N'en jetons presque plus ! Trions, reprenons, détournons.
L'essentiel est presque bien dit et redit, en long, en large...
Reprenons serré, de travers, à travers.
Par les moyens d'avenir du présent. Pour le présent de l'avenir.
(OTTO)KARL
> page d'accueil
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Reprenons serré, de travers, à travers.
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2015-03-17
2013-12-06
introduction au monde (de / par robbe-grillet)
(A.R.-G.)(O.K.)
... nous attendons à tort une explication alors qu'une description constitue la solution de la difficulté, pour peu que nous lui donnions sa juste place, que nous nous arrêtions à elle, sans chercher à la dépasser. (L.W.)
> mys-tère
> alain robbe-grillet, introduction (au nouveau)
> la r liberté en bloc(s)
> D' alain robbe-grillet
2013-12-02
le-devenez-vous-autre
Quand un bruit vous ennuie, écoutez-le.
(John Cage)
Quand un film vous ennuie, observez-le.
(O.K.)
Etc.
> du(r) dur volontarisme esthétique
> la r liberté en bloc(s)
(John Cage)
Quand un film vous ennuie, observez-le.
(O.K.)
Etc.
> du(r) dur volontarisme esthétique
> la r liberté en bloc(s)
2013-11-28
déplorer en passant ? explorer en dépassant
« J’écris pour être relu » et de là « pour aider celui ou celle qui me lit à passer outre. »
(O.K.)(A.G.)
Une première lecture pourrait facilement nous déconcerter. Que dire de ce petit texte, qu'en est-il de sa cohérence, de son message, de sa conception du monde ? Ce qui résulte d'une première lecture semble n'être que fragments épars d'une énigme. On a l'impression que le texte veut dire quelque chose, mais que cette chose nous échappe. Il y a un regard, mais regard de qui, et qu'est-ce qu'on a fait de ce regard ? On lui a fait violence, il a été « dragué ». (...) La lecture ne nous a pas fourni une information cohérente, elle nous a laissés avec des détails irréalisables ou en suspens, nous sommes restés sur notre faim. C'est ici que la lecture ne peut constater qu'un échec. Il vaudrait mieux passer outre, lire autre chose, faire autre chose.
Mais voici que cet échec de la lecture se présente tout autrement, dès qu'on la regarde comme un seuil qu'il faut franchir pour découvrir, dans une deuxième lecture, des cohérences, des correspondances, que la première lecture linéaire ne saurait révéler. Désormais nous disposons à chaque point du texte d'un double contexte (...) ; nous sommes libres de choisir n'importe quel endroit du texte comme point de départ. C'est également cette liberté qui se pratique dans la mise en relief des citations, instrument constitutif de l'interprétation, pour diriger le regard vers les côtés inexplorés du texte, pour en dévoiler un nouvel aspect. Il y a des génies de la citation comme Walter Benjamin qui, par leurs citations, savent électriser même les textes apparemment trop connus. Lire dans l'horizon de la deuxième lecture veut dire surtout être libre d'inventer son propre parcours. En effet, il semble que notre texte ne permette pas seulement une deuxième lecture, mais qu'il y invite. Seuls les lecteurs, ayant franchi le seuil érigé lors de la première lecture, sont invités à tenter l'aventure d'une lecture en profondeur. Déjà le texte du Moyen-Age, qui se veut objet d'étude, du studium, vise la lecture au ralenti, la lecture réitérée. Aux Temps Modernes, l'on pourrait définir par littérature l'ensemble des textes — à l'exception de ceux immédiatement fonctionnels — qui ne se consument pas lors d'une première lecture, mais qui permettent ou requièrent une lecture plurielle. Dans ce vaste champ, la poésie lyrique joue un rôle paradigmatique. Ici une inventivité illimitée de structurations textuelles, pour organiser une complexité de sens activant tous les niveaux de la parole, ne requiert pas seulement une lecture plurielle, mais exige une pratique de lecture à réinventer, comme dira Mallarmé dans « Le mystère dans les lettres » : « Je préfère devant l'agression, rétorquer que des contemporains ne savent pas lire — sinon dans le journal ; il dispense, certes, l'avantage de n'interrompre le choeur de préoccupations. Lire — Cette pratique - ».
C'est au moment de la deuxième lecture que le texte acquiert une nouvelle dimension. Au lieu d'être un texte-ligne, voire un texte-surface, il devient un texte-volume à explorer sous une multitude de perspectives, comme on explore un paysage. Commençons donc...
(K.S.)
> A.b.C. D emande
> CHAPITRE : attention
(O.K.)(A.G.)
Une première lecture pourrait facilement nous déconcerter. Que dire de ce petit texte, qu'en est-il de sa cohérence, de son message, de sa conception du monde ? Ce qui résulte d'une première lecture semble n'être que fragments épars d'une énigme. On a l'impression que le texte veut dire quelque chose, mais que cette chose nous échappe. Il y a un regard, mais regard de qui, et qu'est-ce qu'on a fait de ce regard ? On lui a fait violence, il a été « dragué ». (...) La lecture ne nous a pas fourni une information cohérente, elle nous a laissés avec des détails irréalisables ou en suspens, nous sommes restés sur notre faim. C'est ici que la lecture ne peut constater qu'un échec. Il vaudrait mieux passer outre, lire autre chose, faire autre chose.
