N'en jetons presque plus ! Trions, reprenons, détournons.
L'essentiel est presque bien dit et redit, en long, en large...
Reprenons serré, de travers, à travers.
Par les moyens d'avenir du présent. Pour le présent de l'avenir.
(OTTO)KARL

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2009-06-18

au fond, la rochefoucauld, c'est moi

J’ai de l’esprit et je ne fais point difficulté de le dire car à quoi bon façonner là dessus, tant biaiser et tant apporter d’adoucissement pour dire les avantages que l’on a, c’est ce me semble cacher un peu de vanité sous une modestie apparente et se servir d’une manière bien adroite pour faire croire de soi beaucoup plus de bien que l’on n’en dit. Pour moi je suis content qu’on ne me croie ni plus beau que je me fais, ni de meilleur humeur que je me dépeins, ni plus spirituel et plus raisonnable que je le suis. (...)
La conversation des honnêtes gens est un des plaisirs qui me touchent le plus. (...)
(...) La lecture (...) où il se trouve quelque chose qui peut façonner l’esprit et fortifier l’âme est celle que j’aime le plus. (...)
Je juge assez bien des ouvrages (...) que l’on me montre ; mais j’en dis peut-être mon sentiment avec un peu trop de liberté. (...) je soutiens d’ordinaire mon opinion avec trop de chaleur ; et lorsqu’on défend un parti injuste contre moi, quelquefois, à force de me passionner pour la raison, je deviens moi-même fort peu raisonnable.
J’ai les sentiments vertueux, les inclinations belles, et une si forte envie d’être tout à fait honnête homme, que mes amis ne me sauroient faire un plus grand plaisir que de m’avertir sincèrement de[s] (...) défauts [qu'ils me trouvent].(...)
J’ai renoncé aux fleurettes et je m’étonne seulement de ce qu’il y a encore tant d’honnêtes gens qui s’occupent à en débiter...
(F.d.l.R.)

cf. bélier versus poison

« marie depussé (détournée), c'est moi »


(M.D.)(O.K.) :: 2'49''::
cf. « sylvie aymard, c'est moi »
cf. du vécu, l'existence

2009-06-17

pour une sexualité performative

Que faire ? En quoi pourra consister cette « postsexualité » (...) ? (...) Que la sexualité devienne « performative » (...) L’adjectif « performatif » est dérivé du verbe anglais « to perform » qui signifie mettre en acte. (...) Ce que je voudrais signifier par sexualité performative c’est une sexualité par laquelle le sujet serait toujours dans l’accomplissement de lui-même, que la sexualité ne soit plus ravalée à la satisfaction d’un besoin ou à la recherche compétitive d’un « exploit », qu’elle transcende les emplois du temps au lieu de s’évertuer à y trouver une place, quelle revienne au privé et à l’intime, qu’elle réinsuffle dans chaque instant de la vie humaine la créativité pulsionnelle, le sens de l’altérité et l’amour.
(C.E.)
cf. lostsexuel
cf. unité d'action

masturbaction postsexuelle

Diogène qui proposait la masturbation pour penser plus librement était déjà plus ou moins postsexuel ?
En tout cas, je pense que Le Branleur est une étape de plus vers le surhumain... (Etant bien entendu que si "l'homme est une chose à surmonter" (F.N.) la façon dont on le surmonte peut être à discuter...)
(PhD)
Se masturber pour penser et vivre plus librement implique de le faire en connaissance de causes ( : de faim) et de fins, surtout, et non sur le mode trivial de la frustration, du pis-aller. Non : masturbation solaire ! Libératrice. À fins postsexuelles.
(O.K.)
À défaut d'être en mesure de surmonter l'Homme-animal-sexuel que nous sommes de nos jours, la masturbation peut s'entreprendre comme une aide intime astucieuse, l'outil d'une postsexualité plus effective. Recours facile, mais humainement compréhensible, qui en tant que soupape pulsionnelle, exutoire, est à même d'aplanir, de rasséréner le terrain (personnel) d'élaborations et d'évolution postsexuelles.
(O.K.)
cf. l'harcelé/-ée harceleur/-euse
cf. postsexuel
cf. la loi de l'oeuf

l'harcelé/-ée harceleur/-euse

La tentation [sexuelle] c'est terrible. (...) Comme quoi, en fait, les premières victimes de harcèlement sexuel... c'est nous. C'est vrai, on ne pense qu'à ça ! Vous croyez que c'est facile ?
(F.R.)

cf. masturbaction postsexuelle
cf. la loi de l'oeuf

2009-06-16

j'marcuse !

