N'en jetons presque plus ! Trions, reprenons, détournons.
L'essentiel est presque bien dit et redit, en long, en large...
Reprenons serré, de travers, à travers.
Par les moyens d'avenir du présent. Pour le présent de l'avenir.
(OTTO)KARL

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2010-05-07

filtre

C'est ce qui a généré tant de crises, d'incompréhensions... C'est ce dont j'aurais voulu te parler, d'ailleurs. Des différentes intelligences. Non pas directement supérieures ni inférieures, mais déjà différentes. Voilà pourquoi on aurait parlé d'animaux, etc.
(O.K.)

[Article] que j'ai pas encore lu entièrement, mais qui recoupe franchement une réflexion que je développe depuis quelque temps, autour d'une notion que je reformule gaiment : l'intelligence. Bref, on en reparlera, je crois que ça me devient une notion centrale. Et qui débloque à peu près tout : niveau éthique, et même évaluation éthique contre jugement moral. Mais passons, pour le moment.
(O.K)

D - Je survole pas autant que tu veux bien le croire. Je peux juste pas me pencher sur tout. (...) Après, y a des trucs qui, pour toi, paraissent essentiels, et qui m'interpellent moins, tout simplement.
OK - Analyse qui renvoie précisément à ce que j'appelle de plus en plus l'intelligence. Que je reformule en termes qualitatifs, différentiels, et non plus quantitatifs, hiérarchiques, comme l'implique la coutume.
(O.K)

Et peut-être parce que j'ai tort, d'un certain point de vue, autre que le mien – autrement dit d'intelligence divergente. (...)
Quant à la notion d'intelligence, je pars en fait de son étymologie supposée, la fait rejoindre une métaphore deleuzienne, celles des lignes, de paquets de lignes composant chaque rapport au monde individuel, et peu à peu je découvre qu'elle est en puissance chez d'autres penseurs, évidemment, qu'elle affleure souvent, même ! mais sans jamais prendre, oser prendre ce nom. À ma connaissance. (Je crois qu'on est intimidée par sa traditionnelle connotation hiérarchique, dont il faudrait faire la peau.) C'est comme pour mon concept d'esthéthique : un peu partout on s'empêtre à parler d'esthétique en la liant à l'éthique ou au politique, attention c'est lié, blabla, ou à dire « le style c'est l'homme », etc., sans jamais aller « au bout » et passer, par exemple, par cette conceptualisation toute simple, certes un peu cavalière étymologiquement. Il y en a un, que j'ai découvert récemment : Paul Audi, qui introduit ce qu'il appelle la théorie esth/éthique. Wouaw. Bien vu. Mais je crois, a priori, sans vraiment la connaître, que sa notion ne recouvre pas tout à fait la mienne. Pas tout à fait la même intelligence, donc, mais tout naturellement.
(O.K.)

• D - (...) Maintenant, je peux pressentir lorsque quelque chose n'est pas à mon goût, mais pourrait le devenir. Une sorte d'avant-garde de mon existence...
OK - Alors oui : intelligence. Intelligence à soi-même, en l'occurrence. Un dépli de l'intelligence, comme je dis. Et c'est en trouvant cette expression qui me semblait la plus adéquate — à mon intuition —, que je me suis dit : mais merde! Leibniz par deleuze !... Que je ne connais pas. Et en effet, après rapide renseignement, je crois que ça peut se rejoindre, et coller. Mais a priori Leibniz parle plutôt d'âme, que d'intelligence. D'où ma mission, tu devines.
(O.K.)

... le vocabulaire en philosophie (...) implique tantôt l'invocation de mots nouveaux, tantôt la valorisation insolite de mots ordinaires... (G.D.)
si ce n'est leur détournement. (O.K.)

cf.  lueurologique
cf. dès lors : niet

2010-05-06

d'écrire

Mais je crois vraiment que, pour écrire, il ne faut pas être paresseux et c'est justement l'une des difficultés d'écrire. Écrire est une jouissance, mais en même temps une jouissance difficile parce qu'elle doit traverser des zones de travail très dures, avec les risques que cela comporte : envies et menaces de paresse, tentations d'abandonner, fatigues, révoltes. (...) Et, effectivement, si l'on est fondamentalement paresseux, ou si l'on a décidé de l'être, ce qui se conçoit et se défend très bien, on ne peut pas écrire.
(R.B.)

2010-05-03

actualituer

Mais au-delà de ça, de voir ce blog, (trop) bien fait mais dont l'intérêt du contenu me file entre les doigts, lire son digne et bon édito, qui se vante de 30 000 lecteurs par mois... me fait faire un pas de plus, et bien pesé, vers mon désir grossissant de tout arrêter — avec l'actualité. Je ressens ça depuis un certain temps, cette montée. Par exemple avec mes voisins, déjà, et à cause d'eux ? (Deux d'entre eux, dont un, surtout, qui m'a exténué et qui pour l'heure a disparu on ne sait comment.) Mais déjà tous les gens que je croise par ailleurs, et les blogs, légion, avec ces multiples traitements commentateurs m'as-tu-vu de l'actu (autres que sur lepostier.fr), de jeunesse rebelle critique, auxquels des liens amicaux me renvoient sans cesse, inlassablement (...) Alors non, moi, ne plus parler, ne plus discuter d'actualité, ne plus rien avoir affaire avec ; ne plus la discuter, surtout ; ne plus lui faire cet honneur, en quelque sorte ; qu'elle gèle sur place! comme disait nietzsche de la morale. Il semble, oui, que j'en arrive à ce point, si j'y suis pas déjà, à ce point où...

C'est la guerre, mais la guerre sans poudre et sans fumée, sans gesticulations martiales, sans pathos et sans membres rompus - car tout cela serait encore de « l'idéalisme ». Les erreurs, l'une après l'autre, sont ignorées avec un mépris glacial, [l'actualité] n'est pas réfuté[e] - [elle] gèle ... Ici, par exemple, « le génie » meurt de froid ; un peu plus loin, c'est « le saint » qui est gelé ; le « héros » grelotte sous une épaisse calotte de glace ; à la fin, la « foi », la prétendue « conviction » est prise par les glaces - et la « pitié » aussi se refroidit singulièrement - presque partout, se congèle [l'actualité]...
(...) [Elle] n'est pas attaquée ; tout simplement, elle n'entre plus en ligne de compte. (F.N.)[O.K]

C'est mon « désir de neutre », après (celui de) barthes, de soldat couché dans la neige, sentant et pendant que la Terre tourne. Néanmoins :

Le désir de neutre n'est [peut-être] qu'une traversée : je traverse le neutre, mais peut-être demain il y aura un autre désir, et donc je traverserai autre chose. (...) Pour le moment, en moi, le neutre est purement réactif. (J'emploie un vocabulaire nietzschéen.) (...) Par exemple, petite anecdote : il y a huit ou 15 jours, j'ai reçu un livre, par la poste, de quelqu'un que je ne connais absolument pas — ce qui est normal, presque quotidien. Et hier, c'est-à-dire 15 jours après, hier ou avant-hier, ce quelqu'un m'a téléphoné pour me demander ce que je pensais de son livre. Et s'est levé aussitôt en moi, alors que j'avais le téléphone à l'oreille, encore, (...) s'est levé en moi, immédiatement, le désir du neutre. C'est-à-dire le désir de ne pas lire le livre, le désir de n'en rien penser, le désir de ne pas savoir ce que j'en pense, et le désir, si j'en pense quelque chose, de ne pas le dire. C'est-à-dire, au fond, s'est levé en moi le désir de ne pas désirer. Ou le droit de ne pas désirer. (...) Donc je traverse le neutre... (R.B.)

Je ne discute pas, je ne critique pas, je ne juge pas, — seulement, je m'en irai. C'est le seul mouvement qui dit tout, sans rien dire. (H.T.)

J’avais primitivement l’intention de répondre à de nombreuses critiques, et, en même temps, d’expliquer quelques questions très simples, totalement obscurcies par la lumière moderne (...) ; mais j’ai eu l’imprudence de lire ce matin quelques feuilles publiques ; soudain, une indolence, du poids de vingt atmosphères, s’est abattue sur moi, et je me suis arrêté devant l’épouvantable inutilité d’expliquer quoi que ce soit à qui que ce soit. Ceux qui savent me devinent, et pour ceux qui ne peuvent ou ne veulent pas comprendre, j’amoncèlerais sans fruit les explications. (C.B.)

(...)
Je (me) recommande bien plutôt, par exemple, les cours de barthes (enregistrés) au collège france, sur « comment vivre ensemble » (1976-77) et « le (désir de) neutre » (1977-78), précisément. Et là, je ne sais comment insister assez... mais n'insistons pas ; n'insistons plus. Avec moi le déluge.
(O.K.)

cf. en attendant, que n'ai-je... 
cf. s'administrer
cf. à courant d'avance 

2010-05-01

voilà tout

J'ai connu un homme qui a donné vingt ans de sa vie à une étourdie, qui lui a tout sacrifié, ses amitiés, son travail, la décence même de sa vie, et qui reconnut un soir qu'il ne l'avait jamais aimée. Il s'ennuyait, voilà tout, il s'ennuyait, comme la plupart des gens. Il s'était donc créé de toutes pièces une vie de complications et de drames. Il faut que quelque chose arrive, voilà l'explication de la plupart des engagements humains. Il faut que quelque chose arrive, même la servitude sans amour, même la guerre, ou la mort.
(A.C.) (merci à djkl qui remercie g.)

2010-04-22

intracession

Finalement, personne ne peut tirer des choses, y compris des livres, plus qu'il n'en sait déjà. Ce à quoi l'on n'a pas accès par une expérience vécue, on n'a pas d'oreilles pour l'entendre.
(F.N. - EH 3§1)

Comprendre vraiment, c'est avoir déjà compris.
(O.k.)

