N'en jetons presque plus ! Trions, reprenons, détournons.
L'essentiel est presque bien dit et redit, en long, en large...
Reprenons serré, de travers, à travers.
Par les moyens d'avenir du présent. Pour le présent de l'avenir.
(OTTO)KARL

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2011-02-09

convanaissance (en Bretagne)

Mais ces incertitudes me tuaient ; cette situation était affreuse. Bien des fois je songeai à en sortir, violemment et à brûler ma maison pour n'avoir pas la peine de la mettre en ordre, selon l'originale expression de Rousseau. Heureusement pour moi que le suicide n'avait pas encore été mis à la mode par des exemples fameux, et je ne savais pas que se tuer fût un moyen de trouver un éditeur. Je continuai donc à traîner plusieurs mois, au milieu du tumulte de Paris, mon découragement ennuyé. Quelques tentatives nouvelles, nonchalamment essayées pour faire jouer des pièces et placer des manuscrits, restèrent sans succès et achevèrent de m'abattre. Enfin je tombai malade.
    Alors mon âme fatiguée se reprit à de vieux souvenirs. Je commencai à regretter sérieusement ma brumeuse et verte Bretagne, et le mal du pays, dont le germe avait peut-être toujours été au fond de mes découragements, me saisit avec énergie. Mon séjour à Paris, lié au souvenir de tant de désappointements, me devint insupportable. Enfin un jour, plus triste qu'à l'ordinaire, et pris d'une sorte de crise maladive, je courus rue du Bouloy, je trouvai une diligence qui partait pour ma province, et, sans plus réfléchir, je m'y jetai, laissant à Paris mes malles, mes livres, mes espérances, et faisant banqueroute à la gloire.
    J'arrivai au pays tout fiévreux et tout meurtri de mes défaites. Je fus long-temps avant de pouvoir me remettre et revenir au calme d'autrefois. J'étais comme ces marins inexpérimentés qui ont mis pied à terre avec le mal de mer, et qui longtemps après sentent encore le tangage du navire qu'ils ont quitté. Je sentais toujours autour de moi ce roulis du grand monde qui m'avait un instant étourdi ; j'éprouvais un reste de nausées, de dégoût et de colère ; j'avais comme une réminiscence du mal de Paris. Mais ces palpitations angoisseuses se calmèrent peu à peu. Je secouai les désolantes pensées sur lesquelles j'avais couché mon esprit comme sur un lit de souffrance. Alors commença pour moi une de ces convalescences morales qui ravivent et recolorent la vie. Le printemps venait de naître, et la Bretagne m'apparut dans toute sa virginale beauté. J'allai me plonger dans ses coulées ombreuses, m'asseoir à l'ombre de ses menhirs gigantesques, et j'éprouvai quelque chose de ce que dut ressentir le premier homme lorsqu'il se réveilla dans l'enchantement de son être et de la vue de l'univers qui venait d'éclore. Bientôt tout ce qu'il y avait de poétique et de neuf dans cette nature me frappa. J'admirai cette Bretagne que je n'avais jusque là considérée qu'avec le regard inattentif de l'habitude. C'était une parente près de laquelle j'avais grandi sans remarquer ses traits, et qu'après une absence je retrouvais avec surprise pleine d'un charme étrange et inaperçu. Peut-être aussi qu'au sortir de la société factice et travaillée dans laquelle j'avais roulé quelques mois, sa poétique individualité me frappa davantage. Toujours est-il que je fus saisi pour elle d'une amitié soudaine, pareille à celle qui vous prendrait pour un frère avec lequel vous auriez longtemps vécu sans intimité, et qu'une douleur imprévue, un épanchement subit, vous révélerait tout-à-coup. Je me livrai avec bonheur à l'entraînement de cette passion naissante. J'étais dans ces dispositions d'une âme enfiévrée et encore toute vibrante d'une exaltation tombée, qui portent naturellement aux enthousiasmes et aux romanesques résolutions. Je fis de mon nouveau sentiment une affection entière et profonde, une sorte de religion. Toute l'effervescence de ma volonté, portée jusqu'alors vers d'autres objets, se concentra dans cet attachement. C'était un but trouvé à mes efforts, un point d'appui pour le levier de mon intelligence. Je m'y arrêtai ; je me mis à aimer la Bretagne ainsi que j'aurais pu le faire d'une femme, et je résolus de la faire connaître dans ses secrets mérites, dans ses charmes les plus suaves et les plus ignorés. Mes études commencèrent, et je les continuai sans interruption. Mais en même temps que j'avais trouvé une occupation pour mon esprit, j'avais aussi découvert l'assiette qui convenait à ma vie. Retiré dans un travail de poésie analytique, éloigné du bruit de l'arène et n'en espérant plus les couronnes, je me trouvai tout-à-coup le cœur léger et joyeux. J'avais rencontré ma place et mon nid ; je m'y couchai heureux en rabattant mes ailes voyageuses. J'avais compris où je devais vivre désormais.
Je continuai pourtant mon travail (...). Je mis alors plus d'ordre dans mes recherches, plus de philosophie dans mes déductions. Entièrement remis du premier engouement qui m'avait porté à ces études, je résolus de ne marcher qu'avec une consciencieuse réserve. (...)
   Quant à la forme donnée à mon travail ...