Mais voici que cet échec de la lecture se présente tout autrement, dès qu'on la regarde comme un seuil qu'il faut franchir pour découvrir, dans une deuxième lecture, des cohérences, des correspondances, que la première lecture linéaire ne saurait révéler. Désormais nous disposons à chaque point du texte d'un double contexte (...) ; nous sommes libres de choisir n'importe quel endroit du texte comme point de départ. C'est également cette liberté qui se pratique dans la mise en relief des citations, instrument constitutif de l'interprétation, pour diriger le regard vers les côtés inexplorés du texte, pour en dévoiler un nouvel aspect. Il y a des génies de la citation comme Walter Benjamin qui, par leurs citations, savent électriser même les textes apparemment trop connus. Lire dans l'horizon de la deuxième lecture veut dire surtout être libre d'inventer son propre parcours. En effet, il semble que notre texte ne permette pas seulement une deuxième lecture, mais qu'il y invite. Seuls les lecteurs, ayant franchi le seuil érigé lors de la première lecture, sont invités à tenter l'aventure d'une lecture en profondeur. Déjà le texte du Moyen-Age, qui se veut objet d'étude, du studium, vise la lecture au ralenti, la lecture réitérée. Aux Temps Modernes, l'on pourrait définir par littérature l'ensemble des textes — à l'exception de ceux immédiatement fonctionnels — qui ne se consument pas lors d'une première lecture, mais qui permettent ou requièrent une lecture plurielle. Dans ce vaste champ, la poésie lyrique joue un rôle paradigmatique. Ici une inventivité illimitée de structurations textuelles, pour organiser une complexité de sens activant tous les niveaux de la parole, ne requiert pas seulement une lecture plurielle, mais exige une pratique de lecture à réinventer, comme dira Mallarmé dans « Le mystère dans les lettres » : « Je préfère devant l'agression, rétorquer que des contemporains ne savent pas lire — sinon dans le journal ; il dispense, certes, l'avantage de n'interrompre le choeur de préoccupations. Lire — Cette pratique - ».
C'est au moment de la deuxième lecture que le texte acquiert une nouvelle dimension. Au lieu d'être un texte-ligne, voire un texte-surface, il devient un texte-volume à explorer sous une multitude de perspectives, comme on explore un paysage. Commençons donc...
(K.S.)
> A.b.C. D emande
> CHAPITRE : attention
2013-07-29
la pensée humaine est de nature scientifique
... l'exigence d'organisation est un besoin commun à l'art et à la science (...). (C.L.-S.)
... l'homme s'est d'abord attaqué au plus difficile : la systématisation au niveau des données sensibles, auxquelles la science a longtemps tourné le dos. (C.L.-S.)
La chimie moderne ramène la variété des saveurs et des parfums à cinq éléments diversement combinés : carbone, hydrogène, oxygène, soufre et azote. En dressant des tables de présence et d'absence, en évaluant des dosages et des seuils, elle parvient à rendre compte de différences et de ressemblances entre des qualités qu'elle aurait jadis bannies hors de son domaine parce que « secondes ». Mais ces rapprochements et ces distinctions ne surprennent pas le sentiment esthétique : ils l'enrichissent et l'éclairent plutôt, en fondant des associations qu'il soupçonnait déjà, et dont on comprend mieux pourquoi, et à quelles conditions, un exercice assidu de la seule intuition aurait déjà permis de les découvrir ; (...). L'intuition seule inciterait à grouper l'oignon, l'ail, le chou, le navet, le radis et la moutarde, bien que la botanique sépare les liliacées des crucifères. Avérant le témoignage de la sensibilité, la chimie démontre que ces familles étrangères se rejoignent sur un autre plan : elles recèlent du soufre (K., W.). Ces groupements, un philosophe primitif ou un poète aurait pu les opérer en s'inspirant de considérations étrangères à la chimie, ou à toute autre forme de science (...). Or ce n'est pas là, seulement, l'effet d'une frénésie associative, promise parfois au succès par le simple jeu des chances. (C.L.-S.)
Dans l'histoire de la pensée scientifique, cet effet d'anticipation s'est d'ailleurs produit à plusieurs reprises. (C.L.-S.)
Ce souci d'observation exhaustive et d'inventaire systématique des rapports et des liaisons peut aboutir, parfois, à des résultats de bonne tenue scientifique (...). Pourtant, on ne peut isoler ces réussites de tant d'autres rapprochements du même genre, et que la science déclare illusoires. Mais n'est-ce pas que la pensée magique, cette « gigantesque variation sur le thème du principe de causalité », disaient Hubert et Mauss, se distingue moins de la science par l'ignorance ou le dédain du déterminisme, que par une exigence de déterminisme plus impérieuse et plus intransigeante, et que la science peut, tout au plus, juger déraisonnable et précipitée ?
(...)
Entre magie et science, la différence première serait donc, de ce point de vue, que l'une postule un déterminisme global et intégral, tandis que l'autre opère en distinguant des niveaux dont certains, seulement, admettent des formes de déterminisme tenues pour inapplicables à d'autres niveaux. Mais ne pourrait-on pas aller plus loin, et considérer la rigueur et la précision dont témoigne la pensée magique et les pratiques rituelles comme traduisant une appréhension inconsciente de la vérité du déterminisme en tant que mode d'existence des phénomènes scientifiques, de sorte que le déterminisme serait globalement soupçonné et joué, avant d'être connu et respecté ? (C.L.-S.)
La pensée magique n'est pas un début, un commencement, une ébauche, la partie d'un tout non encore réalisé ; elle forme un système bien articulé ; indépendant, sous ce rapport, de cet autre système que constituera la science, sauf l'analogie formelle qui les rapproche et qui fait du premier une sorte d'expression métaphorique du second. Au lieu, donc, d'opposer magie et science, il vaudrait mieux les mettre en parallèle, comme deux modes de connaissance, inégaux quant aux résultats théoriques et pratiques (...), mais non par le genre d'opérations mentales qu'elles supposent toutes deux, et qui diffèrent moins en nature qu'en fonction des types de phénomènes auxquelles elles s'appliquent.
(C.L.-S.)
cf. la science du philosophe
cf. otto / karl, entre science et poétHique : postphilosophes
... l'homme s'est d'abord attaqué au plus difficile : la systématisation au niveau des données sensibles, auxquelles la science a longtemps tourné le dos. (C.L.-S.)
