N'en jetons presque plus ! Trions, reprenons, détournons.
L'essentiel est presque bien dit et redit, en long, en large...
Reprenons serré, de travers, à travers.
Par les moyens d'avenir du présent. Pour le présent de l'avenir.
(OTTO)KARL

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2008-11-06

gauchehcuag droitetiord = gauchetiord ?

Moi ? Je suis gauche-droite — comme à la boxe.
(o.K.)
Je me sens de droite avec les gens de gauche et de gauche avec les gens de droite.
(J.B. - cité par M.M.)
Mais non (...)! Je suis toujours d'extrême gauche, mais trop à l'extrême gauche de la gauche pour que la gauche me considère encore de gauche... À l'extrême gauche de la droite, je me sens même à l'extrême gauche de l'extrême droite. Tu comprends ?
— Non.
(M.-E.N.)
[Intellectuel de gauche ?] à condition d'entendre la gauche non pas comme une idée mais comme une sensibilité obstinée. Dans mon cas : un fonds inaltérable d'anarchisme, au sens le plus étymologique du mot. (...) Aussi ai-je le sentiment que ma guerre à moi, ce n'est pas le pouvoir, ce sont les pouvoirs, où qu'ils soient. C'est en cela peut-être que je suis plus « gauchiste » qu'« à gauche » ; ce qui brouille les choses, c'est que, du gauchisme je n'ai pas le « style ».
(R.B. - GV286)

(J.-L.G.)(O.K.) :: 1'54''::

cf. no place to hide
cf. dès lors : niet
cf. l'anti-fascistique

res : pont sable chien lit boue sol marais...


Bon, j'aimerais parler au responsable... J'aimerais parler au responsable ! hein ?
— Quel responsable ? Et responsable de quoi ?
— Ben, alors, c'est la chienlit !
— T'as qu'à rentrer chez toi !
— Et comment ? Il y a quelque chose de prévu, pour le retour ? Il y a une navette ?... Et puis d'abord, où est-ce qu'on est ici ? Vous avez des boussoles ? Vous avez des cartes ?
— Mais pour quoi foutre ! T'es pas bien, là ?!
— Hah, bravo, dis ! On marche à l'aveuglette !... On risque de s'embourber dans des marais...

je bande : allonge-toi


(J.S.)(J.-P.M.) :: 4'00''::

c'est en le faisant qu'on le fait

Par exemple, je me suis entendu dire à quelqu'un il y a un an : « vous souffrez d'une phobie ; mais, ne cherchez pas à savoir où est la solution. Il y a une solution. Si vous arrivez à vous concentrer sur vos difficultés sans connaître le chemin et sans connaître le but, alors tout va bien.
— D'accord, et comment je vais faire ?
— Eh bien en le faisant
».
(...) C'est en tentant d'amener des gens à cette expérience de dépouillement, d'abandon, que j'ai pu formuler des choses comme ça. (...)« ne savoir ni le but ni le moyen », comme condition sine qua non pour que quelque chose se passe dans la vie.
(F.R.)

cf. le ... : action
cf. consciance

des coincés


» tu as tort d'avoir peur «

2008-11-05

auto[v]rité

Certains doivent trouver difficile... d'avoir fait de l'autorité leur vérité, plutôt que de la vérité leur autorité.
(G.M.)


(A.G.) :: 1'41''::
cf. véri t.

2008-11-04

le bon génie de l'audace

Ce n'est pas parce que les choses sont difficiles que nous n'osons pas, c'est parce que nous n'osons pas qu'elles sont difficiles.
(S.)

À partir du moment où l'on s'engage vraiment, (...) toutes sortes de choses viennent à l'aide qui ne se seraient pas produites en d'autres circonstances, tout un courant d'événements découle de la décision, apportant toutes sortes d'incidents imprévus, de rencontres et une aide matérielle que personne n'aurait pu prévoir. Quoique vous fassiez ou rêviez de faire, commencez-le. L'audace a son génie. Son pouvoir, sa magie.
(G.)


(I.B.)
cf. règle hoptique
cf. le... : action

2008-11-02

lui aussi je suis tous les noms de l'histoire

Sollers n’écrit pas sur Nietzsche, ou Breton, ou Céline, ou Sade, ou Saint-Simon. Il trace le portrait d’un [artiste] global, qui porte des noms différents mais qui n’est jamais que la même pomme vue sous d’autres angles, comme chez Cézanne. Rêve, génial d’ailleurs, et visionnaire, pour le coup, d’un [artiste] unique, du seul [artiste] qui serait au monde et qui s’appellerait, selon les heures du jour et de la nuit, selon les temps de gloire ou d’obscurité, Nietzsche, Breton, Céline, Sade, Saint-Simon. Et puis quand même aussi Sollers.
(D.J.)

plutôt une bande de cons

Il faut reconnaître que les gens sont plutôt des cons, dans l'ensemble.
(O.K.)

meurs, meurs et deviens

Tant que tu n'as pas fait tien / ce — MEURS, MEURS ET DEVIENS / tu n'es qu'un hôte morne / au sombre de la terre
(G.)

après nous les robots

La possibilité d'une existence humaine indéfiniment prolongée se dessine à l'horizon. (...) extraordinaire nouveauté : l'enfant contemporain, comme l'observe le sociologue Paul Yonnet, est élevé comme un immortel, dans l'ignorance de la mortalité. Ces symptômes sociaux traduisent l'emprise croissante d'une bio-utopie : celle de la vie n'évoluant ni vers le vieillissement ni vers la mort. L'homme contemporain a perdu un peu de son âme en n'affrontant plus la mort. Son esprit est déjà celui du temps où la mort n'existera plus.(...) Or, comme la sensation du temps qui passe fabrique l'étoffe de notre vie intérieure, l'humain ignorant de la mort court le risque de n'être qu'une machine vivante sans âme, désanimée. La philosophie nous l'enseigne : l'homme est l'être-pour-la-mort, le vivant tire son être de son rapport à la mort.
[Cette] fin de la mort entraîne une conséquence politique, déjà à l'oeuvre [!]
(R.R.)

Qui a appris à mourir, il a désappris à servir.
(M.d.M.)

