N'en jetons presque plus ! Trions, reprenons, détournons.
L'essentiel est presque bien dit et redit, en long, en large...
Reprenons serré, de travers, à travers.
Par les moyens d'avenir du présent. Pour le présent de l'avenir.
(OTTO)KARL

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2009-09-03

lentier

« As-tu pensé à ce que tu vas devenir ? »
C'était une conspiration.
« Il ne s'agit pas de se laisser vivre. » (...)
On me pressait de travailler, de prendre un métier et je laissais les jours s'enfuir sans faire un geste, sans prendre une décision, comme s'il fallait, pour que mûrisse le fruit de ma vie, que je demeure immobile et vacant. (...)
[L'Oeuvre, de Zola] me racontait l'histoire d'un peintre [Claude Lantier] et comment il se faisait manger par la peinture, comment il y sacrifiait une femme et un enfant pour se pendre enfin devant une grande toile inachevée.
C'était à dégoûter n'importe qui de la peinture. Je n'en perdis pas un mot. (...) J'apprenais qu'il y avait une peinture officielle, noire, pompeuse, « aux jus recuits » et quelques fous ivres de couleur. J'étais évidemment du parti des fous. D'instinct, je me servais de tons francs; j'aimais la joie. J'allais donc souffrir comme Claude Lantier, martyriser les femmes, mourir de misère et me faire refuser à tous les salons. Affreux destin. J'en restais tout pantelant.
Adèle, qui ne voyait rien, remarqua mes allures mornes. Claude Lantier, au plus noir de son découragement, pensait que le bonheur c'eût été de travailler de ses mains comme maçon ou charpentier. Je résolus de suivre son conseil et me proposai à l'entrepreneur Fouguerot. (...) il me prit tout de suite. (...)
Et je pensais que Lantier avait raison. Tout le jour, je piochais, creusais des fondations. La pelle et la pioche m'allaient mieux que les pinceaux. La bonne faim au dîner et au souper, les grands coups de rouge et les gamelles de solide préparées par Adèle. Je ne pensais à rien, simple outil : je travaillais sans peine, ne sentais pas la fatigue et, le soir venu, dormais dans le bon écrasement du corps. Le lendemain matin, j'étais frais et puissant et partais travailler sans l'ombre de mélancolie. J'étais heureux.
Adèle ne s'étonnait pas de me voir ouvrier. Elle ignorait l'ambition sociale...
(J.P. - VPI190-2)
cf. si-non gagner sa vie

2009-09-02

autrement métier

Au fond, c'était une bonne enfance. On m'aimait bien, je rendais service. J'étais fier de ma force et je ne faisais jamais rien qui m'ennuyât.
César, malgré ses efforts, n'était jamais parvenu à m'imposer une discipline. (...) Il me répétait constamment que je devais choisir un métier et me préparer dès à présent à l'exercer. Ces paroles n'avaient pas d'importance. (...) Moi qui aimais tant la liberté, je n'imaginais même pas qu'elle eût un prix, et qu'il fallait la défendre.
« Tu vois, tous les autres travaillent, disait César. Moi, j'ai travaillé toute ma vie (...) Adèle travaille; tu dois travailler. »
Je ne répondais pas. César m'étourdissait. Je ne savais pas opposer des mots à des mots. Pourquoi « travailler » avait-il un son si menaçant dans sa bouche ? Je n'avais peur d'aucun effort. Forger, labourer, vendre des livres ou distribuer des billets de chemin de fer, c'étaient de bons boulots qui me plaisaient, mais tous à la fois. Quand j'avais tenu la barre que Ladeuil martelait, je filais chez Lorne et montais sur l'échelle pour prendre un livre dans le dernier rayon (Lorne avait le vertige). L'après-midi, j'aidais les Colas à faner. À la fin du jour, je m'étais bien agité.
César s'en rendait compte :
« Tu cours partout, tu aides tout le monde, mais si tu restes une demi-heure à droite, une demi-heure à gauche, jamais on ne te paiera ! » C'était vrai. On ne me payait pas; mais chez les Colas, à la saison des fruits, je prenais tout ce que je voulais. Je ne demandais pas; on ne me disait pas : « Prends »; cela paraissait naturel. Chez Lorne, je lisais les livres. Chez Ladeuil, je m'amusais à fabriquer des piquets des fer pour attacher les vaches à Colas. Boubée, le pharmacien, m'envoyait porter un flacon chez un médecin ou chercher une bonbonne à la gare et je plongeais la main dans les bocaux de guimauve et de goudron-tolu.
Bien sûr que si ma vie ne s'était pas orientée autrement, je serais parvenu à vivre ainsi, toujours libre, toujours utile. J'aurais mangé chez l'un ou chez l'autre, bu des canons un peu partout. Il y a toujours assez de pantalons et de vestes pour tout le monde. La campagne est un vaste réservoir; je me serais emparé de tous les trop-pleins. Trop de lapins dans cette nichée ? Je les prends; ma chatte les nourrira, et l'herbe des chemins. Il y a toujours des pommes sur les arbres, du lait au pis des vaches, des lièvres au collet. À l'automne, la femme du garde-chasse me fait goûter le civet.
Je sais que je passe pour un vieux con quand je vante la vie d'autrefois mais on n'a aucune idée de la tranquillité de ces petits pays. On n'aimait pas donner de l'argent mais je n'en demandais pas. Il y a du bois dans la forêt; les braises se conservent sous la cendre. On souffle; ça repart; il fait chaud. Les murs sont épais; la cheminée est grande. Je dors à la nuit et je m'éveille à l'aube. Quand il pleut, on épluche les châtaignes, on égrène le maïs ou on dort dans le foin. J'aide le tonnelier et j'emmène un vieux fût de cinquante-cinq; je vendange chez l'Astruc et je remplis mon fût. En voilà pour un petit mois. Il y a du vin, de l'herbe et du bois pour tout le monde. (...)
Je ne me serais pas marié. Pourquoi faire des mômes ? Ceux des autres sont gentils et tout drôles; les femmes sont partout. Je les aurais toutes connues. Avec moi, ça n'aurait pas tiré à conséquence et ça aurait fait plaisir.
J'aurais peint quand même, sûrement; c'est dans ma peau. J'aurais donné les toiles. J'allais dans les châteaux tout aussi bien. Le curé me respectait comme l'oiseau des champs. Vieux, tout le pays m'aidait. J'en suis sûr. Je les ai vu nourrir une vieille chouette impotente et mauvaise. C'est de sortir l'argent qui rend les gens méchants. C'est ça qui a failli me rendre enragé. Vieux et solide comme je suis, j'aurais eu tous les jeunes autour de moi, à me faire raconter toutes mes histoires.
Suffit. Ça ne s'est pas passé comme ça.
(J.P. — VPI57-9)
cf. vers la fin du travaliénant

