N'en jetons presque plus ! Trions, reprenons, détournons.
L'essentiel est presque bien dit et redit, en long, en large...
Reprenons serré, de travers, à travers.
Par les moyens d'avenir du présent. Pour le présent de l'avenir.
(OTTO)KARL

> page d'accueil

2010-09-29

ni vu ni connu

Caché dans la chambre des parents de Thomas, Antoine attend qu'on le trouve. Aujourd'hui, c'est l'anniversaire de Thomas et tous les invités jouent à cache-cache. Sauf que personne n'est venu et que les autres sont partis jouer aux fléchettes dans le jardin, sans Antoine. Personne ne l'a trouvé parce que personne ne l'a cherché. Ça se passe toujours comme ça pour Antoine. On ne se souvient jamais qu'il est là, qu'il joue, qu'il existe. Au fond, personne ne l'aime ou le déteste vraiment. C'est comme s'il était invisible. Ce jour-là, Antoine décide de se faire oublier pour de bon. Il ne rejoint pas le groupe dans le jardin, il veut rester caché. Puisqu'il a un don pour passer inaperçu, il va s'en servir. Ni vu ni connu...
(O.A.)

cf. sur(le)coté

2010-09-28

2010-09-27

riskant

Im Flugzeug :
« Was mache ich hier eigentlich, so hoch, so schnell ? » (1)
(O.K.)

Salut [karl],
le temps - c´est trop vite pour moi.
J´aime cette phrase de toi: "das ist riskant, aber das Leben!" (2)
toll!
(B.S.)


(1) Dans l'avion : « Qu'est-ce que je fais ici, en fait, si haut, si vite ? »

(2) « C'est risqué, mais la vie ! »

au-dessus des nuages le soleil, au-dessus du soleil le noir

Au-dessus des nuages, toujours le beau temps, fixe, plein soleil, impassible, inaltérable. (Il n'y a jamais qu'à prendre quelque avion pour le vérifier.)
Les nuages n'auraient qu'à dégager...
Ou, nous, à nous élever.
(O.K.)

Jour et nuit
Au-dessus de l'été
Il y a du noir
(E.G.)

2010-09-26

vers le m u r

Droit vers le mur...
Et de près, in extremis, on verra s'il y a une ouverture.
(O.K.)

2010-09-25

régression n(e)in-ja!


Female Ninjas Magic Chronicles, vol. 1 (1991) :: 1'27''::

Plus j'achète, moins c'est cher !

Ça me fait penser à ce réflexe qu'on a, du moins, beaucoup de consommateurs, d'acheter un truc en plus grande quantité (genre « par lot ») parce que c'est moins cher au kilo, mais alors qu'on en a pas vraiment besoin, on dépense davantage, en réalité, puisque le prix à payer est supérieur à celui que nous coûterait la simple dose, nécessaire. Mais sous prétexte que c'est moins cher au poids, on se croit gagnant. Bref, j'ai pas le temps de le dire mieux, mais tu vois ? Ton réflexe [dans un autre domaine] me ferait faire ce rapprochement...
(O.K.)

Plus j'achète, moins c'est cher !
(Netto)

2010-09-24

dans ses vaines

[L’homme] sait le grand secret de toute créature. […] Il sait que l’on n’est pas heureux. Il sait que depuis qu’il y a l’homme nul homme jamais n’a été heureux. […] Or il n’a qu’une pensée. C’est que son fils soit heureux.
(C.P.)

2010-09-23

point : virgule

Sauf que : « lucides », il faudrait nuancer. Il y a aussi la tendance, tentatrice, à noircir l'avenir. Généralement par conservatisme, au fond, même affublé d'autres noms. « C'était mieux avant », « on va vers le pire », etc. Peut-être, mais pour qui ? Tout est pharmakon, pharmacologique. Les alarmistes ignorent souvent les vertus retorses du supposé poison, son envers. C'est qu'ils voudraient à tout prix faire éviter la part de perte – fût-elle certes catastrophique à l'échelle humaine – inhérente à toute métamorphose. Or fondamentalement, tout n'est jamais que métamorphose, transition, devenir, immense... Cosmo-logique, car faut-il rappeler que le monde n'est pas constitué à notre échelle : le monde n'est pas humain.
(O.K.)

... la tâche de la philosophie c'est de dire ce que c'est qu'aujourd'hui et de dire ce que c'est que « nous aujourd'hui ». Mais en ne se donnant pas la facilité un peu dramatique et théâtrale d'affirmer que ce moment où nous sommes est, au creux de la nuit, celui de la perdition la plus grande, ou, au point du jour, celui où le soleil triomphe, etc. Non, c'est un jour comme les autres, ou plutôt c'est un jour qui n'est jamais tout à fait comme les autres.
(M.F.)

2010-09-22

génération ? passons.

Bref, tout est vraiment bouché — avec certes d'infimes failles pour les plus chanceux, triés sur le « relais ». C'est à peine croyable. Génération sacrifiée. Ça a l'allure d'un cauchemar, vraiment. Aucune issue. Vous êtes qui ? Vous repasserez. Mais je n'ai qu'une vie, monsieur, et elle passe. On vous rappellera. (Lévi-strauss avait raison, de s'en plaindre déjà : on est trop nombreux sur cette terre) Alors ? L'arrêt de tout et la réclusion volontaire ? Mais à la charge de qui ? Je te le demande. Alors le suicide ?... Bref. Le cauchemar un peu pour de vrai, quand même. Mais passons. Oui, de toute façon, dans la vie, il n'y a que ça ; on ne peut compter que là-dessus : passer.
(Tant pis. J'aurai fait l'essai.)
Aux suivants...
(O.K.)

cf. le monde aura passé notre tour

2010-09-09

des vrais défauts

Pendant que j'étais à admirer le côté curieux, déconcertant de Cézanne que je ressens depuis nombre d'années, arrive Renoir. Mais mon enthousiasme n'est que de la Saint-Jean à côté de celui de Renoir, Degas lui-même qui subit le charme de cette nature de sauvage raffiné, Monet, tous... sommes-nous dans l'erreur ?... je ne le crois pas... Les seuls qui ne subissent pas le charme, sont justement des artistes ou des amateurs qui par leurs erreurs nous montrent bien qu'un sens leur fait défaut. Du reste, ils évoquent tous logiquement des défauts que nous voyons, qui crèvent les yeux, mais le charme... ils ne le voient pas... Comme Renoir me le disait très justement, il y a un je ne sais quoi d'analogue aux choses de Pompei si frustes et si admirables...
(C.P.)

2010-09-05

J'aime le j'aime-j'aime pas de Robbe-Grillet

Version audiovisuelle, raccourcie :


Version texte, intégrale :

J'aime la vie. Je n'aime pas la mort.
Pourtant, j'aime assez ce qui demeure immobile (j'aime les chats, je n'aime pas les chiens).

J'aime l'impression d'éternité, les vieilles demeures de province au décor immuable, les lourds velours rouges passés depuis toujours, la mousse dans les allées, les carpes entre deux eaux dans les bassins.

Je n'aime pas le téléphone, je n'aime pas la voiture. J'aime les longs voyages en chemin de fer: Paris-Bucarest, New York-Los Angeles, Istanbul-Téhéran, Moscou-Khabarovsk.

J’aime aussi marcher, dans les rues ou à travers la campagne. J'aime les automnes humides et doux, les feuilles brunes luisantes de pluie, en l’épais tapis spongieux sur les chemins.

Je n'aime pas le bruit. Je n'aime pas l'agitation. J'aime les belles voix. Je déteste les cris.

J'aime les foules joyeuses. Je n'aime pas ce qui plaît aux foules. Je ne fais pas confiance aux masses populaires.

J'aime les jours où je me sens plus intelligent, plus instruit, plus aigu. J'aime apprendre. J'aime enseigner.


Je n'aime pas faire une conférence après un bon repas. [J'aime le vin rouge. Je n'aime pas le scotch. J'aime la langue française.

J'aime la vie. J'aime la littérature.

Je n'aime pas... Points de suspension. Je n'aime pas penser à ce que je n'aime pas.

J'aimais la voix de Roland Barthes.]

J'aime bien les petites filles, surtout si elles sont jolies, je n'aime pas trop les petits garçons.

J'aime le joli. Je n'aime pas trop la mode du laid.

J'aime dire ce que je pense, surtout si cela ne se dit pas. [Je n'aime pas les militants, quelle que soit leur tendance.]


J'aime connaître la règle. Je n'aime pas la respecter.

[J'aime ce qui est petit. J'aime les rues de New York, les grands paysages de l'Ouest américain. Je n'aime pas les grands mots.

J'aime comprendre. J'aime analyser les choses.
] J'aime connaître les théories, littéraires ou scientifiques.

J'aime la liberté. Je n'aime pas le gaspillage. Je n'aime pas la salade journalistique.

J'aime mon papa et ma maman. Je me méfie des psychanalystes.

J'aime bien agacer les gens, mais j'aime pas qu'on m'emmerde.

