[L’homme] sait le grand secret de toute créature. […] Il sait que l’on n’est pas heureux. Il sait que depuis qu’il y a l’homme nul homme jamais n’a été heureux. […] Or il n’a qu’une pensée. C’est que son fils soit heureux.
(C.P.)
N'en jetons presque plus ! Trions, reprenons, détournons.
L'essentiel est presque bien dit et redit, en long, en large...
Reprenons serré, de travers, à travers.
Par les moyens d'avenir du présent. Pour le présent de l'avenir.
(OTTO)KARL
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L'essentiel est presque bien dit et redit, en long, en large...
Reprenons serré, de travers, à travers.
Par les moyens d'avenir du présent. Pour le présent de l'avenir.
(OTTO)KARL
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2010-09-24
2010-09-23
point : virgule
Sauf que : « lucides », il faudrait nuancer. Il y a aussi la tendance, tentatrice, à noircir l'avenir. Généralement par conservatisme, au fond, même affublé d'autres noms. « C'était mieux avant », « on va vers le pire », etc. Peut-être, mais pour qui ? Tout est pharmakon, pharmacologique. Les alarmistes ignorent souvent les vertus retorses du supposé poison, son envers. C'est qu'ils voudraient à tout prix faire éviter la part de perte – fût-elle certes catastrophique à l'échelle humaine – inhérente à toute métamorphose. Or fondamentalement, tout n'est jamais que métamorphose, transition, devenir, immense... Cosmo-logique, car faut-il rappeler que le monde n'est pas constitué à notre échelle : le monde n'est pas humain.
(O.K.)
... la tâche de la philosophie c'est de dire ce que c'est qu'aujourd'hui et de dire ce que c'est que « nous aujourd'hui ». Mais en ne se donnant pas la facilité un peu dramatique et théâtrale d'affirmer que ce moment où nous sommes est, au creux de la nuit, celui de la perdition la plus grande, ou, au point du jour, celui où le soleil triomphe, etc. Non, c'est un jour comme les autres, ou plutôt c'est un jour qui n'est jamais tout à fait comme les autres.
(M.F.)
(O.K.)
... la tâche de la philosophie c'est de dire ce que c'est qu'aujourd'hui et de dire ce que c'est que « nous aujourd'hui ». Mais en ne se donnant pas la facilité un peu dramatique et théâtrale d'affirmer que ce moment où nous sommes est, au creux de la nuit, celui de la perdition la plus grande, ou, au point du jour, celui où le soleil triomphe, etc. Non, c'est un jour comme les autres, ou plutôt c'est un jour qui n'est jamais tout à fait comme les autres.
(M.F.)
2010-09-22
génération ? passons.
Bref, tout est vraiment bouché — avec certes d'infimes failles pour les plus chanceux, triés sur le « relais ». C'est à peine croyable. Génération sacrifiée. Ça a l'allure d'un cauchemar, vraiment. Aucune issue. Vous êtes qui ? Vous repasserez. Mais je n'ai qu'une vie, monsieur, et elle passe. On vous rappellera. (Lévi-strauss avait raison, de s'en plaindre déjà : on est trop nombreux sur cette terre) Alors ? L'arrêt de tout et la réclusion volontaire ? Mais à la charge de qui ? Je te le demande. Alors le suicide ?... Bref. Le cauchemar un peu pour de vrai, quand même. Mais passons. Oui, de toute façon, dans la vie, il n'y a que ça ; on ne peut compter que là-dessus : passer.
(Tant pis. J'aurai fait l'essai.)
Aux suivants...
(O.K.)
cf. le monde aura passé notre tour
(Tant pis. J'aurai fait l'essai.)
Aux suivants...