(E.S.)

cf. presqu'insulaire 
cf. oùh ! la province ?

presqu'insulaire

Et la Bretagne, en général, l'air de la Bretagne, je le retrouve comme du berceau, ma source — et ressource ? À ce que j'en ressens ; ou crois ressentir. Par un certain délire peut-être. Peut-être bien. Mais la lumière, tout !... C'est comme une part de retrouvailles avec moi-même. C'est mon enfance, toute mon atmosphère – dont je suis pétri jusqu'à la « gueule », puisqu'il paraît. Jamais l'effet n'a été si fort auparavant, si prégnant. Certes je le pressentais de loin, m'y préparais, ce qui a pu jouer en sa faveur, mais ça m'a quand même pris par surprise : j'attendais le vent fort, marin… d'être sur la côte, mais ça m'a saisi dès Rennes, et sa lumière (jaune-grise), et son air, son atmosphère... de Bretagne. D'armorique !
Il faudrait que je prenne la peine de trouver les mots sur cet effet que ça me fait, mais pour ça il faudrait du temps, et c'est pas tellement mon génie. Donc c'est comme ça et puis c'est tout. Un sentiment, assez fort. J'ai bien fait de venir en hiver. Cet hiver.
(K.)


Bref. Je pourrais continuer comme ça… Mais je te dis, c'est à me demander si, au fond, ma place ne m'attendrait pas dans ce coin-là. Un jour. Et pour cause !... Qu'il faudrait pas aller chercher loin : Il paraît que le système nerveux central reste marqué, déterminé par ce qu'il épouse, ce qui l'immerge les premières années. Soi-disant. Sans parler du sang qui est le mien !... Soi-disant ; aussi. Aussi bien ? Eh oui, qu'est-ce qu'on fait de mon atavisme sanguin ? Et puis on est limite insulaire, ici, tu remarqueras bien. D'ailleurs on l'était ! Mes ancêtres, il y a des chances. J'entre pas dans les détails. Mais, est-ce que c'est pas optimal (pour moi) ne serait-ce qu'en symbole : de la presqu'île, comme ça ? Un modèle de vie ? Est-ce que c'est pas un sommet d'environnement favorable, de disposition futée ? La presqu'île... En termes de ce j'ai appelé le conditionnement réflexif. Déjà, depuis longtemps, j'adore le mot (en français), non seulement astucieux, bricoleux, bricolé et plutôt singulier, non ? et parce que magnifiquement représentatif de la chose, aussi. Jusque physiquement ; graphiquement ! PRESQU'ÎLE. Enfin, est-ce que c'est pas une aire de vie bonne, une base de bonne santé, ça ? La presqu'île. L'île c'est peut-être trop extrême, isolée ; mais la presqu'île... Ne serait-ce pas le bon terrain du/pour « s'en sortir sans sortir » ? (Comme la montagne, peut-être). Établir ses distances sans se détacher de tout, sans tout larguer, à la romantique ; non : seulement serrer le goulet, les vannes (tiens !), l'entrée de chez soi. Bref, tu vois peut-être... En tout cas, je suis de là, moi. Et las(,) du reste, j'en suis un peu là. Et le décor détermine les gestes. Et a fortiori toute la géographie d'une enfance, de zéro à plus de vingt ans, et par la suite encore — et toujours. Et encore, sans remettre ici le sang sur la table, si je puis dire ! L'histoire du sang. Eh oui !... « Contaminé » ?
(K.)