(A.R.-G.)

cf. JaimejaimEpas

2010-08-17

encore un mot postsexuel

Ne plus être attiré par le sexuel (et ses dérivés directs) aussi bêtement que ces insectes par la lumière et chaleur électriques, qui viennent irrésistiblement s'y cogner, machinalement, séance tenante, affaires cessantes, indéfiniment, aveuglément, à y brûler leurs ailes, leurs nuits et jusqu'à leur vie.
(O.K.)

> crap(r)auds sexuels

2010-08-08

cap

Le courage, c'est de dominer ses propres fautes, d'en souffrir, mais de n'en pas être accablé et de continuer son chemin. Le courage, c'est d'aimer la vie et de regarder la mort d'un air tranquille ; c'est d'aller à l'idéal et de comprendre le réel ; (...) c'est de ne pas subir la loi du mensonge triomphant qui passe, et de ne pas faire écho, de notre âme, de notre bouche et de nos mains, aux applaudissements imbéciles et aux huées fanatiques.
(J.J.)

2010-07-12

à bon amateur

Pour aimer un tableau, il faut être un peintre en puissance, sinon on ne peut pas l'aimer ; et en réalité, pour aimer un film il faut être cinéaste en puissance ; il faut se dire : mais moi j'aurais fait comme ci, j'aurais fait comme ça ; il faut soi-même faire des films, peut-être seulement dans son imagination, mais il faut les faire, sinon, on n'est pas digne d'aller au cinéma.
(J.R.)

cf. l'amatueur, ou l'artiste contre-bourgeois
cf. pour une révolution amateuriste

2010-07-11

de l'infantilisme politique


(o.K.) :: 0'49''::

Extrait : Ils finissent par préférer asservir les autres, plutôt que d'être libres eux-mêmes. C'est ça le secret de la servitude volontaire, c'est cette préférence d'être dans la position du dominateur plutôt que d'être libre soi-même...

2010-07-09

lueurologique

— C'est la proposition la plus connue de Leibniz : chaque âme ou sujet (monade) est entièrement fermé, sans portes ni fenêtres, et contient le monde entier dans son fond très obscur, tout en éclairant une petite portion de ce monde, portion variable pour chacun. Le monde est donc plié dans chaque âme, mais différemment, puisqu'il y a un petit côté du pli qui est éclairé. À première vue, c'est une conception très bizarre. Mais, comme toujours en philosophie, c'est une situation concrète. (…) on lit le monde plus qu'on ne le voit.
(...)
— « si le vivant implique une âme, c'est parce que les protéines témoignent déjà d'une activité de perception, discrimination et distinction... » « la matière est textures… » : quel est le statut de ce type de propositions ?
— (…) Quand les éthologues définissent les mondes animaux, c'est d'une manière très proche de Leibniz, ils montrent qu'un animal répond à un certain nombre de stimuli, parfois très peu, qui constituent ses petites lueurs dans le fond obscur de la nature immense.
(G.D.)

cf. dès lors : niet
cf. filtre

2010-07-08

anthropométrie

L'homme est la mesure de toute chose : de celles qui sont, du fait qu’elles sont ; de celles qui ne sont pas, du fait qu’elles ne sont pas.
(P.)

cf. dès lors : niet

2010-07-01

au fond, d.h. lawrence, c'est moi (1)

• La vitalité a l'attrait de la beauté, et, chez Lawrence il y avait une fontaine continuellement jaillissante de vitalité. Elle ne cessait de sourdre en lui...

• Mais la conversation passionnée de Lawrence était topographiquement lointaine, et personnellement très proche. Des horreurs toutes proches - la guerre, l'hiver, la ville - il se refusait à parler. Car il était sur le point, croyait-il, d'aller établir cette colonie d'évasion à laquelle, jusqu'à la fin, il n'a cessé de rêver. (...) Ce qui importait, c'était Lawrence lui-même, c'était le feu qui brûlait en lui, et qui rayonnait d'un éclat si étrange et si merveilleux dans presque tout ce qu'il écrivait.
Dans un journal intime que je tiens régulièrement, je lis cette note à la date du 27 décembre 1927. « Déjeuné et passé l'après-midi avec les Lawrence. D.H.L. très en forme, cause merveilleusement. Il est une des rares personnes pour qui je sens vraiment du respect et de l'admiration. Pour la plupart des autres hommes éminents que j'ai rencontrés, je sens, du moins, que j'appartiens à la même race. Mais Lawrence a quelque chose de différent et de supérieur en qualité, non en quantité.
Différent et supérieur en qualité. Je crois que presque tous ceux qui l'ont connu ont dû sentir que Lawrence était cela. Un être, comment savoir, d'un autre ordre, plus sensible, plus profondément conscient, plus capable de sentir que même les plus doués des hommes ordinaires. Il avait, sans doute, ses faiblesses et ses défauts. Il avait ses limites intellectuelles — limites qu'il semblait s'être délibérément imposées. (...)

Être avec Lawrence était une espèce d'aventure, un voyage de découvertes dans un monde neuf et différent. Car, étant lui-même d'un ordre différent, il habitait un univers différent de celui des hommes vulgaires, un monde plus intense et plus éclatant, dont, au cours de sa conversation, ils nous faisaient les honneurs. Il regardait les choses, semble-t-il, de l'oeil d'un homme qui avait été aux portes de la mort, et pour qui, à mesure qu'il émerge des ténèbres, le monde se révèle insondablement beau et mystérieux. Pour Lawrence, la vie était une incessante convalescence ; c'était comme si, chaque jour de son existence, il renaissait d'une maladie mortelle. Ce que ses yeux convalescents voyaient, ces paroles les plus insignifiantes vous le révélaient. Une promenade avec lui dans la campagne était une promenade à travers ce paysage miraculeusement riche et chargé de sens qui est à la fois l'arrière-plan et le personnage principal de tous ses romans. Il paraissait savoir, par expérience personnelle, ce que signifiait être un arbre, ou une pâquerette, où une vague qui se brise, ou même la lune mystérieuse. Il pouvait entrer dans la peau d'un animal et vous dire, avec les détails les plus convaincants, ce qu'il sentait, et comment, obscurément, inhumainement, il pensait. De Suzanne-à-l'Oeil-Noir, par exemple, la vache de son ranch au Nouveau-Mexique, il ne se lassait pas de parler, pas plus que je ne me lassais d'écouter la description de son caractère et de sa philosophie bovine.
« Il voit, me disait un jour Vernon Lee, plus qu'un être humain ne devrait voir. Peut-être, ajouta-t-elle,
est-ce pourquoi il déteste tant l'humanité. » C'est pourquoi, aussi, il l'aimait tant.
(A.H.)

• Les relations humaines constituent la matière première de l'oeuvre de D.H. Lawrence, par l'intensité avec laquelle elles révèlent la circulation d'énergie entre les êtres humains. Nourri de rencontres et à la fois profondément solitaire — de la solitude du visionnaire et du misanthrope en même temps, (...) Lawrence erre, se frotte à d'autres peuples, d'autres climats, et son regard toujours pénétrant en retire des observations d'une grande sagacité sur l'autre culturel et l'autre amical, sans jamais que son périple ne le satisfasse ni ne le conduise à adhérer au monde. Cette insatisfaction imprègne également ses rapports humains, placée sous le double signe d'une empathie profonde et d'un esprit critique acéré (...).
(...) Fougueux et emporté dans ses lettres comme dans son oeuvre et dans sa vie, Lawrence qui nous apparaît ici est tranchant et vulnérable à la fois, incapable de ne pas déchaîner sa véhémence contre ses proches tout en ayant (...) besoin de leur soutien et de leur affection. (...)

Car Lawrence lutte avant tout contre lui-même : « La seule aventure est une question de lutte intérieure avec soi-même. » Or Lawrence est las de la « vie intérieure », il fustige ce narcissisme délétère chez M. comme ferment de faiblesse (...) « D'une façon ou d'une autre, vous n'avez pas été assez homme. » Lawrence s'immisce dans la vie intime de ses amis, (...) avec une âpreté déconcertante : c'est comme si, dès lors qu'il avait reconnu en eux une étoffe proche de la sienne, la frontière qui les séparait s'était dissoute, l'autorisant à émettre des conseils qui sonnent parfois comme autant de jugements. Ce faisant, il passe outre à la réserve habituellement observée entre amis. Mais il le sait, et agit ainsi par conviction qu'il peut « aider les gens à avoir foi ». (...)