2008-11-01

je suis unfini

— Une définition de moi-même ?
— Oui.
— C'est comme demander une définition de l'infini ! (...) Quand je pense à moi-même, je pense à quelque chose d'infini ! C'est impossible de [me] définir, pour moi. Pour vous je suis une chose bien finie, mais pour moi je suis infini ! Je suis le miroir de l'infini extérieur — c'est impossible pour moi, de me définir. Je pourrais inventer des slogans, des choses un peu drôles, dans la conversation de salon!... peut-être...
(P.-P.P.)

cf. que les qu'on ne pressente
 

2008-10-31

laissons le romantisme

Il y avait sur une plage
Une fille qui pleurait
Je voyais sur son visage
De grosses larmes qui coulaient
Laissons la plage aux romantiques
Ce soir j'ai envie de t'aimer
Laissons la plage aux romantiques
Je veux t'aimer à mon idée
(...)
Et mes mains sur son visage
L'ont soudain consolée
Il restait la belle image
D'une fille qui riait
Laissons la plage aux romantiques
Ce soir j'ai envie de t'aimer
Laissons la plage aux romantiques
Allez viens ! (...)
Viens!... Viens!...

(P.D.)(sic!)

2008-10-30

à l'écar

j'ai traqué les toujours, désossé les déesses / goûté aux alentours, souvent changé d'adresse / ce qui nous entoure, l'extension de nos corps / quand nous sommes à l'écart, mineurs, chercheurs d'or
[A.B.]

tout à lego

...
Quelqu'un a inventé ce jeu
Terrible, cruel, captivant
Les maisons, les lacs, les continents
Comme un lego avec du vent

La faiblesse des tout-puissants
Comme un lego avec du sang
La force décuplée des perdants
Comme un lego avec des dents
Comme un lego avec des mains
Comme un lego

Voyez-vous tous ces humains?
Danser ensemble à se donner la main
S'embrasser dans le noir à cheveux blonds
A ne pas voir demain comme ils seront

Car si la terre est ronde
Et qu'ils s'y agrippent
Au delà c'est le vide
Assis devant le restant d'une portion de frites
Noir sidéral et quelques plats d'amibes

Les capitales sont toutes les mêmes devenues
Aux facettes d'un même miroir
Vêtues d'acier, vêtues de noir
Comme un lego mais sans mémoire
Comme un lego mais sans mémoire
Comme un lego mais sans mémoire
...
(G.M.)

me tutoyer

Un jour je parlerai moins / Jusqu'au jour où je ne parlerai plus.
[A.B.]

2008-10-29

vita vie

C'est la dolce vita / Il faut bien qu'on oublie / Cette vie qu'on ne vit pas / Qu'on s'est pourtant promis[e]
(Z.)

des poissons dans l'eau

Si l'on ne voit pas pleurer les poissons
Qui sont dans l'eau profonde
C'est que jamais quand ils sont polissons
Leur maman ne les gronde

Quand ils s'oublient à faire pipi au lit
Ou bien sur leurs chaussettes
Ou à cracher comme des pas polis
Elle reste muette

La maman des poissons elle est bien gentille

Elle ne leur fait jamais la vie
Ne leur fait jamais de tartine
Ils mangent quand ils ont envie
Et quand ça a dîné ça r'dîne

La maman des poissons elle a l'oeil tout rond
On ne la voit jamais froncer les sourcils
Ses petits l'aiment bien, elle est bien gentille
Et moi je l'aime bien avec du citron

La maman des poissons elle est bien gentille
(B.L.)

2008-10-23

défense inhibitaire

La satisfaction protège même d'un rhume. — Une femme qui se sait bien habillé a-t-elle jamais pris froid — (et ce, même à peine vêtue ?)
(F.N. — CDI 0§25)

la forme seule

Laisse la pensée tranquille, je lui dis. Rien à cirer de ce que tu penses, la forme seule. La forme, si elle est creuse, comme soufflée, c'est que la pensée n'y est pas, n'en sort pas.
(J.P.)

2008-10-21

comment améliorer son existence occidentale


Si on évite de parler et de penser, c'est le corps! qui va se mettre à penser. Et il va penser comment ? Il va penser en fonction! justement du contexte. Et alors c'est peu à peu la vie qui change. (Quand on a affaire à des gens qui entendent ça du premier coup...)
(F.R.)


Il faut commencer par risquer d'être tout seul. (...) Si on se met à essayer de consoler, si on se met à essayer de protéger quelqu'un, de le materner, on ne fait que retarder... on n'en fait un bébé à vie, et on complique la tâche. (...) Si vous voulez être materné, je peux vous donner une adresse, mais moi, non, pas question. Je crois qu'il y a un immense respect dans la violence avec laquelle on parle à qqn en disant « mais maintenant fini de rigoler, on y va ! »
(F.R.)


Bien des thérapies se passent à dire et expliquer longuement ce dont on souffre, et on oublie que la question fondamentale est de savoir : comment sortir de cette souffrance. (...) Alors que (...) souvent (...) le souci premier de la psychanalyse c'est de dire : parlez, et il en sortira quelque chose.
Mais le but, à savoir l'amélioration de l'existence, n'est pas quelque chose qui est mis en avant premièrement. Or pour moi ça a toujours été le problème.
(F.R)


Est-ce que vous voulez changer, ou est-ce que vous voulez répéter ? Alors s'il vous plaît, prenez les armes que vous avez et déposez-les.
(F.R.)


Quand quelqu'un a exprimé sa souffrance pendant un certain temps (...) il est absolument nécessaire d'arrêter ce récit et de se demander comment on peut changer. Et je pense que quand on est suffisamment attentif aux personnes et qu'on a vraiment entendu cette souffrance on peut très bien leur dire "stop maintenant". (...) Pour moi de plus en plus il s'agit d'éteindre la parole, comme il s'agit d'éteindre les émotions, comme il s'agit d'éteindre les sentiments. Fatiguer la parole, fatiguer les sentiments, fatiguer les émotions, de telle sorte qu'elles n'aient plus besoin d'être (...) exprimées, et que finalement on en revient à un silence où quelque chose peut se passer. Donc c'est vraiment aux antipodes (...) de notre culture et de l'importance de la parole !
(F.R.)
cf. (malgré tout) couper court
cf. ab.

éthologie

Cette science des mœurs préconise un système social ayant des valeurs fortes imposées pour éviter la dégénérescence d'une civilisation hyper-domestiquée.
(W.)

planque

Les vérités (...) finissent toujours par s'imposer. Parce que la vérité ne triomphe jamais, mais ses ennemis finissent par mourir.
(M.P.)