cf. convanaissance (en Bretagne)
cf. pour un autoconditionnement (ou conditionnement réflexif)
cf. comment s'en sortir sans sortir

délicatescence

Cependant un changement complet s'est insensiblement opéré en lui. Arraché aux occupations rustiques pour être jeté subitement dans le repos du corps et le travail de l'esprit, il sent tomber en même temps le cal formé sur ses mains et celui formé sur son âme. Ses membres se sont engourdis dans l'inaction ; son front basané s'est déteint à l'air des classes. Bientôt tout son corps s'amollit et s'adélicate ; le dur enfant de la campagne est devenu semblable à l'homme des villes, élevé sous verrines, et que tuerait une gelée blanche. Mais en même temps aussi, par compensation, son intelligence s'est développée ; elle a acquis des forces ; elle s'est assouplie dans l'exercice de la pensée ; son imagination enrichie a pris feu et a commencé à jeter des lueurs sur son cœur, dont il comprend mieux les mouvements et dont il analyse les désirs. La vie matérielle a cessé d'être tout pour lui ; son corps s'est amoindri, allégé, et son âme paraît à travers. Alors toutes les maladies de l'homme civilisé l'attaquent à la fois. Alors arrivent les douleurs vagues, le vide, ces tristesses sans nom et sans remède qui viennent on ne sait d'où, et font souhaiter la mort, on ne sait pourquoi. Les émotions, les désirs, les rêves trop pressés dans son cœur, y forment abcès tout-à-coup et font courir la fièvre dans toutes ses fibres.
(E.S.)

cf. écart, tellement...

2011-02-08

oui, je sais bien qu'après la pluie...

Toute la pluie tombe sur moi
Et comme pour quelqu'un dont les souliers
Sont trop étroits,
Tout va de guingois
Car toute la pluie tombe sur moi
De tous les toits
(...)

Toute la pluie tombe sur moi
Oui mais moi je fais comme si je ne la sentais pas
Je ne bronche pas, car
J'ai le moral et je me dis qu'après la pluie...
Vient le beau temps et moi j'ai tout mon temps.
(...)

Toute la pluie tombe sur moi
Oui mais moi je fais comme si je ne la sentais pas
Je ne bronche pas, car
J'ai le moral et je me dis qu'après la pluie...
J'ai le moral et je me dis qu'après la pluie...
Oui, je sais bien qu'après la pluie...
Vient le beau temps
Et moi j'ai tout mon temps
Vient le beau temps
Et moi j'ai tout mon temps
(D.H.)

L'impression de n'arriver à rien (vraiment à rien) veut dire que beaucoup se prépare.
(P.S.)

Pour que l'événement ait lieu, il faut, évidemment, un comble de fatigue, de découragement, d'angoisse, de dégoût, la morsure de mort habituelle, le coup de l'abîme. Tu te traînes, tu rampes, tu multiplies les erreurs, tu as mal partout, tes yeux fondent. Pas d'issue, torrent d'oubli, non-sens général. Et puis soleil, et puis ça va.
(P.S.)

procrast... C'est qui ? Hein ?... C'est con.

Toujours entre le repos et la veille, on cherche en vain le calme, et l'on s'arrête au bord de l'activité. Les deux tiers de l'existence humaine se consument à hésiter, et le dernier tiers à s'en repentir.
Quand je dis l'existence humaine, il faut entendre la mienne !
(E.S.)

On ne commence un travail de longue haleine qu'avec la certitude de ne pas être dérangé.
(G.P.)

2011-02-07

paroles paroles paroles

B.N. — Et la présence est aussi une forme de dialogue.
A.V. — Et quelque fois de grâce.
B.N. — Et sûrement de grâce, oui. Ce qui m'intrigue c'est que, au fond, on supporte mal la grâce. Parce qu'on supporte mal le silence… qu'on est toujours tenté de rompre en faisant surgir de la parole. Laquelle parole, automatiquement, sépare. (...) Les mots séparent, en même temps qu'ils créent la nostalgie de la réunion.

cf. dire tu
...