« Autrement dit, les lettres qu'il aimait à écrire ou à lire était celles qui se gardaient de l'ennui et diffusaient une sorte d'énergie vitale. » (...) Lawrence se soucie très peu des formes épistolaires et, là comme dans son oeuvre, rejette les jougs qui pèsent habituellement sur cette forme d'expression. Cet impératif l'amène parfois à outrepasser les limites de ce qu'il est possible de dire à un ami, peut-être car on ne devrait pas non plus se le dire à soi-même. À trop vouloir changer les autres et le monde, on n'en vient parfois à ne pas se ménager suffisamment. « Je suis un être fastidieux pour moi-même et pour les autres. » Tant il est vrai que l'on ne peut rien pour autrui qu'il ne veuille d'abord pour lui-même.  Ainsi, l'idéal d'une vie commune est venu heurter l'affirmation courageuse de la vie en soi que Lawrence encourage chez ses proches, selon des lignes qu'il dicte parfois de façon autoritaire. Cette tendance cohabitant toujours avec un profond renoncement à la volonté, car « la vie et par elle-même source de vie », et une acceptation émerveillée de ce qui est . (...) « (...) Il me semble que tout ce qu'il écrit (...) a de l'importance. Et, en somme, ce que nous lui reprochons est encore un signe de vie. C'est un homme vivant. »
• Ne faisant pas de distinction entre l'art et la vie, Lawrence veut être porteur de renouveau en art mais surtout faire advenir le « nouveau » dans la trame même de la vie. (...)
(E.A.)

2010-06-29

détournier

Mon propos n'est pas d'innover dans la forme, mais de faire passer dans une forme aussi traditionnelle, préservée et rassurante que possible une matière ne possédant aucune de ces qualités.
(M.T.)

2010-06-25

pas de lieu, sans formule

S — et en même temps ce qui est terrible en ces temps de vie chère (...) c'est que vivre en couple est économiquement intéressant.

OK — Mais pas besoin d'être en couple. En duo suffirait. Et même en trio. Et même en équipe ! Encore moins cher. Bref, en réseau « suffirait », si je puis dire, puisque c'est « l'idéal ». Là aussi, sur cette piste, mon idée s'affine, ou du moins : s'affirme.

S — Certains ont essayé...

OK — Mais étaient-ils si avisés ? (...) D'un mot, le secret se trouve sûrement du côté d'un minimalisme politique et moral. Pratiquement aucune organisation. Plutôt constellation, à autorégulation, naturelle, éthique, bref, en un mot banal : autogestion, disons. Pour ça aussi. Et surtout. Et même : sans règles, sans cadre, sans quasiment rien, à la limite de l'existence, je dirais, et en tout cas à la limite de la formulation. Etc.


cf. chapitre : s'en sortir sans sortir
cf. vin nouveau
cf. ein stein, zwei steinbeck, drei...

2010-06-18

l'enjoué de l'art

Au fond, nous sommes toujours renvoyé à cela : l'image aussi bien que le texte est par nature quelque chose qui est figé dans une configuration précise. L'enjeu artistique peut être alors de lui conférer une sorte de mouvement interne, inhérent, propre à déjouer ce côté figé qui éloigne de la vérité du monde.
(B.C.)
Il ne s'agit pas de peindre la vie, mais de rendre vivante la peinture.
(P.B.)
Je sais seulement que je sens mon tableau être là quand une quantité plus grande de mouvement est présente. Je m'arrête avant l'anecdote.
(H.M.)

cf. bon art

2010-06-14

peindre sans cinéma

Les Primitifs se fichaient pas mal de la religion. S'ils peignaient des anges et des vierges, c'est qu'on les leur avaient commandés. C'était aussi pour faire passer autre chose. Car ils avaient fait une découverte un peu difficile, un peu choquante. Ils avaient découvert qu'il était dangereux de trop bien peindre ; que les bleus et les ors et les perles, ça finit par être trop beau, trop brillant ; que ça écrase la peinture, ça lui enlève sa raison d'être et sa dignité. Justement on venait, dans leur temps, d'inventer de nouvelles couleurs, plus riches que les autres ; de nouvelles façons de perspective. De nouvelles sections plus ou moins dorées. Ils se défendaient comme ils pouvaient. Ils marquaient, à leur manière, qu'il n'y a pas de peinture qui vaille (ni d'oeuvre humaine peut-être) sans quelque défaut. C'est aussi bien là ce qu'ont su, de tout temps, les grands hommes, ceux qui ont (comme l'on dit) marqué leur époque. Les inventeurs des cérémonies, et des jeux d'eau et des jardins français, par exemple, savaient très bien ce que chacun eût pu savoir : c'est qu'un jardin doit être vaste et majestueux, c'est qu'il doit donner à la fois un sentiment d'aisance et d'ordre, d'indépendance et de majesté. Mais ils savaient autre chose encore qu'il est mille fois plus difficile de savoir (et, en tout cas, d'appliquer) : c'est qu'un jardin, et un jeu d'eau, et une cérémonie, doivent être légèrement ridicules ; d'un ridicule assez léger, pour faire passer toute le reste. Ce que je dis est très évident, et plutôt terre à terre. (...) [Les peintres chinois] ont très bien senti ce que ne savent pas toujours les peintres européens : c'est qu'un peintre ne doit pas abuser de la situation. Qu'il ne doit pas être trop peintre, ni trop fier de l'être. Que c'est là une sorte de singularité qu'il doit plutôt tâcher de faire oublier. (J.P.)
« Moi peindre ? disait le peintre Mi Fei, vous plaisantez. Je fredonne ma petite chanson. — Moi peindre ? disait le peintre sou-tong-po, vous voulez rire. Je fais cuire ma petite casserole. — Que puis-je y faire ? disait yu-k'o, sitôt que j'ai bu du vin, il sort de mon foie réjoui des rochers et des bambous. Ils sortent en grand nombre, et je ne puis les arrêter. »
(J.P.)

cf. pochoir
cf. de la lecture sans lecture à l'écriture sans écriture
cf. le génie du primitivisme ou le génie

2010-06-12

même en peinture

Quand j'ai commencé, j'étais très jeune, à aller dans les expositions de peinture moderne, j'ai vu très vite qu'on y rencontrait deux espèces de gens, dont les uns (devant Carrière ou Renoir, je suppose) rigolaient comme de petites vaches, se tapaient sur la cuisse et donnaient les signes, que je reconnaissais très bien, de la plus vive joie, devant l'hippopotame ou le tapir. Moi, j'étais pour eux, je les trouvais sympathiques. Il me semblait que c'est naturel de s'amuser. Que c'est plus naturel que de garder (comme faisaient les gens de l'autre espèce) une mine morose, et de parler de grandeur morale — devant Carrière — ; ou de joie de vivre — devant Renoir. Ou encore de section d'or (...) Donc, j'étais du côté des gens qui riaient. Je découvris plus tard autre chose.
C'est que les rieurs étaient mécontents de rire, et les gens sombres satisfaits d'être sombres. Voilà qui était plus sérieux. Voilà qui avait l'air d'une erreur tout à fait générale. Quand ils avaient fini de se taper sur la cuisse et de se cogner du coude, les gens joyeux disaient : « On s'est foutu de nous. Je n'y remettrai plus les pieds. Pauvre France. » Mais les gens tristes disaient : « Quelle âme ! Il faudra y amener ton beau-frère. Ah ! Jean dolent avait raison d'écrire... » (...) Et moi j'avais le sentiment qu'ils se trompaient tous, que ç'aurait dû être le contraire, que les gens joyeux auraient dû être satisfaits, et les gens tristes mécontents. Enfin, qu'il y aurait là une sorte d'accord à établir entre eux, une découverte à faire. (...) le fait est que je me trouvais d'accord avec les gens tristes (car enfin je voyais bien qu'ils avaient des raisons, qu'ils expliquaient les choses, qu'ils savaient de quoi il retourne en peinture.) Mais ça ne m'empêchait pas de m'amuser d'abord. De rigoler avec les gens qui rigolaient : d'une dame qui ressemblait à un éléphant ; d'un cheval qui était monté sur un toit ; d'une autre dame qu'on voyait à la fois de face et de profil. Eh bien ! j'étais à la fois de face et de profil, comme cette dame : je rigolais, mais je trouvais ça très beau. Je m'amusais, mais j'étais convaincu. (...) Et j'avais tort, ce n'est pas douteux. Et les événements semblaient, à chaque nouvelle exposition, me donner tort davantage. Car les bons peintres devenaient chaque jour plus sévères, plus stricts, magistraux. De toute évidence, ils savaient quelque chose. Il leur suffisait parfois pour le démontrer, d'une simple petite ligne, d'un fil. Moi, je tenais bon. À la fin, j'en ai été récompensé. Car il a fini par venir des peintres dont on pouvait rire sans les fâcher, qui acceptaient d'être plaisants, et qui étaient tout de même merveilleux. Dont les tableaux n'étaient pas du tout un ministère, ni un théorème, mais une sorte de réjouissance, quelque chose comme une fête publique, une grande farce. (...) Quelle joie ! Naturellement, j'étais content d'avoir (...) eu raison. Il y avait autre chose encore, de plus grave. C'est que je voyais bien que j'avais eu raison avec le monde entier. C'est qu'il est normal, il est même, je voudrais dire, humain que l'art et la peinture en particulier soient une sorte de fête ou de frairie, et ne cessent pas pour autant d'être admirables. Il y a des secrets de ce genre de tous les côtés, et il n'est pas toujours facile de les découvrir.
(J.P.)