(O.K.)
cf. le monde aura passé notre tour
2010-09-09
des vrais défauts
Pendant que j'étais à admirer le côté curieux, déconcertant de Cézanne que je ressens depuis nombre d'années, arrive Renoir. Mais mon enthousiasme n'est que de la Saint-Jean à côté de celui de Renoir, Degas lui-même qui subit le charme de cette nature de sauvage raffiné, Monet, tous... sommes-nous dans l'erreur ?... je ne le crois pas... Les seuls qui ne subissent pas le charme, sont justement des artistes ou des amateurs qui par leurs erreurs nous montrent bien qu'un sens leur fait défaut. Du reste, ils évoquent tous logiquement des défauts que nous voyons, qui crèvent les yeux, mais le charme... ils ne le voient pas... Comme Renoir me le disait très justement, il y a un je ne sais quoi d'analogue aux choses de Pompei si frustes et si admirables...
(C.P.)
(C.P.)
2010-09-05
J'aime le j'aime-j'aime pas de Robbe-Grillet
Version audiovisuelle, raccourcie :
Version texte, intégrale :
J'aime la vie. Je n'aime pas la mort.
Pourtant, j'aime assez ce qui demeure immobile (j'aime les chats, je n'aime pas les chiens).
J'aime l'impression d'éternité, les vieilles demeures de province au décor immuable, les lourds velours rouges passés depuis toujours, la mousse dans les allées, les carpes entre deux eaux dans les bassins.
Je n'aime pas le téléphone, je n'aime pas la voiture. J'aime les longs voyages en chemin de fer: Paris-Bucarest, New York-Los Angeles, Istanbul-Téhéran, Moscou-Khabarovsk.
J’aime aussi marcher, dans les rues ou à travers la campagne. J'aime les automnes humides et doux, les feuilles brunes luisantes de pluie, en l’épais tapis spongieux sur les chemins.
Je n'aime pas le bruit. Je n'aime pas l'agitation. J'aime les belles voix. Je déteste les cris.
J'aime les foules joyeuses. Je n'aime pas ce qui plaît aux foules. Je ne fais pas confiance aux masses populaires.
J'aime les jours où je me sens plus intelligent, plus instruit, plus aigu. J'aime apprendre. J'aime enseigner.
Je n'aime pas faire une conférence après un bon repas. [J'aime le vin rouge. Je n'aime pas le scotch. J'aime la langue française.
J'aime la vie. J'aime la littérature.
Je n'aime pas... Points de suspension. Je n'aime pas penser à ce que je n'aime pas.
J'aimais la voix de Roland Barthes.]
J'aime bien les petites filles, surtout si elles sont jolies, je n'aime pas trop les petits garçons.
J'aime le joli. Je n'aime pas trop la mode du laid.
J'aime dire ce que je pense, surtout si cela ne se dit pas. [Je n'aime pas les militants, quelle que soit leur tendance.]
J'aime connaître la règle. Je n'aime pas la respecter.
[J'aime ce qui est petit. J'aime les rues de New York, les grands paysages de l'Ouest américain. Je n'aime pas les grands mots.
J'aime comprendre. J'aime analyser les choses.] J'aime connaître les théories, littéraires ou scientifiques.
J'aime la liberté. Je n'aime pas le gaspillage. Je n'aime pas la salade journalistique.
J'aime mon papa et ma maman. Je me méfie des psychanalystes.
J'aime bien agacer les gens, mais j'aime pas qu'on m'emmerde.
(A.R.-G.)
cf. JaimejaimEpas
Version texte, intégrale :
J'aime la vie. Je n'aime pas la mort.
Pourtant, j'aime assez ce qui demeure immobile (j'aime les chats, je n'aime pas les chiens).
J'aime l'impression d'éternité, les vieilles demeures de province au décor immuable, les lourds velours rouges passés depuis toujours, la mousse dans les allées, les carpes entre deux eaux dans les bassins.
Je n'aime pas le téléphone, je n'aime pas la voiture. J'aime les longs voyages en chemin de fer: Paris-Bucarest, New York-Los Angeles, Istanbul-Téhéran, Moscou-Khabarovsk.