... chaque fois qu’on ouvre un grand philosophe, on s’aperçoit qu' (...) il parle de très peu d’auteurs, d’abord. Et ensuite, ceux dont il parle, c’est pas tellement sûr qu'il les ait lus — c’est pas son problème. Alors, si vous y réfléchissez (...) c’est grotesque cette idée qu’on puisse emprunter des idées à un livre.  (...) dès qu’on se lance dans cet élément, c’est curieux, on entre dans un élément qui est complètement inconsistant... Vous savez, moi je crois que les livres, ça sert à tout sauf précisément à leur emprunter des idées. Je sais pas à quoi ça sert ! Mais ça sert à quelque chose, ça sûrement. On peut emprunter à un livre, tout ce qu’on veut (...), mais on peut pas lui emprunter la moindre idée ! Ça va pas, ça... Le rapport d’un livre avec l’idée c’est quelque chose de tout à fait différent.
Alors dans le cas de Spinoza, on peut toujours trouver une tradition dans la philosophie du livre : ah oui, bon, elle se continue et passe par Spinoza, tout ça... Mais, en un sens, il emprunte rien... rien, rien, rien... (...) un philosophe il a une intuition, et qui cesse pas d’essayer de l’exprimer, quoi... (...) c’est vrai aussi de la musique...
(G.D.)

Il faudra attendre longtemps avant de connaître la vérité sur l'apparition de cet astre imprévu que constituent Les Demoiselles d'Avignon. Il est convenu que l'art nègre a fourni à Picasso la matière de sa « révolution ». Il n'existe pas moins de trois versions concernant sa découverte de cet art et de ses conséquences convulsives sur la version ultime du « grand tableau ».
(...) La version de Picasso lui-même ne survient qu'en 1937. C'est André Malraux qui la reçoit, interrogeant le peintre alors que celui-ci achève ce chef-d'œuvre : Guernica. Mais trente-sept ans nous séparent encore de la révélation, par l'écrivain, de ce témoignage de Picasso. (...)
Comment le créateur des Demoiselles d'Avignon découvrit-il l'art nègre ? Sans témoin ni interprète! Il pénètre dans le musée ethnographique du Trocadéro - qui ne s'appelle pas encore musée de l'Homme - pour la première fois un jour de l'année 1907.
« Quand je suis entré au Trocadéro, c'était dégoûtant. Le marché aux Puces. L'odeur. J'étais seul. Je voulais m'en aller. Je ne partais pas. Je restais. Je restais. J'ai compris que c'était important : il m 'arrivait quelque chose, non ?
« Les masques, ils n'étaient pas des sculptures comme les autres. Pas du tout. Ils étaient des choses magiques. Et pourquoi pas les Égyptiens, les Chaldéens ? Nous ne nous en étions pas aperçus. Des primitifs, pas des magiques. Les Nègres, ils étaient des intercesseurs, je sais le mot en français depuis ce temps-là. Contre tout, contre des esprits inconnus, menaçants. Je regardais toujours les fétiches. J'ai compris : moi aussi, je suis contre tout. Moi aussi, je pense que tout, c'est inconnu, c'est ennemi. Tout ! pas les détails ! les femmes, les enfants, les bêtes, le tabac, jouer... Mais le tout ! J'ai compris à quoi elle servait, leur sculpture, aux Nègres. Pourquoi sculpter comme ça, et pas autrement ? Ils étaient pas cubistes, tout de même ! Puisque le cubisme, ça n'existait pas. Sûrement, des types avaient inventé les modèles, et des types les avaient imités, la tradition, non ? Mais tous les fétiches, ils servaient la même chose. Ils étaient des armes pour aider les gens à ne plus être les sujets des esprits, à devenir indépendants. Des outils. Si nous donnons une forme aux esprits, nous devenons indépendants. Les esprits, l'inconscient (on n'en parlait pas encore beaucoup), l'émotion, c'est la même chose. »
Puis cette phrase clé : « J'ai compris pourquoi j'étais peintre. »
Puis, tout de suite après : « Tout seul dans ce musée affreux, avec des masques, des poupées peaux-rouges, des mannequins poussiéreux. Les Demoiselles d'Avignon ont dû arriver ce jour-là, mais pas du tout à cause des formes : parce que c'était ma première toile d'exorcisme, oui ! »
Pas les formes, pas les masques façon Vlaminck ou Matisse ou façon Braque dont Picasso dit alors : « C'est aussi ça qui m'a séparé de Braque. Il aimait les Nègres, mais, je vous ai dit : parce qu'ils étaient de bonnes sculptures.» (...)
Non, pas les formes, les masques, les bonnes, les belles sculptures ! Mais ce qui se passe sous les formes, sous les masques ! L'esprit, pas la matière, l'invisible plutôt que le visible. Déjà en 1923, Picasso avait déclaré : « Les statues africaines qui traînent un peu partout chez moi sont plus des témoins que des exemples. »
Alors, Picasso va à son tour exorciser ses propres démons, en donnant sa pleine mesure au « grand tableau ». Il livre une guerre d'indépendance, de libération, contre l'ennemi intérieur ! Il exorcise sa hantise de la maladie, laquelle peut-être transmise par Ie sexe ! Les Demoiselles, on le sait, sont une scène de bordel ! À Françoise Gillot, une de ses femmes, et au grand critique américain William Rubin, il dira, précisant encore ce qu'il avait dit à Malraux :
« Et alors, j'ai compris que c'était le sens même de la peinture », à propos de sa visite au musée du Trocadéro.
(...) il est profondément agacé par la rumeur selon laquelle il aurait copié les formes quand c'est l'esprit des formes qui l'avait touché ! (...)
(...) que le « grand tableau» soit terminé ou non à l'époque où Picasso entre dans le musée du Trocadéro, cela ne change guère. Si le tableau est achevé, Picasso comprend mieux ce qui l'a animé alors qu'il le peignait - passant en quelque sorte de l'inconscience à la conscience de son acte d'exorcisme. Si le tableau est en cours, sa découverte de l'art primitif vient appuyer ses convictions intimes, l'aide à franchir les derniers obstacles. Dans les deux cas, il ne copie pas, n'emprunte pas des formes. Advient au contraire ce qu'il porte déjà lui-même en germe. Car on ne fait pas une rencontre avec l'invisible si l'on n'est pas soi-même concerné !
(...) Daniel-Henry Kahnweiler (...) confirme que la rencontre avec l'art primitif de ses amis cubistes ne constitua aucunement « une simple délectation esthétique », et qu'ils ne se contentèrent jamais d'« imiter le seul aspect de ces sculptures ». Il tient à rappeler qu'il ne s'agit pas d'un emprunt formel.
« Il me faut, écrit-il, m'inscrire, une fois de plus, en faux contre la thèse d'une influence directe de l'art africain sur les deux peintres cubistes d'alors, à savoir Picasso et Braque. Il s'agit d'une convergence. » Quel mot clé ! Kahnweiler précise : « Les peintres cubistes se sentaient encouragés dans leurs travaux par l'existence d'un art qu'ils devinaient frère. »
(J.-P.B.)

cf. compris c'est compris

2010-04-16

huit à 8

Semblable à la pierre de bologne, qui irradie la nuit ce qu’elle a emmagasiné pendant la journée, et par cette lueur indirecte illumine le jour nouveau qui vient.
(R.B.)
La nuit éclaire le jour qui suit.
(J.M.)

2010-04-14

au fond, tous les noms...

... sont des homonymes :
 otto karl
andré breton
eugène delacroix
henri michaux
yves klein
fernand léger

claude lorrain
andré masson

...
(E.L.)(O.k.)

2010-04-13

de nos je(ux) pas d(e) rôles

Les expositions universelles transfigurent la valeur d'échange des marchandises. Elle créent un cadre où la valeur d'usage passe au second plan. Elles inaugurent une fantasmagorie où l'homme pénètre pour se laisser distraire. L'industrie du divertissement l'y aide en l'élevant à la hauteur de la marchandise. Il s'abandonne aux manipulations de cette industrie grâce à la jouissance que lui procure son aliénation, par rapport à lui-même et par rapport aux autres.
(W.B.)

Il s’en trouve toujours certains, mieux nés que les autres, qui sentent le poids du joug et ne peuvent se retenir de le secouer, qui ne s’apprivoisent jamais à la sujétion et qui, comme Ulysse cherchait par terre et par mer à revoir la fumée de sa maison, n’ont garde d’oublier leurs droits naturels, leurs origines, leur état premier, et s’empressent de les revendiquer en toute occasion. Ceux-là, ayant l’entendement net et l’esprit clairvoyant, ne se contentent pas, comme les ignorants, de voir ce qui est à leurs pieds sans regarder ni derrière ni devant. (...) Et la servitude les dégoûte, pour si bien qu’on l’accoutre. (...) Mais les gens soumis, dépourvus de courage et de vivacité, ont le cœur bas et mou et sont incapables de toute grande action. Les tyrans le savent bien. Aussi font-ils tout leur possible pour mieux les avachir.