La chimie moderne ramène la variété des saveurs et des parfums à cinq éléments diversement combinés : carbone, hydrogène, oxygène, soufre et azote. En dressant des tables de présence et d'absence, en évaluant des dosages et des seuils, elle parvient à rendre compte de différences et de ressemblances entre des qualités qu'elle aurait jadis bannies hors de son domaine parce que « secondes ». Mais ces rapprochements et ces distinctions ne surprennent pas le sentiment esthétique : ils l'enrichissent et l'éclairent plutôt, en fondant des associations qu'il soupçonnait déjà, et dont on comprend mieux pourquoi, et à quelles conditions, un exercice assidu de la seule intuition aurait déjà permis de les découvrir ; (...). L'intuition seule inciterait à grouper l'oignon, l'ail, le chou, le navet, le radis et la moutarde, bien que la botanique sépare les liliacées des crucifères. Avérant le témoignage de la sensibilité, la chimie démontre que ces familles étrangères se rejoignent sur un autre plan : elles recèlent du soufre (K., W.). Ces groupements, un philosophe primitif ou un poète aurait pu les opérer en s'inspirant de considérations étrangères à la chimie, ou à toute autre forme de science (...). Or ce n'est pas là, seulement, l'effet d'une frénésie associative, promise parfois au succès par le simple jeu des chances. (C.L.-S.)
Dans l'histoire de la pensée scientifique, cet effet d'anticipation s'est d'ailleurs produit à plusieurs reprises. (C.L.-S.)
Ce souci d'observation exhaustive et d'inventaire systématique des rapports et des liaisons peut aboutir, parfois, à des résultats de bonne tenue scientifique (...). Pourtant, on ne peut isoler ces réussites de tant d'autres rapprochements du même genre, et que la science déclare illusoires. Mais n'est-ce pas que la pensée magique, cette « gigantesque variation sur le thème du principe de causalité », disaient Hubert et Mauss, se distingue moins de la science par l'ignorance ou le dédain du déterminisme, que par une exigence de déterminisme plus impérieuse et plus intransigeante, et que la science peut, tout au plus, juger déraisonnable et précipitée ?
(...)
Entre magie et science, la différence première serait donc, de ce point de vue, que l'une postule un déterminisme global et intégral, tandis que l'autre opère en distinguant des niveaux dont certains, seulement, admettent des formes de déterminisme tenues pour inapplicables à d'autres niveaux. Mais ne pourrait-on pas aller plus loin, et considérer la rigueur et la précision dont témoigne la pensée magique et les pratiques rituelles comme traduisant une appréhension inconsciente de la vérité du déterminisme en tant que mode d'existence des phénomènes scientifiques, de sorte que le déterminisme serait globalement soupçonné et joué, avant d'être connu et respecté ? (C.L.-S.)
La pensée magique n'est pas un début, un commencement, une ébauche, la partie d'un tout non encore réalisé ; elle forme un système bien articulé ; indépendant, sous ce rapport, de cet autre système que constituera la science, sauf l'analogie formelle qui les rapproche et qui fait du premier une sorte d'expression métaphorique du second. Au lieu, donc, d'opposer magie et science, il vaudrait mieux les mettre en parallèle, comme deux modes de connaissance, inégaux quant aux résultats théoriques et pratiques (...), mais non par le genre d'opérations mentales qu'elles supposent toutes deux, et qui diffèrent moins en nature qu'en fonction des types de phénomènes auxquelles elles s'appliquent.
(C.L.-S.)
cf. la science du philosophe
cf. otto / karl, entre science et poétHique : postphilosophes
2013-02-24
2012-03-07
pour le sens de la forme
À un certain égard, tout est dans la forme, la forme dit tout. Donc creuser un peu… Le « sens » (ou disons l'intelligence) de la forme. (…) Si seulement les gens (le moyenhomme) considéraient attentivement, avec attention, pesaient effectivement le poids des formes... [Mais] je constate qu'on est loin loin, très loin d'y être, de vivre à travers la con-sidération fondamentale des formes qui nous entourent, nous constituent et nous déterminent comme on n'imagine pas. Tout est là. Le monde n'est que forme(s), dont nous sommes – émergés, immergés, déterminés. Et c'est donc pourtant par là qu'on pourrait tant changer. Par la prise en compte fondamentale de ce qui nous fonde, nous détermine, nous forme(s).
(O.K.)
cf. chapitre ATTENTION
cf. chapitre : autoconditionnement
cf. chapitre ATTENTION
cf. chapitre : autoconditionnement
2012-01-07
2012-01-06
A. b. C. D emande
Albert Camus écrivait en 1953 dans ses Carnets : « Je demande une seule chose, et je la demande humblement, bien que je sache qu’elle est exorbitante : être lu avec attention. »
(M.O.)
cf. artiste à son poste
cf. re-li-re
(M.O.)
cf. artiste à son poste
cf. re-li-re
2012-01-05
le temps d'une oeuvre pour soi
(J.P.)(O.K.)
cf. partenaires particuliers
cf. re-li-re
cf. le temps d'une oeuvre pour soi (version texte)
2012-01-04
le temps d'une oeuvre pour soi
R.M. — Quel conseil donneriez-vous donc à un jeune homme – ou à une jeune fille – qui s'intéresserait à la littérature, et voudrait se développer, se tenir au courant ?
J.P. — Ça dépend. S'il veut simplement être capable de parler de littérature, qu'il s'abonne à l'un de ces cours de conversation mondaine, qui se trouvent un peu partout. Après dix leçons il saura très bien ce qu'on peut raisonnablement dire de Sartre ou de Maurois. Ou même de Simenon.
R.M. — Mais s'il s'intéresse véritablement à la littérature ?
J.P. — Ah ! s'il y croit véritablement, c'est tout différent ! Eh bien, je lui conseillerais de ne prendre qu'un auteur ! Un auteur qu'il se sente disposé à aimer bien entendu. Mais un seul auteur, qu'il épuisera, dont il lira l'oeuvre tout entière. Qu'il y passe un an s'il le faut ou deux ans. Mais qu'il le possède à fond ! Je ne sais rien de plus révélateur — ni qui montre mieux les tenants et les aboutissants, enfin les raisons d'être, de la littérature.
R.M. — Il sera conduit à lire pas mal de pauvretés.
J.P. — C'est donc que les pauvretés, les manques, les erreurs font partie de la littérature. (…)
R.M. — Mais ce ne sont pas des oeuvres si faciles à trouver.