J’aime aussi marcher, dans les rues ou à travers la campagne. J'aime les automnes humides et doux, les feuilles brunes luisantes de pluie, en l’épais tapis spongieux sur les chemins.
Je n'aime pas le bruit. Je n'aime pas l'agitation. J'aime les belles voix. Je déteste les cris.
J'aime les foules joyeuses. Je n'aime pas ce qui plaît aux foules. Je ne fais pas confiance aux masses populaires.
J'aime les jours où je me sens plus intelligent, plus instruit, plus aigu. J'aime apprendre. J'aime enseigner.
Je n'aime pas faire une conférence après un bon repas. [J'aime le vin rouge. Je n'aime pas le scotch. J'aime la langue française.
J'aime la vie. J'aime la littérature.
Je n'aime pas... Points de suspension. Je n'aime pas penser à ce que je n'aime pas.
J'aimais la voix de Roland Barthes.]
J'aime bien les petites filles, surtout si elles sont jolies, je n'aime pas trop les petits garçons.
J'aime le joli. Je n'aime pas trop la mode du laid.
J'aime dire ce que je pense, surtout si cela ne se dit pas. [Je n'aime pas les militants, quelle que soit leur tendance.]
J'aime connaître la règle. Je n'aime pas la respecter.
[J'aime ce qui est petit. J'aime les rues de New York, les grands paysages de l'Ouest américain. Je n'aime pas les grands mots.
J'aime comprendre. J'aime analyser les choses.] J'aime connaître les théories, littéraires ou scientifiques.
J'aime la liberté. Je n'aime pas le gaspillage. Je n'aime pas la salade journalistique.
J'aime mon papa et ma maman. Je me méfie des psychanalystes.
J'aime bien agacer les gens, mais j'aime pas qu'on m'emmerde.
(A.R.-G.)
cf. JaimejaimEpas
2010-08-19
2010-08-18
2010-08-17
encore un mot postsexuel
Ne plus être attiré par le sexuel (et ses dérivés directs) aussi bêtement que ces insectes par la lumière et chaleur électriques, qui viennent irrésistiblement s'y cogner, machinalement, séance tenante, affaires cessantes, indéfiniment, aveuglément, à y brûler leurs ailes, leurs nuits et jusqu'à leur vie.
(O.K.)
> crap(r)auds sexuels
(O.K.)
> crap(r)auds sexuels
2010-08-15
2010-08-08
cap
Le courage, c'est de dominer ses propres fautes, d'en souffrir, mais de n'en pas être accablé et de continuer son chemin. Le courage, c'est d'aimer la vie et de regarder la mort d'un air tranquille ; c'est d'aller à l'idéal et de comprendre le réel ; (...) c'est de ne pas subir la loi du mensonge triomphant qui passe, et de ne pas faire écho, de notre âme, de notre bouche et de nos mains, aux applaudissements imbéciles et aux huées fanatiques.
(J.J.)
(J.J.)
2010-07-31
2010-07-30
2010-07-12
à bon amateur
Pour aimer un tableau, il faut être un peintre en puissance, sinon on ne peut pas l'aimer ; et en réalité, pour aimer un film il faut être cinéaste en puissance ; il faut se dire : mais moi j'aurais fait comme ci, j'aurais fait comme ça ; il faut soi-même faire des films, peut-être seulement dans son imagination, mais il faut les faire, sinon, on n'est pas digne d'aller au cinéma.
(J.R.)
cf. l'amatueur, ou l'artiste contre-bourgeois
cf. pour une révolution amateuriste
(J.R.)
cf. l'amatueur, ou l'artiste contre-bourgeois
cf. pour une révolution amateuriste
2010-07-11
de l'infantilisme politique
(o.K.) :: 0'49''::
Extrait : Ils finissent par préférer asservir les autres, plutôt que d'être libres eux-mêmes. C'est ça le secret de la servitude volontaire, c'est cette préférence d'être dans la position du dominateur plutôt que d'être libre soi-même...