2008-10-17

la stratégie du contrejour

Pour échapper à l'ordre du jour sans sombrer dans la nuit, il nous reste cette tangente : le contrejour.
(o.K.)

cf. chapitre : s'en sortir sans sortir
cf. chapitre : angle mort

notre religion spectaculaire

Il ne faut pas réduire le Spectacle aux media ni à la passivité du citoyen électeur, il est un système de gestion matériel et psychologique du monde, dans tous les domaines. À l'aliénation économique de l'exploitation de l'homme par l'homme s'est ajoutée une aliénation de nature religieuse : le spectacle. Le capitalisme commercial, industriel puis financier s'est transformé en capitalisme bureaucratique qui des seuls rapports de travail et de propriété s'est vu étendre ses logiques sur l'ensemble des conditions d'existence (et de non-existence). L'individu est entouré de prêt à penser, prêt à jouir, prêt à voir au quotidien. Il était conscient de ne pas être maître de sa force de travail, il est désormais inconscient de n'être qu'un gadget qui se croit libre de consommer et de s'auto-consommer. L'aliénation du travail forcé a trouvé un alibi dans l'aliénation à la consommation forcée, que se soit celle des loisirs, de la culture ou de l'homme et de ses semblables. Le spectacle est la religion de la consommation où l'individu se croit aussi libre qu'un croyant est aliéné. La première production sociale est le spectacle qui se concrétise sous les formes essentielles de l'image-objet, de l'image-individu et de l'image-idée (l'idéologie). Le spectacle masque ainsi la réalité de l'objet et de l'individu comme il masquait à ses débuts par une série d'image-idées la fausse opposition entre les régimes capitalistes libéraux et les régimes capitalistes d'État.
(A.C.)

(c'est frais) mais c'est pas grave

2008-10-16

mis-ère de la valsification

La société moderne a pour coeur la misère et pour veines la falsification. La société n'est pas soumise à un complot mais à la misère des mesquines ambitions de ceux qui la font tenir debout. Pour que la misère de leur conception de la vie n'apparaisse pas, ces derniers ont institué la falsification comme norme.
(A.C.)

2008-10-08

saint-justice

La servitude consiste à dépendre de lois injustes ; la liberté de lois raisonnables.
(S.J.)

mauvaise réputation

Je ne fais pourtant de tort à personne / En suivant les chemins qui ne mènent pas à Rome / Mais les braves gens n'aiment pas que / L'on suive une autre route qu'eux...
(G.B.)

2008-10-05

système de pure débauche

Vous trouvez que je perds mon temps en vivant de [cette] façon (...) avec une jeune femme sans importance sociale ? Détrompez-vous, c'est un choix, c'est le bon écart. (...) surtout pas trop d'argent : au lieu de libérer, il étouffe, il abrutit, il gangrène, il augmente la peur du néant. Il faut être discipliné et pratique, s'appliquer la recette contre les migraines employée par jules césar, et imitée, en toute modestie, par nietzsche : « longues marches, vie sobre, continuelles stations en plein air, travail forcené ». Ainsi soit-il. (...) Rien d'ascétique, au contraire, un système de pure débauche. Personne n'a osé faire ce que je fais, je suis un cas (K.), soleil, poison, dynamite.
(P.S.)

divine philosophique

La protection de la vie philosophique est à ce prix, voilà la leçon des siècles. Nietzsche, par exemple, à Turin, à un moment crucial de son destin, a manqué d'une bonne petite couturière, ronde, frivole, légère. Elle l'aurait dorloté, elle aurait scrupuleusement tenu son intérieur, elle serait restée tranquille et admirative devant ses élucubrations bizarres. La gaieté aurait régné dans la maison, quel luxe, quelle détente, quelle paix.
(P.S.)

2008-10-03

mais vivre

Je ne souhaite pas expier, mais vivre.
(R.W.E.)

empereur-né

... recopié une lettre de napoléon à joséphine : « J'ai le droit de répondre à toutes vos plaintes par un éternel 'je suis ce que je suis'. Je suis à part de tout le monde, je n'accepte les conditions de personne. Vous devez vous soumettre à toutes mes fantaisies, et trouver tout simple que je me donne telles ou telles distractions. »
(P.S.)
cf. au faît de son égoïsme

2008-09-29

chef-d'oeuvreur insoupçonné

On ne pourrait jamais soupçonner, dans sa Correspondance de 1917, que Proust est en train d'écrire un des plus grands livres de l'humanité. Tout enveloppé d'apparences : ne vous en faites pas, je suis très malade, je perds mon temps dans des centaines de situations pour rien.
(P.S.)
associé à : modérer l'inter, net.

2008-09-23

Œ

Le génie artistique agit à la façon de ces températures extrêmement élevées qui ont le pouvoir de dissocier les combinaisons d'atomes et de grouper ceux-ci selon un ordre absolument contraire, répondant à un autre type. (...)
De même, il arrive souvent qu'à partir d'un certain âge, l'oeil d'un grand chercheur trouve partout les éléments nécessaires à établir les rapports qui seuls l'intéressent. Comme ces ouvriers ou ces joueurs qui ne font pas d'embarras et se contentent de ce qui leur tombe sous la main, ils pourraient dire de n'importe quoi : cela fera l'affaire.
(M.P.)

cf.du culminant

2008-09-22

cynologie

Vous savez très bien que les hommes ne méritent pas qu'on recherche leur suffrage ; cependant, on a la faiblesse de le désirer, ce suffrage qui n'est que du vent. L'essentiel est d'être bien avec soi-même et de regarder le public comme des chiens qui tantôt nous mordent, et tantôt nous lèchent.
(V.)

une esthéthique ®

Une esthétique par une éthique.
(O.K.)
Une éthique par une esthétique.
(P.S.)

cf. esthéthique

dés—ordre

Le désordre c'est l'ordre — moins le pouvoir.
(L.F.)