JP — Eh bien, que votre amateur les cherche ! Qu'il aille les recopier dans les bibliothèques ! Qu'il s'associe avec huit ou dix camarades pour les acheter ! Ou bien qu'il lise au hasard (…). Qu'il se lance en pleine aventure ! Qu'il ouvre les livres dont personne ne veut. Ce sont les meilleur marché. Il arrive même qu'ils ne coûtent rien. (…)
R.M. — Il tombera sur de la mauvaise littérature.
J.P. — Mais peu importe. Les mauvais livres aussi sont nécessaires. Ce sont les plus excitants : ils donnent envie de les recommencer. Ils vous invitent à intervenir. Ils vous jettent en pleine littérature. Au lieu qu'un très bon livre est souvent un peu froid. Décourageant, en tout cas.
J.P. — Ça dépend. S'il veut simplement être capable de parler de littérature, qu'il s'abonne à l'un de ces cours de conversation mondaine, qui se trouvent un peu partout. Après dix leçons il saura très bien ce qu'on peut raisonnablement dire de Sartre ou de Maurois. Ou même de Simenon.
R.M. — Mais s'il s'intéresse véritablement à la littérature ?
J.P. — Ah ! s'il y croit véritablement, c'est tout différent ! Eh bien, je lui conseillerais de ne prendre qu'un auteur ! Un auteur qu'il se sente disposé à aimer bien entendu. Mais un seul auteur, qu'il épuisera, dont il lira l'oeuvre tout entière. Qu'il y passe un an s'il le faut ou deux ans. Mais qu'il le possède à fond ! Je ne sais rien de plus révélateur — ni qui montre mieux les tenants et les aboutissants, enfin les raisons d'être, de la littérature.
R.M. — Il sera conduit à lire pas mal de pauvretés.
J.P. — C'est donc que les pauvretés, les manques, les erreurs font partie de la littérature. (…)
R.M. — Mais ce ne sont pas des oeuvres si faciles à trouver.
JP — Eh bien, que votre amateur les cherche ! Qu'il aille les recopier dans les bibliothèques ! Qu'il s'associe avec huit ou dix camarades pour les acheter ! Ou bien qu'il lise au hasard (…). Qu'il se lance en pleine aventure ! Qu'il ouvre les livres dont personne ne veut. Ce sont les meilleur marché. Il arrive même qu'ils ne coûtent rien. (…)
R.M. — Il tombera sur de la mauvaise littérature.
J.P. — Mais peu importe. Les mauvais livres aussi sont nécessaires. Ce sont les plus excitants : ils donnent envie de les recommencer. Ils vous invitent à intervenir. Ils vous jettent en pleine littérature. Au lieu qu'un très bon livre est souvent un peu froid. Décourageant, en tout cas.
cf. re-li-re
cf. partenaires particuliers
2012-01-03
re-li-re
Vous savez, pour vous dire la vérité, je considère que pour moi un écrivain n'existe que si on le relit. Quand je dis que j'aime quelqu'un ou que je l'ai lu, ça veut dire que je l'ai relu. Plusieurs fois. Avoir lu un livre une seule fois ne signifie rien. (…) Lire une seule fois c'est faire connaissance de quelque chose, c'est tout. Tous les écrivains qui ont compté dans ma vie, je les ai relus.
(C.)
Livres préférés ?
Ceux que je relis... qui me relient... zzz...
(O.K.)
cf. mévoir ou mémoire
cf. même longueur d'ondes entre les lignes
(C.)
Livres préférés ?
Ceux que je relis... qui me relient... zzz...
(O.K.)
cf. mévoir ou mémoire
cf. même longueur d'ondes entre les lignes
2011-12-10
ça ? dit tout.
[Au coiffeur] — I love your hair ! What's going up there ? (J'adore votre coiffure ! Que signifie-t-elle ?)
[Le coiffeur]— Everything. (Tout.)
(S.C.)
Dans le grenier de Roche où Rimbaud écrivait (criait) Une saison en enfer, sa mère l'avait questionné sur la « signification » de ces « troublants poèmes » ; il lui répondit (...) : « J'ai voulu dire ce que ça dit, littéralement et dans tous les sens »…
(A.B.)
En outre, il est évident que les idées restent brèves, par rapport aux oeuvres, et que rien ne peut remplacer celles-ci. (...) nous savons que c'est surtout au niveau de l'écriture que cette recherche s'opère, et que tout n'est pas clair à l'instant de la décision. (...) « Expliquez-nous donc pourquoi vous avez écrit ce livre, ce qu'il signifie, ce que vous vouliez faire, dans quelle intention vous avez employé ce mot, construit cette phrase de telle manière ? »
Devant de pareilles questions, on dirait que son « intelligence » ne lui est plus d'aucun secours. Ce qu'il a voulu faire, c'est seulement ce livre lui-même. (...)
Toute la conscience critique du romancier ne peut lui être utile qu'au niveau des choix, non à celui de leur justification. Il sent la nécessité d'employer telle forme (...). Mais de cette nécessité il ne peut produire aucune preuve (sinon, parfois, après coup). Il supplie qu'on le croie, qu'on lui fasse confiance.
(A.R.-G.)
> mys-tère
> pour le sens de la forme
> comprendre un peu / beaucoup / passionnément, sans comprendre
> la langue-clé des détails
[Le coiffeur]— Everything. (Tout.)
(S.C.)
Dans le grenier de Roche où Rimbaud écrivait (criait) Une saison en enfer, sa mère l'avait questionné sur la « signification » de ces « troublants poèmes » ; il lui répondit (...) : « J'ai voulu dire ce que ça dit, littéralement et dans tous les sens »…
(A.B.)
En outre, il est évident que les idées restent brèves, par rapport aux oeuvres, et que rien ne peut remplacer celles-ci. (...) nous savons que c'est surtout au niveau de l'écriture que cette recherche s'opère, et que tout n'est pas clair à l'instant de la décision. (...) « Expliquez-nous donc pourquoi vous avez écrit ce livre, ce qu'il signifie, ce que vous vouliez faire, dans quelle intention vous avez employé ce mot, construit cette phrase de telle manière ? »
Devant de pareilles questions, on dirait que son « intelligence » ne lui est plus d'aucun secours. Ce qu'il a voulu faire, c'est seulement ce livre lui-même. (...)