Cette ruse des tyrans d’abêtir leurs sujets n’a jamais été plus évidente que dans la conduite de Cyrus envers les Lydiens, après qu’il se fut emparé de leur capitale et qu’il eut pris pour captif Crésus, ce roi si riche. On lui apporta la nouvelle que les habitants de Sardes s’étaient révoltés. Il les eut bientôt réduits à l’obéissance. Mais ne voulant pas saccager une aussi belle ville ni être obligé d’y tenir une armée pour la maîtriser, il s’avisa d’un expédient admirable pour s’en assurer la possession. Il y établit des bordels, des tavernes et des jeux publics, et publia une ordonnance qui obligeait les citoyens à s’y rendre. Il se trouva si bien de cette garnison que, par la suite, il n’eut plus à tirer l’épée contre les Lydiens. Ces misérables s’amusèrent à inventer toutes sortes de jeux si bien que, de leur nom même, les Latins formèrent le mot par lequel ils désignaient ce que nous appelons passe-temps, qu’ils nommaient Ludi, par corruption de Lydi.
Tous les tyrans n’ont pas déclaré aussi expressément vouloir efféminer leurs sujets ; mais de fait, ce que celui-là ordonna formellement, la plupart d’entre eux l’ont fait en cachette. Tel est le penchant naturel du peuple ignorant qui, d’ordinaire, est plus nombreux dans les villes : il est soupçonneux envers celui qui l’aime et confiant envers celui qui le trompe. Ne croyez pas qu’il y ait nul oiseau qui se prenne mieux à la pipée, ni aucun poisson qui, pour la friandise du ver, morde plus tôt à l’hameçon que tous ces peuples qui se laissent promptement allécher à la servitude, pour la moindre douceur qu’on leur fait goûter. C’est chose merveilleuse qu’ils se laissent aller si promptement, pour peu qu’on les chatouille. Le théâtre, les jeux, les farces, les spectacles, les gladiateurs, les bêtes curieuses, les médailles, les tableaux et autres drogues de cette espèce étaient pour les peuples anciens les appâts de la servitude, le prix de leur liberté ravie, les outils de la tyrannie. Ce moyen, cette pratique, ces allèchements étaient ceux qu’employaient les anciens tyrans pour endormir leurs sujets sous le joug. Ainsi les peuples abrutis, trouvant beaux tous ces passe-temps, amusés d’un vain plaisir qui les éblouissait, s’habituaient à servir aussi niaisement mais plus mal que les petits enfants n'apprennent à lire avec des images brillantes.
(E.d.l.B.)

et quand on voit actuellement la pression absolument fantastique et toutes les formes de conditionnement, notamment médiatique, que la plupart des gens subissent, on se dit que pour retrouver une autonomie de jugement, en tant qu'individu, il faut avoir une force de résistance considérable, et effectivement on peut très bien admettre que tout le monde n'a pas cette force de résistance, ou alors : vivre avec l'illusion qu'on l'a !
(postradio)

2010-04-10

la philosophie pour quoi faire ?


(R.-P.D.) :: 1'17''::

Avez-vous déjà rencontré des philosophes ? Êtes-vous demeuré assez longtemps en leur compagnie ? Vous est-il arrivé de constater qu’ils ne sont pas tristes ? Ce livre vous suggère d’en fréquenter un bon nombre, illustres ou méconnus, antiques ou modernes, occidentaux ou orientaux, de manière familière et personnelle. Depuis Socrate et Platon jusqu’à Foucault et Deleuze, vous devinerez que l’exercice quotidien de la philosophie lutte contre deux ennemis seulement : la bêtise et la tristesse.
(R.-P.D.)

2010-04-08

henry miller vivant dans l'éternel


(merci à Nicolas Zurstrassen) :: 2'57''::
Henry Miller, grand « vivant jusqu'au bout »! jusque « sur son lit de "mort" ». Mais, de là, bien « au-delà » : jusqu'à nous ! Et encore après — nous. (O.k.)

2010-04-03

reître


(O.k.)(merci à K.T. et à aurobindesbois) :: 5'38''::

Je suis assis, lépreux, sur les pots cassés et les orties, au pied d’un mur rongé par le soleil. — Plus tard, reître, j’aurais bivaqué sous les nuits d’Allemagne.
(A.R.)

Le quiétisme, c'est l'attitude des gens qui disent : les autres peuvent faire ce que je ne peux pas faire. La doctrine que je vous présente est justement à l'opposé du quiétisme, puisqu'elle déclare : il n'y a de réalité que dans l'action ; elle va plus loin d'ailleurs, puisqu'elle ajoute : l'homme n'est rien d'autre que son projet, il n'existe que dans la mesure où il se réalise, il n'est donc rien d'autre que l'ensemble de ses actes, rien d'autre que sa vie. D'après ceci, nous pouvons comprendre pourquoi notre doctrine fait horreur à un certain nombre de gens. Car souvent ils n'ont qu'une seule manière de supporter leur misère, c'est de penser : « Les circonstances ont été contre moi, je valais beaucoup mieux que ce que j'ai été ; bien sûr, je n'ai pas eu de grand amour, ou de grande amitié, mais c'est parce que je n'ai pas rencontré un homme ou une femme qui en fussent dignes ; je n'ai pas écrit de très bons livres, c'est parce que je n'ai pas eu de loisirs pour le faire ; je n'ai pas eu d'enfants à qui me dévouer, c'est parce que je n'ai pas trouvé l'homme avec lequel j'aurais pu faire ma vie. Sont restées donc, chez moi, inemployées, et entièrement viables une foule de dispositions, d'inclinations, de possibilités qui me donnent une valeur que la simple série de mes actes ne permet pas d'inférer. Or, en réalité, (...) Un homme s'engage dans sa vie, dessine sa figure, et en dehors de cette figure il n'y a rien. Évidemment, cette pensée peut paraître dure à quelqu'un qui n'a pas réussi sa vie. Mais d'autre part, elle dispose les gens à comprendre que seule compte la réalité, que les rêves, les attentes, les espoirs permettent seulement de définir un homme comme rêve déçu, comme espoirs avortés, comme attentes inutiles ; c'est-à-dire que ça les définit en négatif et non en positif.
(J.-P.S.)

> l'impossible : un possible
> nechangerien
> inégalités (utiles)
> se (dé)jouer
... 

2010-04-02

au fond, proust, c'est moi (1)

Il se tue littéralement au travail, corrigeant et recorrigeant ses épreuves ; il est sûr de lui et de son triomphe de fond, le disant ouvertement dans ses articles sur flaubert et sur baudelaire ; (...) la guerre est-elle gagnée pour autant ? Pas sûr, jamais sûr. « On dit que dans mes livres je parle de tout au hasard, que c’est une salade. Or ce n’est pas vrai. Il n’y a pas un détail qui n’en annonce un autre dans le même volume ou les volumes suivants. » (...) Non, aucun doute ne semble effleurer Proust : il écrit, il réécrit, il persiste, il précise, il amplifie, il réclame ce qui lui est dû (...) « Vous êtes trop gentil de dire que je suis très raisonnable. Au fond, je crois que c’est vrai. Je ne cherche qu’une chose, c’est à éclaircir. » Tout le monde fuit la réalité dans les vérités usuelles obscures. On ne trouve la lumière réelle que dans l’écriture en profondeur, « là où les lois générales commandent les phénomènes particuliers aussi bien dans le passé que dans l’avenir ». Quelle déclaration énorme : Moi, Proust, comme Dostoïesvki, Flaubert, Baudelaire ou Racine, j’ai trouvé les équations de base qui me permettent de déchiffrer et d’intégrer n’importe quel événement (...). N’est-ce pas fou ? Non. (...) Le mot qui revient sans cesse, maintenant, sous la plume de Proust, celui qu’il martèle à tous ses correspondants est : classique. Le novateur imprévu, contesté, méconnu, mais inévitable, parce qu’il est novateur, est classique. « Une vérité ne s’impose pas du dehors à des esprits qu’elle doit préalablement rendre semblables à celui où elle est née. Manet avait beau soutenir que son Olympia était classique... le public ne voyait là que dérision. » Comment, ce « petit Marcel » que nous avons connu et touché du doigt, avec ses manies, ses tics, ses complications, ses extravagances, c’était Racine ? Lui-même ? Ça alors !
(P.S.)

cf. l'ascésure
cf. les certitudes, ça, (g)rands fous.
cf. [u] en étais-je ? 

2010-03-31

la morale mais l'éthique, et toc

Voilà donc que l’éthique, c’est-à-dire une typologie des modes d’existence immanents, remplace la morale, qui rapporte toujours l’existence à des valeurs transcendantes. La morale, c’est le jugement de Dieu, le système du Jugement. Mais l’éthique renverse le système du jugement. A l’opposition des valeurs (Bien-Mal), se substitue la différence qualitative des modes d’existence (bon-mauvais). L’illusion des valeurs ne fait qu’un avec l’illusion de la conscience : parce que la conscience est essentiellement ignorante, parce qu’elle ignore l’ordre des causes et des lois, des rapports et de leurs compositions, parce qu’elle se contente d’en attendre et d’en recueillir l’effet, elle méconnaît toute la Nature. Or il suffit de ne pas comprendre pour moraliser.
Il est clair qu’une loi, dès que nous ne la comprenons pas, nous apparaît sous l’espèce morale d’un « Il faut ». Si nous ne comprenons pas la règle de trois, nous l’appliquons, nous l’observons comme un devoir. Si Adam ne comprend pas la règle du rapport de son corps avec le fruit, il entend la parole de Dieu comme une défense.
(G.D.)

