N'en jetons presque plus ! Trions, reprenons, détournons.
L'essentiel est presque bien dit et redit, en long, en large...
Reprenons serré, de travers, à travers.
Par les moyens d'avenir du présent. Pour le présent de l'avenir.
(OTTO)KARL

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2013-02-05

et tout est gris

— Quand on dit blanc, tu dis noir, quand on dit noir, tu dis blanc.
— Essayez directement le gris, pour voir...
(O.K.)

2012-02-14

pour de l'alter-aimé

... à la notion d'alter-ego, celle d'alter-aimé. (O.K.)

Aimer l'autre, cela devrait vouloir dire que l'on admet qu'il puisse penser, sentir, agir de façon non conforme à nos désirs, à notre propre gratification, accepter qu'il vive conformément à son système de gratification personnel et non conformément au nôtre. Mais l'apprentissage culturel au cours des millénaires a tellement lié le sentiment amoureux à celui de possession, d'appropriation, de dépendance par rapport à l'image que nous nous faisons de l'autre, que celui qui se comporterait ainsi par rapport à l'autre serait en effet qualifié d'indifférent. (H.L.)

cf. (sa)voir-vivre
cf. l'amour inventé, à réinventer... : réinventé
cf. chapitre AMOURÉINVENTÉ


2012-01-01

résolution pour tous

Une vie à parler de ce qui est mal / et de ce qui est bien / alors qu'on a soi-même / jamais fait le point. (A.M.)*

Tout le monde se plaint de sa mémoire, et personne ne se plaint de son jugement. (F.d.l.R.)

Qu’il s’agisse de politique, de morale ou de philosophie, je suspecte les jugements de ceux qui ignorent tout de ce qu’ils sont. (J.R.)

Jamais les hommes ne sauront assez la contingence de leur personne, et à combien peu ils doivent de n'être pas ce qu'ils méprisent. (J.R.)**


*cf. une vie : programme
**cf. la liberté ta soeur

cf. CHAPITRE : moralisme

2011-03-19

à courant d'avance

Au moment où presque personne ne voulait agir, Hemingway agit. Puis le décor change. Il faudrait maintenant (après la catastrophe) s'engager, militer, délivrer des messages, construire l'univers meilleur de l'humanité, penser à bien penser. Or c'est le moment où Hemingway, au contrainte (toujours à contre-courant), insiste exclusivement sur la littérature. Les mêmes qui étaient indifférents au fascisme font maintenant l'apologie du Bien ? Mais le Bien, devenu consensuel et abstrait, est une forme ravalée du Mal. En 1947 : « Pour ceux qui ont du talent, la bombe atomique n'est pas plus menaçante qu'une hémorragie cérébrale ou la sénilité. Qu'ils continuent à faire leur travail sans s'occuper du reste. »
(P.S.)

défiance à sa propre philosophie morale


(S.C.)(O.K.)

Puisque dès qu'on conçoit quelque chose, on s'y attache. Dès qu'on a une idée, on est content de l'avoir. C'est là le côté salonnard des idées. Mais pour le public, pour la masse, pour tout le monde au fond, une idée s'anime forcément. On y projette tout, puisque tout est affectif. Je dirais qu'il n'y a de réel que ce qui est affectif. (…) Puisqu'il y a affectivité, et qu'on projette l'affectivité dans les idées, toute idée risque de devenir passion, et donc un danger. C'est un processus absolument fatal. Il n'y a pas d'idée absolument neutre, même les logiciens sont passionnés. Je fais une petite remarque ici. Tous les philosophes que j'ai connus dans ma vie étaient des gens profondément passionnés, impulsifs et exécrables. On s'attendrait de leur part, justement, à une sorte de neutralité. J'affirme, et je ne sais pas combien de philosophes j'ai connus pendant ma vie, mais j'en ai connu pas mal quand même, que tous étaient des gens passionnés et marqués par cette affectivité. Donc, si ceux qui sont censés se maintenir dans un espace idéal ou idéel contaminent l'idée, si ceux qui justement devraient en être détachés, glissent dans la passion, comment voulez vous que la masse ne le fasse pas ? L'idéologie, qu'est-ce que c'est, au fond ? La conjonction de l'idée et de la passion. D'où l'intolérance. Parce que l'idée en elle-même ne serait pas dangereuse. Mais dès qu'un peu d'hystérie s'y attache, c'est fichu. On pourrait parler infiniment là-dessus, c'est sans issue.
(C.)