2009-08-31

si-non gagner sa vie ?

« Tu ne peux pas rester les bras ballants sans rien faire, à vivre dans un monde coupé des réalités » se fait-il fréquemment reprocher. (B.S.)

(B.S.)(A.V.)(o.K) :: 3'55''::

cf. pour une « dénaturalisation » du travail 
cf. vers la fin du travaliénant
cf. lentier
cf. vin nouveau
cf. que dédale
cf. temps, tant de vie possible

2009-08-30

tant et temps de vie possible

Le « choix » se fait entre vendre son temps de vie, ou le vivre.
(o.K.)

Mais pourtant (...) je pensais que la grâce pouvait être accordée à celui qui scandalise et non à celui qui se soumet. Je voulais échapper à cette mortification que je sentais. (...) J'ai senti le tambour du sang dans mes artères. Ce fut le signal de la grande « dételée » qui dure toujours. J'allais pouvoir faire ce que je voulais ; personne ne me prendrait mon temps. (...) les enseignants que j'ai eus étaient tournés vers le passé. Je voulais que l'on me raconte l'histoire de l'immédiateté du monde (...) On ne peut rien contre un type (...) qui fuit l'asservissement dans lequel des maîtres qui baragouinent en latin de cuisine veulent le maintenir. (..) J'ai toujours eu une confiance dans mon caractère abrupt, comme un personnage qui émerge du chaos originel. (...) Il y a bien eu des tentations familiales pour me ramener dans la pleine « lumière des réalités », comme on disait à l'époque. (...) [L'époque était] qualifiée de « moderne ». Mais tellement outrageusement « moderne » qu'elle en devenait comique. (...) À [vingt-quatre] ans, je décide de prendre des vacances actives. À vie. Plus personne n'allait m'obliger à faire ce que je ne voulais pas faire. Jamais je ne rentrerai dans aucun système. Quel qu'en soit le prix. (...) Tout ce qui aurait pu passer aux yeux des autres pour des privations, pour moi n'en furent pas. (...) Mon seul risque à moi — comme à ceux de ma génération — c'est de nous faire voler notre temps, notre vie par le système. (...) Le risque subi est pire que le risque choisi. (...) C'est ça qu'il fallait faire, c'est là qu'était le risque, le défi, le danger mais aussi le progrès, l'aventure. C'est ça qui explique qu'on se batte, c'est ça qui donne de l'âme. (...) Mon devoir à moi, c'est l'exigence morale que je me propose. (...) c'est un métier, un métier dans le joli sens du terme : un métier, pour moi, n'est pas fait pour gagner de l'argent mais pour gagner de l'honneur. (...) Moi j'aime les gens qui ont le goût de l'excellence : puisqu'il faut faire, faisons avec passion.
(O.d.K.)
cf. l'or du temps colonisé
cf. quel temps perdu
cf. prendre le taureau, pas les cornes
cf. si-non travailler ?