Moi je crois que la morale (...) c’est essentiellement le système du jugement. (...) Il y a pas d’autre sens de la morale. À savoir, il y a une morale lorsque je suis jugé d’un point de vue ou d’un autre, quel qu’il soit, c’est l’autonomie du jugement, la morale. Alors, je ne dis pas du tout que ce soit mal mais c’est ça, quelque chose, quoi que ce soit, est jugé. C’est ça, la morale.
(...) Le moraliste c’est l’homme du jugement. Au point que je dirai même : tout jugement est moral, il n'y a de jugements que moraux. (...)
Je précise pour Spinoza, à mon avis, il nous dit lui-même « il n’y a jamais d’autonomie du jugement ». Ça, il le dit formellement dans sa théorie de la connaissance. Et (...) il veut dire : le jugement n’est jamais que la conséquence d’une idée. Il y a pas une faculté de juger dont les idées seraient l’objet, mais ce qu’on appelle un jugement c’est rien d’autre que la manière dont une idée s’affirme elle-même, ou se mutile elle-même. C’est important, ça. Donc, il y a pas de jugement, pour lui [Spinoza]. C’est la même chose de dire : il y a pas de jugement, il y a pas d’autonomie du jugement, ou dire : le jugement n’est que la conséquence, n’est que le développement de l’idée. Or, jamais il ne revient là-dessus. « Il y a pas de jugement ».
Et pourtant il nous dit, notamment il dit explicitement dans une lettre, il parle de l’existence comme épreuve. Moi je crois qu’il a une idée très très bonne à cet égard, tout à fait pratique. Il veut dire : vous savez, les jugements, la manière dont vous êtes jugé, tout ça, c’est pas ça qui est important. Bien sûr il y a un système du jugement – pour lui, la religion, la morale, c’est un système du jugement et c’est ça qu’il dénonce. Alors, qu’est-ce qu’il veut dire quand il dénonce le système du jugement ? Il veut dire : finalement, il y a qu’une chose qui compte, c’est pas la manière dont vous êtes jugé, c’est que finalement, quoi que vous fassiez c’est toujours vous qui vous jugez vous-même. Voyez ce qu’il veut dire : il y a d’autant moins de problème du jugement que c’est vous qui vous jugez. Vous êtes jugé par quoi ? Ce qui vous juge, c’est pas des valeurs qui vous seraient extérieures, c’est les affects qui viennent remplir votre mode d’existence. Vous existez de telle ou telle manière. Bien. Ce mode d’existence, il est rempli, il est effectué par des affects. Ce qui vous juge c’est la nature de vos tristesses et de vos joies. Donc, vous vous jugez vous-même.
Et là, Spinoza se fait sans pitié, hein. Parce que, il a à la fois des côtés extrêmement tendres et puis des côtés extrêmement durs, on le sent à travers les textes. Il y a des choses qu’il supporte pas. Il supporte pas l’homme qui se fait souffrir lui-même. Il supporte pas toute la race des masochistes, des dépressifs... il ne supporte pas. Vous me direz : facile de pas supporter. Mais, non, c’est les questions de valeur attribuée à telle ou telle chose. Il pense que c’est la misère, ça, que c’est le fond de la misère. Que le type qui remplit son existence d’affects tristes, eh bien, il se juge lui-même. En quel sens ? Au sens où il s’est fait le pire mode d’existence. Sans doute il a pas pu faire autrement, tout ça, ça compte pas, mais Spinoza va très loin, il nous dit, c’est des gens tellement contagieux et qui ne veulent que ça, répandre la tristesse, qu’il faut être sans pitié. Ils se jugent eux-mêmes. En d’autres termes, il y a pas de morale.
Ou je dis la même chose d’une autre façon. Il nous parle d’épreuve, mais j’ai bien indiqué, hélas trop vite, en effet, tout à l’heure, qu’il s’agit pas d’une épreuve morale. L’épreuve morale c’est l’épreuve d’un tribunal. L’épreuve d’un tribunal, c’est-à-dire, vous êtes jugé, vous passez en jugement. (...) Eh bien, ça, ça existe pas du tout chez Spinoza. L’épreuve dont il nous parle c’est tout à fait autre chose.
Il nous parle d’une épreuve, je disais, physico-chimique. (...) C’est pas un jugement au sens moral, c’est-à-dire un tribunal, c’est comme un jugement, une auto-expérimentation. (...)
Imaginez une pièce d’or qui s’éprouverait elle-même. Quand je parle d’une fausse pièce (...) Spinoza, il invoque l’exemple argile. Il y a plusieurs manières pour (...) une pièce d’or d’être fausse. Première manière d’être fausse, elle est pas en or. Deuxième manière d’être fausse, elle a de l’or mais pas dans la vraie proportion qui définit la pièce, la vraie pièce correspondante, elle a moins d’or que la vraie. Troisième manière d’être fausse, la plus intéressante pour les faussaires, enfin, la moins dangereuse, parce qu’ils sont très difficiles à poursuivre à ce moment-là, la pièce est correcte à tous égards, elle a exactement le poids d’or, alors en quoi elle est fausse ? C’est que, elle a été fabriquée hors des conditions légales.
Pourquoi c’est intéressant de faire des fausses pièces d’or en ce sens ? Au troisième sens. C’est que le cours est pas le même. Le cours médailles et le cours pièces. Vous voyez ? Vous pouvez donc être un faussaire tout en étant vrai. Vous fabriquez des pièces d’or avec le même poids que la pièce authentique, le même dessin, vous êtes faussaire précisément parce que vous y mettez le dessin, en d’autres termes, vous faites une médaille, personne ne peut vous interdire de faire une médaille. C’est légal. Ce qui est pas légal c’est que cette médaille ait exactement les caractères de la pièce officielle, et vous jouez la différence de cours entre la médaille et la pièce officielle. Bon, voilà donc trois manières d’être une fausse pièce d’or.
Qu’est-ce que ça veut dire, une pièce d’or qui se jugerait elle-même ? C’est d’après les affects qu’elle a. La fausse pièce d’or, mettons qu’elle a des affects d’argent. C’est de l’argent recouvert avec une couverture d’or. Elle a des affects d’argent. La pièce d’or en proportions inexactes, elle a des affects d’or, mais qui n’occupent pas la plus grande partie d’elle-même, vous voyez. La pièce complète d’or qui a autant d’or que la vraie pièce, elle a des affects d’or et pourtant quelque chose lui manque.
Je dirais qu’il y a une manière dont chaque chose peut être posée comme juge d’elle-même, faisant l’épreuve de soi. Faire l’épreuve de soi, c’est quoi ? Eh ben, c’est par exemple un son. C’est pas un jugement, ça. Le potier, il a son vase d’argile et il donne un coup. Ou bien le chimiste, il pose une goutte sur la pièce d’or. C’est une épreuve physico-chimique. Dis-moi de quelle nature tu es faite ? Dis-moi un peu. Là c’est pas un jugement, c’est une expérimentation. Dis-moi un peu de quoi tu es composé, toi, c’est quoi ton son à toi ?
Alors, par exemple, pour reprendre, là, l’exemple : je te tape là, quel son ça donne, là ? Est-ce que... oh, c’est un drôle de son, tiens. Comme le vase d’un potier. Alors, on verrait des gens qui passent pour très élégants ou très moraux. Si on les pince... On les pince et on s’aperçoit que, tiens, on se dit, c’est curieux, ça, ils donnent un drôle de bruit... ils sont faux. Il sont faux. Et ça, ça se voit à quoi ? Quelqu’un fait un geste tout d’un coup, quelqu’un dans un discours moral, quelqu’un se trahit. C’est ça qui est chouette, se juger soi-même. C’est quand on se trahit. (...) C’est ça l’épreuve physico-chimique. Alors, c’est pas un jugement moral, bien plus, même, on peut avoir des surprises. Un type qui paraît, là, comme ça, qui joue même un peu au prolo et qui est vraiment prolo, tout ça. Puis, il y a un son de voix tout d’un coup et on se dit, c’est pas qu’il soit pas prolo mais c’est que, c’est qu’il a une une âme prodigieuse, c’est que, pour dire ce qu’il vient de dire il faut que ça soit quelque chose d’autre, aussi, il faut que ce soit un artiste prodigieux même s’il ne le sait pas, hein. Quelque chose comme ça, quelque chose qui trahit quelqu’un. J’imagine que Spinoza c’est un peu ça qu’il essaie de nous dire. Vous savez, vous voyez les gens exister, les modes d’existence des gens, eh ben, il y a une certaine manière dont l’existence est juge d’elle-même.
C’est un peu ça aussi que Nietzsche (je dis pas que ça se résume à ça)... Lorsque Nietzsche dit : ne jugez pas la vie, n’osez pas juger la vie. Il dit : c’est affreux, qu’est-ce que c’est que tous ces types qui jugent la vie ? Qu’est-ce que ça veut dire, ça, de quel droit vous osez juger la vie ? Donc, c’est comme Spinoza, il met en question la morale parce qu’il met en cause tout système de jugement, il met en cause tout tribunal. Mais, l’idée complémentaire de Nietzsche, c’est un tout autre sens du mot « jugement ». À savoir, s’il est impossible de juger la vie c’est parce que finalement la vie ne cesse pas de se juger elle-même, et en un tout autre sens de « jugement ». À savoir, c’est : vous avez la vie que vous méritez, n’allez pas vous plaindre, ne vous plaignez jamais, allez pas vous plaindre, ne vous plaignez jamais parce que finalement les affects que vous avez, qu’ils soient de malheur ou de joie, etc., vous les méritez, pas du tout au sens où vous avez fait tout ce qu’il fallait pour les avoir, (...) c’est même pas ça, mais c’est en un sens beaucoup plus malin, beaucoup plus subtil, à savoir : les affects que vous éprouvez renvoient et supposent un mode d’existence immanent. C’est là que le point de vue de l’immanence est complètement conservé. C’est un mode d’existence immanent, qui est supposé par les affects que vous éprouvez et finalement vous avez toujours les affects que vous méritez en vertu de votre mode d’existence.
(...) L’épreuve du potier c’est chercher les points de fêlure. Si je ne connais pas mes points de fêlure... Or, qu’elle est la meilleure manière de pas connaître... qu’est-ce qu’il dénonce dans le système du jugement et du tribunal ? C’est que se fait une propagation du malheur, le goût du malheur, le goût de l’angoisse, etc., qui nous est présenté comme valeur de fait. Et ça, Spinoza pense que ça appartient à tout tribunal, ça. Ce qu’il dit : la grande Trinité, oui, le tyran, le prêtre et ce qu’il appelle le « prêtre » Spinoza, c’est très simple, c’est "l‘homme de l’angoisse", c’est l’homme qui dit « tu as tort, tu es pécheur, je te jugerai ». Tout comme Nietzsche bien plus tard dira aussi : j’appelle « prêtre » l’homme du système de jugement, l’homme du tribunal : le tyran, le prêtre et l’homme du malheur, c’est-à-dire, le tyran, le prêtre, l’esclave. Pour lui c’est ça les mauvaises argiles, ou les fausses pièces d’or, c’est ça. Alors, ce dont il parle, c’est cette épreuve, oui c’est du niveau... oui, vous comprenez, c’est pas du tout que je sois juge ! Si je vois même mon meilleur ami et tout d’un coup, je lui fais ça, comme-ci, pour voir comment il résonne, comment il sonne. Et je m’aperçois avec effroi que quelqu’un que j’avais vu pendant vingt ans, que j’avais cru connaître, eh bien non, il y a quelque chose, là, à côté de quoi j’étais complètement passé. Alors, ça peut être une révélation merveilleuse, si c’est une beauté. Si c’est un abîme, vous vous rendez compte ? On se dit « ah! bien alors... » [De] toute manière, c’est toujours assez gai, assez fascinant, ces moments... C’est l’espèce de trahison de soi. On cesse pas de se trahir, en bien ou en mal...
(G.D.)