> pas sage philosophe parmi les gens
=> le milieu de la vie

2011-02-03

désormais ni ceci ni cela

Comme réaction, j'aurais ça : ...
Mais aussi ça : ...
En bref, il vaut mieux passer outre. Sans se fatiguer (davantage). Au-dessus de tout ça. En dessous. Ailleurs.
(O.K.)

Mais combien plus souvent encore j'ai failli par imprudence et par légèreté ! Que de résolutions prises à l'aventure ! que d'arrêts portés dans l'intérêt d'un bon mot ! que de mal accompli faute de sentir ma responsabilité ! la plupart des hommes se nuisent les uns aux autres pour faire quelque chose ! on raille une gloire, on compromet une réputation, comme le promeneur oisif, qui suit une haie, brise les jeunes branches et effeuille les plus belles fleurs. Et cependant notre irréflexion fait ainsi les renommées! Semblable à ces monuments mystérieux des peuples barbares auxquels chaque voyageur ajoutait une pierre, elles s'élèvent lentement; chacun y apporte en passant quelque chose et ajoute au hasard, sans pouvoir dire lui-même s'il élève un piédestal ou un gibet. Qui oserait regarder derrière lui pour y relever ses jugements téméraires ?
(E.S.)

De personne au monde elle ne dirait désormais qu'il était comme ceci ou comme cela. Elle se sentait très jeune ; et en même temps, indiciblement âgée. Elle passait au travers des choses comme une lame de couteau ; et en même temps elle était en dehors de tout, et elle regardait. Elle avait perpétuellement la sensation, tout en regardant les taxis, d'être en dehors, en dehors, très loin en mer et toute seule ; elle avait toujours le sentiment qu'il était très, très dangereux de vivre, ne serait-ce qu'un seul jour. (…) et pourtant, à ses yeux, c'était complètement absorbant ; tout cela ; les taxis qui passaient ; et de Peter ni d'elle-même elle ne dirait, je suis ceci, je suis cela.
Son seul don était de connaître les gens presque à l'instinct, pensa-t-elle en poursuivant son chemin. Si on la plaçait dans une pièce avec quelqu'un, elle faisait aussitôt le gros dos ou alors elle ronronnait.
(V.W.)


cf. affinités instinctives
cf. la morale mais l'éthique, et toc
cf. la calomnie générale

2010-11-13

à la réaction

« La folie actuelle », oui, ou les prémices de l'avenir, ma chère. Balbutiantes ou maladroites. Mais l'humanité déroule son destin, dont on n'est guère que grains. Et pas plus que d'où elle vient on ne sait vraiment où elle va, quel est-il, ce destin. (J'entends « destin » au sens cosmo-logique plus que programmatique.) S'en faire une idée et juger tout en fonction, c'est ce qu'on appelle la morale : à défaut de connaître l'origine de cette humanité on délire volontiers sur sa fin, sinon son sens – qu'on prend alors pour une direction, à tenir. Voilà le lieu, l'enjeu de la morale. Et c'est n'y pas comprendre grand chose, en fait... à la grande chose – que j'appelle la cosmo-logique. Précisément, même, moins on comprend, plus on moralise, disait deleuze, qui comprenait manifestement beaucoup de choses. Bref, le monde et l'Homme tels qu'on les connaît ou croit les connaître ne sont que passage et métamorphose, avec tout le reste. Donc, au moins, l'Homme actuel n'a « rien de définitif », il n'est qu'un pont. Un pont entre les ponts. Tout est devenir. Le reste n'est que Morale.
(O.K.)