[Refus du pouvoir ?] Disons une sensibilité extrême à l'égard de son ubiquité — il est partout — et de son endurance — il est perpétuel.
. une sensibilité obstinée. Dans mon cas : un fonds inaltérable d'anarchisme, au sens le plus étymologique du mot.
(R.B. — GV286)

Mais c'est toujours « l'ordre l'ordre l'ordre »... Moi je voudrais (...) quelque chose qui serait le désordre juste. Arriver à (...) expliquer aux gens qu'il peut y avoir un désordre qui est juste. C'est pas « l'ordre » qui est intéressant dans [le slogan] « l'ordre juste », c'est (...) « juste ». Il faut que ce soit (...) la justice.
(M.-E.N.)

2008-09-21

définition d'un film d'auteur

Définir ce qu'est un film d'auteur est toujours un peu con... En france, c'est en général un film à la première personne : un auteur donne de ses nouvelles à travers ses films, envoie des lettres régulières en racontant ce qui lui arrive dans la vie.
(C.H.)

plutôt somnoler

Je pouvais dormir encore (...) ; je préférais « somnoler » qui impliquait le plaisir de dormir à moitié dans la bonne chaleur lénifiante du cocon.
(J.P.)

2008-09-06

le monde aura gagné

La perche dans le chlore / Me semble hors de portée / Dans un instant je plonge / Le monde aura gagné.
(D.A.)

2008-09-04

vertus

Dans un itinéraire politique tout se tient, en effet. Et je crois que les vertus privées et les vertus publiques doivent être les mêmes, et doivent être en cohérence.
(S.R.)

2008-09-03

belle endormie

De temps en temps, j'allais voir dormir K. au visage détendu, enfantin, au souffle égal. Quel plaisir ! Ma fatigue reculait d'un cran.
(J.P.)

2008-09-02

unité d'action

... elle s'est tournée vers moi (...) et je ne me suis pas dit : « Il faut que je la regarde avec le désir qu'elle attend. » J'ai réellement éprouvé ce désir et je l'ai regardée naturellement comme une femme qu'on désire. Je ne me forçais en rien, j'étais un homme simple, je l'ai prise dans mes bras, serrée très fort, émerveillé de la serrer aussi fort sans me dire : « Je la serre dans mes bras, elle va être contente. » Je ne me dédoublais pas, je me sentais agir dans mon unité.
(J.P.)
(cf. pour une sexualité performative)

2008-08-31

l'envergure des corps

C'est d'ordinaire avec notre être réduit au minimum que nous vivons, la plupart de nos facultés restent endormies, parce qu'elles se reposent sur l'habitude qui sait ce qu'il y a à faire et n'a pas besoin d'elles.
(M.P.)

Il s'agit d'occuper sa vraie dimension. C'est la recherche de sa vraie dimension. Je crois que nous vivons tous un peu au-dessous de nos moyens (...) alors notre véritable envergure où se trouve-t-elle ?
(M.M.)

Je n'avais qu'un seul but du matin jusqu'au soir : me tailler une existence à mes propres mesures.
(F.N.)

2008-08-26

notre valise en carton

Qui soutient la littérature ? Vous, moi. C’est-à-dire des gens sans revenus. La littérature est soutenue par une clientèle de déclassés. Nous sommes des exilés sociaux et nous emportons la littérature dans nos maigres bagages.
(R.B.)

lacTEL

Souvent, l'essentiel se trouve dans l'anecdote.
(M.O.)

2008-08-21

déjeuner sur de l'herbe sous le pied dans la tombe

– Oui, à cette œuvre, cette idée du temps, que je venais de former, disait qu’il était temps de me mettre. Il était grand temps, cela justifiait l’anxiété qui s’était emparée de moi (...) ; mais était-il temps encore ? L’esprit a ses paysages dont la contemplation ne lui est laissée qu’un temps. J’avais vécu comme un peintre montant un chemin qui surplombe un lac dont un rideau de rochers et d’arbres lui cache la vue. Par une brèche il l’aperçoit, il l’a tout entier devant lui, il prend ses pinceaux. Mais déjà vient la nuit, où l’on ne peut plus peindre, et sur laquelle le jour ne se relèvera plus ! (...)
car mon heure pouvait sonner dans quelques minutes. (...)
Je n’avais plus mon indifférence (...), je me sentais accru de cette œuvre que je portais en moi (comme de quelque chose de précieux et de fragile qui m’eût été confié et que j’aurais voulu remettre intact aux mains auxquelles il était destiné et qui n’étaient pas les miennes).
Et dire que tout à l’heure, quand je rentrerais chez moi, il suffirait d’un choc accidentel pour que mon corps fût détruit, et que mon esprit, d’où la vie se retirerait, fût obligé de lâcher à jamais les idées qu’en ce moment il enserrait, protégeait anxieusement de sa pulpe frémissante et qu’il n’avait pas eu le temps de mettre en sûreté dans un livre [ou autre]. Maintenant, me sentir porteur d’une œuvre rendait pour moi un accident où j’aurais trouvé la mort plus redoutable, même (dans la mesure où cette œuvre me semblait nécessaire et durable) absurde, en contradiction avec mon désir, avec l’élan de ma pensée, mais pas moins possible pour cela puisque les accidents, étant produits par des causes matérielles, peuvent parfaitement avoir lieu au moment où des volontés fort différentes, qu’ils détruisent sans les connaître, les rendent détestables, comme il arrive chaque jour dans les incidents les plus simples de la vie où, pendant qu’on désire de tout son cœur ne pas faire de bruit à un ami qui dort, une carafe placée trop au bord de la table tombe et le réveille.
Je savais très bien que mon cerveau était un riche bassin minier, où il y avait une étendue immense et fort diverse de gisements précieux. Mais aurais-je le temps de les exploiter ? J’étais la seule personne capable de le faire. Pour deux raisons : avec ma mort eût disparu non seulement le seul ouvrier mineur capable d’extraire les minerais, mais encore le gisement lui-même ; or, tout à l’heure, quand je rentrerais chez moi, il suffirait de la rencontre de l’auto que je prendrais avec une autre pour que mon corps fût détruit et que mon esprit fût forcé d’abandonner à tout jamais mes idées nouvelles. Or, par une bizarre coïncidence, cette crainte raisonnée du danger naissait en moi à un moment où, depuis peu, l’idée de la mort m’était devenue indifférente.(...)
à force de se renouveler cette crainte s’était naturellement changée en un calme confiant. (...)
Ces morts successives, si redoutées du moi qu’elles devaient anéantir, si indifférentes, si douces une fois accomplies, et quand celui qui les craignait n’était plus là pour les sentir, m’avaient fait, depuis quelque temps, comprendre combien il serait peu sage de m’effrayer de la mort.
Or c’était maintenant qu’elle m’était devenue depuis peu indifférente que je recommençais de nouveau à la craindre, sous une autre forme il est vrai, non pas pour moi, mais pour mon livre, à l’éclosion duquel était, au moins pendant quelque temps, indispensable cette vie que tant de dangers menaçaient. Victor Hugo dit : « Il faut que l’herbe pousse et que les enfants meurent. » Moi je dis que la loi cruelle de l’art est que les êtres meurent et que nous-mêmes mourions en épuisant toutes les souffrances pour que pousse l’herbe non de l’oubli mais de la vie éternelle, l’herbe drue des œuvres fécondes, sur laquelle les générations viendront faire gaiement, sans souci de ceux qui dorment en dessous, leur « déjeuner sur l’herbe ».
(M.P.)