2011-02-06

born(e).

We were born to be alone
Everybody all alone
Born alone to be alone
We'll stand alone forever.

Standing on the world alone
Learning how to stand alone
And always to be alone
We'll be alone forever.
(C.F.)
                                           =>


Dans une formule célèbre de la Monadologie, Leibniz dit que les notions individuelles sont sans portes ni fenêtres. (...) Sans portes ni fenêtres, ça veut dire qu’il n’y a pas d’ouverture. Pourquoi ? Parce qu’il n’y a pas d’extérieur. Le monde que les notions individuelles expriment est intérieur, il est inclus dans les notions individuelles. Les notions individuelles sont sans portes ni fenêtres, tout est inclus en chacune, et pourtant il y a un monde commun à toutes les notions individuelles : c’est que ce que chaque notion individuelle inclut, à savoir la totalité du monde, elle l’inclut nécessairement sous une forme où ce qu’elle exprime est compossible avec ce que les autres expriment. C’est une merveille. C’est un monde où il n’y a aucune communication directe entre les sujets. Entre César et vous, entre vous et moi, il n’y a aucune communication directe, et comme on dirait aujourd’hui, chaque notion individuelle est programmée de telle manière que ce qu’elle exprime forme un monde commun avec ce que l’autre exprime. (...) Chaque notion individuelle est comme un automate spirituel, c’est-à-dire que ce qu’elle exprime est intérieur à elle, elle est sans portes ni fenêtres ; elle est programmée de telle manière que ce qu’elle exprime est en compossibilité avec ce que l’autre exprime.

 (G.D.)

> s.e.u.l.s. 


2011-02-04

la course contre l'humanitaire

 Pauvre L., elle perdait son temps avec moi. Elle s'est mariée peu après ces séances orageuses à Rome, et elle a eu, presque tout de suite, deux enfants. On se revoit de temps en temps, mais on s'évite. Mon corps ne pense plus rien d'elle, mais je la comprends. Comme d'autres bizarreries au cours du temps, son étincelante crise de nerfs m'a confirmé dans ma voie. L. est un bon médecin, elle travaille sincèrement dans l'humanitaire. Moi je poursuis ma course.
(P.S.)

cf. désormais ni ceci ni cela 
cf. de génération sans génération 
cf. femme sans enfant sans façon
  

2011-02-03

désormais ni ceci ni cela

Comme réaction, j'aurais ça : ...
Mais aussi ça : ...
En bref, il vaut mieux passer outre. Sans se fatiguer (davantage). Au-dessus de tout ça. En dessous. Ailleurs.
(O.K.)

Mais combien plus souvent encore j'ai failli par imprudence et par légèreté ! Que de résolutions prises à l'aventure ! que d'arrêts portés dans l'intérêt d'un bon mot ! que de mal accompli faute de sentir ma responsabilité ! la plupart des hommes se nuisent les uns aux autres pour faire quelque chose ! on raille une gloire, on compromet une réputation, comme le promeneur oisif, qui suit une haie, brise les jeunes branches et effeuille les plus belles fleurs. Et cependant notre irréflexion fait ainsi les renommées! Semblable à ces monuments mystérieux des peuples barbares auxquels chaque voyageur ajoutait une pierre, elles s'élèvent lentement; chacun y apporte en passant quelque chose et ajoute au hasard, sans pouvoir dire lui-même s'il élève un piédestal ou un gibet. Qui oserait regarder derrière lui pour y relever ses jugements téméraires ?
(E.S.)

De personne au monde elle ne dirait désormais qu'il était comme ceci ou comme cela. Elle se sentait très jeune ; et en même temps, indiciblement âgée. Elle passait au travers des choses comme une lame de couteau ; et en même temps elle était en dehors de tout, et elle regardait. Elle avait perpétuellement la sensation, tout en regardant les taxis, d'être en dehors, en dehors, très loin en mer et toute seule ; elle avait toujours le sentiment qu'il était très, très dangereux de vivre, ne serait-ce qu'un seul jour. (…) et pourtant, à ses yeux, c'était complètement absorbant ; tout cela ; les taxis qui passaient ; et de Peter ni d'elle-même elle ne dirait, je suis ceci, je suis cela.
Son seul don était de connaître les gens presque à l'instinct, pensa-t-elle en poursuivant son chemin. Si on la plaçait dans une pièce avec quelqu'un, elle faisait aussitôt le gros dos ou alors elle ronronnait.
(V.W.)


cf. affinités instinctives
cf. la morale mais l'éthique, et toc
cf. la calomnie générale

2011-02-02

oùh ! la province ?