2010-05-07

filtre

C'est ce qui a généré tant de crises, d'incompréhensions... C'est ce dont j'aurais voulu te parler, d'ailleurs. Des différentes intelligences. Non pas directement supérieures ni inférieures, mais déjà différentes. Voilà pourquoi on aurait parlé d'animaux, etc.
(O.K.)

[Article] que j'ai pas encore lu entièrement, mais qui recoupe franchement une réflexion que je développe depuis quelque temps, autour d'une notion que je reformule gaiment : l'intelligence. Bref, on en reparlera, je crois que ça me devient une notion centrale. Et qui débloque à peu près tout : niveau éthique, et même évaluation éthique contre jugement moral. Mais passons, pour le moment.
(O.K)

D - Je survole pas autant que tu veux bien le croire. Je peux juste pas me pencher sur tout. (...) Après, y a des trucs qui, pour toi, paraissent essentiels, et qui m'interpellent moins, tout simplement.
OK - Analyse qui renvoie précisément à ce que j'appelle de plus en plus l'intelligence. Que je reformule en termes qualitatifs, différentiels, et non plus quantitatifs, hiérarchiques, comme l'implique la coutume.
(O.K)

Et peut-être parce que j'ai tort, d'un certain point de vue, autre que le mien – autrement dit d'intelligence divergente. (...)
Quant à la notion d'intelligence, je pars en fait de son étymologie supposée, la fait rejoindre une métaphore deleuzienne, celles des lignes, de paquets de lignes composant chaque rapport au monde individuel, et peu à peu je découvre qu'elle est en puissance chez d'autres penseurs, évidemment, qu'elle affleure souvent, même ! mais sans jamais prendre, oser prendre ce nom. À ma connaissance. (Je crois qu'on est intimidée par sa traditionnelle connotation hiérarchique, dont il faudrait faire la peau.) C'est comme pour mon concept d'esthéthique : un peu partout on s'empêtre à parler d'esthétique en la liant à l'éthique ou au politique, attention c'est lié, blabla, ou à dire « le style c'est l'homme », etc., sans jamais aller « au bout » et passer, par exemple, par cette conceptualisation toute simple, certes un peu cavalière étymologiquement. Il y en a un, que j'ai découvert récemment : Paul Audi, qui introduit ce qu'il appelle la théorie esth/éthique. Wouaw. Bien vu. Mais je crois, a priori, sans vraiment la connaître, que sa notion ne recouvre pas tout à fait la mienne. Pas tout à fait la même intelligence, donc, mais tout naturellement.
(O.K.)

• D - (...) Maintenant, je peux pressentir lorsque quelque chose n'est pas à mon goût, mais pourrait le devenir. Une sorte d'avant-garde de mon existence...
OK - Alors oui : intelligence. Intelligence à soi-même, en l'occurrence. Un dépli de l'intelligence, comme je dis. Et c'est en trouvant cette expression qui me semblait la plus adéquate — à mon intuition —, que je me suis dit : mais merde! Leibniz par deleuze !... Que je ne connais pas. Et en effet, après rapide renseignement, je crois que ça peut se rejoindre, et coller. Mais a priori Leibniz parle plutôt d'âme, que d'intelligence. D'où ma mission, tu devines.
(O.K.)

... le vocabulaire en philosophie (...) implique tantôt l'invocation de mots nouveaux, tantôt la valorisation insolite de mots ordinaires... (G.D.)
si ce n'est leur détournement. (O.K.)

cf.  lueurologique
cf. dès lors : niet

2010-03-31

la morale mais l'éthique, et toc

Voilà donc que l’éthique, c’est-à-dire une typologie des modes d’existence immanents, remplace la morale, qui rapporte toujours l’existence à des valeurs transcendantes. La morale, c’est le jugement de Dieu, le système du Jugement. Mais l’éthique renverse le système du jugement. A l’opposition des valeurs (Bien-Mal), se substitue la différence qualitative des modes d’existence (bon-mauvais). L’illusion des valeurs ne fait qu’un avec l’illusion de la conscience : parce que la conscience est essentiellement ignorante, parce qu’elle ignore l’ordre des causes et des lois, des rapports et de leurs compositions, parce qu’elle se contente d’en attendre et d’en recueillir l’effet, elle méconnaît toute la Nature. Or il suffit de ne pas comprendre pour moraliser.
Il est clair qu’une loi, dès que nous ne la comprenons pas, nous apparaît sous l’espèce morale d’un « Il faut ». Si nous ne comprenons pas la règle de trois, nous l’appliquons, nous l’observons comme un devoir. Si Adam ne comprend pas la règle du rapport de son corps avec le fruit, il entend la parole de Dieu comme une défense.
(G.D.)