2010-03-29

las là là

Quiconque prétend brûler de faire autre chose que ce qu'il fait, ou d'être ailleurs que là où il est, se ment à soi-même... Il est des êtres qui, lisant ces lignes, comprendront nécessairement que la seule chose à faire, c'est de transformer leurs désirs en actes, jusqu'au bout.
(H.M.)(P.S.)

cf. reître

2010-03-22

instyle


(O.k.) :: 1´01´´::

Hemingway n'a pas non plus révolutionné la technique du roman ; ce qui reste, c'est incontestablement une écriture, le fameux style "maigre" (...) ce style tend vers le "télégraphique". C'est vrai ; c'est même cela le grand apport ; et cela comporte sans aucun doute une morale d'écrivain – voire une ascèse, tant il est vrai que Hemingway se situe dans la lignée des écrivains anglo-saxons pour qui toute esthétique implique une éthique plutôt qu'une métaphysique, comme l'écrivait Sartre à propos de Faulkner.
(M.G.)

> le grand proust par le jeune proust

2010-03-15

devenir-bête-intellectuelle

Sortir de la philosophie, faire n´importe quoi, pour pouvoir la produire du dehors. Les philosophes ont toujours été autre chose, ils sont nés d´autre chose.
C´est tout simple, écrire. Ou bien c´est une manière de se re-territorialiser, de se conformer à un code d´énoncés dominants, à un territoire d´état de choses établies : non seulement les écoles et les auteurs, mais tous les professionnels d´une écriture même non littéraire. Ou bien, au contraire, c´est devenir, devenir autre chose qu´écrivain, puisque, en même temps, ce qu´on devient devient autre chose qu´écriture. Tout devenir ne passe pas par l´écriture, mais tout ce qui devient est objet d´écriture, de peinture ou de musique. Tout ce qui devient est une pure ligne, qui cesse de représenter quoi que ce soit. (...) On trace une ligne, et d´autant plus forte qu´elle est abstraite, si elle est assez sobre et sans figures. (...) Ca veut dire écrire comme un rat trace une ligne, ou comme il tord sa queue, comme un oiseau lance un son, comme un félin bouge, ou bien dort pesamment. Devenir-animal, à charge pour l´animal, rat, cheval, oiseau ou félin, de devenir lui-même autre chose, bloc, ligne, son, couleur de sable - une ligne abstraite. Car tout ce qui change passe par cette ligne : agencement. Être un pou de mer, qui tantôt saute et voit toute la plage, tantôt reste enfoui le nez sur un seul grain. Savez-vous seulement quel animal vous êtes en train de devenir, et surtout ce qu'il devient en vous, la Chose ou l'Entité de Lovecraft, l'innommable, "la bête intellectuelle", d'autant moins intellectuelle qu'elle écrit avec ses sabots, avec son oeil mort, ses antennes et ses mandibules, son absence de visage, toute une meute en vous à la poursuite de quoi, un vent de sorcière ?
(G.D.)

cf. autophilosophe
cf. postphilosophie, ou : pour une philosophie artiste
cf. de la lecture sans lecture à l´écriture sans écriture

2010-03-03

l'infini hors de portée des caniches


(O.k.) :: 6'44''::

Quelle fille ? (...) — Allez, viens, viens ! — Non! ça m'emmerde. Avec les filles il faut toujours jacasser. (...) — Je te parie que tu auras envie de la baiser. Elle a le même genre de bouche que leslie caron. — Non. Moi je ne couche qu'avec des filles dont je suis amoureux. — Dans ce cas, mon petit, je te parie que dans cinq minutes tu seras amoureux.
(J.-L.G.)

Il y a deux sortes de constance en amour : l'une vient de ce que l'on trouve sans cesse dans la personne que l'on aime de nouveaux sujets d'aimer, et l'autre vient de ce que l'on se fait un honneur d'être constant.
(FdLR - § 176)

Nous ne croyons pas en général que la sexualité ait le rôle d’une infrastructure dans les agencements de désir, ni qu’elle forme une énergie capable de transformation, ou bien de neutralisation et sublimation. La sexualité ne peut être pensée que comme un flux parmi d’autres, entrant en conjonction avec d’autres flux, émettant des particules qui entrent elles-mêmes sous tel ou tel rapport de vitesse et de lenteur dans le voisinage de telles autres particules. Aucun agencement ne peut être qualifié d’après un flux exclusif. (...) La question de la sexualité, c’est : avec quoi d’autre entre-t-elle en voisinage pour former telle ou telle heccéité, tels rapports de mouvement et de repos? Elle restera d’autant plus sexualité, pure et simple sexualité, loin de toute sublimation idéalisante, qu’elle se conjuguera avec d’autres flux. Elle sera d’autant plus sexualité pour elle-même, inventive, émerveillée, sans fantasme qui tourne en rond ni idéalisation qui saute en l’air : il n’y a que le masturbateur pour faire des fantasmes. (...) La sexualité ne se laisse pas sublimer, ni fantasmer, parce que son affaire est ailleurs, dans le voisinage et la conjugaison réels avec d’autres flux, qui la tarissent ou la précipitent — tout dépend du moment, ou de l’agencement. Et ce n’est pas seulement de l’un à l’autre des deux « sujets » que se font ce voisinage ou cette conjugaison, c’est de chacun des deux que plusieurs flux se conjuguent, pour former un bloc de devenir qui les entraîne tous deux (...). « Les rapports entre deux époux véritables changent profondément au cours des années, souvent sans qu’ils en sachent rien; quoique chaque changement soit une souffrance, même s’il cause une certaine joie... À chaque changement apparaît un être nouveau, s’établit un nouveau rythme... Le sexe est quelque chose de changeant, tantôt vivant, tantôt en repos, tantôt enflammé et tantôt mort... »* Nous sommes composés de lignes variables à chaque instant, différemment combinables, des paquets de lignes, longitudes et latitudes, tropiques, méridiens, etc. Il n’y a pas de mono-flux. L’analyse de l’inconscient devrait être une géographie plutôt qu’une histoire. Quelles lignes se trouvent bloquées, calcifiées, murées, en impasse,  tombant dans un trou noir, ou taries, quelles autres sont actives ou vivantes par quoi quelque chose s’échappe et nous entraîne?
(G.D.)

> convainculecoeur 
> véri/thérapie de couple

2010-02-26

de l'obéissance civile

- années 60 -
C'est de 1960 à 1963 que le psychologue américain Stanley Milgram mène une série d'expériences, avec plusieurs variantes, visant à estimer à quel point un individu peut se plier aux ordres d'une autorité qu'il accepte, mais qui entre en contradiction avec sa conscience.
L'expérience dite de Milgram vise à définir le niveau d'obéissance d'un individu à une autorité qu'il juge comme légitime et le processus qui mène et maintient cette obéissance.


Lors des premières expériences menées par Stanley Milgram, 62,5% (25 sur 40) des sujets menèrent l'expérience à terme en infligeant à trois reprises les électrochocs de 450 volts ! (Rappelons que dès 330 volts, l’élève ne répond plus, et que des maîtres ont cru qu’il était mort, mais ont néanmoins continué.) Tous les participants acceptèrent le principe annoncé et, éventuellement après encouragement, atteignirent les 135 volts. La moyenne des chocs maximaux (niveaux auxquels s'arrêtèrent les sujets) fut de 360 volts. Toutefois, chaque participant s'était à un moment ou à un autre interrompu pour questionner le professeur. Beaucoup présentaient des signes patents de nervosité extrême et de réticence lors des derniers stades (protestations verbales, rires nerveux, etc.).
D'autres expériences à travers le monde ont validé les résultats obtenus par Milgram. Les taux d'obéissance obtenus se sont même généralement avérés plus élevés que dans la situation originale. On peut ainsi citer les réalisations de David Rosenhan, et de David Mantell en Allemagne. Des travaux ultérieurs, en particulier par Thomas Blass, ont montré que le pourcentage de personnes acceptant, dans des conditions expérimentales similaires, d'infliger des décharges très importantes était à peu près constant, entre 61% et 66%, quels que soient le lieu et l'époque où le test était mené.
Milgram a qualifié à l'époque ces résultats « d’inattendus et inquiétants ».
Le concept théorique central proposé par S. Milgram est l’ « état agentique », « condition de l’individu qui se considère comme l’agent exécutif d’une volonté étrangère, par opposition à l’état autonome dans lequel il estime être l’auteur de ses actes. [...] Le changement agentique a pour conséquence la plus grave que l’individu estime être engagé vis-à-vis de l’autorité dirigeante, mais ne se sent pas responsable du contenu des actes que celle-là lui prescrit, Le sens moral ne disparaît pas, c’ est son point de mire qui est différent : le subordonné éprouve humiliation ou fierté selon la façon dont il a accompli la tâche exigée de lui  » Ainsi, « des gens ordinaires, dépourvus de toute hostilité peuvent, en s’acquittant simplement de leur tâche, devenir les agents d’un atroce processus de destruction ».
(ed.-w., merci à edgar de lepostier.fr)

— année 2010 —
Réalisée et filmée pour les besoins d'un film documentaire (...), la Zone Xtrême met en situation des candidats candides. Vrais sujets de l'expérience, chacun de ces 80 "cobayes" représentatifs de la population française, recrutés par une société spécialisée dans les enquêtes marketing, croit participer aux répétitions d'un nouveau jeu télévisé. Il tient le rôle du questionneur. À ses côtés, Jean-Paul, un autre candidat — en réalité, un comédien — et une animatrice. Derrière lui, un public de cent personnes et toute l'impressionnante machinerie télévisuelle. Principe du jeu : Jean-Paul doit mémoriser des associations de mots. S'il se trompe, son questionneur lui administrera des chocs électriques de plus en plus violents, de 20 à 460 volts. Stupeur : la totalité des 80 candidats ont accepté de participer, donc d'administrer des décharges électriques à un inconnu pour les besoins d'un show sans enjeu (puisqu'il était entendu qu'il n'y aurait rien à gagner et qu'il ne serait pas diffusé). Pire : plus de 8 participants sur 10 ont joué jusqu'au bout, poussant la dernière manette malgré les suppliques désespérées et les hurlements de douleur de Jean-Paul.