Et pour réagir et répondre sur la province, donc, et sa définition...
La province c'est peut-être là où les gens ne se croient pas capitaux ; ou tout simplement là où des habitants s'entendent dire par d'autres qu'on est ici « en province ».
Seulement, pour avoir vécu ici et là, j'aurais de quoi assurer que la province, « pays vaincus », « pour les vaincus »*, se trouve aussi à Paris, évidemment. La capitale, la vraie, en tant que telle n'étant, au fond, que le lot d'un lot de privilégiés, qu'ils soient de Paris ou d'ailleurs. Voilà en quoi et par quoi, aussi bien, on retrouve de la capitale partout ailleurs.
(O.K.)
* (Merci à PhD)

      C’est là qu’est le souffle de vie, me dis-tu, en parlant de Paris. Je trouve qu’il sent souvent l’odeur des dents gâtées, ton souffle de vie. Il s’exhale, pour moi, de ce Parnasse où tu me convies, plus de miasmes que de vertiges. Les lauriers qu’on s’y arrache sont un peu couverts de merde, convenons-en.
      Et à ce propos, je suis fâché de voir un homme comme toi renchérir sur la marquise D’Escarbagnas, qui croyait que « hors Paris, il n’y avait pas de salut pour les honnêtes gens ». Ce jugement me paraît être lui-même provincial, c’est-à-dire borné. L’humanité est partout, mon cher monsieur, mais la blague plus à Paris qu’ailleurs, j’en conviens.
      Certes, il y a une chose que l’on gagne à Paris, c’est le toupet ; mais l’on y perd un peu de sa crinière.
      Celui qui, élevé à Paris, est devenu néanmoins un véritable homme fort, celui-là était né demi-dieu. Il a grandi les côtes serrées et avec des fardeaux sur la tête, tandis qu’au contraire il faut être dénué d’originalité native si la solitude, la concentration, un long travail ne vous créent à la fin quelque chose d’approchant.
(G.F.)

2011-02-01

au fond, dino egger, c'est moi

Il faut se rendre à l’évidence : ce monde est tel parce que Dino Egger n’a jamais existé. On peut dire d’une certaine façon que l’absence de Dino Egger a été remarquée. Et même qu’elle s’est rudement fait sentir. Car Egger, on s’en doute – Dino Egger tout de même ! – n’eût pas été n’importe qui, certainement pas un de ces anonymes dont le nombre forme foule et que l’on comptabilise ou recense comme têtes de bétail sans se soucier de leurs qualités individuelles pour évaluer la population d’un pays à une époque donnée, pas un de ces braves ou moins braves types qui vont bon an mal an d’un bout à l’autre de leur vie et n’en excèdent jamais les bornes, qui existent dans le temps qui leur est imparti, opiniâtrement sans doute mais sans éclat, et rejoignent le néant d’où ils avaient surgi sans nécessité pour n’en plus jamais sortir, demeurant il se peut dans la mémoire d’un fils, d’un petit-fils parfois, exceptionnellement d’un arrière-petit-fils qui se souvient d’une barbe jaune, d’une odeur sure et d’un veston démodé assez comique. Dino Egger, non, eût été promis à un tout autre destin qui se fût confondu, donc, avec celui du monde, comme celui d’Aristote, de Périclès, de Bach, de Spinoza, de Robespierre, de Gutenberg, de Niepce, de Rimbaud, d’Edison, de Freud, de Lao Tseu ou de Mahomet.
Nous mesurons déjà mieux son importance. Je tiens un homme dont le nom n’eût point déparé une telle liste, qui lui eût fait honneur, un homme tout à fait à sa place, là, au milieu de ces statues, de ces bustes, et que nul n’eût songé seulement à considérer comme un intrus, au contraire...
(E.C.)