Moi je crois que la morale (...) c’est essentiellement le système du jugement. (...) Il y a pas d’autre sens de la morale. À savoir, il y a une morale lorsque je suis jugé d’un point de vue ou d’un autre, quel qu’il soit, c’est l’autonomie du jugement, la morale. Alors, je ne dis pas du tout que ce soit mal mais c’est ça, quelque chose, quoi que ce soit, est jugé. C’est ça, la morale.
(...) Le moraliste c’est l’homme du jugement. Au point que je dirai même : tout jugement est moral, il n'y a de jugements que moraux. (...)
Je précise pour Spinoza, à mon avis, il nous dit lui-même « il n’y a jamais d’autonomie du jugement ». Ça, il le dit formellement dans sa théorie de la connaissance. Et (...) il veut dire : le jugement n’est jamais que la conséquence d’une idée. Il y a pas une faculté de juger dont les idées seraient l’objet, mais ce qu’on appelle un jugement c’est rien d’autre que la manière dont une idée s’affirme elle-même, ou se mutile elle-même. C’est important, ça. Donc, il y a pas de jugement, pour lui [Spinoza]. C’est la même chose de dire : il y a pas de jugement, il y a pas d’autonomie du jugement, ou dire : le jugement n’est que la conséquence, n’est que le développement de l’idée. Or, jamais il ne revient là-dessus. « Il y a pas de jugement ».
Et pourtant il nous dit, notamment il dit explicitement dans une lettre, il parle de l’existence comme épreuve. Moi je crois qu’il a une idée très très bonne à cet égard, tout à fait pratique. Il veut dire : vous savez, les jugements, la manière dont vous êtes jugé, tout ça, c’est pas ça qui est important. Bien sûr il y a un système du jugement – pour lui, la religion, la morale, c’est un système du jugement et c’est ça qu’il dénonce. Alors, qu’est-ce qu’il veut dire quand il dénonce le système du jugement ? Il veut dire : finalement, il y a qu’une chose qui compte, c’est pas la manière dont vous êtes jugé, c’est que finalement, quoi que vous fassiez c’est toujours vous qui vous jugez vous-même. Voyez ce qu’il veut dire : il y a d’autant moins de problème du jugement que c’est vous qui vous jugez. Vous êtes jugé par quoi ? Ce qui vous juge, c’est pas des valeurs qui vous seraient extérieures, c’est les affects qui viennent remplir votre mode d’existence. Vous existez de telle ou telle manière. Bien. Ce mode d’existence, il est rempli, il est effectué par des affects. Ce qui vous juge c’est la nature de vos tristesses et de vos joies. Donc, vous vous jugez vous-même.
Et là, Spinoza se fait sans pitié, hein. Parce que, il a à la fois des côtés extrêmement tendres et puis des côtés extrêmement durs, on le sent à travers les textes. Il y a des choses qu’il supporte pas. Il supporte pas l’homme qui se fait souffrir lui-même. Il supporte pas toute la race des masochistes, des dépressifs... il ne supporte pas. Vous me direz : facile de pas supporter. Mais, non, c’est les questions de valeur attribuée à telle ou telle chose. Il pense que c’est la misère, ça, que c’est le fond de la misère. Que le type qui remplit son existence d’affects tristes, eh bien, il se juge lui-même. En quel sens ? Au sens où il s’est fait le pire mode d’existence. Sans doute il a pas pu faire autrement, tout ça, ça compte pas, mais Spinoza va très loin, il nous dit, c’est des gens tellement contagieux et qui ne veulent que ça, répandre la tristesse, qu’il faut être sans pitié. Ils se jugent eux-mêmes. En d’autres termes, il y a pas de morale.
Ou je dis la même chose d’une autre façon. Il nous parle d’épreuve, mais j’ai bien indiqué, hélas trop vite, en effet, tout à l’heure, qu’il s’agit pas d’une épreuve morale. L’épreuve morale c’est l’épreuve d’un tribunal. L’épreuve d’un tribunal, c’est-à-dire, vous êtes jugé, vous passez en jugement. (...) Eh bien, ça, ça existe pas du tout chez Spinoza. L’épreuve dont il nous parle c’est tout à fait autre chose.