s'AéRer

Il y eut de petits groupes de peintres venus de montparnasse (...) Simplement je leur disais : « Votre montparnasse, où est le mont ? Ici, j'ai de l'air et autour de moi, personne ne peint. Comment pouvez-vous vivre dans une si forte odeur de peinture ? » Il m'assuraient : « Nous ne nous gênons pas ; nous nous protégeons. » Je le voyais bien ; il suffisait de regarder leur peinture, un terrible pompiérisme d'avant-garde. Quand ils étaient vingt à faire un peu près le même truc, ils croyaient avoir fondé une école. (...) Et je pensais : après avoir gratté, comment peuvent-ils se retrouver tous au café, presque tous pauvres, inconnus, crasseux ? Moi ça me casserait les pattes, j'aurais une telle trouille de leur ressembler...
Evidemment, j'avais de la chance ; ils me la reprochaient. (...)
Eux aussi, ils avaient croupi depuis quarante ans. — « Mais je n'ai pas croupi, leur disais-je. Il ne faut surtout pas croupir ; il faut s'aérer tout le temps et peindre au milieu des hommes. Les sociétés d'artistes sont des sociétés de singes dans un marécage où pointent quelques arbres, jamais assez pour se percher. » Et pour leur montrer que je n'avais pas croupi, je leur disais les travaux que j'avais faits en Toscane, bûcheron, vigneron, étalon. Barbouiller tout le temps, c'est la mort du peintre. Ça les amusait un peu. Il y en avait toujours un qui pensait : « Bon, si je veux, demain, je vais vivre d'olives et de pain dans une petite Cyclade. Je peins quand ça me gratte vraiment. Au fond, son truc, n'importe qui peut le faire... » De savoir que, s'ils voulaient... leur suffisait pour un temps. L'année d'après, on les retrouvait enfoncés dans leur marais. Déjà, on ne voyait plus que la tête. Bientôt on entendait gloup et il n'y avait plus qu'une grosse bulle. J'en ai vu disparaître des quantités.
(J.P.)

2008-08-20

vivant professionnel

D. aspirait à la maîtrise. Et son métier, c'était la vie.
(J.P.)

Vivre est un métier ; celui du philosophe est de vivre bien.
(O.K.)

2008-08-19

poten... tiel

Chaque jour où nous manquons à vivre au maximum de notre potentiel, nous tuons le shakespeare, le dante, l'homère, le [rimbaud] qui sont en nous.
[H.M.]

voeux pi(†)eux

19/02/07
Seigneur, pour mon amie Monique [à qui l'on vient] d'annoncer un cancer. (...) Fortifie notre foi en l'Espérance...


29/03/07
Pour Monique qui supporte mal son traitement, aide la seigneur.


11/04/07
Pour Monique que tu as rappellé. (...) qu'elle repose en paix.


(merci à dj kl de lepostier.fr)

2008-08-18

O+

Elle souffrait que je puisse m'accommoder des règles qu'elle avait elle-même édictées, que je n'eusse pas assez de force pour les enfreindre. Le premier jour, déjà, elle m'avait dit que je pouvais tout casser, c'était dire : tu peux tout faire pourvu que ce soit fait avec une force, un désir suffisants. Le « non, je ne veux pas » d'une femme ne signifie [pas forcément] une volonté formelle. [Mais bien souvent un :] « Sois plus convaincant, sois plus amoureux, transporte-moi dans la région où je n'ai plus de volonté, où ma volonté devient la tienne par amour et non par faiblesse. »
(J.P.)[O.k.]
cf. king/kang
cf. couple mégéré
cf. les trop chères tyrans chéries

2008-08-16

des-ordres

Je fais des phrases avec des choses. (...)
Le comble de l'art c'est de mettre un peu d'ordre ; à la fois dans sa tête et dans ce qui est autour.
(L.P.)

2008-08-15

otto mobile

... bourgeois.
C'est désormais la forme raciale de l'humanité.
Peut-être que s'engager contre tout ça
ne veut pas dire écrire, en homme engagé,
dirais-je,
mais vivre.
(...)
Voilà.
Voilà, ce sont les oeuvres que je voudrais faire,
qui sont ma vie future — mais aussi passée —
et présente.
Tu sais — je te l'ai dit, vieil ami (...) —
que rien ne vaut la vie.
C'est pourquoi je ne voudrais que vivre,
même en tant que poète,
parce que la vie s'exprime aussi par elle-même.
Je voudrais m'exprimer avec des exemples.
Jeter mon corps dans la lutte.
(...)
— en tant que poète je serai poète de choses
Les actions de la vie
ne seront que communiquées,
et seront, elles, la poésie,
puisque je le répète,
il n'y a pas d'autre poésie que l'action réelle
(...)
Je ne ferai pas cela de bon coeur
J'aurai toujours le regret de cette autre poésie
qui est action elle-même,
dans son détachement des choses,
dans sa musique qui n'exprime rien
sinon son aride et sublime passion
pour elle-même.
(P.-P.P.)

le récepteur idéal

Montrer mes dernières peintures à S., c'était toujours la même fête, le plus grand plaisir d'intelligence. Il comprenait aussitôt tout ce que j'avais voulu faire, s'émerveillait de ce que tout autre eût pris pour une faute.
(J.P.)

en avant ? gare !

Que se passe-t-il dans l'esprit d'un créateur pour qu'il secrète sa propre beauté [ou vérité] tellement à contre-courant du goût populaire ?
(J.P.)