Dino Egger, ce nom n'évoque rien pour personne et c'est bien regrettable. C'est aussi parfaitement compréhensible, puisque Dino Egger n'a jamais existé. Il aurait pourtant accompli de grandes choses, s'il faut en croire Albert Moindre dont le nom ne vous dira rien non plus. Pas étonnant, Albert Moindre est un homme modeste, sans éclat. Tandis que Dino Egger devait marquer le monde de son empreinte, ouvrir des perspectives nouvelles, inventer l'harmonie. Pourquoi n’a-t-il pas vu le jour, en dépit de ces excellentes dispositions ? Quelle eût été son oeuvre ? Ne peut-on espérer encore et malgré tout le miracle de son apparition ?
(E.C.)

cf. de génération sans génération

2011-01-27

d'un songe à l'autre, à l'autre... ?

Et si la mort n'était que pareille au jour après la nuit, n'était, comme l'éveil, que la sortie d'une réalité de cauchemar(s) à laquelle le dormeur se sera pourtant passionné, vaguement parfois, ou mollement, ou le contraire, avant de recouvrer assez ses esprits, en soi tout aussi délirants mais auxquels sa nature le porte bizarrement à donner plus de crédit — ou prêter ? Jusqu'à la prochaine sortie ?
(O.K.)

Je plaisante ? Mais non, pas du tout. Lila, à ce moment-là, me soupçonne de croire à l'énorme blague de la résurrection finale des corps. Des corps en général, je n'en ai pas la moindre idée, et d'ailleurs cette perspective d'ensemble, avec jugement à la clé me semble peu ragoûtante, mais du mien, après tout, pourquoi pas ? Ça l'ennuie d'avoir à mourir, mon corps, il ne se sent pas fait pour ça, mais il paraît que c'est une loi évidente et incontournable, ce dont je doute sourdement, et lui aussi. Pas même besoin d'un dieu pour ça, je ne conçois pas le destin de cette manière, c'est drôle.
   
     Le plus curieux, dans les jours suivants, c'est l'insistance de Lila à revenir sur ce sujet impossible. Elle en reparle plusieurs fois, elle tourne autour, elle veut que je me prononce nettement contre cette folie. Ça la tourmente, ça l'obsède, et, bien entendu, je botte en touche, je la boucle, j'évite toute discussion (de quoi discuter, au fait ?), je change de conversation ou bien je joue l'indifférence, je me range sans problème du côté de la raison, de la science, des preuves massives de l'Histoire, de ce qu'on voudra. Je redouble même de modestie, d'humilité, de résignation, d'humanisme (...). Oui, il y a du nous ! Pauvres mortels ! Pauvres de nous ! Millénaires ! Squelettes ! Cendres ! Il fallait naître, chers frères et soeurs, il faut donc mourir. Et mourir à jamais, hein, pas de fables. Place aux suivants, en avant.
(P.S.)

cf. si la mort n'avait rien à voir, circulez

2011-01-22

d'accorps ou pas

    Merci au corps d'être là, en tout cas, silencieux, à l'oeuvre. Il me dit que c'est lui, rien d'autre, qui a toujours pris les décisions, choisi les orientations, les situations. Les maladies, les douleurs ? C'est lui. Les dépressions, les crises, les pertes, les oublis ? Lui encore. Les détentes, les joies, les plaisirs ? Toujours lui. Je ne suis pas à toi, dit mon corps, mais à moi. Comment as-tu pu me faire ça ? Et ça ? Et puis ça ?
    Il me parle sèchement, mon corps. Ta main, insiste-t-il, est la mienne. Si tu respires à fond, tu me trouveras tout au fond. Tu ne contrôles quand même pas tes poumons, ton coeur, ta circulation, tes os, tes cellules ? Laisse-moi faire comme j'ai toujours fait, ne me trouble pas, ne me gêne pas.
    Nous ne sommes pas toujours d'accord, mon corps et moi, exemple l'histoire Lila autrefois. D'emblée, je ne l'aime pas, il l'aime. Je la trouve fermée, butée, coincée dans son ennuyeux roman familial-social, mais lui, mon corps, bande pour elle. Elle m'assomme au bout de dix minutes, elle me vole du temps, alors que lui peut l'écouter pendant deux heures, les yeux dans les yeux, en admirant son cou, ses épaules, ses gestes, sa voix. Je suis plutôt raffiné, mon corps est vulgaire. Elle me casse les oreilles, il adore ses répétitions. Je la trouve jolie, sans plus, mais pour lui c'est une beauté d'enfer. Il va la baiser une fois de plus, c'est sûr. Je le suis, mon corps, tout en regardant discrètement ma montre, trois quarts d'heure pour une séance, ça ira comme ça. Une fois qu'il a joui, mon corps s'éclipse, et me laisse seul avec le bavardage de Lila, les soucis de Lila, les intrigues de Lila, les jalousies de Lila, la mauvaise humeur de Lila.
    J'ai envie de m'amuser, mon corps me freine. Je veux écrire, il veut sortir. Une femme m'attire, mon corps murmure « à quoi bon ? », et il n'a pas tort, on connaît le disque, appartement, enfant, argent, triste salade. C'est amusant un moment, mais c'est crevant.