Il nous parle d’une épreuve, je disais, physico-chimique. (...) C’est pas un jugement au sens moral, c’est-à-dire un tribunal, c’est comme un jugement, une auto-expérimentation. (...)
Imaginez une pièce d’or qui s’éprouverait elle-même. Quand je parle d’une fausse pièce (...) Spinoza, il invoque l’exemple argile. Il y a plusieurs manières pour (...) une pièce d’or d’être fausse. Première manière d’être fausse, elle est pas en or. Deuxième manière d’être fausse, elle a de l’or mais pas dans la vraie proportion qui définit la pièce, la vraie pièce correspondante, elle a moins d’or que la vraie. Troisième manière d’être fausse, la plus intéressante pour les faussaires, enfin, la moins dangereuse, parce qu’ils sont très difficiles à poursuivre à ce moment-là, la pièce est correcte à tous égards, elle a exactement le poids d’or, alors en quoi elle est fausse ? C’est que, elle a été fabriquée hors des conditions légales.
Pourquoi c’est intéressant de faire des fausses pièces d’or en ce sens ? Au troisième sens. C’est que le cours est pas le même. Le cours médailles et le cours pièces. Vous voyez ? Vous pouvez donc être un faussaire tout en étant vrai. Vous fabriquez des pièces d’or avec le même poids que la pièce authentique, le même dessin, vous êtes faussaire précisément parce que vous y mettez le dessin, en d’autres termes, vous faites une médaille, personne ne peut vous interdire de faire une médaille. C’est légal. Ce qui est pas légal c’est que cette médaille ait exactement les caractères de la pièce officielle, et vous jouez la différence de cours entre la médaille et la pièce officielle. Bon, voilà donc trois manières d’être une fausse pièce d’or.
Qu’est-ce que ça veut dire, une pièce d’or qui se jugerait elle-même ? C’est d’après les affects qu’elle a. La fausse pièce d’or, mettons qu’elle a des affects d’argent. C’est de l’argent recouvert avec une couverture d’or. Elle a des affects d’argent. La pièce d’or en proportions inexactes, elle a des affects d’or, mais qui n’occupent pas la plus grande partie d’elle-même, vous voyez. La pièce complète d’or qui a autant d’or que la vraie pièce, elle a des affects d’or et pourtant quelque chose lui manque.
Je dirais qu’il y a une manière dont chaque chose peut être posée comme juge d’elle-même, faisant l’épreuve de soi. Faire l’épreuve de soi, c’est quoi ? Eh ben, c’est par exemple un son. C’est pas un jugement, ça. Le potier, il a son vase d’argile et il donne un coup. Ou bien le chimiste, il pose une goutte sur la pièce d’or. C’est une épreuve physico-chimique. Dis-moi de quelle nature tu es faite ? Dis-moi un peu. Là c’est pas un jugement, c’est une expérimentation. Dis-moi un peu de quoi tu es composé, toi, c’est quoi ton son à toi ?
Alors, par exemple, pour reprendre, là, l’exemple : je te tape là, quel son ça donne, là ? Est-ce que... oh, c’est un drôle de son, tiens. Comme le vase d’un potier. Alors, on verrait des gens qui passent pour très élégants ou très moraux. Si on les pince... On les pince et on s’aperçoit que, tiens, on se dit, c’est curieux, ça, ils donnent un drôle de bruit... ils sont faux. Il sont faux. Et ça, ça se voit à quoi ? Quelqu’un fait un geste tout d’un coup, quelqu’un dans un discours moral, quelqu’un se trahit. C’est ça qui est chouette, se juger soi-même. C’est quand on se trahit. (...) C’est ça l’épreuve physico-chimique. Alors, c’est pas un jugement moral, bien plus, même, on peut avoir des surprises. Un type qui paraît, là, comme ça, qui joue même un peu au prolo et qui est vraiment prolo, tout ça. Puis, il y a un son de voix tout d’un coup et on se dit, c’est pas qu’il soit pas prolo mais c’est que, c’est qu’il a une une âme prodigieuse, c’est que, pour dire ce qu’il vient de dire il faut que ça soit quelque chose d’autre, aussi, il faut que ce soit un artiste prodigieux même s’il ne le sait pas, hein. Quelque chose comme ça, quelque chose qui trahit quelqu’un. J’imagine que Spinoza c’est un peu ça qu’il essaie de nous dire. Vous savez, vous voyez les gens exister, les modes d’existence des gens, eh ben, il y a une certaine manière dont l’existence est juge d’elle-même.