2010-06-08

écollaboration / coélaboration

Comment nous mettons nos idées au point en parlant.
... dans [cette] nouvelle, qui reste inachevée, Kleist décrit de façon saisissante le passage d'une activité inférieure à une activité supérieure. Lorsque vous réfléchissez à un problème et que vous n'en trouvez pas la solution, dit-il, parlez-en à quelqu'un d'autre. Le seul fait de lui en parler vous mettra dans un régime d'activité tellement plus complexe, intense et entier qu'avec un peu de chance la solution se présentera d'elle-même.
(J.F.B.)
Les Trois lois de la robotique, écrites par l'écrivain de science-fiction Isaac Asimov, sont des règles auxquelles tous les robots positroniques qui apparaissent dans sa fiction doivent obéir. Exposées pour la première fois dans sa nouvelle Cercle vicieux (Runaround, 1942) mais annoncées dans quelques histoires plus anciennes (...)
Asimov attribue les lois à John W. Campbell, au cours d'une conversation qui se passa le 23 décembre 1940. Cependant, Campbell affirme qu'Asimov avait déjà les lois dans son esprit, et qu'elles avaient simplement besoin d'être formulées explicitement. Plusieurs années plus tard, un ami d'Asimov nommé Randall Garrett attribua les lois à une collaboration symbiotique entre les deux hommes, une suggestion qu'Asimov adopta avec enthousiasme (...) Même si Asimov colle la création des Lois sur une seule date, leurs interventions dans sa littérature furent présentes sur une certaine période.
(W — merci à J.)

> à l'intellecteur parfait

2010-06-03

DU SEns

Je continue à croire que ce monde n'a pas de sens supérieur. Mais je sais que quelque chose en lui a du sens (...)
(A.C.)

cf. tant la vie

2010-05-21

vivre presque en douceur

Entre le vivant et le milieu, le rapport s'établit comme un débat (...) où le vivant apportent ses normes propres d'appréciation des situations, où il domine le milieu, et se l'accommode. Ce rapport ne consiste pas essentiellement, comme on pourrait le croire, en une lutte, en une opposition. Cela concerne l'état pathologique. Une vie qui s'affirme contre, c'est une vie déjà menacée. Les mouvements de force (...) traduisent la domination de l'extérieur sur l'organisme. Une vie saine, une vie confiante dans son existence, dans ses valeurs, c'est une vie en flexion, une vie en souplesse, presque en douceur. La situation du vivant commandé du dehors par le milieu, c'est ce que G. tient pour le type même de la situation catastrophique. C'est la situation du vivant en laboratoire.
(G.C.)

2010-05-18

trop tard l...

... et je pense à toutes les heures que j'ai perdues. La vie se passe à gâcher le temps, à négliger une bonne occasion, à tourner le dos à l'utile pour se précipiter dans l'inutile.
[Lui] faisait partie de la très petite cohorte des êtres utiles.
Bien sûr, il était très occupé (...). Il eût été indécent d'abuser de son inlassable sociabilité. Et maintenant je regrette de n'avoir pas eu cette indécence. À tout moment sa présence me manque. Que de questions j'aurais encore à lui poser, que de coins noirs il pourrait éclairer, que de discussions passionnantes qui ne naîtront jamais.
(J.R.)

2010-05-12

redevenir-événement

Simplement ça se voit pas, on a tellement de mauvaises habitudes, on se prend pour des personnes et on est pas des personnes...


(G.D.)(O.K.) :: 18'27''::

> je pense, dont je suis
> ne soyez pas (...) même

2010-05-08

ne dire rien, suis-moi toi


(J.-L.G.)(O.K.) :: 4'33''::

Quelle fille ? (...) — Allez, viens, viens ! — Non! ça m'emmerde. Avec les filles il faut toujours jacasser. (...) — Je te parie que tu auras envie de la baiser. Elle a le même genre de bouche que leslie caron. — Non. Moi je ne couche qu'avec des filles dont je suis amoureux. — Dans ce cas, mon petit, je te parie que dans cinq minutes tu seras amoureux.

cf. dire tu

2010-05-07

filtre

C'est ce qui a généré tant de crises, d'incompréhensions... C'est ce dont j'aurais voulu te parler, d'ailleurs. Des différentes intelligences. Non pas directement supérieures ni inférieures, mais déjà différentes. Voilà pourquoi on aurait parlé d'animaux, etc.
(O.K.)

[Article] que j'ai pas encore lu entièrement, mais qui recoupe franchement une réflexion que je développe depuis quelque temps, autour d'une notion que je reformule gaiment : l'intelligence. Bref, on en reparlera, je crois que ça me devient une notion centrale. Et qui débloque à peu près tout : niveau éthique, et même évaluation éthique contre jugement moral. Mais passons, pour le moment.
(O.K)

D - Je survole pas autant que tu veux bien le croire. Je peux juste pas me pencher sur tout. (...) Après, y a des trucs qui, pour toi, paraissent essentiels, et qui m'interpellent moins, tout simplement.
OK - Analyse qui renvoie précisément à ce que j'appelle de plus en plus l'intelligence. Que je reformule en termes qualitatifs, différentiels, et non plus quantitatifs, hiérarchiques, comme l'implique la coutume.
(O.K)

Et peut-être parce que j'ai tort, d'un certain point de vue, autre que le mien – autrement dit d'intelligence divergente. (...)
Quant à la notion d'intelligence, je pars en fait de son étymologie supposée, la fait rejoindre une métaphore deleuzienne, celles des lignes, de paquets de lignes composant chaque rapport au monde individuel, et peu à peu je découvre qu'elle est en puissance chez d'autres penseurs, évidemment, qu'elle affleure souvent, même ! mais sans jamais prendre, oser prendre ce nom. À ma connaissance. (Je crois qu'on est intimidée par sa traditionnelle connotation hiérarchique, dont il faudrait faire la peau.) C'est comme pour mon concept d'esthéthique : un peu partout on s'empêtre à parler d'esthétique en la liant à l'éthique ou au politique, attention c'est lié, blabla, ou à dire « le style c'est l'homme », etc., sans jamais aller « au bout » et passer, par exemple, par cette conceptualisation toute simple, certes un peu cavalière étymologiquement. Il y en a un, que j'ai découvert récemment : Paul Audi, qui introduit ce qu'il appelle la théorie esth/éthique. Wouaw. Bien vu. Mais je crois, a priori, sans vraiment la connaître, que sa notion ne recouvre pas tout à fait la mienne. Pas tout à fait la même intelligence, donc, mais tout naturellement.
(O.K.)

• D - (...) Maintenant, je peux pressentir lorsque quelque chose n'est pas à mon goût, mais pourrait le devenir. Une sorte d'avant-garde de mon existence...
OK - Alors oui : intelligence. Intelligence à soi-même, en l'occurrence. Un dépli de l'intelligence, comme je dis. Et c'est en trouvant cette expression qui me semblait la plus adéquate — à mon intuition —, que je me suis dit : mais merde! Leibniz par deleuze !... Que je ne connais pas. Et en effet, après rapide renseignement, je crois que ça peut se rejoindre, et coller. Mais a priori Leibniz parle plutôt d'âme, que d'intelligence. D'où ma mission, tu devines.
(O.K.)

... le vocabulaire en philosophie (...) implique tantôt l'invocation de mots nouveaux, tantôt la valorisation insolite de mots ordinaires... (G.D.)
si ce n'est leur détournement. (O.K.)

cf.  lueurologique
cf. dès lors : niet

2010-05-06

d'écrire

Mais je crois vraiment que, pour écrire, il ne faut pas être paresseux et c'est justement l'une des difficultés d'écrire. Écrire est une jouissance, mais en même temps une jouissance difficile parce qu'elle doit traverser des zones de travail très dures, avec les risques que cela comporte : envies et menaces de paresse, tentations d'abandonner, fatigues, révoltes. (...) Et, effectivement, si l'on est fondamentalement paresseux, ou si l'on a décidé de l'être, ce qui se conçoit et se défend très bien, on ne peut pas écrire.
(R.B.)

2010-05-03

actualituer

Mais au-delà de ça, de voir ce blog, (trop) bien fait mais dont l'intérêt du contenu me file entre les doigts, lire son digne et bon édito, qui se vante de 30 000 lecteurs par mois... me fait faire un pas de plus, et bien pesé, vers mon désir grossissant de tout arrêter — avec l'actualité. Je ressens ça depuis un certain temps, cette montée. Par exemple avec mes voisins, déjà, et à cause d'eux ? (Deux d'entre eux, dont un, surtout, qui m'a exténué et qui pour l'heure a disparu on ne sait comment.) Mais déjà tous les gens que je croise par ailleurs, et les blogs, légion, avec ces multiples traitements commentateurs m'as-tu-vu de l'actu (autres que sur lepostier.fr), de jeunesse rebelle critique, auxquels des liens amicaux me renvoient sans cesse, inlassablement (...) Alors non, moi, ne plus parler, ne plus discuter d'actualité, ne plus rien avoir affaire avec ; ne plus la discuter, surtout ; ne plus lui faire cet honneur, en quelque sorte ; qu'elle gèle sur place! comme disait nietzsche de la morale. Il semble, oui, que j'en arrive à ce point, si j'y suis pas déjà, à ce point où...