2010-07-09
lueurologique
— C'est la proposition la plus connue de Leibniz : chaque âme ou sujet (monade) est entièrement fermé, sans portes ni fenêtres, et contient le monde entier dans son fond très obscur, tout en éclairant une petite portion de ce monde, portion variable pour chacun. Le monde est donc plié dans chaque âme, mais différemment, puisqu'il y a un petit côté du pli qui est éclairé. À première vue, c'est une conception très bizarre. Mais, comme toujours en philosophie, c'est une situation concrète. (…) on lit le monde plus qu'on ne le voit.
(...)
— « si le vivant implique une âme, c'est parce que les protéines témoignent déjà d'une activité de perception, discrimination et distinction... » « la matière est textures… » : quel est le statut de ce type de propositions ?
— (…) Quand les éthologues définissent les mondes animaux, c'est d'une manière très proche de Leibniz, ils montrent qu'un animal répond à un certain nombre de stimuli, parfois très peu, qui constituent ses petites lueurs dans le fond obscur de la nature immense.
(G.D.)
cf. dès lors : niet
cf. filtre
(...)
— « si le vivant implique une âme, c'est parce que les protéines témoignent déjà d'une activité de perception, discrimination et distinction... » « la matière est textures… » : quel est le statut de ce type de propositions ?
— (…) Quand les éthologues définissent les mondes animaux, c'est d'une manière très proche de Leibniz, ils montrent qu'un animal répond à un certain nombre de stimuli, parfois très peu, qui constituent ses petites lueurs dans le fond obscur de la nature immense.
(G.D.)
cf. dès lors : niet
cf. filtre
2010-07-08
anthropométrie
L'homme est la mesure de toute chose : de celles qui sont, du fait qu’elles sont ; de celles qui ne sont pas, du fait qu’elles ne sont pas.
(P.)
cf. dès lors : niet
(P.)
cf. dès lors : niet
2010-07-03
2010-07-01
au fond, d.h. lawrence, c'est moi (1)
• La vitalité a l'attrait de la beauté, et, chez Lawrence il y avait une fontaine continuellement jaillissante de vitalité. Elle ne cessait de sourdre en lui...
• Mais la conversation passionnée de Lawrence était topographiquement lointaine, et personnellement très proche. Des horreurs toutes proches - la guerre, l'hiver, la ville - il se refusait à parler. Car il était sur le point, croyait-il, d'aller établir cette colonie d'évasion à laquelle, jusqu'à la fin, il n'a cessé de rêver. (...) Ce qui importait, c'était Lawrence lui-même, c'était le feu qui brûlait en lui, et qui rayonnait d'un éclat si étrange et si merveilleux dans presque tout ce qu'il écrivait.
Dans un journal intime que je tiens régulièrement, je lis cette note à la date du 27 décembre 1927. « Déjeuné et passé l'après-midi avec les Lawrence. D.H.L. très en forme, cause merveilleusement. Il est une des rares personnes pour qui je sens vraiment du respect et de l'admiration. Pour la plupart des autres hommes éminents que j'ai rencontrés, je sens, du moins, que j'appartiens à la même race. Mais Lawrence a quelque chose de différent et de supérieur en qualité, non en quantité.
Différent et supérieur en qualité. Je crois que presque tous ceux qui l'ont connu ont dû sentir que Lawrence était cela. Un être, comment savoir, d'un autre ordre, plus sensible, plus profondément conscient, plus capable de sentir que même les plus doués des hommes ordinaires. Il avait, sans doute, ses faiblesses et ses défauts. Il avait ses limites intellectuelles — limites qu'il semblait s'être délibérément imposées. (...)