2008-08-14

disciplination

Je discipline le fouillis, j'allège ; ce dont je suis parti n'est plus qu'un souvenir, mais je peins toujours, avec le même force.
(J.P.)

UNdivisiblE

Je dois me presser à fond. Une si longue toile, qui sera à la fois une et divisible.
(J.P.)

2008-08-13

le mariage

Le mariage est la cause principale de divorce.
Le mariage c'est résoudre à deux les problèmes qu'on n'aurait pas eus tout seul.
Avec le mariage, quelque chose finit pour les hommes. Pour les femmes, c'est l'inverse : quelque chose commence.
Beaucoup de divorces sont nés d'un malentendu. Beaucoup de mariages aussi.
Le mariage est une expérience chimique dans laquelle deux corps inoffensifs peuvent, en se combinant, produire un poison.
Le mariage doit incessamment combattre un monstre qui dévore tout : l'habitude.
L'amour est un plat vite écoeurant, quand le mariage lui sert de sauce.
Ne sois pas déçu en surestimant le bonheur dans le mariage. Souviens-toi des rossignols qui chantent seulement dans les mois du printemps, mais sont généralement silencieux lorsqu'ils ont pondu.
Que d'époux ne sont séparés que par le mariage !
Le mariage n'est pas le plaisir, c'est le sacrifice du plaisir, c'est l'étude de deux âmes qui pour toujours désormais auront à se contenter l'une de l'autre.
Le plus grand malheur de l'homme, c'est un mariage heureux. Aucun espoir de divorce.
Le mariage est un état trop parfait pour l'imperfection de l'homme.
Les chaînes du mariage sont si lourdes qu'il faut être deux pour les porter. Quelquefois trois.
Le mariage est un dîner qui commence par le dessert.
Le mariage est comme la mort : peu de gens y arrivent préparés.
Le mariage est la mort morale de toute indépendance.
Le mariage, au contraire de la fièvre, commence par le chaud et finit par le froid.
La familiarité engendre le mépris, on le sait bien.
L'amour est aveugle, et le mariage, c'est le contraire.
La haine, comme l'amour, se nourrit des plus petites choses, tout lui va.
Le mariage révèle le masochiste qui sommeille en vous.
L'une des seules joies des gens mariés, c'est d'assister au mariage des autres... une joie bien perverse !
Le mariage semble inventé pour récompenser les pervers.
Faire la cour avant le mariage est un charmant prologue pour une pièce bien ennuyeuse.
Le mariage fait les êtres vieux et routiniers avant l'âge.
Le mariage met fin à beaucoup de brèves folies par une longue sottise.
Je suis pour l'indissolubilité du mariage. C'est le seul moyen de ne pas faire l'imbécile deux fois.
Le mariage vaut plus par ce qu'il nous épargne que par ce qu'il nous procure.
Tenter le mariage n'est pas grave en soi. Il y a de plus en plus de mariages à l'essai. Ce qui est plus grave, c'est qu'il n'existe pas encore de formule pour les « enfants à l'essai ».
Un bon mariage serait celui où l'on oublierait, le jour, qu'on est amants, la nuit, qu'on est époux.
[divers]

révolte individuelle de bien commun

Tu peux serrer une abeille dans ta main jusqu'à ce qu'elle étouffe, elle n'étouffera pas sans t'avoir piqué, c'est peu de chose, mais si elle ne te piquait pas, il y a longtemps qu'il n'y aurait plus d'abeilles.
(J.P.)

2008-08-04

si... la vie!

Je guérirai très souvent si je rencontre des amours, des amis comme vous ou des livres ; je guérirai tous les jours si je travaille tous les jours.
(J.P.)

le grand secret de la petite vie

- Pourquoi restez-vous curé ?
- Parce que j´ai commencé. C´est le secret de la vie de bien des gens.
(J.P.)
cf. la vie en creux

2008-08-02

la vie en creux

Moi, votre vie, je la comprends. Ça s´est passé tout doucement. Les chemins se sont fermés un à un et il ne vous en est plus resté qu´un seul. Vous y êtes et vous le trouvez bougrement étroit, tocard et pourtant vous continuez. Vous avez vaguement conscience que vous pourriez encore tout foutre en l´air, mais il y a les gosses, le creux du matelas, le boulot sûr, l´ignorance du monde.
(J.P.)

cf. le grand secret de la petite vie
cf. contre la misère misérable
cf. statistuquo
cf. la routine ça n'arrive qu'aux autres

2008-08-01

artiste conscient

Il y a des artistes inconscients et d´autres parfaitement conscients.
Les premiers ne sont ni inférieurs ni supérieurs aux seconds. Mais les seconds sont indispensables aux périodes de transition.
(J.R.)

La mission d´un artiste est de précéder le troupeau. Il doit réveler les sentiments cachés, ouvrir la fenêtre sur des paysages qui, bien sûr, existaient déjà, mais que nous discernions mal, cachés qu´ils étaient par le brouillard des fausses traditions.
(J.R.)

cf. créateur, de conscience
cf. le grand homme

2008-07-27

aternel

La mort n'existe pas pour ceux qui ont fait quelque chose.
(J.R.)
La vie de celui qui a fait cette oeuvre n'a pas fin, comme son champ de vision de n'avait pas de limite.
(M.P.)

2008-07-26

pourquoi nul n'est prophète

Les hommes ne croient jamais les autres capables de ce qu'ils ne sont pas capables de faire eux-mêmes.
(C.d.R.)

2008-07-24

conditionnel impératif

Nous passions notre temps à nous oublier pour rafraîchir nos regards et raviver notre passion.
(J.P.)