C’est un peu ça aussi que Nietzsche (je dis pas que ça se résume à ça)... Lorsque Nietzsche dit : ne jugez pas la vie, n’osez pas juger la vie. Il dit : c’est affreux, qu’est-ce que c’est que tous ces types qui jugent la vie ? Qu’est-ce que ça veut dire, ça, de quel droit vous osez juger la vie ? Donc, c’est comme Spinoza, il met en question la morale parce qu’il met en cause tout système de jugement, il met en cause tout tribunal. Mais, l’idée complémentaire de Nietzsche, c’est un tout autre sens du mot « jugement ». À savoir, s’il est impossible de juger la vie c’est parce que finalement la vie ne cesse pas de se juger elle-même, et en un tout autre sens de « jugement ». À savoir, c’est : vous avez la vie que vous méritez, n’allez pas vous plaindre, ne vous plaignez jamais, allez pas vous plaindre, ne vous plaignez jamais parce que finalement les affects que vous avez, qu’ils soient de malheur ou de joie, etc., vous les méritez, pas du tout au sens où vous avez fait tout ce qu’il fallait pour les avoir, (...) c’est même pas ça, mais c’est en un sens beaucoup plus malin, beaucoup plus subtil, à savoir : les affects que vous éprouvez renvoient et supposent un mode d’existence immanent. C’est là que le point de vue de l’immanence est complètement conservé. C’est un mode d’existence immanent, qui est supposé par les affects que vous éprouvez et finalement vous avez toujours les affects que vous méritez en vertu de votre mode d’existence.
(...) L’épreuve du potier c’est chercher les points de fêlure. Si je ne connais pas mes points de fêlure... Or, qu’elle est la meilleure manière de pas connaître... qu’est-ce qu’il dénonce dans le système du jugement et du tribunal ? C’est que se fait une propagation du malheur, le goût du malheur, le goût de l’angoisse, etc., qui nous est présenté comme valeur de fait. Et ça, Spinoza pense que ça appartient à tout tribunal, ça. Ce qu’il dit : la grande Trinité, oui, le tyran, le prêtre et ce qu’il appelle le « prêtre » Spinoza, c’est très simple, c’est "l‘homme de l’angoisse", c’est l’homme qui dit « tu as tort, tu es pécheur, je te jugerai ». Tout comme Nietzsche bien plus tard dira aussi : j’appelle « prêtre » l’homme du système de jugement, l’homme du tribunal : le tyran, le prêtre et l’homme du malheur, c’est-à-dire, le tyran, le prêtre, l’esclave. Pour lui c’est ça les mauvaises argiles, ou les fausses pièces d’or, c’est ça. Alors, ce dont il parle, c’est cette épreuve, oui c’est du niveau... oui, vous comprenez, c’est pas du tout que je sois juge ! Si je vois même mon meilleur ami et tout d’un coup, je lui fais ça, comme-ci, pour voir comment il résonne, comment il sonne. Et je m’aperçois avec effroi que quelqu’un que j’avais vu pendant vingt ans, que j’avais cru connaître, eh bien non, il y a quelque chose, là, à côté de quoi j’étais complètement passé. Alors, ça peut être une révélation merveilleuse, si c’est une beauté. Si c’est un abîme, vous vous rendez compte ? On se dit « ah! bien alors... » [De] toute manière, c’est toujours assez gai, assez fascinant, ces moments... C’est l’espèce de trahison de soi. On cesse pas de se trahir, en bien ou en mal...
(G.D.)

