
Monsieur le surveillant des classes secondaires / Passait ses nuits à espionner.
Pauvre de moi
Du couloir des secondes au dortoir des premières / Comment les jeunes étaient couchés.
Bien sur le dos, les bras croisés / Sur la couverture de laine,
Des fois qu'on aurait des idées / Pauvre taré, pauvre chimère.

C'est pourtant là / Que durant des années j'ai rêvé d'adultère
Que je n'ai jamais consommé / Et chaque nuit quand je tiens dans mes bras
Une femme trop fière
Qui se refuse à me donner
Un peu plus que le nécessaire
Parce que j'hésite à la défaire
De son carcan de préjugés
Parce que je n'ai pas la manière
J'ai presque envie de lui confier

Qu'en ce temps-là / J´avais un surveillant des classes secondaires...
Mais ça la ferait rigoler.

(M.S.)

cf. le corps judéo-islamo-chrétien persistant
cf. encore un effort... pour con(tre)venir

2013-09-26

pour l'art RENCONTRE - un art de vivre

(...) J’ai toujours considéré ces ouvrages [d'André Breton, Nadja, L'amour fou, Arcane 17] comme l’expression la plus aboutie de ce qu’il y a de fascinant dans la rencontre.
(...) l’importance de la rencontre. Je ne pouvais qu’être réceptif à cet auteur, à son approche des choses, à sa conception de la rencontre.
(...) Car une rencontre n’arrive pas n’importe quand. (...) Il faut que soient réunies certaines conditions et la première d’entre elles est la disponibilité à son surgissement. Ensuite, une rencontre s’accompagne d’une certaine réciprocité ; c’est cette qualité de la relation, ouvrant sur des rapports singuliers et troublants, qui débouche sur une alchimie.
(...)
 Des faits, ajoute-t-il, qui « fussent-ils de l’ordre de la constatation pure, présentent chaque fois toutes les apparences d’un signal, sans qu’on puisse dire au juste de quel signal ». Pour André Breton, le monde est une « forêt d’indices ».
(...) Il en ressort l’idée qu’il est possible d’entretenir un autre type de rapport, mystérieux, avec le monde. Une autre manière de concevoir la vie et de la vivre.
 (...) La meilleure explication de l’attitude de Breton se trouve dans L’amour fou : « Aujourd’hui encore je n’attends rien que de ma seule disponibilité, que de cette soif d’errer à la rencontre de tout, dont je m’assure qu’elle me maintient en communication mystérieuse avec les autres êtres disponibles, comme si nous étions appelés à nous réunir soudain. (...) »
(...) Dans Nadja, il fait part d’un autre souhait de rencontre peut-être moins incongru qu’il n’y paraît : « J’ai toujours incroyablement souhaité de rencontrer la nuit, dans un bois, une femme belle et nue, ou plutôt, un tel souhait une fois exprimé ne signifiant plus rien, je regrette incroyablement de ne pas l’avoir rencontrée. Supposer une telle rencontre n’est pas si délirant, somme toute : il se pourrait. Il me semble que tout se fût arrêté net, ah ! je n’en serais pas à écrire ce que j’écris. »
(...) Ces souhaits de rencontres sont liés au désir de faire éclater le quotidien, de faire basculer l’état des choses. Dans L’amour fou le souhait est celui d’une errance, en compagnie d’une femme (...).
(...) Le 4 octobre 1926, en fin d’après-midi (...) Breton poursuit sa route en direction de l’Opéra, traverse un carrefour lorsque « Tout à coup », cela se produit. Subitement, une jeune femme blonde lui apparaît. Elle est là parmi les autres inconnues. C’est elle qu’il remarque, elle vient en sens inverse, elle le voit aussi. Elle fait irruption dans sa vie. Sans hésitation il lui adresse la parole, elle sourit. Ainsi commence l’une des rencontres les plus troublantes vécue par André Breton.
(...) La promenade, la flânerie, nous l’avons dit, joue un rôle important dans la vie de Breton. (...) La rencontre est liée au mouvement et à une forme d’errance.
(...) une disponibilité de l’esprit à l’imprévu.
(...) « Il se peut que la vie demande à être déchiffrée comme un cryptogramme ».
 (...) Cette émotion spéciale qui relève du trouble ne peut surgir que (...) dans un état de « parfaite réceptivité ».(...) La beauté est liée à la rencontre.
(...) Selon lui, la rencontre d’un être particulier exige un concours de circonstances qui fait que l’on ne peut parler de hasard, du moins dans la définition qui lui est donnée habituellement. On sait qu’à ce sujet, réutilisant le terme de Hegel, il parle de « hasard objectif » qu’il présente comme « cette sorte de hasard à travers quoi se manifeste encore très mystérieusement pour l’homme une nécessité qui lui échappe bien qu’il l’éprouve vitalement comme nécessité ». « Il arrive, écrit-il encore, que la nécessité naturelle tombe d’accord avec la nécessité humaine d’une manière assez extraordinaire et agitante pour que les deux déterminations s’avèrent indiscernables ». Pour Breton, l’insolite des rencontres obéit à un « déterminisme » complexe qui renvoie à la fois à l’inconscient, à la force du désir, à une nécessité intérieure d’ordre subjective et à une nécessité « naturelle », extérieure, d’ordre objectif.

