« (…) Ses personnages sont économes en mots. Une parcimonie qui va
au-delà de la pudeur ou de la timidité pour témoigner de la profondeur
de leur état de choc. Les mots ne suffisent plus. Le dessin prendra le
relais.
(…)
Plein d’assurance, son trait embrasse le blanc de la page et couronne
un long travail d’épure.
Chiisakobé n’est composé qu’à partir de lignes à haute tension.
Sortant (par mail) de son habituelle réserve, Minetarō Mochizuki nous explique ce changement : «J’aimerais que
Chiisakobé
soit un tournant dans ma carrière. Quand vous travaillez pendant
longtemps, l’idée que les gens se font de vous finit par se fixer et je
voulais la faire évoluer. En termes graphiques, j’ai commencé à faire
des dessins plus épurés. Si l’on regarde le trait de près, on voit
apparaître des lignes inutiles. En sélectionnant, en choisissant
d’éliminer certaines choses, je me suis aperçu que le rendu était plus
clair et qu’on pouvait dessiner des choses puissantes même sans utiliser
de "
kôkasen"», ces lignes d’effet souvent employées dans le manga pour figurer les émotions ou le mouvement.
(…)
Derrière
les visages quasi impassibles, la position des bras, des mains (doigts
recroquevillés, poings serrés, paume ouverte ou posée avec délicatesse)
ouvre un panorama sur l’état psychologique des personnages.
(…)
«Je
m’étais fixé une règle, dit l’auteur, je voulais, pour que les
personnages semblent réellement vivre et pour transmettre aux mieux les
émotions, m’attacher à
rendre les moindres détails : les manières et les
gestes triviaux du quotidien, les plis des vêtements, pourquoi le
bentô
est préparé avec tant de soin, quel était l’état d’esprit de celle qui
l’a préparé, la représentation des travaux ménagers, quels
sous-vêtements portent les personnages, comment ils portent leurs
vêtements, quel genre de vie ils mènent… J’ai tenu à
soigner la
représentation de tous ces détails, qui n’ont pas de lien direct avec
l’action mais qui permettent d’imaginer le style de vie ou les
sentiments des personnages. C’est pourquoi de nombreuses cases ne
montrent que ces détails.»
(…)
Mochizuki
célèbre un manga contemplatif. «Dans ce manga où le récit chemine
tranquillement et où il ne se passe rien d’extravagant, j’ai beaucoup
réfléchi au déroulé, à l’enchaînement des cases et des doubles pages
pleines
pour que le lecteur prenne davantage plaisir à lire – et moi à
dessiner –, et pour qu’il reprenne parfois son souffle avant de passer à
la scène suivante.»
(…)
… l’auteur y cultive un humour étrange et poétique, qui joue sur les décalages. (...) »
(
M.C.)