2009-10-11

(pré)jugé libre

On est, chacun, à la fois fruit de ses aïeux et produit de son environnement. Quoi de plus ?
(O.K.)

Mais, pour la énième fois, on n'est pas vraiment libre d'être comme on est. On est conditionné, génétiquement, socialement, culturellement, biographiquement... on ne devient jamais que ce le milieu nous fait devenir, ou, plus exactement, ce que notre héritage génétique nous fait devenir (constamment) en réaction au milieu, c'est-à-dire aux rencontres (de toute nature : culture, lieux, apprentissages, personnes, gestes, comportements, maladies, incidents, accidents, tout). Ce par quoi [feu unetelle] est donc devenue celle qu'on a connue. Et pour la juger, il faudrait qu'elle fût libre d'avoir été ce qu'elle fut, que ce fût un choix, un libre-choix, or ce n'était pas le cas, comme ce n'est le cas de personne. Voilà qui forme à la tolérance.
On juge toujours quelqu'un parce qu'on le croit libre, d'être ce qu'il est et de faire ce qu'il fait ; pour mieux dire, on se permet de le juger dans l'exacte mesure de la liberté qu'on lui prête ; bien sûr, en se croyant libre soi-même d'être comme on est, différent de lui. (Je ferais d'ailleurs remarquer qu'ignorer ce mécanisme, ne pas en avoir conscience, n'est jamais qu'une preuve de plus qu'on n'est pas complètement libre, puisqu'alors on agit personnellement dans et à travers l'inconscience d'un mécanisme universel.)
Récemment je lisais encore cette phrase aberrante :
« comme [footballeur] musulman, j'ai le droit de décider de ne pas jouer contre des homosexuels car je ne partage pas leurs idées ». Illusion double, complète, selon laquelle l'homosexualité serait une idée qu'on décide d'avoir, qu'on choisit, de la même façon qu'on choisit... plutôt l'islam. Or, on peut parier que si cet homme-là, footballeur, était né et avait vécu mettons en Bretagne au début du XXème siècle, il ne se serait évidemment pas fait musulman, en aucun cas, alors même qu'il se croit libre de l'être aujourd'hui. C'est donc autre chose que nous-mêmes qui décide, pour nous, à travers nous, en notre nom pourtant : comme je l'ai dit, c'est la réaction dans un milieu, lui-même conditionné, de notre conditionnement génétique. Bref, on est conditionné, déterminé de toute part, d'amont en aval. Et on se croit libre ? Et donc libre de juger les autres ? En vertu de quoi ? De notre liberté supposée ; en fait, fantasmée, illusoire.
Bref, tout ça pour dire que les autres sont comme la vie, puisqu'ils en sont une pure manifestation, intégrale, et nous avec, naturellement : nous sommes la vie-même, c'est-à-dire sans explication. Sous-entendu : sans explication rationnelle, soit : humaine.
Bref, tout ça pour parler de [feu unetelle] ; et tenter de vous faire comprendre qu'il n'y a pas vraiment à lui en vouloir. Comprendre [unetelle], voire aimer [unetelle], c'est comprendre la vie, aimer la vie.
La vie, certes, rien ne nous oblige à l'aimer béatement — puisqu'on ne l'a pas demandée, déjà, pour commencer — ; mais dans ce cas, faire reproche à la vie-même, et non à certaines de ses manifestations, particulières — personnifiées, en l'occurrence.
(O.K.)

cf. la liberté ta soeur
cf. that isn't the question
cf. de la joie tragique
cf. va donc savoir