C'est la guerre, mais la guerre sans poudre et sans fumée, sans gesticulations martiales, sans pathos et sans membres rompus - car tout cela serait encore de « l'idéalisme ». Les erreurs, l'une après l'autre, sont ignorées avec un mépris glacial, [l'actualité] n'est pas réfuté[e] - [elle] gèle ... Ici, par exemple, « le génie » meurt de froid ; un peu plus loin, c'est « le saint » qui est gelé ; le « héros » grelotte sous une épaisse calotte de glace ; à la fin, la « foi », la prétendue « conviction » est prise par les glaces - et la « pitié » aussi se refroidit singulièrement - presque partout, se congèle [l'actualité]...
(...) [Elle] n'est pas attaquée ; tout simplement, elle n'entre plus en ligne de compte. (F.N.)[O.K]

C'est mon « désir de neutre », après (celui de) barthes, de soldat couché dans la neige, sentant et pendant que la Terre tourne. Néanmoins :

Le désir de neutre n'est [peut-être] qu'une traversée : je traverse le neutre, mais peut-être demain il y aura un autre désir, et donc je traverserai autre chose. (...) Pour le moment, en moi, le neutre est purement réactif. (J'emploie un vocabulaire nietzschéen.) (...) Par exemple, petite anecdote : il y a huit ou 15 jours, j'ai reçu un livre, par la poste, de quelqu'un que je ne connais absolument pas — ce qui est normal, presque quotidien. Et hier, c'est-à-dire 15 jours après, hier ou avant-hier, ce quelqu'un m'a téléphoné pour me demander ce que je pensais de son livre. Et s'est levé aussitôt en moi, alors que j'avais le téléphone à l'oreille, encore, (...) s'est levé en moi, immédiatement, le désir du neutre. C'est-à-dire le désir de ne pas lire le livre, le désir de n'en rien penser, le désir de ne pas savoir ce que j'en pense, et le désir, si j'en pense quelque chose, de ne pas le dire. C'est-à-dire, au fond, s'est levé en moi le désir de ne pas désirer. Ou le droit de ne pas désirer. (...) Donc je traverse le neutre... (R.B.)

Je ne discute pas, je ne critique pas, je ne juge pas, — seulement, je m'en irai. C'est le seul mouvement qui dit tout, sans rien dire. (H.T.)

J’avais primitivement l’intention de répondre à de nombreuses critiques, et, en même temps, d’expliquer quelques questions très simples, totalement obscurcies par la lumière moderne (...) ; mais j’ai eu l’imprudence de lire ce matin quelques feuilles publiques ; soudain, une indolence, du poids de vingt atmosphères, s’est abattue sur moi, et je me suis arrêté devant l’épouvantable inutilité d’expliquer quoi que ce soit à qui que ce soit. Ceux qui savent me devinent, et pour ceux qui ne peuvent ou ne veulent pas comprendre, j’amoncèlerais sans fruit les explications. (C.B.)

(...)
Je (me) recommande bien plutôt, par exemple, les cours de barthes (enregistrés) au collège france, sur « comment vivre ensemble » (1976-77) et « le (désir de) neutre » (1977-78), précisément. Et là, je ne sais comment insister assez... mais n'insistons pas ; n'insistons plus. Avec moi le déluge.
(O.K.)

cf. en attendant, que n'ai-je... 
cf. s'administrer
cf. à courant d'avance 

2010-05-01

voilà tout

J'ai connu un homme qui a donné vingt ans de sa vie à une étourdie, qui lui a tout sacrifié, ses amitiés, son travail, la décence même de sa vie, et qui reconnut un soir qu'il ne l'avait jamais aimée. Il s'ennuyait, voilà tout, il s'ennuyait, comme la plupart des gens. Il s'était donc créé de toutes pièces une vie de complications et de drames. Il faut que quelque chose arrive, voilà l'explication de la plupart des engagements humains. Il faut que quelque chose arrive, même la servitude sans amour, même la guerre, ou la mort.
(A.C.) (merci à djkl qui remercie g.)

2010-04-22

intracession

Finalement, personne ne peut tirer des choses, y compris des livres, plus qu'il n'en sait déjà. Ce à quoi l'on n'a pas accès par une expérience vécue, on n'a pas d'oreilles pour l'entendre.
(F.N. - EH 3§1)

Comprendre vraiment, c'est avoir déjà compris.
(O.k.)

... chaque fois qu’on ouvre un grand philosophe, on s’aperçoit qu' (...) il parle de très peu d’auteurs, d’abord. Et ensuite, ceux dont il parle, c’est pas tellement sûr qu'il les ait lus — c’est pas son problème. Alors, si vous y réfléchissez (...) c’est grotesque cette idée qu’on puisse emprunter des idées à un livre.  (...) dès qu’on se lance dans cet élément, c’est curieux, on entre dans un élément qui est complètement inconsistant... Vous savez, moi je crois que les livres, ça sert à tout sauf précisément à leur emprunter des idées. Je sais pas à quoi ça sert ! Mais ça sert à quelque chose, ça sûrement. On peut emprunter à un livre, tout ce qu’on veut (...), mais on peut pas lui emprunter la moindre idée ! Ça va pas, ça... Le rapport d’un livre avec l’idée c’est quelque chose de tout à fait différent.
Alors dans le cas de Spinoza, on peut toujours trouver une tradition dans la philosophie du livre : ah oui, bon, elle se continue et passe par Spinoza, tout ça... Mais, en un sens, il emprunte rien... rien, rien, rien... (...) un philosophe il a une intuition, et qui cesse pas d’essayer de l’exprimer, quoi... (...) c’est vrai aussi de la musique...
(G.D.)

Il faudra attendre longtemps avant de connaître la vérité sur l'apparition de cet astre imprévu que constituent Les Demoiselles d'Avignon. Il est convenu que l'art nègre a fourni à Picasso la matière de sa « révolution ». Il n'existe pas moins de trois versions concernant sa découverte de cet art et de ses conséquences convulsives sur la version ultime du « grand tableau ».
(...) La version de Picasso lui-même ne survient qu'en 1937. C'est André Malraux qui la reçoit, interrogeant le peintre alors que celui-ci achève ce chef-d'œuvre : Guernica. Mais trente-sept ans nous séparent encore de la révélation, par l'écrivain, de ce témoignage de Picasso. (...)
Comment le créateur des Demoiselles d'Avignon découvrit-il l'art nègre ? Sans témoin ni interprète! Il pénètre dans le musée ethnographique du Trocadéro - qui ne s'appelle pas encore musée de l'Homme - pour la première fois un jour de l'année 1907.
« Quand je suis entré au Trocadéro, c'était dégoûtant. Le marché aux Puces. L'odeur. J'étais seul. Je voulais m'en aller. Je ne partais pas. Je restais. Je restais. J'ai compris que c'était important : il m 'arrivait quelque chose, non ?
« Les masques, ils n'étaient pas des sculptures comme les autres. Pas du tout. Ils étaient des choses magiques. Et pourquoi pas les Égyptiens, les Chaldéens ? Nous ne nous en étions pas aperçus. Des primitifs, pas des magiques. Les Nègres, ils étaient des intercesseurs, je sais le mot en français depuis ce temps-là. Contre tout, contre des esprits inconnus, menaçants. Je regardais toujours les fétiches. J'ai compris : moi aussi, je suis contre tout. Moi aussi, je pense que tout, c'est inconnu, c'est ennemi. Tout ! pas les détails ! les femmes, les enfants, les bêtes, le tabac, jouer... Mais le tout ! J'ai compris à quoi elle servait, leur sculpture, aux Nègres. Pourquoi sculpter comme ça, et pas autrement ? Ils étaient pas cubistes, tout de même ! Puisque le cubisme, ça n'existait pas. Sûrement, des types avaient inventé les modèles, et des types les avaient imités, la tradition, non ? Mais tous les fétiches, ils servaient la même chose. Ils étaient des armes pour aider les gens à ne plus être les sujets des esprits, à devenir indépendants. Des outils. Si nous donnons une forme aux esprits, nous devenons indépendants. Les esprits, l'inconscient (on n'en parlait pas encore beaucoup), l'émotion, c'est la même chose. »
Puis cette phrase clé : « J'ai compris pourquoi j'étais peintre. »
Puis, tout de suite après : « Tout seul dans ce musée affreux, avec des masques, des poupées peaux-rouges, des mannequins poussiéreux. Les Demoiselles d'Avignon ont dû arriver ce jour-là, mais pas du tout à cause des formes : parce que c'était ma première toile d'exorcisme, oui ! »
Pas les formes, pas les masques façon Vlaminck ou Matisse ou façon Braque dont Picasso dit alors : « C'est aussi ça qui m'a séparé de Braque. Il aimait les Nègres, mais, je vous ai dit : parce qu'ils étaient de bonnes sculptures.» (...)
Non, pas les formes, les masques, les bonnes, les belles sculptures ! Mais ce qui se passe sous les formes, sous les masques ! L'esprit, pas la matière, l'invisible plutôt que le visible. Déjà en 1923, Picasso avait déclaré : « Les statues africaines qui traînent un peu partout chez moi sont plus des témoins que des exemples. »
Alors, Picasso va à son tour exorciser ses propres démons, en donnant sa pleine mesure au « grand tableau ». Il livre une guerre d'indépendance, de libération, contre l'ennemi intérieur ! Il exorcise sa hantise de la maladie, laquelle peut-être transmise par Ie sexe ! Les Demoiselles, on le sait, sont une scène de bordel ! À Françoise Gillot, une de ses femmes, et au grand critique américain William Rubin, il dira, précisant encore ce qu'il avait dit à Malraux :
« Et alors, j'ai compris que c'était le sens même de la peinture », à propos de sa visite au musée du Trocadéro.
(...) il est profondément agacé par la rumeur selon laquelle il aurait copié les formes quand c'est l'esprit des formes qui l'avait touché ! (...)
(...) que le « grand tableau» soit terminé ou non à l'époque où Picasso entre dans le musée du Trocadéro, cela ne change guère. Si le tableau est achevé, Picasso comprend mieux ce qui l'a animé alors qu'il le peignait - passant en quelque sorte de l'inconscience à la conscience de son acte d'exorcisme. Si le tableau est en cours, sa découverte de l'art primitif vient appuyer ses convictions intimes, l'aide à franchir les derniers obstacles. Dans les deux cas, il ne copie pas, n'emprunte pas des formes. Advient au contraire ce qu'il porte déjà lui-même en germe. Car on ne fait pas une rencontre avec l'invisible si l'on n'est pas soi-même concerné !
(...) Daniel-Henry Kahnweiler (...) confirme que la rencontre avec l'art primitif de ses amis cubistes ne constitua aucunement « une simple délectation esthétique », et qu'ils ne se contentèrent jamais d'« imiter le seul aspect de ces sculptures ». Il tient à rappeler qu'il ne s'agit pas d'un emprunt formel.
« Il me faut, écrit-il, m'inscrire, une fois de plus, en faux contre la thèse d'une influence directe de l'art africain sur les deux peintres cubistes d'alors, à savoir Picasso et Braque. Il s'agit d'une convergence. » Quel mot clé ! Kahnweiler précise : « Les peintres cubistes se sentaient encouragés dans leurs travaux par l'existence d'un art qu'ils devinaient frère. »
(J.-P.B.)