Toute la conscience critique du romancier ne peut lui être utile qu'au niveau des choix, non à celui de leur justification. Il sent la nécessité d'employer telle forme (...). Mais de cette nécessité il ne peut produire aucune preuve (sinon, parfois, après coup). Il supplie qu'on le croie, qu'on lui fasse confiance.
(A.R.-G.)
> mys-tère
> pour le sens de la forme
> comprendre un peu / beaucoup / passionnément, sans comprendre
> la langue-clé des détails
2011-02-17
on est physio-logique
J'avais bien calfeutré ma fenêtre : mon petit tapis de pied était cloué à sa place; ma lampe garnie de son abat-jour laissait filtrer une lumière adoucie, et mon poêle ronflait sourdement comme un animal domestique.
Autour de moi tout faisait silence. Au dehors seulement une pluie glacée balayait les toits et roulait avec de longues rumeurs dans les gouttières sonores. Par instants, une rafale courait sous les tuiles qui s'entre-froissaient avec un bruit de castagnettes, puis elle s'engouffrait dans le corridor désert. Alors un petit frémissement voluptueux parcourait mes veines, je ramenais sur moi les pans de ma vieille robe de chambre ouatée, j'enfonçais sur mes yeux ma toque de velours râpé, et, me laissant glisser plus profondément dans mon fauteuil, les pieds caressés par la chaude lueur qui brillait à travers la porte du poêle, je m'abandonnais à une sensation de bien-être avivée par la conscience de la tempête qui bruissait au dehors. Mes regards noyés dans une sorte de vapeur erraient sur tous les détails de mon paisible intérieur; ils allaient de mes gravures à ma bibliothèque, en glissant sur la petite causeuse de toile perse, sur les rideaux blancs de la couchette de fer, sur le casier aux cartons dépareillés, humbles archives de la mansarde! puis, revenant au livre que je tenais à la main, ils s'efforçaient de ressaisir le fil de la lecture interrompue.
Au fait, cette lecture, qui m'avait d'abord captivé, m'était devenue pénible. J'avais fini par trouver les tableaux de l'écrivain trop sombres. Cette peinture des misères du monde me semblait exagérée; je ne pouvais croire à de tels excès d'indigence ou de douleur; ni Dieu, ni la société ne devaient se montrer aussi durs pour les fils d'Adam. L'auteur avait cédé à une tentation d'artiste; il avait voulu élever l'humanité en croix, comme Néron brûlait Rome, dans l'intérêt du pittoresque!
À tout prendre, cette pauvre maison du genre humain, tant refaite, tant critiquée, était encore un assez bon logement : on y trouvait de quoi satisfaire ses besoins, pourvu qu'on sût les borner; le bonheur du sage coûtait peu et ne demandait qu'une petite place !...
Ces réflexions consolantes devenaient de plus en plus confuses.... Enfin mon livre glissa à terre sans que j'eusse le courage de me baisser pour le reprendre, et, insensiblement gagné par le bien-être du silence, de la demi-obscurité et de la chaleur, je m'endormis.
Je demeurai quelque temps plongé dans cette espèce d'évanouissement du premier sommeil ; enfin quelques sensations vagues et interrompues le traversèrent. Il me sembla que le jour s'obscurcissait... que l'air devenait plus froid... J'entrevoyais des buissons couverts de ces baies écarlates qui annoncent l'hiver... Je marchais sur une route sans abri, bordée, çà et là, de genévriers blanchis par le givre... Puis la scène changeait brusquement... J'étais en diligence... la bise ébranlait les vitres des portières; les arbres chargés de neige passaient comme des fantômes; j'enfonçais vainement dans la paille broyée mes pieds engourdis... Enfin la voiture s'arrêtait, et, par un de ces coups de théâtre familiers au sommeil, je me trouvais seul dans un grenier sans cheminée, ouvert à tous les vents. Je revoyais le doux visage de ma mère, à peine aperçu dans ma première enfance, la noble et austère figure de mon père, la petite tête blonde de ma sœur enlevée à dix ans; toute la famille morte revivait autour de moi; elle était là, exposée aux morsures du froid et aux angoisses de la faim. Ma mère priait près du vieillard résigné, et ma sœur, roulée sur quelques lambeaux dont on lui avait fait un lit, pleurait tout bas en tenant ses pieds nus dans ses petites mains bleuies.
C'était une page du livre que je venais de lire, transportée dans ma propre existence.
J'avais le cœur oppressé d'une inexprimable angoisse. Accroupi dans un coin, les yeux fixés sur ce lugubre tableau, je sentais le froid me gagner lentement, et je me disais avec un attendrissement amer:
— Mourons, puisque la misère est un cachot gardé par les soupçons, l'insensibilité, le mépris, et d'où l'on tenterait en vain de s'échapper; mourons, puisqu'il n'y a point pour nous de place au banquet des vivants!
Et je voulus me lever pour rejoindre ma mère et attendre l'heure suprême à ses pieds...
Cet effort a dissipé le rêvé; je me suis réveillé en sursaut.
J'ai regardé autour de moi; ma lampe était mourante, mont poêle refroidi, et ma porte entr'ouverte laissait entrer une bise glacée! Je me suis levé, en frissonnant, pour la refermer à double tour; puis, gagnant l'alcôve, je me suis couché à la hâte.
Mais le froid m'a tenu longtemps éveillé, et ma pensée a continué le rêve interrompu.
Les tableaux que j'accusais tout à l'heure d'exagération ne me semblent maintenant qu'une trop fidèle peinture de la réalité; je me suis endormi sans pouvoir reprendre mon optimisme... ni me réchauffer.
Ainsi un poêle éteint et une porte mal close ont changé mon point de vue. Tout était bien quand mon sang circulait à l'aise, tout devient triste parce que le froid m'a saisi !
(…)
Ainsi l'homme, dans ses jugements, consulte moins la logique que la sensation; et, comme la sensation lui vient du monde extérieur, il se trouve plus ou moins sous son influence; il y puise, peu à peu, une partie de ses habitudes et de ses sentiments.