Le principe de rendement est le principe de réalité d'une société capitaliste fondée sur la résignation, la falsification des instincts et la répression des potentialités humaines. L'espoir d'une libération se trouve dans la transformation de la sexualité (...) et l'abolition du travail aliéné.
(...) La tolérance envers des idées qui servent le système de domination et d'oppression est une dénaturation du concept de tolérance : Marcuse oppose la vraie tolérance qui est nécessairement émancipatrice à une perversion opportuniste de l'idée de tolérance qu'il qualifie de "tolérance répressive". (...) Pour Marcuse, " Une des réalisations de la civilisation industrielle avancée est la régression non-terroriste et démocratique de la liberté - la non-liberté efficace, lisse, raisonnable qui semble plonger ses racines dans le progrès technique même."
Contrairement à Freud qui voyait dans le principe de réalité la nécessité de la sublimation répressive des désirs, Marcuse - suite à la lecture du jeune Marx - [critique le] principe de réalité répressif qui n'est autre que le principe de réalité de la société en place.
[Or] la répression du désir inhérente à toute culture (par le principe de réalité soumis aux exigences sociales : cf. Freud, Malaise dans la civilisation) est allée au-delà du nécessaire pour répondre à de faux besoins (principe de rendement, faux rêves de la publicité,...)
[Marcuse] préconise l'éclosion des désirs, la transformation de la sexualité(...), l'abolition du travail aliéné et l'avènement d'une science et d'une technique nouvelles qui seront au service de l'homme.(...)
(W.)
La machine est une esclave qui sert à faire d’autres esclaves...
(H.M.)
On peut parler d'une triple alliance, politique, économique et cybernétique, susceptible d’« auto-organiser » les potentialités (...) humaines...
(G.C.)
Combien il est doux d’obéir, lorsque nous pouvons réaliser le bonheur, d’être convenablement déchargés, par de sages et dignes guides, de la pesante responsabilité d’une direction générale de notre conduite.
(H.M.)
cf. l'éthique hacker

2009-06-15

à la trois

Alors parmi tous ces mensonges, ces échecs, pourquoi s'encombrer. / Il y a tant d'amour à donner. / Viens, je vais te présenter... / Que dis-tu d'un ménage à trois ? / — Pourquoi pas.
(D.A.)

Seul(e), c'est la solitude, à deux c'est la folie, à trois commence la société. Un, deux, trois : soleil ?
(O.K.)



cf. au fond, nietzsche, c'est moi
cf. ottoportrait en devenir
cf. le crime pass...
cf. extension du domaine de l'amour

le crime pass...

Le crime passionnel fait souvent l'objet de législation particulière, car il est considéré que la passion amoureuse fait perdre le contrôle de soi-même dans les cas extrêmes, notamment de jalousie. Il est donc souvent moins sévèrement puni que les autres types de meurtre, que ce soit dans la loi (lois d'exceptions) ou seulement dans les faits (circonstances jugées atténuantes) ! En France, par exemple, il est une des formes d'homicide les moins sévèrement punis !! (...) Sans doute la conséquence de l'influence de la doctrine positiviste italienne du XIXe siècle, au moment de l'apogée du romantisme artistique et littéraire en Europe.
(w.)
cf. l'amour est à réinventer, on le sait
cf. extension du domaine de l'amour
cf. l'amour inventé, à réinventer... : réinventé
...

extension du domaine de l'amour

[Plus récemment : par KARL en personne : je t'aime maintenant à réinventer]

Mes [conceptions et] constructions affectives sont en décalage avec les représentations courantes de l’Amour et de l’amitié. En particulier, cette séparation-opposition entre l’Amour et l’amitié. (...) [Il suffit d'avoir une relation avec quelqu'un-e pour que se crée] une sorte de dépendance mutuelle, un regard plus ou moins permanent et oppresseur sur l’autre (une surveillance) et cela est valorisé socialement. (...) La possession, la jalousie sont encouragées, l’indépendance, l’autonomie ne le sont pas. (...)

L’Amour et ses représentations ne sont pas des banalités niaises à mépriser en passant, mais des vecteurs de souffrances et d’exclusions à combattre... (...)
« Amour », un terme un peu fort, un peu vague, plutôt indiscernable, relativement dévastateur. (...) la seule chose qu’on sait, c’est qu’il a du poids. On ne joue pas avec ce mot-là. (...)