cf. compris c'est compris

2010-04-16

huit à 8

Semblable à la pierre de bologne, qui irradie la nuit ce qu’elle a emmagasiné pendant la journée, et par cette lueur indirecte illumine le jour nouveau qui vient.
(R.B.)
La nuit éclaire le jour qui suit.
(J.M.)

2010-04-14

au fond, tous les noms...

... sont des homonymes :
 otto karl
andré breton
eugène delacroix
henri michaux
yves klein
fernand léger

claude lorrain
andré masson

...
(E.L.)(O.k.)

2010-04-13

de nos je(ux) pas d(e) rôles

Les expositions universelles transfigurent la valeur d'échange des marchandises. Elle créent un cadre où la valeur d'usage passe au second plan. Elles inaugurent une fantasmagorie où l'homme pénètre pour se laisser distraire. L'industrie du divertissement l'y aide en l'élevant à la hauteur de la marchandise. Il s'abandonne aux manipulations de cette industrie grâce à la jouissance que lui procure son aliénation, par rapport à lui-même et par rapport aux autres.
(W.B.)

Il s’en trouve toujours certains, mieux nés que les autres, qui sentent le poids du joug et ne peuvent se retenir de le secouer, qui ne s’apprivoisent jamais à la sujétion et qui, comme Ulysse cherchait par terre et par mer à revoir la fumée de sa maison, n’ont garde d’oublier leurs droits naturels, leurs origines, leur état premier, et s’empressent de les revendiquer en toute occasion. Ceux-là, ayant l’entendement net et l’esprit clairvoyant, ne se contentent pas, comme les ignorants, de voir ce qui est à leurs pieds sans regarder ni derrière ni devant. (...) Et la servitude les dégoûte, pour si bien qu’on l’accoutre. (...) Mais les gens soumis, dépourvus de courage et de vivacité, ont le cœur bas et mou et sont incapables de toute grande action. Les tyrans le savent bien. Aussi font-ils tout leur possible pour mieux les avachir.

Cette ruse des tyrans d’abêtir leurs sujets n’a jamais été plus évidente que dans la conduite de Cyrus envers les Lydiens, après qu’il se fut emparé de leur capitale et qu’il eut pris pour captif Crésus, ce roi si riche. On lui apporta la nouvelle que les habitants de Sardes s’étaient révoltés. Il les eut bientôt réduits à l’obéissance. Mais ne voulant pas saccager une aussi belle ville ni être obligé d’y tenir une armée pour la maîtriser, il s’avisa d’un expédient admirable pour s’en assurer la possession. Il y établit des bordels, des tavernes et des jeux publics, et publia une ordonnance qui obligeait les citoyens à s’y rendre. Il se trouva si bien de cette garnison que, par la suite, il n’eut plus à tirer l’épée contre les Lydiens. Ces misérables s’amusèrent à inventer toutes sortes de jeux si bien que, de leur nom même, les Latins formèrent le mot par lequel ils désignaient ce que nous appelons passe-temps, qu’ils nommaient Ludi, par corruption de Lydi.
Tous les tyrans n’ont pas déclaré aussi expressément vouloir efféminer leurs sujets ; mais de fait, ce que celui-là ordonna formellement, la plupart d’entre eux l’ont fait en cachette. Tel est le penchant naturel du peuple ignorant qui, d’ordinaire, est plus nombreux dans les villes : il est soupçonneux envers celui qui l’aime et confiant envers celui qui le trompe. Ne croyez pas qu’il y ait nul oiseau qui se prenne mieux à la pipée, ni aucun poisson qui, pour la friandise du ver, morde plus tôt à l’hameçon que tous ces peuples qui se laissent promptement allécher à la servitude, pour la moindre douceur qu’on leur fait goûter. C’est chose merveilleuse qu’ils se laissent aller si promptement, pour peu qu’on les chatouille. Le théâtre, les jeux, les farces, les spectacles, les gladiateurs, les bêtes curieuses, les médailles, les tableaux et autres drogues de cette espèce étaient pour les peuples anciens les appâts de la servitude, le prix de leur liberté ravie, les outils de la tyrannie. Ce moyen, cette pratique, ces allèchements étaient ceux qu’employaient les anciens tyrans pour endormir leurs sujets sous le joug. Ainsi les peuples abrutis, trouvant beaux tous ces passe-temps, amusés d’un vain plaisir qui les éblouissait, s’habituaient à servir aussi niaisement mais plus mal que les petits enfants n'apprennent à lire avec des images brillantes.
(E.d.l.B.)

et quand on voit actuellement la pression absolument fantastique et toutes les formes de conditionnement, notamment médiatique, que la plupart des gens subissent, on se dit que pour retrouver une autonomie de jugement, en tant qu'individu, il faut avoir une force de résistance considérable, et effectivement on peut très bien admettre que tout le monde n'a pas cette force de résistance, ou alors : vivre avec l'illusion qu'on l'a !
(postradio)

2010-04-10

la philosophie pour quoi faire ?


(R.-P.D.) :: 1'17''::

Avez-vous déjà rencontré des philosophes ? Êtes-vous demeuré assez longtemps en leur compagnie ? Vous est-il arrivé de constater qu’ils ne sont pas tristes ? Ce livre vous suggère d’en fréquenter un bon nombre, illustres ou méconnus, antiques ou modernes, occidentaux ou orientaux, de manière familière et personnelle. Depuis Socrate et Platon jusqu’à Foucault et Deleuze, vous devinerez que l’exercice quotidien de la philosophie lutte contre deux ennemis seulement : la bêtise et la tristesse.
(R.-P.D.)

2010-04-08

henry miller vivant dans l'éternel


(merci à Nicolas Zurstrassen) :: 2'57''::
Henry Miller, grand « vivant jusqu'au bout »! jusque « sur son lit de "mort" ». Mais, de là, bien « au-delà » : jusqu'à nous ! Et encore après — nous. (O.k.)

2010-04-03

reître


(O.k.)(merci à K.T. et à aurobindesbois) :: 5'38''::

Je suis assis, lépreux, sur les pots cassés et les orties, au pied d’un mur rongé par le soleil. — Plus tard, reître, j’aurais bivaqué sous les nuits d’Allemagne.
(A.R.)