(…)
Si nos sensations ont une incontestable influence sur nos jugements, d'où vient que nous prenions si peu de souci des choses qui éveillent ou modifient ces sensations ? Le monde extérieur se reflète perpétuellement en nous comme dans un miroir et nous remplit d'images qui deviennent, à notre insu, des germes d'opinion ou des règles de conduite. Tous les objets qui nous entourent sont donc, en réalité, autant de talismans d'où s'exhalent de bonnes et de funestes influences. C'est à notre sagesse de les choisir pour créer à notre âme une salubre atmosphère.
Convaincu de cette vérité, je me suis mis à faire une revue de ma mansarde.
(…)
Ah! si nous voulions veiller à tout ce qui peut nous améliorer, nous instruire; si notre intérieur était disposé de manière à devenir une perpétuelle école pour notre âme! mais le plus souvent, nous n'y prenons pas garde. L'homme est un éternel mystère pour lui-même; sa propre personne est une maison où il n'entre jamais et dont il n'étudie que les dehors. Chacun de nous aurait besoin de retrouver sans cesse devant lui la fameuse inscription qui éclaira autrefois Socrate, et qu'une main inconnue avait gravée sur les murs de Delphes :
Connais-toi toi-même.
(E.S.)
cf. pour un autoconditionnement (ou conditionnement réflexif)
cf. le dommage et l'entrouverture
cf. les grandes raisons (se rencontrent)
...
Autour de moi tout faisait silence. Au dehors seulement une pluie glacée balayait les toits et roulait avec de longues rumeurs dans les gouttières sonores. Par instants, une rafale courait sous les tuiles qui s'entre-froissaient avec un bruit de castagnettes, puis elle s'engouffrait dans le corridor désert. Alors un petit frémissement voluptueux parcourait mes veines, je ramenais sur moi les pans de ma vieille robe de chambre ouatée, j'enfonçais sur mes yeux ma toque de velours râpé, et, me laissant glisser plus profondément dans mon fauteuil, les pieds caressés par la chaude lueur qui brillait à travers la porte du poêle, je m'abandonnais à une sensation de bien-être avivée par la conscience de la tempête qui bruissait au dehors. Mes regards noyés dans une sorte de vapeur erraient sur tous les détails de mon paisible intérieur; ils allaient de mes gravures à ma bibliothèque, en glissant sur la petite causeuse de toile perse, sur les rideaux blancs de la couchette de fer, sur le casier aux cartons dépareillés, humbles archives de la mansarde! puis, revenant au livre que je tenais à la main, ils s'efforçaient de ressaisir le fil de la lecture interrompue.
Au fait, cette lecture, qui m'avait d'abord captivé, m'était devenue pénible. J'avais fini par trouver les tableaux de l'écrivain trop sombres. Cette peinture des misères du monde me semblait exagérée; je ne pouvais croire à de tels excès d'indigence ou de douleur; ni Dieu, ni la société ne devaient se montrer aussi durs pour les fils d'Adam. L'auteur avait cédé à une tentation d'artiste; il avait voulu élever l'humanité en croix, comme Néron brûlait Rome, dans l'intérêt du pittoresque!
À tout prendre, cette pauvre maison du genre humain, tant refaite, tant critiquée, était encore un assez bon logement : on y trouvait de quoi satisfaire ses besoins, pourvu qu'on sût les borner; le bonheur du sage coûtait peu et ne demandait qu'une petite place !...
Ces réflexions consolantes devenaient de plus en plus confuses.... Enfin mon livre glissa à terre sans que j'eusse le courage de me baisser pour le reprendre, et, insensiblement gagné par le bien-être du silence, de la demi-obscurité et de la chaleur, je m'endormis.
Je demeurai quelque temps plongé dans cette espèce d'évanouissement du premier sommeil ; enfin quelques sensations vagues et interrompues le traversèrent. Il me sembla que le jour s'obscurcissait... que l'air devenait plus froid... J'entrevoyais des buissons couverts de ces baies écarlates qui annoncent l'hiver... Je marchais sur une route sans abri, bordée, çà et là, de genévriers blanchis par le givre... Puis la scène changeait brusquement... J'étais en diligence... la bise ébranlait les vitres des portières; les arbres chargés de neige passaient comme des fantômes; j'enfonçais vainement dans la paille broyée mes pieds engourdis... Enfin la voiture s'arrêtait, et, par un de ces coups de théâtre familiers au sommeil, je me trouvais seul dans un grenier sans cheminée, ouvert à tous les vents. Je revoyais le doux visage de ma mère, à peine aperçu dans ma première enfance, la noble et austère figure de mon père, la petite tête blonde de ma sœur enlevée à dix ans; toute la famille morte revivait autour de moi; elle était là, exposée aux morsures du froid et aux angoisses de la faim. Ma mère priait près du vieillard résigné, et ma sœur, roulée sur quelques lambeaux dont on lui avait fait un lit, pleurait tout bas en tenant ses pieds nus dans ses petites mains bleuies.
C'était une page du livre que je venais de lire, transportée dans ma propre existence.
J'avais le cœur oppressé d'une inexprimable angoisse. Accroupi dans un coin, les yeux fixés sur ce lugubre tableau, je sentais le froid me gagner lentement, et je me disais avec un attendrissement amer:
— Mourons, puisque la misère est un cachot gardé par les soupçons, l'insensibilité, le mépris, et d'où l'on tenterait en vain de s'échapper; mourons, puisqu'il n'y a point pour nous de place au banquet des vivants!
Et je voulus me lever pour rejoindre ma mère et attendre l'heure suprême à ses pieds...
Cet effort a dissipé le rêvé; je me suis réveillé en sursaut.
J'ai regardé autour de moi; ma lampe était mourante, mont poêle refroidi, et ma porte entr'ouverte laissait entrer une bise glacée! Je me suis levé, en frissonnant, pour la refermer à double tour; puis, gagnant l'alcôve, je me suis couché à la hâte.
Mais le froid m'a tenu longtemps éveillé, et ma pensée a continué le rêve interrompu.
Les tableaux que j'accusais tout à l'heure d'exagération ne me semblent maintenant qu'une trop fidèle peinture de la réalité; je me suis endormi sans pouvoir reprendre mon optimisme... ni me réchauffer.