    Comme, une fois de plus, je suis merveilleusement seul et qu'une grande étrangeté me gouverne, je vais faire une tour dans le jardin d'à côté. (…)

    (…) Mon cerveau a son propre orchestre, il improvise, il compose, il enchaîne, il va dans tous les sens, et c'est souvent le bordel. Il a tendance à n'en faire qu'à sa tête, mais moi, j'ai besoin de ma tête. Je la récupère, c'est entendu, mais parfois de justesse, avec sa lumière qui ne faiblit pas. Lumière cardiaque, on dirait, lumière de tout le corps à la fois. Ici, mon corps proteste : il ne veut pas être englobé, compris, analysé, défini, réengendré dans une autre forme. Il tient à son mouvement incompréhensible, l'animal.

    Je regarde les passants : aucun doute, ils se croient eux-mêmes, mais eux aussi sont incompréhensibles. L'étonnant est qu'ils se prennent tous pour des corps, ou plutôt pour de simples images. Mon corps, lui, est malin : il sait qu'il n'est pas une image, il a du mérite dans cette époque terminale de projection. Cela dit, il veut rester maître à bord, être lavé, nourri, soigné, habillé, reconnu, flatté, désiré, caressé, aimé. Il aime parler, et tente, sans arrêt, de parler à ma place. Il a ses souvenirs dont je préférerais parfois me passer.
(P.S.)

Dans le fond, tout se réduit à une question de physiologie. (…) Nous dépendons du corps ; il est un destin, une fatalité mesquine et lamentable à laquelle nous sommes soumis. Le corps est tout, et il n'est rien : un mystère quasi dégradant. Mais le corps est aussi une puissance fabuleuse. Même si l'on ne peut plus oublier la dépendance qu'il engendre, dès lors que l'on en est devenu conscient. (…) Mes idées m'ont toujours été dictées par mes organes, lesquels, à leur tour, sont soumis à la dictature du climat. (…) Nietzsche a très bien perçu ce conditionnement du climat.
(C.)


cf. CHAPITRE : physio-logique

cf. anthropastro-nomie
cf. les grandes raisons (se rencontrent)
cf. la liberté ta soeur
cf. (pré)jugé libre
cf. corpsolution

...

2011-01-20

(im)posture sexuelle

Il m'est arrivé de me dire que l'on peut avoir une vision postsexuelle du monde, vision qui serait la plus désespérée possible : le sentiment d'avoir tout investi en quelque chose qui n'en valait pas la peine. L'extraordinaire, c'est qu'il s'agit d'un infini reversible. La sexualité est une immense imposture, un mensonge gigantesque qui invariablement se renouvelle. Sans doute, le moment présexuel triomphe du postsexuel : c'est l'infini inépuisable dont parle Céline. Et le désir est cet absolu momentané impossible à éradiquer.
(C.)

2011-01-19

les trous noirs pour un temps

Nos ancêtres imaginaient la face cachée de la lune, s'angoissaient de ce qu'il pouvait y avoir après l'horizon de la terre, plate, le vide sans doute, la chute. À notre tour on s'effraie aujourd'hui de ce qu'on appelle des « trous noirs ». Chacun ses vertiges, ses tr                , en son temps.
(o.k.)