Le quiétisme, c'est l'attitude des gens qui disent : les autres peuvent faire ce que je ne peux pas faire. La doctrine que je vous présente est justement à l'opposé du quiétisme, puisqu'elle déclare : il n'y a de réalité que dans l'action ; elle va plus loin d'ailleurs, puisqu'elle ajoute : l'homme n'est rien d'autre que son projet, il n'existe que dans la mesure où il se réalise, il n'est donc rien d'autre que l'ensemble de ses actes, rien d'autre que sa vie. D'après ceci, nous pouvons comprendre pourquoi notre doctrine fait horreur à un certain nombre de gens. Car souvent ils n'ont qu'une seule manière de supporter leur misère, c'est de penser : « Les circonstances ont été contre moi, je valais beaucoup mieux que ce que j'ai été ; bien sûr, je n'ai pas eu de grand amour, ou de grande amitié, mais c'est parce que je n'ai pas rencontré un homme ou une femme qui en fussent dignes ; je n'ai pas écrit de très bons livres, c'est parce que je n'ai pas eu de loisirs pour le faire ; je n'ai pas eu d'enfants à qui me dévouer, c'est parce que je n'ai pas trouvé l'homme avec lequel j'aurais pu faire ma vie. Sont restées donc, chez moi, inemployées, et entièrement viables une foule de dispositions, d'inclinations, de possibilités qui me donnent une valeur que la simple série de mes actes ne permet pas d'inférer. Or, en réalité, (...) Un homme s'engage dans sa vie, dessine sa figure, et en dehors de cette figure il n'y a rien. Évidemment, cette pensée peut paraître dure à quelqu'un qui n'a pas réussi sa vie. Mais d'autre part, elle dispose les gens à comprendre que seule compte la réalité, que les rêves, les attentes, les espoirs permettent seulement de définir un homme comme rêve déçu, comme espoirs avortés, comme attentes inutiles ; c'est-à-dire que ça les définit en négatif et non en positif.
(J.-P.S.)

> l'impossible : un possible
> nechangerien
> inégalités (utiles)
> se (dé)jouer
... 

2010-04-02

au fond, proust, c'est moi (1)

Il se tue littéralement au travail, corrigeant et recorrigeant ses épreuves ; il est sûr de lui et de son triomphe de fond, le disant ouvertement dans ses articles sur flaubert et sur baudelaire ; (...) la guerre est-elle gagnée pour autant ? Pas sûr, jamais sûr. « On dit que dans mes livres je parle de tout au hasard, que c’est une salade. Or ce n’est pas vrai. Il n’y a pas un détail qui n’en annonce un autre dans le même volume ou les volumes suivants. » (...) Non, aucun doute ne semble effleurer Proust : il écrit, il réécrit, il persiste, il précise, il amplifie, il réclame ce qui lui est dû (...) « Vous êtes trop gentil de dire que je suis très raisonnable. Au fond, je crois que c’est vrai. Je ne cherche qu’une chose, c’est à éclaircir. » Tout le monde fuit la réalité dans les vérités usuelles obscures. On ne trouve la lumière réelle que dans l’écriture en profondeur, « là où les lois générales commandent les phénomènes particuliers aussi bien dans le passé que dans l’avenir ». Quelle déclaration énorme : Moi, Proust, comme Dostoïesvki, Flaubert, Baudelaire ou Racine, j’ai trouvé les équations de base qui me permettent de déchiffrer et d’intégrer n’importe quel événement (...). N’est-ce pas fou ? Non. (...) Le mot qui revient sans cesse, maintenant, sous la plume de Proust, celui qu’il martèle à tous ses correspondants est : classique. Le novateur imprévu, contesté, méconnu, mais inévitable, parce qu’il est novateur, est classique. « Une vérité ne s’impose pas du dehors à des esprits qu’elle doit préalablement rendre semblables à celui où elle est née. Manet avait beau soutenir que son Olympia était classique... le public ne voyait là que dérision. » Comment, ce « petit Marcel » que nous avons connu et touché du doigt, avec ses manies, ses tics, ses complications, ses extravagances, c’était Racine ? Lui-même ? Ça alors !
(P.S.)

cf. l'ascésure
cf. les certitudes, ça, (g)rands fous.
cf. [u] en étais-je ? 

2010-03-31

la morale mais l'éthique, et toc

Voilà donc que l’éthique, c’est-à-dire une typologie des modes d’existence immanents, remplace la morale, qui rapporte toujours l’existence à des valeurs transcendantes. La morale, c’est le jugement de Dieu, le système du Jugement. Mais l’éthique renverse le système du jugement. A l’opposition des valeurs (Bien-Mal), se substitue la différence qualitative des modes d’existence (bon-mauvais). L’illusion des valeurs ne fait qu’un avec l’illusion de la conscience : parce que la conscience est essentiellement ignorante, parce qu’elle ignore l’ordre des causes et des lois, des rapports et de leurs compositions, parce qu’elle se contente d’en attendre et d’en recueillir l’effet, elle méconnaît toute la Nature. Or il suffit de ne pas comprendre pour moraliser.
Il est clair qu’une loi, dès que nous ne la comprenons pas, nous apparaît sous l’espèce morale d’un « Il faut ». Si nous ne comprenons pas la règle de trois, nous l’appliquons, nous l’observons comme un devoir. Si Adam ne comprend pas la règle du rapport de son corps avec le fruit, il entend la parole de Dieu comme une défense.
(G.D.)