Ainsi un poêle éteint et une porte mal close ont changé mon point de vue. Tout était bien quand mon sang circulait à l'aise, tout devient triste parce que le froid m'a saisi !
(…)
Ainsi l'homme, dans ses jugements, consulte moins la logique que la sensation; et, comme la sensation lui vient du monde extérieur, il se trouve plus ou moins sous son influence; il y puise, peu à peu, une partie de ses habitudes et de ses sentiments.
(…)
Si nos sensations ont une incontestable influence sur nos jugements, d'où vient que nous prenions si peu de souci des choses qui éveillent ou modifient ces sensations ? Le monde extérieur se reflète perpétuellement en nous comme dans un miroir et nous remplit d'images qui deviennent, à notre insu, des germes d'opinion ou des règles de conduite. Tous les objets qui nous entourent sont donc, en réalité, autant de talismans d'où s'exhalent de bonnes et de funestes influences. C'est à notre sagesse de les choisir pour créer à notre âme une salubre atmosphère.
Convaincu de cette vérité, je me suis mis à faire une revue de ma mansarde.
(…)
Ah! si nous voulions veiller à tout ce qui peut nous améliorer, nous instruire; si notre intérieur était disposé de manière à devenir une perpétuelle école pour notre âme! mais le plus souvent, nous n'y prenons pas garde. L'homme est un éternel mystère pour lui-même; sa propre personne est une maison où il n'entre jamais et dont il n'étudie que les dehors. Chacun de nous aurait besoin de retrouver sans cesse devant lui la fameuse inscription qui éclaira autrefois Socrate, et qu'une main inconnue avait gravée sur les murs de Delphes :
Connais-toi toi-même.
(E.S.)
cf. pour un autoconditionnement (ou conditionnement réflexif)
cf. le dommage et l'entrouverture
cf. les grandes raisons (se rencontrent)
...
2009-05-03
2009-02-23
2009-01-31
à quoi reconnaît-on les bons films
par la capacité que ces films [nous] donnent de les penser philosophiquement (...) Mais aussi bien, (...) par la possibilité qu'ils permettent de véritables analyses de détail à des niveaux encore trop peu entrevus, en vue de ce que qu'on peut appeler leur inconscient moléculaire… En ce qui concerne le film, l'analyse qu'on peut en faire seule fait foi. L'analyse toujours en même temps finie et infinie.
[R.B.]
des films qui ont un supplément qui induit une sorte de décalage entre le film et son public, qui en fait une œuvre dont les "bons spectateurs" sont encore à venir.
[A.B.]
[R.B.]
des films qui ont un supplément qui induit une sorte de décalage entre le film et son public, qui en fait une œuvre dont les "bons spectateurs" sont encore à venir.
[A.B.]
2008-11-17
artiste à son poste
Un artiste doute, en effet, de lui-même ; il est en même temps sûr de lui.
(...) Ils ne se donnaient pas la peine de voir l'unité de vues sous la diversité de moyens d'expression, principalement entre mes romans et mes essais politiques. (...) Et pourtant la cohérence de ma sensibilité et de ma volonté apparaît à qui me fait la justice de relire dans leur suite une bonne partie de mes ouvrages.
Je me suis trouvé comme tous les autres écrivains contemporains devant un fait écrasant : la décadence.
(...) Attendons la postérité ? Mais par qui est faite la postérité ?
(...) Un écrivain est obligé de croire dans le fond (...) qu'il passera à la postérité, sinon l'encre se tarirait dans ses veines. Et, sauf chez les médiocres, cela est touchant.
(...) Mais tout cela, ce sont des humeurs qui passent. Il reste deux choses : la joie de l'artisan qui fait son travail, qui se dit qu'il participe à cette aventure merveilleuse qu'est le travail de l'homme — et la joie d'être un homme, de rester un homme pur et simple, à côté de (...) l'écrivain. Un homme qui mange, qui boit, qui fume, qui fait l'amour, qui marche, qui nage, qui ne pense à rien et qui pense à tout, un homme qui ne fait rien et qui n'est rien, un homme qui rêve (...), qui se prépare à la terrible et splendide mort, un homme qui jouit [du cinéma] [et] de la musique autant que de la littérature, qui s'enivre de ce que font les autres bien plus que de ce qu'il fait, et un homme qui a d'autres passions encore...
(P.D.L.R.)
(...) Ils ne se donnaient pas la peine de voir l'unité de vues sous la diversité de moyens d'expression, principalement entre mes romans et mes essais politiques. (...) Et pourtant la cohérence de ma sensibilité et de ma volonté apparaît à qui me fait la justice de relire dans leur suite une bonne partie de mes ouvrages.
Je me suis trouvé comme tous les autres écrivains contemporains devant un fait écrasant : la décadence.
(...) Attendons la postérité ? Mais par qui est faite la postérité ?
(...) Un écrivain est obligé de croire dans le fond (...) qu'il passera à la postérité, sinon l'encre se tarirait dans ses veines. Et, sauf chez les médiocres, cela est touchant.
(...) Mais tout cela, ce sont des humeurs qui passent. Il reste deux choses : la joie de l'artisan qui fait son travail, qui se dit qu'il participe à cette aventure merveilleuse qu'est le travail de l'homme — et la joie d'être un homme, de rester un homme pur et simple, à côté de (...) l'écrivain. Un homme qui mange, qui boit, qui fume, qui fait l'amour, qui marche, qui nage, qui ne pense à rien et qui pense à tout, un homme qui ne fait rien et qui n'est rien, un homme qui rêve (...), qui se prépare à la terrible et splendide mort, un homme qui jouit [du cinéma] [et] de la musique autant que de la littérature, qui s'enivre de ce que font les autres bien plus que de ce qu'il fait, et un homme qui a d'autres passions encore...
(P.D.L.R.)
2008-11-14
pour un autoconditionnement
Le décor détermine les gestes.
(I.S.)