Être avec Lawrence était une espèce d'aventure, un voyage de découvertes dans un monde neuf et différent. Car, étant lui-même d'un ordre différent, il habitait un univers différent de celui des hommes vulgaires, un monde plus intense et plus éclatant, dont, au cours de sa conversation, ils nous faisaient les honneurs. Il regardait les choses, semble-t-il, de l'oeil d'un homme qui avait été aux portes de la mort, et pour qui, à mesure qu'il émerge des ténèbres, le monde se révèle insondablement beau et mystérieux. Pour Lawrence, la vie était une incessante convalescence ; c'était comme si, chaque jour de son existence, il renaissait d'une maladie mortelle. Ce que ses yeux convalescents voyaient, ces paroles les plus insignifiantes vous le révélaient. Une promenade avec lui dans la campagne était une promenade à travers ce paysage miraculeusement riche et chargé de sens qui est à la fois l'arrière-plan et le personnage principal de tous ses romans. Il paraissait savoir, par expérience personnelle, ce que signifiait être un arbre, ou une pâquerette, où une vague qui se brise, ou même la lune mystérieuse. Il pouvait entrer dans la peau d'un animal et vous dire, avec les détails les plus convaincants, ce qu'il sentait, et comment, obscurément, inhumainement, il pensait. De Suzanne-à-l'Oeil-Noir, par exemple, la vache de son ranch au Nouveau-Mexique, il ne se lassait pas de parler, pas plus que je ne me lassais d'écouter la description de son caractère et de sa philosophie bovine.
« Il voit, me disait un jour Vernon Lee, plus qu'un être humain ne devrait voir. Peut-être, ajouta-t-elle,
est-ce pourquoi il déteste tant l'humanité. » C'est pourquoi, aussi, il l'aimait tant.
(A.H.)
• Les relations humaines constituent la matière première de l'oeuvre de D.H. Lawrence, par l'intensité avec laquelle elles révèlent la circulation d'énergie entre les êtres humains. Nourri de rencontres et à la fois profondément solitaire — de la solitude du visionnaire et du misanthrope en même temps, (...) Lawrence erre, se frotte à d'autres peuples, d'autres climats, et son regard toujours pénétrant en retire des observations d'une grande sagacité sur l'autre culturel et l'autre amical, sans jamais que son périple ne le satisfasse ni ne le conduise à adhérer au monde. Cette insatisfaction imprègne également ses rapports humains, placée sous le double signe d'une empathie profonde et d'un esprit critique acéré (...).
(...) Fougueux et emporté dans ses lettres comme dans son oeuvre et dans sa vie, Lawrence qui nous apparaît ici est tranchant et vulnérable à la fois, incapable de ne pas déchaîner sa véhémence contre ses proches tout en ayant (...) besoin de leur soutien et de leur affection. (...)
Car Lawrence lutte avant tout contre lui-même : « La seule aventure est une question de lutte intérieure avec soi-même. » Or Lawrence est las de la « vie intérieure », il fustige ce narcissisme délétère chez M. comme ferment de faiblesse (...) « D'une façon ou d'une autre, vous n'avez pas été assez homme. » Lawrence s'immisce dans la vie intime de ses amis, (...) avec une âpreté déconcertante : c'est comme si, dès lors qu'il avait reconnu en eux une étoffe proche de la sienne, la frontière qui les séparait s'était dissoute, l'autorisant à émettre des conseils qui sonnent parfois comme autant de jugements. Ce faisant, il passe outre à la réserve habituellement observée entre amis. Mais il le sait, et agit ainsi par conviction qu'il peut « aider les gens à avoir foi ». (...)