Moi je crois que la morale (...) c’est essentiellement le système du jugement. (...) Il y a pas d’autre sens de la morale. À savoir, il y a une morale lorsque je suis jugé d’un point de vue ou d’un autre, quel qu’il soit, c’est l’autonomie du jugement, la morale. Alors, je ne dis pas du tout que ce soit mal mais c’est ça, quelque chose, quoi que ce soit, est jugé. C’est ça, la morale.
(...) Le moraliste c’est l’homme du jugement. Au point que je dirai même : tout jugement est moral, il n'y a de jugements que moraux. (...)
Je précise pour Spinoza, à mon avis, il nous dit lui-même « il n’y a jamais d’autonomie du jugement ». Ça, il le dit formellement dans sa théorie de la connaissance. Et (...) il veut dire : le jugement n’est jamais que la conséquence d’une idée. Il y a pas une faculté de juger dont les idées seraient l’objet, mais ce qu’on appelle un jugement c’est rien d’autre que la manière dont une idée s’affirme elle-même, ou se mutile elle-même. C’est important, ça. Donc, il y a pas de jugement, pour lui [Spinoza]. C’est la même chose de dire : il y a pas de jugement, il y a pas d’autonomie du jugement, ou dire : le jugement n’est que la conséquence, n’est que le développement de l’idée. Or, jamais il ne revient là-dessus. « Il y a pas de jugement ».
Et pourtant il nous dit, notamment il dit explicitement dans une lettre, il parle de l’existence comme épreuve. Moi je crois qu’il a une idée très très bonne à cet égard, tout à fait pratique. Il veut dire : vous savez, les jugements, la manière dont vous êtes jugé, tout ça, c’est pas ça qui est important. Bien sûr il y a un système du jugement – pour lui, la religion, la morale, c’est un système du jugement et c’est ça qu’il dénonce. Alors, qu’est-ce qu’il veut dire quand il dénonce le système du jugement ? Il veut dire : finalement, il y a qu’une chose qui compte, c’est pas la manière dont vous êtes jugé, c’est que finalement, quoi que vous fassiez c’est toujours vous qui vous jugez vous-même. Voyez ce qu’il veut dire : il y a d’autant moins de problème du jugement que c’est vous qui vous jugez. Vous êtes jugé par quoi ? Ce qui vous juge, c’est pas des valeurs qui vous seraient extérieures, c’est les affects qui viennent remplir votre mode d’existence. Vous existez de telle ou telle manière. Bien. Ce mode d’existence, il est rempli, il est effectué par des affects. Ce qui vous juge c’est la nature de vos tristesses et de vos joies. Donc, vous vous jugez vous-même.
Et là, Spinoza se fait sans pitié, hein. Parce que, il a à la fois des côtés extrêmement tendres et puis des côtés extrêmement durs, on le sent à travers les textes. Il y a des choses qu’il supporte pas. Il supporte pas l’homme qui se fait souffrir lui-même. Il supporte pas toute la race des masochistes, des dépressifs... il ne supporte pas. Vous me direz : facile de pas supporter. Mais, non, c’est les questions de valeur attribuée à telle ou telle chose. Il pense que c’est la misère, ça, que c’est le fond de la misère. Que le type qui remplit son existence d’affects tristes, eh bien, il se juge lui-même. En quel sens ? Au sens où il s’est fait le pire mode d’existence. Sans doute il a pas pu faire autrement, tout ça, ça compte pas, mais Spinoza va très loin, il nous dit, c’est des gens tellement contagieux et qui ne veulent que ça, répandre la tristesse, qu’il faut être sans pitié. Ils se jugent eux-mêmes. En d’autres termes, il y a pas de morale.
Ou je dis la même chose d’une autre façon. Il nous parle d’épreuve, mais j’ai bien indiqué, hélas trop vite, en effet, tout à l’heure, qu’il s’agit pas d’une épreuve morale. L’épreuve morale c’est l’épreuve d’un tribunal. L’épreuve d’un tribunal, c’est-à-dire, vous êtes jugé, vous passez en jugement. (...) Eh bien, ça, ça existe pas du tout chez Spinoza. L’épreuve dont il nous parle c’est tout à fait autre chose.
Il nous parle d’une épreuve, je disais, physico-chimique. (...) C’est pas un jugement au sens moral, c’est-à-dire un tribunal, c’est comme un jugement, une auto-expérimentation. (...)
Imaginez une pièce d’or qui s’éprouverait elle-même. Quand je parle d’une fausse pièce (...) Spinoza, il invoque l’exemple argile. Il y a plusieurs manières pour (...) une pièce d’or d’être fausse. Première manière d’être fausse, elle est pas en or. Deuxième manière d’être fausse, elle a de l’or mais pas dans la vraie proportion qui définit la pièce, la vraie pièce correspondante, elle a moins d’or que la vraie. Troisième manière d’être fausse, la plus intéressante pour les faussaires, enfin, la moins dangereuse, parce qu’ils sont très difficiles à poursuivre à ce moment-là, la pièce est correcte à tous égards, elle a exactement le poids d’or, alors en quoi elle est fausse ? C’est que, elle a été fabriquée hors des conditions légales.
Pourquoi c’est intéressant de faire des fausses pièces d’or en ce sens ? Au troisième sens. C’est que le cours est pas le même. Le cours médailles et le cours pièces. Vous voyez ? Vous pouvez donc être un faussaire tout en étant vrai. Vous fabriquez des pièces d’or avec le même poids que la pièce authentique, le même dessin, vous êtes faussaire précisément parce que vous y mettez le dessin, en d’autres termes, vous faites une médaille, personne ne peut vous interdire de faire une médaille. C’est légal. Ce qui est pas légal c’est que cette médaille ait exactement les caractères de la pièce officielle, et vous jouez la différence de cours entre la médaille et la pièce officielle. Bon, voilà donc trois manières d’être une fausse pièce d’or.
Qu’est-ce que ça veut dire, une pièce d’or qui se jugerait elle-même ? C’est d’après les affects qu’elle a. La fausse pièce d’or, mettons qu’elle a des affects d’argent. C’est de l’argent recouvert avec une couverture d’or. Elle a des affects d’argent. La pièce d’or en proportions inexactes, elle a des affects d’or, mais qui n’occupent pas la plus grande partie d’elle-même, vous voyez. La pièce complète d’or qui a autant d’or que la vraie pièce, elle a des affects d’or et pourtant quelque chose lui manque.
Je dirais qu’il y a une manière dont chaque chose peut être posée comme juge d’elle-même, faisant l’épreuve de soi. Faire l’épreuve de soi, c’est quoi ? Eh ben, c’est par exemple un son. C’est pas un jugement, ça. Le potier, il a son vase d’argile et il donne un coup. Ou bien le chimiste, il pose une goutte sur la pièce d’or. C’est une épreuve physico-chimique. Dis-moi de quelle nature tu es faite ? Dis-moi un peu. Là c’est pas un jugement, c’est une expérimentation. Dis-moi un peu de quoi tu es composé, toi, c’est quoi ton son à toi ?
Alors, par exemple, pour reprendre, là, l’exemple : je te tape là, quel son ça donne, là ? Est-ce que... oh, c’est un drôle de son, tiens. Comme le vase d’un potier. Alors, on verrait des gens qui passent pour très élégants ou très moraux. Si on les pince... On les pince et on s’aperçoit que, tiens, on se dit, c’est curieux, ça, ils donnent un drôle de bruit... ils sont faux. Il sont faux. Et ça, ça se voit à quoi ? Quelqu’un fait un geste tout d’un coup, quelqu’un dans un discours moral, quelqu’un se trahit. C’est ça qui est chouette, se juger soi-même. C’est quand on se trahit. (...) C’est ça l’épreuve physico-chimique. Alors, c’est pas un jugement moral, bien plus, même, on peut avoir des surprises. Un type qui paraît, là, comme ça, qui joue même un peu au prolo et qui est vraiment prolo, tout ça. Puis, il y a un son de voix tout d’un coup et on se dit, c’est pas qu’il soit pas prolo mais c’est que, c’est qu’il a une une âme prodigieuse, c’est que, pour dire ce qu’il vient de dire il faut que ça soit quelque chose d’autre, aussi, il faut que ce soit un artiste prodigieux même s’il ne le sait pas, hein. Quelque chose comme ça, quelque chose qui trahit quelqu’un. J’imagine que Spinoza c’est un peu ça qu’il essaie de nous dire. Vous savez, vous voyez les gens exister, les modes d’existence des gens, eh ben, il y a une certaine manière dont l’existence est juge d’elle-même.
C’est un peu ça aussi que Nietzsche (je dis pas que ça se résume à ça)... Lorsque Nietzsche dit : ne jugez pas la vie, n’osez pas juger la vie. Il dit : c’est affreux, qu’est-ce que c’est que tous ces types qui jugent la vie ? Qu’est-ce que ça veut dire, ça, de quel droit vous osez juger la vie ? Donc, c’est comme Spinoza, il met en question la morale parce qu’il met en cause tout système de jugement, il met en cause tout tribunal. Mais, l’idée complémentaire de Nietzsche, c’est un tout autre sens du mot « jugement ». À savoir, s’il est impossible de juger la vie c’est parce que finalement la vie ne cesse pas de se juger elle-même, et en un tout autre sens de « jugement ». À savoir, c’est : vous avez la vie que vous méritez, n’allez pas vous plaindre, ne vous plaignez jamais, allez pas vous plaindre, ne vous plaignez jamais parce que finalement les affects que vous avez, qu’ils soient de malheur ou de joie, etc., vous les méritez, pas du tout au sens où vous avez fait tout ce qu’il fallait pour les avoir, (...) c’est même pas ça, mais c’est en un sens beaucoup plus malin, beaucoup plus subtil, à savoir : les affects que vous éprouvez renvoient et supposent un mode d’existence immanent. C’est là que le point de vue de l’immanence est complètement conservé. C’est un mode d’existence immanent, qui est supposé par les affects que vous éprouvez et finalement vous avez toujours les affects que vous méritez en vertu de votre mode d’existence.
(...) L’épreuve du potier c’est chercher les points de fêlure. Si je ne connais pas mes points de fêlure... Or, qu’elle est la meilleure manière de pas connaître... qu’est-ce qu’il dénonce dans le système du jugement et du tribunal ? C’est que se fait une propagation du malheur, le goût du malheur, le goût de l’angoisse, etc., qui nous est présenté comme valeur de fait. Et ça, Spinoza pense que ça appartient à tout tribunal, ça. Ce qu’il dit : la grande Trinité, oui, le tyran, le prêtre et ce qu’il appelle le « prêtre » Spinoza, c’est très simple, c’est "l‘homme de l’angoisse", c’est l’homme qui dit « tu as tort, tu es pécheur, je te jugerai ». Tout comme Nietzsche bien plus tard dira aussi : j’appelle « prêtre » l’homme du système de jugement, l’homme du tribunal : le tyran, le prêtre et l’homme du malheur, c’est-à-dire, le tyran, le prêtre, l’esclave. Pour lui c’est ça les mauvaises argiles, ou les fausses pièces d’or, c’est ça. Alors, ce dont il parle, c’est cette épreuve, oui c’est du niveau... oui, vous comprenez, c’est pas du tout que je sois juge ! Si je vois même mon meilleur ami et tout d’un coup, je lui fais ça, comme-ci, pour voir comment il résonne, comment il sonne. Et je m’aperçois avec effroi que quelqu’un que j’avais vu pendant vingt ans, que j’avais cru connaître, eh bien non, il y a quelque chose, là, à côté de quoi j’étais complètement passé. Alors, ça peut être une révélation merveilleuse, si c’est une beauté. Si c’est un abîme, vous vous rendez compte ? On se dit « ah! bien alors... » [De] toute manière, c’est toujours assez gai, assez fascinant, ces moments... C’est l’espèce de trahison de soi. On cesse pas de se trahir, en bien ou en mal...
(G.D.)

2010-03-29

las là là

Quiconque prétend brûler de faire autre chose que ce qu'il fait, ou d'être ailleurs que là où il est, se ment à soi-même... Il est des êtres qui, lisant ces lignes, comprendront nécessairement que la seule chose à faire, c'est de transformer leurs désirs en actes, jusqu'au bout.
(H.M.)(P.S.)

cf. reître

2010-03-22

instyle


(O.k.) :: 1´01´´::

Hemingway n'a pas non plus révolutionné la technique du roman ; ce qui reste, c'est incontestablement une écriture, le fameux style "maigre" (...) ce style tend vers le "télégraphique". C'est vrai ; c'est même cela le grand apport ; et cela comporte sans aucun doute une morale d'écrivain – voire une ascèse, tant il est vrai que Hemingway se situe dans la lignée des écrivains anglo-saxons pour qui toute esthétique implique une éthique plutôt qu'une métaphysique, comme l'écrivait Sartre à propos de Faulkner.
(M.G.)

> le grand proust par le jeune proust