2009-08-04

quelques voies d´accès au réel (singulier)

[joie] / ivrognerie / animalité / « folie » / souffrance / métaphore / musique /

(C.R.)(N.D.)(R.E.)(o.K) :: 13´21::

2009-08-03

filosophe

Mais il arrive que des gens très simples [la] tiennent : des ouvriers, des paysans. Cela leur fait une vie passionnante. Au lieu qu'un intellectuel est très exposé à s'ennuyer. Ce serait peu : cela leur fait une vie véridique. Au lieu qu´un intellectuel comme vous et moi, est extrêmement exposé à glisser d´erreur en erreur. Car enfin nous avons saisi un nouveau caractère de cette merveille : c'est qu´elle n´est pas tellement naturelle et spontanée. Nous tenons très bien la vérité tant que nous ne la considérons pas – tant que nous ne cherchons pas à la regarder de trop près.
[On ne peut pas éviter de la perdre.] Tout ce qu'on peut attendre, c'est qu'en poussant l'enquête assez loin, assez patiemment, elle se reformera en nous (...). Si un peu de réflexion nous écarte de la merveille, beaucoup de réflexion nous y ramène : la reconstitue en nous, lui fait son lit. Pour le reste, je suppose que la seule solution est de la garder en nous, sans trop y songer, bien entendu sans la dire. Comme une sorte de secret. Imaginez quelqu´un qui saurait l´avenir. Il voit autour de lui les hommes qui s'agitent, qui bavardent, qui font des projets. Et lui prend part aux projets, aux causeries, à l´agitation. Mais en même temps il sait à quoi s´en tenir : quels sont ceux des projets qui aboutiront, ceux des hommes qui ressembleront à leurs propos ; dans quel abîme d'insignifiance et d'oubli vont se précipiter les amours, les décisions, les rêves, les ordres. Eh bien, nous sommes tous cet homme-là. Nous en savons même bien plus que lui. Nous n´avons même pas besoin de savoir ce qui arrivera. Nous savons ce qui existe, et qui est quelque chose de beaucoup plus fantastique et merveilleux que tout ce qui peut arriver encore. Ou plutôt nous savons que tout ce qui arrivera n´est qu´une autre forme, un autre accident de cette terrible réalité. C´est mieux que si nous le savions par avance. Nous savons comment nous le comprendrons. Nous savons dès maintenant ce que ce sera pour nous.
(J.P.)

> philosofi!
> demeurer cochon ?

2009-07-06

déhouellebecqter


(o.K.) :: 0'47''::
cf. les deux voies/voix de la conscience tragique
cf. N(ième) le maudit

les deux voies/voix de la conscience tragique


(C.R.)(o.K.) :: 4'58''::
cf. fatalisme =/= tragique
cf. du pessimisme au tragique

le B.A.-BA philosophique

(C.R.)(A.M.)(R.E.)(o.K.) ::11'59''::

Car ce qui existe existe, et ce qui n'existe pas n'existe pas. Tu ne forceras jamais ce qui n'existe pas à exister.
(P.)
« Monde vrai » et « monde de l'apparence » , traduisez : monde inventé par le mensonge et réalité... Le mensonge de l'idéal fut jusqu'ici l'anathème jeté sur la réalité, et l'humanité même est en devenue mensongère et fausse — jusque dans ses instincts les plus profonds — (...) À envisager (...) les raisons pour lesquelles on a jusqu'ici « moralisé » et « idéalisé » : l'histoire cachée des philosophes, la psychologie de leurs grands noms, m'est apparue sous son vrai jour. — Quelle dose de vérité un esprit sait-il supporter, sait-il risquer ? Voilà qui, de plus en plus, devint pour moi le vrai critère des valeurs. L'erreur (la croyance en l'idéal) n'est pas aveuglement, l'erreur est lâcheté...
(F.N. — EH 0§2&3)

cf. l'idée philosophe de clément rosset

2009-07-05

les métamorphoses de l'esprit nietzschéen

Sans compter le nietzschéo-nietzschéisme, scolaire, ou le faux nietzschéisme, imbécile, j'ai relevé aux moins deux sortes de nietzschéisme : l'un qui court les rues (en particulier de la (meilleure) jeunesse), le nietzschéisme de minuit (allant de la nuit à la nuit), nietzschéisme nihiliste, donc inabouti, celui du ressentiment (souvent arrogant) ; et l'autre, infiniment rare et précieux, mûri, le nietzschéisme de midi (sans ombre), de la « heiterkeit » (belle humeur), le nietzschéisme solaire.
(o.K.)