Des scientifiques ont découvert le plus grand trou noir jamais observé. Il pourrait littéralement avaler notre système solaire tant il est important. Il, c'est M87, un trou noir gigantesque... qui possède la masse de 6,8 milliards de Soleils. Une telle masse implique un champ gravitationnel si important que rien ne peut lui échapper, lumière comprise. (...) "Les futures observations de cet objet vont peut-être nous aider à prouver que ce que nous appelons des trous noirs sont vraiment des trous noirs". Avant qu'ils ne nous avalent ?
(Maxiscience)

2011-01-18

saphir mais...

Et, oui, voilà, « suffit de s'imposer », comme tu dis, ou disons : s'affirmer. Doucement mais fermement. Avec force. Non pas violence, mais force. Toujours le même problème. Savoir s'affirmer, en douceur, compréhensif, mais ferme. Voilà. Et si l'autre en montre les dents, découvrir aussi les siennes, gentiment. Modèle : [la chienne] Lunte.
(o.k.)

cf. diAMANT

2011-01-16

marin

Marin marin
Tiens bien la barre
Le vent est fort
La nuit est noire
La mer t'emporte
Suis les étoiles
Marin marin
Déplie les voiles
(S.S.)



cf. à pied marin

2011-01-15

anthropastro-nomie

Professeur d'astronomie dans l'une des universités de Minneapolis, il affirme qu'il n'existe aucun rapport entre les constellations et les traits de caractère (ce qui n'est pas surprenant, les astronomes n'ayant jamais eu une très bonne opinion de l'astrologie) :
« Bien sûr qu'on peut faire un lien entre les récoltes aux étoiles. Mais la personnalité ? Non. »

Des effets sur l'agriculture mais pas sur les personnalités ? Encore un con qui se prend pour tellement plus qu'une plante, au-dessus du lot des autres espèces vivantes, comme relevant d'une autre nature au fond nettement plus indépendante. Mais bien sûr ! les Hommes sont suffisamment dégagés de tout ça, des jeux de forces en présence — magnétique(s). À part l'indéniable force d'attraction de leur seule petite planète qui les cloue au sol pour des raisons pratiques, rien d'autre ! Bref : pff !...
(O.K.)

Ulf Büntgen de l’institut fédéral suisse de la recherche sur la forêt, la neige et le paysage a dirigé une étude portant sur l’implication des variations climatiques sur l’évolution et le déclin des civilisations à travers les âges. Grâce à l’étude de trois facteurs, lui et ses collègues ont réussi à retracer les climats, les températures et les précipitations des 2500 dernières années.
C’est en se basant sur 7.284 échantillons de chênes que l’équipe de chercheurs a pu évaluer les précipitations et grâce à  1.089 pignes de pin et 457 échantillons de mélèze qu’ils ont pu reconstituer les températures.
Ils ont ainsi pu constater qu’à chaque revirement dans le climat, quand celui-ci passait du froid et sec au chaud et humide par exemple, l’impact sur les civilisations était immédiat. En effet, l’agriculture s’en trouvait gravement perturbée mais cependant pas suffisamment longtemps pour que les populations aient le temps de s’y adapter.
Ainsi, les revirements climatiques correspondent aux bouleversements politiques et aux vagues de migrations humaines. C’est dans ces conditions que l’empire romain a chuté. De même, dans les périodes relativement stables de l’époque médiévale, on constate que le climat était, lui aussi relativement constant. Mais au moment de la peste, la période était humide et l’épidémie a profité de ces conditions pour se répandre.
Les exemples sont innombrables. A l’heure actuelle, notre société est moins perturbée par les changements climatiques parce que le commerce international et les technologies modernes en atténuent les effets comme le rapporte la revue Science.
(Maxiscience)

cf. as a rolling stone
cf. CHAPITRE : physio-logique

2011-01-13

adroit au brut

Je dis ce que je pense, crois et vois. (...) Mes propos ne sont pas maladroits, mais brutaux. Mais la vie, la réalité est brutale.
(E.Z.)

2011-01-10

c'était d'une tristesse



Là c'est l'entrée de la piscine. Je me suis pété un bras sur la R5 du maître-nageur qui sortait. J'avais des beef-steaks sur mon vélo, ils étaient par terre, c'était d'une tristesse !...
(P.K.)