Jean-Léon Beauvois, coordinateur de l'expérience de la Zone Xtrême, décrypte les coulisses et les conclusions de cette étude...
Au fur et à mesure de l'émission et des questions, les participants n'hésitaient plus à administrer des chocs électriques à un concurrent.
Pourquoi avez-vous accepté d'encadrer cette expérience, l'adaptation de la célèbre étude de Stanley Milgram réalisée dans les années 1960 ?
JLB - Je ne suis pas un consommateur de téléréalité. Je m'y étais intéressé au moment où le Loft a commencé en France, parce que j'entendais souvent comparer ce concept d'émission à des expériences de psychologie sociale. Bien sûr, ça n'a rien à voir, et j'ai été scandalisé de ces amalgames. Après que Christophe Nick [le producteur et auteur, ndlr] m'a contacté, j'ai recommencé à visionner quelques programmes. Ce que j'ai vu m'a confirmé dans mon idée de ce qu'est devenu un individu aujourd'hui: un grain de sable dans une masse, un être à qui on peut faire faire n'importe quoi. J'estime que nos concitoyens méritent mieux que cette production de l'individualisme libéral, produit essentiellement par les modèles fournis par la télévision: un être conformiste, influençable, manipulable, qui roule des mécaniques. On l'amuse avec n'importe quoi, on lui fait bouffer n'importe quoi. Et c'est la télévision qui a fabriqué ça.
Plus de 80% des participants de l'expérience sont allés jusqu'au bout du jeu, c'est-à-dire qu'ils ont administré une décharge de 460 volts à l'autre candidat en punition d'une mauvaise réponse. Vous attendiez-vous à obtenir de tels résultats?
Pas du tout. L'expérience de Milgram ne met pas l'individu dans la situation du bourreau ordinaire d'un camp de concentration qui a des chefs et des pairs. C'est même le contraire. L'individu y est seul, il ne trimbale aucune identité sociale, ne représente aucun groupe. J'étais convaincu que Milgram obtenait des chiffres élevés — 62% dans son cas — parce qu'il inscrivait son expérience dans le cadre d'une institution alors très valorisée et respectée : la science. Je pensais que seul ce contexte de légitimité pouvait donner un pouvoir prescriptif sur un individu sans qu'on exerce un pouvoir formel, hors de toute structure, pas comme des soldats nazis ou des GI qui balancent du napalm...
Comment expliquer, dans ce cas, que la plupart des sujets aillent jusqu'au bout?
Même dans une situation où le choix est offert, l'option naturelle est d'obéir. Or, plus un individu se croit libre, plus il est manipulable. Il suffit de dire à quelqu'un "vous êtes libre de le faire ou pas" pour qu'il obéisse plus volontiers. On se disait toutefois que le pouvoir de la télévision manquait de légitimité et de caractère formel. On n'y croyait pas trop, en réalité. (...)
Qu'avez-vous ressenti?
Quand, au premier jour de tournage, les 8 candidats-sujets sont tous allés jusqu'au bout, j'étais mal. Aussi bien pour des raisons théoriques que purement humaines. On s'est dit : "Mais d'où il sort, ce pouvoir? Qu'est ce qui fait qu'une institution comme la télévision est en mesure de vous dicter vos pensées et vos actes? Pourquoi Monsieur Dupont obéit-il lorsque l'animatrice lui demande un truc aussi immoral que de torturer un inconnu?"
Et donc?
Un levier essentiel, c'est la familiarité qu'on entretient avec la télévision, comme objet domestique. Elle fait partie de la famille, elle nous imprègne au quotidien, contrairement à la religion, qui passe, elle, par la croyance. La source d'influence est d'autant plus efficace qu'on n'y fait pas attention. Qu'on ne s'en méfie pas. Par ailleurs, les gens viennent avec, en tête, un modèle de la conduite à adopter sur un plateau. Ils ont vu Michel Rocard répondre aux questions déplacées de Thierry Ardisson, ou bien des candidats de jeux télé ramper au milieu des rats, croquer des araignées, etc. Là, ils sont venus pour rendre ce service en adoptant le "bon" comportement. Et ils le rendent, même si ça les fait terriblement souffrir!
Ce ne sont donc pas des sadiques qui s'ignorent?
Au contraire, ils souffrent. Milgram est connu pour son apport à la théorie d'Hannah Arendt sur la Banalité du mal, qui veut que le tortionnaire nazi soit un fonctionnaire froid, sans affect. Je n'y crois pas. Ce n'est pas parce que les sujets obéissent qu'ils ne souffrent pas, qu'ils ne luttent pas contre eux mêmes ! Dans une variante de l'expérience justement imaginée pour mesurer leur "sadisme" éventuel, on a demandé à l'animatrice de les laisser seuls sur le plateau, pour voir si ils continuaient en dehors de toute injonction. Et là, 75% d'entre eux stoppaient le jeu lorsque le candidat-comédien criait de douleur et les enjoignaient d'arrêter. Ce qui démontre bien que dans l'expérience canonique, les gens poursuivent à leur corps défendant. L'état "agentique", dans lequel nos sujets se trouvent et qui les fait agir, c'est le contraire de la sérénité. On l'a d'ailleurs observé dans des situations de la vie sociale, où des gens sont amenés à commettre des actes qu'ils réprouvent, des policiers ou des employés d'officines d'huissiers chargés de mettre des gens à la rue. Il n'y a pas de raison de penser que nos questionneurs souffrent moins. On ne constate aucune jouissance dans l'obéissance.
Pourquoi obéit-on ?
Parce que toute notre éducation nous a appris à le faire. Parce qu'on est "quelqu'un de bien" socialement parlant. La propension à l'obéissance n'est pas innée, elle fait partie des acquis, d'un apprentissage d'autant plus efficace qu'il a été long. En ce qui concerne nos "candidats", outre cette propension à l'obéissance, les deux facteurs qui conditionnent leur obéissance sont, d'une part, le fait qu'ils sont venus pour se mettre au service ; d'autre part, qu'ils ont été modelés par la télé pour être de "bons joueurs", capables d'accomplir des choses difficiles en gardant sourire et décontraction.
Lorsqu'ils arrivent dans les studios, ils ne connaissent pas encore la règle du jeu. Comment réagissent-ils lorsqu'on leur en annonce les règles?
Beaucoup rient.
Et quand, à la fin, vous leur révélez le pot aux roses?
Certains jurent qu'ils se doutaient de la supercherie. D'ailleurs, ceux qui assurent ne s'être pas laissés berner ne se sont pas levés en disant qu'on se moquait d'eux et qu'ils avaient affaire à une mascarade. Ils ont pris le risque fou, dans le doute, de continuer. De la même manière, certains de ceux qui assurent avoir compris dès le début que tout était faux ont triché quand même, en soufflant les bonnes réponses à l'autre candidat.... Pourquoi tricher si on ne croit pas à la réalité de la punition ? Tout ceci est une façon de se justifier, de rationaliser, après coup.
Et les autres?
La plupart souffrent beaucoup de n'avoir pas désobéi. Ils pleurent, expliquent qu'ils sont allés à l'encontre de leurs idées, de leurs valeurs, expriment une réelle sidération en constatant ce dont ils ont été capables. Et puis il y en a quelques-uns qui ne souffrent pas, et semblent même heureux d'avoir eu l'occasion de démontrer leur exemplarité, leur force, de pouvoir se dépasser. L'un d'entre eux prétend même qu'il aurait préféré se trouver à la place de l'autre candidat, pour encaisser les chocs ! Je ne m'attendais pas à trouver des gens à ce point dénués d'empathie. Mais c'est l'exception.
Comment expliquer ce manque général de considération pour l'autre joueur, l'électrocuté ?
La situation du jeu leur fait investir toute leur sociabilité dans la personne de l'animatrice, l'autre candidat devenant un simple objet de transition entre elle et eux. Les désobéissants "rapides" [qui interrompent le jeu avant d'administrer des décharges trop fortes] dirigent au contraire leur sociabilité vers la "victime".
Comment définiriez-vous ces "désobéissants"?
Tout le monde a envie de les voir comme des héros. On pense à De Gaulle, à Gandhi, à l'homme de la place Tiananmen. Mais pour comprendre la désobéissance, il faut aussi penser à l'élève qui ne fait pas ses devoirs, à l'ouvrier qui n'exécute pas l'ordre de son contremaître. C'est ça, la désobéissance! Quelque chose qui n'a rien de nécessairement valorisant. Le désobéissant, ce n'est pas le rebelle qui agit au nom  d'une cause ou d'un groupe. C'est quelqu'un de seul, qui décide de ne pas faire ce qu'on attend de lui.
Qu'attendez-vous de la diffusion de ce documentaire?
Mon rêve serait qu'il fasse entrer deux ou trois idées fortes dans la tête des gestionnaires des chaînes de télévision publiques et des membres du CSA. Qu'on mette des limites à ce que la télé donne à voir, notamment la mort en direct. Depuis les années 1950, on sait que la vision répétée de telles scènes n'est pas anodine, qu'elle détermine nos comportements. Il faudrait aussi se débarrasser de ce stéréotype selon lequel nous vivons sous le signe de la liberté et de la démocratie. C'est une illusion dangereuse. Cette expérience, qui démontre que 80% des gens se comportent comme de possibles tortionnaires si la télévision le leur demande, reflète un pouvoir terrifiant. Quand une masse est gérée au niveau de ses pensées, de ses attitudes, de ses comportements, j'appelle ça un totalitarisme. Un totalitarisme tranquille, parce qu'on ne nous tape pas dessus et qu'on ne nous met pas en prison. Mais un totalitarisme quand même.
(merci à edgar de lepostier.fr)


cf. la liberté ta soeur
cf. dis court de la servitude volontaire
cf. du CONfor misme

2010-02-25

du CONfor misme

Que nos gestes, nos attitudes soient déterminés voire dictés par le groupe social c'est bien connu, sans être assez reconnu pour autant — loin de là ! Mais dans certaines situations de promiscuité, ça peut devenir plus évident. Démonstration, dans l'humour.