2008-07-23

affinitude

Je ne suis jamais certain non pas seulement d'avoir fini [un livre], mais d'avoir bien fait de commencer. Il y a peut-être un indice — il est très ténu — : je serais peut-être un petit peu plus libre, ou un petit peu moins asservi... un peu plus libre que je n'étais quand j'ai commencé. Des choses que je ne comprenais pas, qui m'échappaient, qui étaient donc une source de déplaisir, de souffrance, m'apparaissent peut-être avec une plus grande netteté : je sais où elles finissent, donc je sais où je commence. Ce que j'appelle, moi, cette chose à laquelle mon destin se trouve lié, me paraît m'appartenir un petit peu plus que devant, puisque j'ai peut-être réussi à briser ou à réduire la tutelle qu'exerçait sur cette chose toutes les autres choses : Il me sera un petit peu moins difficile de mourir, parce que j'ai fini ce livre.
(P.B.)

cf. le bénéfice d'avoir écrit

2008-07-20

le facile d'être triste

J'ai laissé là-bas dans les remous d'une hélice le dégoût et la haine / Et j'ai laissé là-bas le facile d'être triste en pensant à toi (...) / Il me suffisait de plonger dans mon coeur / Une main avide de magnifiques douleurs / Pour fournir ma boucherie d'une viande si tendre / Qu'au souvenir de ton icône j'en faisais l'offrande / (...)
Et j'ai laissé là-bas les couteaux dans leur plaie / (...) Et j'ai laissé là-bas ma peine à jamais.
(M.S.)

Souffrir est une faiblesse, lorsqu’on peut s’en empêcher et faire quelque chose de mieux. Exhaler les souffrances d’une splendeur non équilibrée, c’est prouver, ô moribonds des maremmes perverses ! moins de résistance et de courage, encore.
(I.D.)

2008-07-18

touche-à-tout

Nous ne pouvions rien attendre de ce que nous n'aurions pas modifié nous-même[s].
(G.D.)

2008-07-17

gagner l'aéroport

Chacun veut que se relance l'hélice / Chacun aime rêver de ça / Chacun veut que tous les mécanos réagissent / À la moindre alerte bleue / Pour un feu / Des brindilles / Un lapsus / Une ortie / Loin de son quartier nord / Chacun veut gagner l'aéroport
(...)
Chacun veut du réacteur d'émoi / La mise à feu / Pour un oui pour un non / Une voix / Chacun veut / Veut quitter le point mort / Et cacher au fond / Oh mes amis / Gagner l'aéroport

Chacun tapant sur sa cloche d'airain / Murmure les temps ont changé / Mais leur système nerveux interpose des chiens / Mieux vaudrait ne pas broncher / Se déchaînent molécules / Des ailes que nous sommes / Par les branches du ciel / On gagne l'aéroport
(J.M.B.)

2008-07-14

dépeuplé

Le peuple est le détour que prend le nature pour produire six ou sept grands hommes — et ensuite pour s'en dispenser.
(F.N.— PDBM§126)

jeu d'enfant

Maturité de l'homme : cela signifie avoir retrouvé le sérieux que l'on mettait dans ses jeux, enfant.
(F.N. — PDBM§94)

2008-07-13

le goût du bonheur

J'ai décidé d'être heureux, parce que c'est meilleur pour la santé.
(V.)

Désormais ce ne sont plus nos arguments, c'est notre goût qui décide contre le christianisme.
(F.N.)

Le goût est la qualité fondamentale qui résume toutes les autres qualités. C’est le nec plus ultra de l’intelligence. Ce n’est que par lui seul que le génie est la santé suprême et l’équilibre de toutes les facultés.
(I.D.)

2008-07-12

appropriateur

tandis que je lisais (...) ce qu’il y avait d’abord en moi, de plus intime, la poignée sans cesse en mouvement qui gouvernait le reste, c’était ma croyance en la richesse philosophique, en la beauté du livre que je lisais, et mon désir de me les approprier, quel que fût ce livre.
(M.P.)

2008-07-10

2008-07-09

le grand proust par le jeune proust

Les maximes les plus profondes sont celles où la pensée semble la plus indépendante des mots et de leur aménagement.
(M.P.)

> instyle
> l'hétérotopie cinématographique

2008-07-08

esprit libre

On appelle esprit libre celui qui pense autrement qu'on ne s'y attend de sa part en raison de son origine, de son milieu, de son état et de sa fonction, ou en raison des opinions régnantes de son temps. Il est l'exception, les esprits asservis sont la règle.
(F.N.)

2008-07-07

âger n'est pas vieillir

Le dramatique de la vieillesse, ce n'est pas qu'on se fait vieux, c'est qu'on reste jeune.
(O.W.)

2008-07-06

libération bémol

La libération n'est plus un but, un but concret, mais un mirage. Et plus elle se précise et plus elle fait mal. La liberté fait peur car le prisonnier sait qu'il découvrira à ce moment-là, en franchissant la porte, l'ampleur de l'amputation intime qu'il a subie au cours de ces années.
(J.-M.R.)

2008-07-05

persistance mythique

Mais il n'est pas tout à fait indifférent qu'il nous arrive au moins quelquefois de passer notre temps dans la familiarité de ce que nous avons cru inaccessible et que nous avons désiré. Dans le commerce des personnes que nous avons d'abord trouvées désagréables, persiste toujours même au milieu du plaisir factice qu'on peut finir par goûter auprès d'elles, le goût frelaté des défauts qu'elles ont réussi à dissimuler. Mais dans des relations comme celles que j'avais avec A. et ses amies, le plaisir vrai qui est à leur origine, laisse ce parfum qu'aucun artifice ne parvient pas à donner aux fruits forcés, aux raisins qui n'ont pas mûri au soleil. Les créatures surnaturelles qu'elles avaient été un instant pour moi mettaient encore, même à mon insu, quelque merveilleux dans les rapports les plus banals que j'avais avec elles, ou plutôt préservaient ces rapports d'avoir jamais rien de banal.
(M.P.)

2008-07-01

avant la lettre

... le bon écrivain est celui qui évite de trop bien écrire : qui sait à tout moment suivre, ou du moins rétablir le premier mouvement, le mouvement naturel.
(J.P.)

2008-06-27

feu !

Un jour il me sembla qu'en silence et à jamais, une porte s'était fermée entre moi et toutes les adresses et les catalogues d'éditeurs. Alors je me dis : maintenant je vais pouvoir écrire. Maintenant, je vais pouvoir ne faire qu'écrire.
(W.F.)

ces ânes

Peu de créateurs ont été plus incompris, plus solitaires.
(M.-P.F)
Peu de génies ont été aussi mal compris que lui de son vivant ; et pourtant Cézanne était si heureux que l'on aime sa peinture…
(-)

2008-06-24

citétranse

Parler avec les mots des autres. Ce doit être ça, la liberté.
(J.E.)