La transformation, l'amélioration de soi ne se commande pas autant qu'on le voudrait. Dans la mesure où nous sommes en très grande partie le produit de notre environnement, un des meilleurs moyens d'améliorer notre caractère (humeurs, perspectives, idées, comportements, valeurs...) est d'en passer par l'aménagement tactique des conditions extérieures de notre existence (géographiques, climatiques, alimentaires, affectives...), qui alors ne manquent pas de nous déterminer en retour, à leur façon, qui en revient donc à la nôtre, à peu près. Appelons ça l'autoconditionnement environnemental, ou conditionnement réfléchi, ou réflexif ? En tout cas, le principe est celui-ci : les influences extérieures étant inévitables, si ce n'est constitutives, il s'agit d'en jouer de manière à en tirer un parti optimal. Au lieu de la servitude normale.
(O.K.)
En tout cela, - choix de la nourriture, choix du lieu et du climat, choix de sa récréation - on suit les ordres donnés par un instinct de conservation dont la manifestation la plus nette est celle de l'instinct défensif. Fermer les yeux sur bien des choses, s'abstenir de les écouter, ne pas les laisser venir à soi, c'est le premier commandement de la sagesse, la première façon de prouver qu'on n'est pas un hasard mais une nécessité. Le mot qu'on emploie couramment pour désigner cet instinct de défense c'est celui de « goût ». Son impératif ne commande pas seulement de dire « non » quand le « oui » serait une marque de « désintéressement », mais encore de dire « non » le moins souvent possible. Eloignons-nous, séparons-nous de ce qui nous obligerait à répéter le « non » sans cesse. Rien de plus raisonnable : car, si petites qu'elles soient, les dépenses de force défensive, quand elles deviennent la règle habituelle, amènent une pauvreté extrême et parfaitement superflue. Nos grandes dépenses sont faites de la répétition des petites. La défensive, la faction constante constituent - qu'on ne s'y trompe pas - une vraie dilapidation, un vain gaspillage des forces. En prolongeant l'état précaire que représente la défensive on s'affaiblit facilement au point de ne plus pouvoir se défendre. Supposez qu'en sortant de chez moi, je trouve, au lieu du calme et aristocratique Turin, la petite ville allemande : mon instinct m'obligerait à me replier sur moi-même pour repousser l'envahissement de tout ce plat et lâche monde. Ou encore, je serais en face de la grande ville allemande, ce stupre en pierre de taille, ce sol où rien ne pousse, où tout s'importe, bien et mal. Comment ne pas s'y transformer en hérisson ? - Mais les piquants sont un gaspillage, un double luxe, alors qu'il est loisible non seulement de n'en point avoir mais de tenir les mains ouvertes...
Une autre mesure de sagesse et de tactique défensive consiste à réagir le plus rarement possible, à se soustraire aux situations, aux conditions qui vous condamneraient à suspendre en quelque sorte votre initiative et votre « liberté » pour devenir un simple réactif.
(F.N. — EH2§8)
cf. décorps
cf. CHAPITRE : physio-logique
cf. comment s'en sortir sans sortir
(I.S.)
La transformation, l'amélioration de soi ne se commande pas autant qu'on le voudrait. Dans la mesure où nous sommes en très grande partie le produit de notre environnement, un des meilleurs moyens d'améliorer notre caractère (humeurs, perspectives, idées, comportements, valeurs...) est d'en passer par l'aménagement tactique des conditions extérieures de notre existence (géographiques, climatiques, alimentaires, affectives...), qui alors ne manquent pas de nous déterminer en retour, à leur façon, qui en revient donc à la nôtre, à peu près. Appelons ça l'autoconditionnement environnemental, ou conditionnement réfléchi, ou réflexif ? En tout cas, le principe est celui-ci : les influences extérieures étant inévitables, si ce n'est constitutives, il s'agit d'en jouer de manière à en tirer un parti optimal. Au lieu de la servitude normale.
(O.K.)
En tout cela, - choix de la nourriture, choix du lieu et du climat, choix de sa récréation - on suit les ordres donnés par un instinct de conservation dont la manifestation la plus nette est celle de l'instinct défensif. Fermer les yeux sur bien des choses, s'abstenir de les écouter, ne pas les laisser venir à soi, c'est le premier commandement de la sagesse, la première façon de prouver qu'on n'est pas un hasard mais une nécessité. Le mot qu'on emploie couramment pour désigner cet instinct de défense c'est celui de « goût ». Son impératif ne commande pas seulement de dire « non » quand le « oui » serait une marque de « désintéressement », mais encore de dire « non » le moins souvent possible. Eloignons-nous, séparons-nous de ce qui nous obligerait à répéter le « non » sans cesse. Rien de plus raisonnable : car, si petites qu'elles soient, les dépenses de force défensive, quand elles deviennent la règle habituelle, amènent une pauvreté extrême et parfaitement superflue. Nos grandes dépenses sont faites de la répétition des petites. La défensive, la faction constante constituent - qu'on ne s'y trompe pas - une vraie dilapidation, un vain gaspillage des forces. En prolongeant l'état précaire que représente la défensive on s'affaiblit facilement au point de ne plus pouvoir se défendre. Supposez qu'en sortant de chez moi, je trouve, au lieu du calme et aristocratique Turin, la petite ville allemande : mon instinct m'obligerait à me replier sur moi-même pour repousser l'envahissement de tout ce plat et lâche monde. Ou encore, je serais en face de la grande ville allemande, ce stupre en pierre de taille, ce sol où rien ne pousse, où tout s'importe, bien et mal. Comment ne pas s'y transformer en hérisson ? - Mais les piquants sont un gaspillage, un double luxe, alors qu'il est loisible non seulement de n'en point avoir mais de tenir les mains ouvertes...
Une autre mesure de sagesse et de tactique défensive consiste à réagir le plus rarement possible, à se soustraire aux situations, aux conditions qui vous condamneraient à suspendre en quelque sorte votre initiative et votre « liberté » pour devenir un simple réactif.
(F.N. — EH2§8)
cf. décorps
cf. CHAPITRE : physio-logique
cf. comment s'en sortir sans sortir
2008-10-23
la forme seule
Laisse la pensée tranquille, je lui dis. Rien à cirer de ce que tu penses, la forme seule. La forme, si elle est creuse, comme soufflée, c'est que la pensée n'y est pas, n'en sort pas.
(J.P.)
(J.P.)
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