Le conformisme est une autre forme d'obéissance, issue non plus d'une autorité, mais du comportement du groupe. Lorsque l'individu obéit à l'ordre d'une autorité, il est parfaitement conscient que les actions qu'il réalise sont celles désirées par l'autorité. Avec le conformisme, l'individu est persuadé que ses actions sont celles qu'il a lui même désirées et qu'en aucun cas il n'imite le comportement du groupe. Ce mimétisme est une façon pour l'individu de ne pas se démarquer du groupe.
Le conformisme est généralement considéré, aussi bien en sociologie qu'en politique, comme une faiblesse individuelle, une difficulté à s'affirmer en tant qu'individualité. Car le conformisme n'est pas seulement une adhésion mimétique avec un cercle d'opinion, c'est également l'adoption des attitudes du groupe auquel on veut adhérer ou duquel on subit l'influence ou la pression. Ainsi derrière la vision d'un conformisme de classe se cache une cascade de conformismes comportementaux qui sont cultivés et recherchés par des groupes de pression dont les intérêts sont économiques, politiques ou religieux, avec en arrière-plan l'idée commune d'asseoir et consolider un pouvoir ou une hégémonie.
On rencontre le conformisme dans les différents types de corporations ou de corps.
On dit d'une attitude comme par exemple « suivre la mode » qu'elle est conformiste lorsqu'elle va dans le sens général. C'est l'ambivalence de l'intégration sociale : « Faire comme les autres, être comme les autres, ne pas se distinguer des autres ».
Le philosophe krishnamurti affirme que « le conformisme est une forme de violence. »

(ed.-w., merci à edgar de lepostier.fr)

2010-02-21

de la lecture sans lecture à l'écriture sans écriture

Expérimentez, n'interprétez jamais.
(G.D.)
(...) ce qui importe, c’est moins l’expression que l’impression. Un livre de philosophie, c’est à la fois un livre difficile mais c’est aussi un livre tout à fait accessible, une boîte à outils formidablement ouverte pourvu qu’à ce moment on en ait besoin, envie. [Il] offre des effets de connaissance...
(G.D.)
Il y a des auteurs, il y a des penseurs... Traitez-les comme des grands peintres. (...) en philosophie il y a autant de création qu’ailleurs, c’est comme la peinture, c’est comme la musique.
(G.D.)
(...) les bonnes manières de lire aujourd’hui, c’est d’arriver à traiter un livre comme on écoute un disque, comme on regarde un film ou une émission télé, comme on reçoit une chanson : tout traitement du livre qui réclamerait pour lui un respect spécial, une attention d’une autre sorte, vient d’un autre âge et condamne définitivement le livre. Il n’y aucune question de difficulté ni de compréhension : les concepts sont exactement comme des sons, des couleurs ou des images, ce sont des intensités qui vous conviennent ou non, qui passent ou ne passent pas. Pop’philosophie. Il n’y a rien à comprendre, rien à interpréter. (...) Proust dit : « Les beaux livres sont écrits dans une sorte de langue étrangère. Sous chaque mot chacun de nous met son sens ou du moins son image qui est souvent un contresens. Mais dans les beaux livres tous les contresens qu’on fait sont beaux. » C’est la bonne manière de lire : tous les contresens sont bons, à condition toutefois qu’ils ne consistent pas en interprétations, mais qu’ils concernent l’usage du livre, qu’ils en multiplient l’usage, qu’ils fassent encore une langue à l’intérieur de sa langue.
(G.D.)
(...) le seul problème est « est-ce que ça fonctionne, et comment ça fonctionne ? » Comment ça fonctionne pour vous ? Si ça ne fonctionne pas, si rien ne passe, prenez donc un autre livre. Cette autre lecture, c’est une lecture en intensité : quelque chose passe ou ne passe pas. Il n’y a rien à expliquer, rien à comprendre, rien à interpréter. C’est du type branchement électrique. (...) Cette autre manière de lire (...) rapporte immédiatement un livre au Dehors. Un livre, c’est un petit rouage dans une machinerie beaucoup plus complexe extérieure. Écrire, c’est un flux parmi d’autres, et qui n’a aucun privilège par rapport aux autres, et qui entre dans des rapports de courant, de contre-courant, de remous avec d’autres flux, flux de merde, de sperme, de parole, d’action, d’érotisme, de monnaie, de politique, etc.
(G.D.)

C´est tout simple, écrire. On bien c´est une manière de se re-territorialiser, de se conformer à un code d´enoncés dominants, à un territoire d´état de choses établies : non seulement les écoles et les auteurs, mais tous les professionnels d´une écriture même non littéraire. Ou bien, au contraire, c´est devenir, devenir autre chose qu´écrivain, puisque, en même temps, ce qu´on devient devient autre chose qu´écriture. Tout devenir ne passe pas par l´écriture, mais tout ce qui devient est objet d´écriture, de peinture ou de musique. Tout ce qui devient est une pure ligne, qui cesse de représenter quoi que ce soit. (...) On trace une ligne, et d´autant plus forte qu´elle est abstraite, si elle est assez sobre et sans figures. (...) Ca veut dire écrire comme un rat trace une ligne, ou comme il tord sa queue, comme un oiseau lance un son, comme un félin bouge, ou bien dort pesamment.
(G.D.)

Je crois qu'il faut avoir une conscience artisanale dans ce domaine. De même qu'il faut bien faire un sabot, il faut bien faire un livre. Cela vaut d'ailleurs pour n'importe quel paquet de phrases imprimées, que ce soit dans un journal ou une revue. Pour moi, l'écriture n'est rien d'autre que cela. Elle doit servir au livre. Ce n'est pas le livre qui sert cette grande entité, si sacralisée maintenant, que serait « l'écriture ». (...)
Mais il y a aussi le fait que, si on veut qu'il devienne un instrument dont d'autres pourront se servir, il faut que le livre fasse plaisir à ceux qui le lisent. Ça me paraît être le devoir élémentaire de celui qui livre cette marchandise ou cet objet artisanal : il faut que ça puisse faire plaisir ! (...)
Que des trouvailles ou des astuces de style fassent plaisir à celui qui écrit, et à celui qui lit, je trouve ça très bien. Il n'y a aucune raison que je me refuse ce plaisir, de même qu'il n'y a pas de raison que j'impose de s'ennuyer à des gens dont je souhaite qu'ils lisent mon livre. Il s'agit de parvenir à quelque chose d'absolument transparent au niveau de ce qui est dit, avec tout de même une espèce de surface de chatoiement qui fasse qu'on ait plaisir à caresser le texte, à l'utiliser, à y repenser, à le reprendre. C'est ma morale du livre.
Mais ce n'est pas, encore une fois, « de l'écriture ». Je n'aime pas l'écriture. Etre écrivain me paraît véritablement dérisoire. Si j'avais à me définir, à donner de moi une définition prétentieuse, si j'avais à décrire cette espèce d'image qu'on a à côté de soi, qui à la fois ricane et puis vous guide malgré tout, alors je dirais que je suis un artisan, et aussi (...) une sorte d'artificier. Je considère mes livres comme des mines, des paquets d'explosifs... Ce que j'espère qu'ils sont !
Dans mon esprit, ces livres ont à produire un certain effet, et pour cela il faut mettre le paquet, pour parler vulgairement. Mais le livre doit disparaître par son effet même, et dans son effet même. « L'écriture » n'est qu'un moyen, ce n'est pas le but. (...)
J'imaginerai plutôt mes livres comme des billes qui roulent. Vous les captez, vous les prenez, vous les relancez. Et si ça marche, tant mieux. (...)
[Pour moi, écrire] n'est absolument pas une nécessité. Je n'ai jamais considéré que c'était un honneur que d'écrire ou un privilège, ou quoi que ce soit d'extraordinaire. Je dis souvent : ah, quand viendra le jour où je n'écrirai plus ! Ce n'est pas le rêve d'aller au désert, ou simplement à la plage, mais de faire autre chose que d'écrire. Je le dis aussi en un sens plus précis, qui est : quand est-ce que je me mettrai à écrire sans qu'écrire soit « de l'écriture » ? Sans cette espèce de solennité qui sent l'huile.
Les choses que je publie, elles sont écrites, au mauvais sens du terme : ça sent « l'écriture ». Et quand je me mets au travail, c'est de « l'écriture », ça implique tout un rituel, toute une difficulté. Je me mets dans un tunnel, je ne veux voir personne, alors que j'aimerais au contraire avoir une écriture facile, de premier jet. Et ça, je n'y arrive absolument pas. Et il faut le dire, parce que ce n'est pas la peine de tenir de grands discours contre « l'écriture » si on ne sait pas que j'ai tant de mal à ne pas « écrire » quand je me mets à écrire. Je voudrais échapper à cette activité enfermée, solennelle, repliée sur soi qui est pour moi l'activité de mettre des mots sur le papier. (...)
Le plaisir que j'y prends est tout de même très opposé à ce que je voudrais que soit l'écriture. J'aimerais que ce soit un truc qui passe, qu'on jette comme ça, qu'on écrit sur un coin de table, qu'on donne, qui circule, qui aurait pu être un tract, une affiche, un fragment de film, un discours public, n'importe quoi... Encore une fois, je n'arrive pas à écrire ainsi. Bien sûr, j'y ai mon plaisir, je découvre des petits trucs, mais je n'ai pas plaisir à prendre ce plaisir.
J'éprouve à son égard un sentiment de malaise, parce que je rêverais d'un tout autre plaisir que celui, bien familier, de tous les gens qui écrivent. On s'enferme, le papier est blanc, on n'a aucune idée, et puis, petit à petit, au bout de deux heures, ou de deux jours, ou de deux semaines, à l'intérieur même de l'activité d'écrire, un tas de choses sont devenues présentes. Le texte existe, on en sait beaucoup plus qu'avant. On avait la tête vide, on l'a pleine, car l'écriture ne vide pas, elle remplit. De son propre vide on fait une pléthore. Tout le monde connaît ça. Ça ne m'amuse pas !
[Je rêve d’] Une écriture discontinue, qui ne s'apercevrait pas qu'elle est une écriture, qui se servirait du papier blanc, ou de la machine, ou du porte-plume, ou du clavier, comme ça, au milieu de tas d'autres choses qui pourraient être le pinceau ou la caméra. Tout ça passant très rapidement de l'un à l'autre, une sorte de fébrilité et de chaos (...)
mais il me manque cette espèce de je-ne-sais-quoi de fébrilité ou de talent, les deux sans doute. Finalement, je suis toujours renvoyé à l'écriture. Alors je rêve de textes brefs. Mais ça donne toujours de gros livres ! Malgré tout, je rêve toujours d'écrire un genre de livre tel que la question : « D'où ça vient ? » n'ait pas de sens. Je rêve d'une pensée vraiment instrumentale. Peu importe d'où elle vient. Ça tombe comme ça. L'essentiel, c'est qu'on ait entre les mains un instrument avec lequel on va pouvoir aborder la psychiatrie, ou le problème des prisons. (...)
L'individualité, l'identité individuelle sont des produits du pouvoir. C'est pour cela que je m'en méfie, et que je m'efforce de défaire ces pièges.
La seule vérité de l'« Histoire de la folie », ou de « Surveiller et punir », c'est qu'il y ait des gens qui s'en servent, et se battent avec. C'est la seule vérité que je cherche. La question « D'où est-ce que ça vient ? est-ce que c'est marxiste ? » me paraît finalement une question d'identité, donc une question policière. (...)
S'il y a chez Marx des choses vraies, on peut les utiliser comme instruments sans avoir à les citer, les reconnaîtra qui veut bien ! Ou qui en est capable... (...)
Pourtant, c'est bien de guerre qu'il s'agit, puisque mon discours est instrumental, comme sont instrumentales une armée, ou simplement une arme. Ou encore un sac de poudre, ou un cocktail Molotov. Vous voyez, cette histoire d'artificier, on y revient.
(M.F.)