Les idées s’améliorent. Le sens des mots y participe. Le plagiat est nécessaire. Le progrès l’implique. Il serre de près la phrase d’un auteur, se sert de ses expressions, efface une idée fausse, la remplace par l’idée juste.
(I.D.)

(...) Si le premier fascicule des Poésies fait entendre le refus de devenir un lecteur aliéné et soumis par une certaine rhétorique professorale, le deuxième a pour enjeu de nous proposer une autre lecture : un rapport insolent aux textes renversant la docte méthode des [professeurs], un rejet de la fidélité effacée du bon exégète au profit d’une appropriation active qui contraint le lecteur à l’engagement le plus compromettant. Deux brefs paragraphes soulignent en effet qu’il n’y a jamais de formulation définitivement acquise et qu’une vraie lecture est aussi une réécriture.
(...)
Redoutable transgression que le « plagiat » selon isidore ducasse, qui justifie les lectures fautives et encourage à retoucher les textes au nom du Progrès – manière bien perverse de jouer une valeur contre une autre. Et cette lecture irrévérencieuse constitue précisément l’un des principaux procédés d’écriture des Poésies. Après tout, si « la poésie doit être faite par tous », l’encre rouge aussi appartient à tous. Et c’est bien de cette encre rouge que semble écrit le texte des Poésies, constitué pour une large part d’une soixantaine de maximes empruntées à Pascal, La Rochefoucauld et Vauvenargues – empruntées, mais surtout corrigées. (...) Comprenons [par là] qu’il n’existe pas d’autorité dont un lecteur ne puisse contester le texte figé, que le vrai réside dans le devenir d’une correction permanente, et non dans une fossilisation sacralisée.
(V.H.)

Transposez ou c'est la mort !
(L.F.-C.)

2008-06-20

àvienture

Quand je tâche de saisir d'un seul regard mes expériences d'enfant, il me semble que je les vois conduites par deux sentiments : l'un est que la vie est une aventure très longue et presque infinie. Qu'elle est, à vrai dire, l'aventure la plus longue que connaisse chacun de nous (ce qui est d'ailleurs évident mais paradoxal pourtant). Qu'il n'y a donc pas à se presser. Que nous arriverons, avec de la patience, à tout savoir. Qu'une seule année, un jour, une heure peuvent offrir une richesse d'événements presque inconcevable et qu'entre toutes les sottises que nous pouvons imaginer, il n'en est pas de plus sotte que celle qui consiste à penser (ou tout au moins à dire) que la vie est courte.
Il s'y joignait ce sentiment — absurde, il se peut — que si nous n'observons pas assez, ou assez bien, les événements qui passent, c'est par crainte de manquer de temps, de ne pouvoir pousser jusqu'au bout l'observation ni l'expérience. Donc que c'est par peur que nous nous contentons la plupart du temps de réflexions imparfaites ou d'observations controuvées. Mais c'est là une peur que dissipe (me disais-je) la plus légère réflexion.
Depuis j'ai vieilli, mais j'ai fermement gardé ce sentiment. Même je m'étonne quand je vois les savants tenter d'expliquer cette impression — qui serait, à les entendre, courante — que les jours et les heures semblent à l'enfant passer avec une grande lenteur, mais au vieillard très vite.
(J.P.)

2008-06-19

l'or du temps colonisé

Si l’Homme est une marchandise, s’il est traité comme une chose, si les rapports généraux des hommes entre eux sont des rapports de chose à chose, c’est qu’il est possible de lui acheter son temps.
(D.M.)

cf. temps, tant de vie possible
cf. pas n'importe qui, quoi

2008-06-17

lettres mortes

Paris, 21 février 1870.

(...) Vous savez, j'ai renié mon passé. Je ne chante plus que l'espoir; mais, pour cela, il faut d'abord attaquer le doute de ce siècle (mélancolies, tristesses, douleurs, désespoirs, hennissements lugubres, méchancetés artificielles, orgueils puérils, malédictions cocasses etc., etc.). Dans un ouvrage que je porterai à Lacroix aux 1ers jours de Mars, je prends à part les plus belles poésies de Lamartine, de Victor Hugo, d'Alfred de Musset, de Byron et de Baudelaire, et je les corrige dans le sens de l'espoir; j'indique comment il aurait fallu faire.

Paris, 12 mars 1870.

Laissez-moi reprendre d'un peu haut. J'ai fait publier un ouvrage de poésies chez M. Lacroix (B. Montmartre, 15). Mais une fois qu'il fut imprimé, il a refusé de le faire paraître, parce que la vie y était peinte sous des couleurs trop amères, et qu'il craignait le procureur général. C'était quelque chose dans le genre de Manfred de Byron et du Konrad de Mickiewicz, mais, cependant, bien plus terrible. L'édition avait coûté 1200 f., dont j'avais déjà fourni 400 f. Mais, le tout est tombé dans l'eau. Cela me fit ouvrir les yeux. Je me disais que puisque la poésie du doute (des volumes d'aujourd'hui il ne restera pas 150 pages) en arrive ainsi à un tel point de désespoir morne, et de méchanceté théorique, par conséquent, c'est qu'elle est radicalement fausse; et par cette raison qu'on y discute les principes, et qu'il ne faut pas les discuter: c'est plus qu'injuste. Les gémissements poétiques de ce siècle ne sont que des sophismes hideux. Chanter l'ennui, les douleurs, les tristesses, les mélancolies, la mort, l'ombre, le sombre, etc., c'est ne vouloir, à toute force, regarder que le puéril revers des choses. Lamartine, Hugo, Musset se sont métamorphosés volontairement en femmelettes. Ce sont les Grandes-Têtes-Molles de notre époque. Toujours pleurnicher ! Voilà pourquoi j'ai complètement changé de méthode, pour ne chanter exclusivement que l'espoir, l'espérance, LE CALME, le bonheur, LE DEVOIR. Et c'est ainsi que je renoue avec les Corneille et les Racine la chaîne du bon sens et du sang-froid, brusquement interrompue depuis les poseurs Voltaire et Jean-Jacques Rousseau. Mon volume ne sera terminé que dans 4 ou 5 mois. Mais, en attendant, je voudrais envoyer à mon père la préface, qui contiendra 60 pages, chez Al. Lemerre. C'est ainsi qu'il verra que je travaille, et qu'il m'enverra la somme totale du volume à imprimer plus tard...
(I.D.)
cf. apprendre à nager