(...)
Précisément ce désir, à la recherche de son objet,  (...) est au cœur de la trouvaille. Cette trouvaille dans laquelle « il nous est donné de reconnaître le merveilleux précipité du désir », qui a « le pouvoir d’agrandir l’univers ».
(...) La trouvaille selon Breton joue un rôle de catalyseur. La découverte d’un objet inattendu remplit la même fonction que le rêve : « elle libère l’individu de certains scrupules affectifs paralysants, le réconforte et lui fait comprendre que l’obstacle qu’il pouvait croire insurmontable est franchi ».
(...) C’est après avoir acquis la cuillère-soulier et l’avoir posée sur un meuble qu’il fit la relation. (...) Le cendrier en forme de chausson qu’il avait désiré posséder et contempler par le passé, avait pris un autre aspect mais était une réponse à son désir. Poussant plus loin la réflexion, Breton pense que cet objet qui renvoie à l’objet perdu du conte, par extension, est lié à la femme inconnue qu’il aspire à rencontrer et à aimer.
(...)
Cette aspiration passionnée à rencontrer et aimer une femme inconnue trouve sa concrétisation le 29 mai 1934, dans une salle de café où se trouve le poète et dans laquelle entre une jeune femme blonde, « scandaleusement belle ». Il l’avait vue entrer dans ce lieu deux ou trois fois les jours précédents. André Breton déclare avoir eu, dès les premiers instants, l’intuition que le destin de cette femme, un jour, pourrait être lié au sien. A sa table, elle écrit, comme elle le fit la veille. Breton se plaît à penser que c’est à lui qu’elle écrit et se surprend à attendre la lettre. « Naturellement, rien ». Il sort et l’attend sans se montrer. Elle sort à son tour. Il la suit. Elle avance dans les rues de Montmartre selon un itinéraire capricieux. Il la suit toujours. Elle s’arrête à une station, elle lui fait face et lui sourit. Elle lui dit qu’elle lui avait écrit (la lettre rédigée au café lui était donc bien destinée…) et s’étonne qu’elle ne lui ait point été remise. Elle prend congé et lui donne rendez-vous le soir même à minuit. Trouble. Tumulte dans l’esprit du poète.
(...)
« Il faut être allé au fond de la douleur humaine, en avoir découvert les étranges capacités, pour pouvoir saluer du même don sans limites de soi-même ce qui vaut la peine de vivre ». Cette rencontre prend la forme d’une renaissance.
(...)
Outre les trouvailles, la rencontre de la femme inconnue ou de lieux inspirants, André Breton a aussi montré l’importance qu’eut pour lui la rencontre de certaines cultures.
(...) Ce que l’on peut retenir pour résumer cet état d’esprit, cette exceptionnelle disposition et disponibilité, c’est que pour ce capteur de tous les éclats du monde, la rencontre fut à la fois une raison de vivre et un art de vivre.

(D.B.)

cf. des pieds poétHique dans le (calme) plat poétHique
cf. contre l'amorosité passive