cf. compris c'est compris
cf. à l'intellecteur parfait
cf. devenir-bête-intellectuelle

2010-02-19

premier esthèthe ?

Bien sûr, quelques classiques comme le Flaubert ou la Poésie de Stéphane Mallarmé, son premier livre, demeuraient lus par les étudiants, mais la structure de la pensée d'Albert Thibaudet, sa vision critique, était renvoyée aux oubliettes de l'histoire littéraire (...)
pour réapprendre à vivre la littérature sous l'œil précis et exalté d'Albert Thibaudet. (...)
Né le 1er avril 1874 (...) C'est en 1911 que tout se joue. Jusqu'alors régulier d'une grande revue, (...) Albert Thibaudet ne décolle pas du lot des critiques littéraires : il n'a pas d'œuvre, et l'étiquette de critique, si elle confine au raffinement pour certains, n'ouvre pas autant de portes que celle de poète, aussi médiocre soit-il par ailleurs... Le tout puissant André Gide avait été sensible à l'article que lui consacre Thibaudet, à propos de La Porte étroite en 1909, et il le fait entrer à la NRF, pour très vite lui confier le poste de Marcel Drouin qui tient plutôt mal que bien la « chronique de la littérature ». Dès mars 1912, Thibaudet en est titulaire, et il en fait ses « Réflexions sur la littérature » en 1914. Mais de 1911 date également la parution de son premier livre de critique littéraire, La Poésie de Stéphane Mallarmé (commencé en 1907), qui fait de lui, immédiatement, par la clarté de ses vues et la rigueur de son engagement pour le texte, une référence. (...) parce qu'il se concentre sur ce que dit le poète en tâchant — avec succès — de définir par la reconstruction pure la personnalité artistique et poétique du génie de Stéphane Mallarmé. (...)
« […] le style de Thibaudet, qui en a analysé tant d'autres, est inimitable, dans son mélange de rigueur et de détente, de précision et de fantaisie poétique, de sérieux et de gaieté qui ne nuit pas à la finesse. » (Jean-Yves Tadié, avant-propos à La Poésie de Stéphane Mallarmé d'Albert Thibaudet)
(...) Thibaudet est un des premiers, sinon le premier, à instaurer un rapport réellement critique aux textes et à fonder cette relation par l'analyse du style et des motifs littéraires. Par le style, il ne faut pas entendre qu'il étudie les différentes figures de rhétorique utilisées par son auteur en un gradus fastidieux, non, il développe une lecture globale par laquelle il montre quel est le style propre — le génie — de l'auteur, et cela dès 1922 avec son magistral Flaubert, dont une grande partie n'est que cela, la recherche de l'identité stylistique du maître de Croisset. Avant la « révolution » de la génétique, Thibaudet avait déjà compris que l'artiste se dévoile par le corps caché de son texte et que ce dévoilement recèle la part la plus intéressante des œuvres.

Et au-delà, encore, la recherche de Thibaudet vise, pas moins, à retrouver le sens des œuvres, à leur rendre leur vérité ontologique. L'étude stylistique doit (...) être — c'est de son temps, Paul Bourget et Henri Bordeaux étaient les grands auteurs d'alors et la psychologie régnait presque sans partage — une psychologie. Or, sous l'influence de Bergson notamment, Thibaudet ne va pas se limiter à la psychologie, il va s'efforcer de repérer les mots et les figures utilisés par son auteur pour en tirer un portrait en artiste et en créateur dont la vérité sourd des œuvres, manière à lui de se dire et de se cacher en même temps.

Enfin, Thibaudet n'exclut jamais l'artiste de son époque, mais il n'en fait pas pour autant le sujet de son temps ou de son environnement, comme Taine par exemple. L'artiste, chez Thibaudet, est libre et, à la fois, prend son essence dans un contexte générationnel. Ceux qui copient l'art de leur époque ne sont pas des artistes, ceci est à préciser. Mais ceux qui, répondant à leur génie propre, proposent des formes et des figures artistiques similaires ou proches de leurs contemporains. Il faut comprendre une exigence profonde qui forme sinon une école du moins une sensibilité de génération. (...)

D'Albert Thibaudet (...) il faut retenir (...) une compréhension du génie de chaque artiste comme part d'un mouvement qui l'englobe et dont il ne dépend pas forcément, car le concept de génération n'impose rien à l'artiste ni à l'œuvre, il pose un fait : ceux qui se posent les mêmes questions en même temps ne sont pas étrangers les uns aux autres. (...)
Une place rare et essentielle : celle d'une précurseur talentueux et simple...
(L.d.S.)

cf. esthéthique ®

2010-02-18

mauvaise foi de rigueur

Le patineur B.J. a avancé des problèmes personnels pour expliquer sa contre-performance lors du programme court des jeux Olympiques de Vancouver, mais le président de la Fédération française, D.G., lui reproche des erreurs de choix et un manque de rigueur.
« Mes problèmes ne viennent pas de la patinoire mais de ma vie personnelle. J'ai perdu beaucoup d'énergie à  l'extérieur de la patinoire", s'est justifié le champion (...) [et d']expliquer que depuis deux ans, il n'était plus le même, en raison de problèmes privés, dont il n'a pas révélé la nature.
Si le président de la Fédération française des Sports de glace (...) connaît les soucis de son athlète, il estime que cela n'est pas une excuse parce qu'ils sont « derrière lui ». « Le problème de B. en ce moment, c'est B.", assure D.G.
« Il n'a pas respecté les règles du comportement d'un athlète de haut niveau », accuse D.G., « déjà  en ne voulant pas s'exiler de temps à  autre. Deuxièmement, en ne voulant pas appliquer la quantité de travail nécessaire. Et troisièmement, en ne participant pas à assez d'épreuves. »
Le président a eu une longue mise au point de deux heures mercredi matin avec B.J. : « Ça fait un an, voire plus, que tu triches en permanence, avec toi. C'est avec toi que tu triches », lui a-t-il asséné.
D.G. a reproché à B.J. de n'en faire qu'à  sa tête et d'imposer ses choix, dictés par le souci de rester dans son cocon à  Poitiers. (...)
Talentueux, B.J. en a oublié qu'il fallait travailler pour réussir et a sévèrement manqué de rigueur tout au long de cette saison. Ses débuts ont été annonciateurs d'une année vouée à l'échec. (...) Aux Jeux, qu'il a perdus bien avant d'entrer sur la glace mardi, c'est la dégringolade. (...)
« On est à  fond derrière lui pour la continuité d'une carrière mais qu'il faut baliser. On fait année par année, six mois par six mois et on se donne les moyens de réussir », propose D.G. (...)
Désormais c'est à  B.J. de prendre son destin en mains.
« Je dois changer certaines choses dans mon attitude. Depuis deux ans, mon attitude n'est pas ce qu'elle devrait être, je ne suis plus la même personne. Je ne suis pas moi-même », a encore estimé [le jeune athlète]. « Je savais que les choses n'étaient pas comme elles devaient l'être, mais je n'ai pas su réagir en conséquence. Je sais ce que je dois faire mais ce n'est pas facile. Ce n'était pas le bon moment pour me rendre compte de ce qui n'allait pas », a encore tenté d'expliquer B.J.

cf. d'mauvaise foi
cf. le dommage et l'entrouverture
cf. manque de philosophie