« Autrement dit, les lettres qu'il aimait à écrire ou à lire était celles qui se gardaient de l'ennui et diffusaient une sorte d'énergie vitale. » (...) Lawrence se soucie très peu des formes épistolaires et, là comme dans son oeuvre, rejette les jougs qui pèsent habituellement sur cette forme d'expression. Cet impératif l'amène parfois à outrepasser les limites de ce qu'il est possible de dire à un ami, peut-être car on ne devrait pas non plus se le dire à soi-même. À trop vouloir changer les autres et le monde, on n'en vient parfois à ne pas se ménager suffisamment. « Je suis un être fastidieux pour moi-même et pour les autres. » Tant il est vrai que l'on ne peut rien pour autrui qu'il ne veuille d'abord pour lui-même. Ainsi, l'idéal d'une vie commune est venu heurter l'affirmation courageuse de la vie en soi que Lawrence encourage chez ses proches, selon des lignes qu'il dicte parfois de façon autoritaire. Cette tendance cohabitant toujours avec un profond renoncement à la volonté, car « la vie et par elle-même source de vie », et une acceptation émerveillée de ce qui est . (...) « (...) Il me semble que tout ce qu'il écrit (...) a de l'importance. Et, en somme, ce que nous lui reprochons est encore un signe de vie. C'est un homme vivant. »
• Ne faisant pas de distinction entre l'art et la vie, Lawrence veut être porteur de renouveau en art mais surtout faire advenir le « nouveau » dans la trame même de la vie. (...)
(E.A.)
• Mais la conversation passionnée de Lawrence était topographiquement lointaine, et personnellement très proche. Des horreurs toutes proches - la guerre, l'hiver, la ville - il se refusait à parler. Car il était sur le point, croyait-il, d'aller établir cette colonie d'évasion à laquelle, jusqu'à la fin, il n'a cessé de rêver. (...) Ce qui importait, c'était Lawrence lui-même, c'était le feu qui brûlait en lui, et qui rayonnait d'un éclat si étrange et si merveilleux dans presque tout ce qu'il écrivait.
Dans un journal intime que je tiens régulièrement, je lis cette note à la date du 27 décembre 1927. « Déjeuné et passé l'après-midi avec les Lawrence. D.H.L. très en forme, cause merveilleusement. Il est une des rares personnes pour qui je sens vraiment du respect et de l'admiration. Pour la plupart des autres hommes éminents que j'ai rencontrés, je sens, du moins, que j'appartiens à la même race. Mais Lawrence a quelque chose de différent et de supérieur en qualité, non en quantité.
Différent et supérieur en qualité. Je crois que presque tous ceux qui l'ont connu ont dû sentir que Lawrence était cela. Un être, comment savoir, d'un autre ordre, plus sensible, plus profondément conscient, plus capable de sentir que même les plus doués des hommes ordinaires. Il avait, sans doute, ses faiblesses et ses défauts. Il avait ses limites intellectuelles — limites qu'il semblait s'être délibérément imposées. (...)
Être avec Lawrence était une espèce d'aventure, un voyage de découvertes dans un monde neuf et différent. Car, étant lui-même d'un ordre différent, il habitait un univers différent de celui des hommes vulgaires, un monde plus intense et plus éclatant, dont, au cours de sa conversation, ils nous faisaient les honneurs. Il regardait les choses, semble-t-il, de l'oeil d'un homme qui avait été aux portes de la mort, et pour qui, à mesure qu'il émerge des ténèbres, le monde se révèle insondablement beau et mystérieux. Pour Lawrence, la vie était une incessante convalescence ; c'était comme si, chaque jour de son existence, il renaissait d'une maladie mortelle. Ce que ses yeux convalescents voyaient, ces paroles les plus insignifiantes vous le révélaient. Une promenade avec lui dans la campagne était une promenade à travers ce paysage miraculeusement riche et chargé de sens qui est à la fois l'arrière-plan et le personnage principal de tous ses romans. Il paraissait savoir, par expérience personnelle, ce que signifiait être un arbre, ou une pâquerette, où une vague qui se brise, ou même la lune mystérieuse. Il pouvait entrer dans la peau d'un animal et vous dire, avec les détails les plus convaincants, ce qu'il sentait, et comment, obscurément, inhumainement, il pensait. De Suzanne-à-l'Oeil-Noir, par exemple, la vache de son ranch au Nouveau-Mexique, il ne se lassait pas de parler, pas plus que je ne me lassais d'écouter la description de son caractère et de sa philosophie bovine.
« Il voit, me disait un jour Vernon Lee, plus qu'un être humain ne devrait voir. Peut-être, ajouta-t-elle,
est-ce pourquoi il déteste tant l'humanité. » C'est pourquoi, aussi, il l'aimait tant.
(A.H.)
• Les relations humaines constituent la matière première de l'oeuvre de D.H. Lawrence, par l'intensité avec laquelle elles révèlent la circulation d'énergie entre les êtres humains. Nourri de rencontres et à la fois profondément solitaire — de la solitude du visionnaire et du misanthrope en même temps, (...) Lawrence erre, se frotte à d'autres peuples, d'autres climats, et son regard toujours pénétrant en retire des observations d'une grande sagacité sur l'autre culturel et l'autre amical, sans jamais que son périple ne le satisfasse ni ne le conduise à adhérer au monde. Cette insatisfaction imprègne également ses rapports humains, placée sous le double signe d'une empathie profonde et d'un esprit critique acéré (...).
(...) Fougueux et emporté dans ses lettres comme dans son oeuvre et dans sa vie, Lawrence qui nous apparaît ici est tranchant et vulnérable à la fois, incapable de ne pas déchaîner sa véhémence contre ses proches tout en ayant (...) besoin de leur soutien et de leur affection. (...)
Car Lawrence lutte avant tout contre lui-même : « La seule aventure est une question de lutte intérieure avec soi-même. » Or Lawrence est las de la « vie intérieure », il fustige ce narcissisme délétère chez M. comme ferment de faiblesse (...) « D'une façon ou d'une autre, vous n'avez pas été assez homme. » Lawrence s'immisce dans la vie intime de ses amis, (...) avec une âpreté déconcertante : c'est comme si, dès lors qu'il avait reconnu en eux une étoffe proche de la sienne, la frontière qui les séparait s'était dissoute, l'autorisant à émettre des conseils qui sonnent parfois comme autant de jugements. Ce faisant, il passe outre à la réserve habituellement observée entre amis. Mais il le sait, et agit ainsi par conviction qu'il peut « aider les gens à avoir foi ». (...)
« Autrement dit, les lettres qu'il aimait à écrire ou à lire était celles qui se gardaient de l'ennui et diffusaient une sorte d'énergie vitale. » (...) Lawrence se soucie très peu des formes épistolaires et, là comme dans son oeuvre, rejette les jougs qui pèsent habituellement sur cette forme d'expression. Cet impératif l'amène parfois à outrepasser les limites de ce qu'il est possible de dire à un ami, peut-être car on ne devrait pas non plus se le dire à soi-même. À trop vouloir changer les autres et le monde, on n'en vient parfois à ne pas se ménager suffisamment. « Je suis un être fastidieux pour moi-même et pour les autres. » Tant il est vrai que l'on ne peut rien pour autrui qu'il ne veuille d'abord pour lui-même. Ainsi, l'idéal d'une vie commune est venu heurter l'affirmation courageuse de la vie en soi que Lawrence encourage chez ses proches, selon des lignes qu'il dicte parfois de façon autoritaire. Cette tendance cohabitant toujours avec un profond renoncement à la volonté, car « la vie et par elle-même source de vie », et une acceptation émerveillée de ce qui est . (...) « (...) Il me semble que tout ce qu'il écrit (...) a de l'importance. Et, en somme, ce que nous lui reprochons est encore un signe de vie. C'est un homme vivant. »
• Ne faisant pas de distinction entre l'art et la vie, Lawrence veut être porteur de renouveau en art mais surtout faire advenir le « nouveau » dans la trame même de la vie. (...)
(E.A.)
2010-06-30
2010-06-29
détournier
Mon propos n'est pas d'innover dans la forme, mais de faire passer dans une forme aussi traditionnelle, préservée et rassurante que possible une matière ne possédant aucune de ces qualités.
(M.T.)
(M.T.)
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