[Or] les échanges affectifs entre des personnes, ça peut prendre toute une série très longue et très diverse de formes, pleine de subtilités, d’originalités, de créativités et de tabous. Ça peut prendre la forme d’échanges physiques ou non, d’échanges sexuels, de gestes de tendresse. Et quand ces échanges affectifs nous font du bien, nous en retirons des biens affectifs. (...)
Les différentes cultures qui émaillent l’humanité ont chacune leur manière de gérer tous ces échanges affectifs. Certains sont interdits, d’autres sont tolérés, ou catégorisés, regroupés, codés, (...), nommés, normés. Par exemple, notre culture a principalement deux mots pour les échanges affectifs : « amitié » et « Amour ». (...) Deux seuls mots, deux seules étiquettes, pour tant d’échanges affectifs différents.
(...) On classe nos relations dans deux cases très réductrices. Et ces deux cases ne sont pas équilibrées, loin de là. « L’amitié » recouvre une énorme variété d’échanges affectifs. « L’Amour » , lui, n’est rien d’autre qu’un point culminant, une totalité, l’amitié au centuple, l’amitié à l’extrême. Il est à la fois énorme et rarissime. (...)
L’Amour est un Dieu. On communie avec lui dans l’extase la plus complète. On l’attend au tournant, on l’appelle au secours, on rêve d’être touché-e par sa grâce, on craint ses courroux plus que tout. On l’adore. On le prie, le soir dans son lit, de se manifester. Il nous sauvera. Il est la seule chose qui fera de notre chemin sur terre un paradis. En même temps il nous promet les douleurs les plus atroces et les plus saintes.
L’Amour, c’est une forme d’échange affectif totale. Totalisante. Totalitaire. L’Amour, c’est toutes les formes d’échanges affectifs réunies. (...) Il n’y a pas d’affection partielle ou nuancée, sinon ça ne reste « que » de l’amitié, ou du partenariat sexuel, ou de l’affection fraternelle... (...) Il est d’ailleurs très important de se demander régulièrement si notre Amour est « véritable », « authentique ». Car on ne blasphème pas avec l’Amour, on ne prononce pas son nom en vain, sinon sacrilège, sacrilège ! (...)

Le Dieu Amour a ses Christs, ses rejetons incarnés : c’est le Prince charmant et la Princesse charmante. (...) Ils/elles sont parfait-e-s, archi-désirables, légendaires. Daigneront-ils/elles nous adresser un clin d’œil ? Arriverons-nous à les attraper, à les posséder, à s’unir avec elles/eux et l’Amour dans une sainte trinité ? Arriverons-nous à leur ressembler assez pour faire autant d’effet autour de nous ? Pour que partout, sans cesse, les gens se prosternent et nous déclarent leur flamme ?
Nous adorons le Prince ou la Princesse charmant-e-s, et à travers elle ou lui, nous adorons toutes les normes sociales dont notre culture l’habille. (...) Les marchand-e-s de vêtements, les publicitaires, les usines de produits de beauté, et surtout le patriarcat, trouvent dans le Prince et la Princesse charmant-e leurs meilleur-e-s allié-e-s. Quelle autre norme sociale peut se vanter d’être ardemment désirée à ce point ? (...)
[Le Prince et la Princesse charmant-e sont des mythes.] Pourquoi ruiner notre vie, attendre, décevoir, pleurer, pour des légendes ?
On dira que j’exagère, que les gens comprennent vite que tous ces mythes sont des mythes. Moi je dis que ces mythes sont dangereux. Ils trifouillent allègrement des émotions très profondes, ils remuent ce qu’il y a de plus douloureux, de plus intime, de plus sensible en nous : l’ego, les affects, les besoins de reconnaissance, les peurs de l’abandon... Ils suscitent des dépendances, des haines, des crampes, des dépressions. Ils inspirent des harcèlements, des suicides, des crimes passionnels. Et même sans aller jusque là, énormément de gens passent toute leur adolescence, par exemple, à croire dur comme fer à l’Amour, et à en souffrir ; ils peuvent en sortir, mais garder d’inévitables séquelles pour des lustres. Une adolescence de souffrance c’est déjà trop, rien qu’une année c’est déjà trop, cessons d’inspirer la foi en un-e Prince-sse charmant-e, ce n’est pas « quand on sera grand-e » qu’on « comprendra », [entraînons-nous/] entraidons-nous dès maintenant à être autonomes et serein-e-s sur le plan affectif. (...)

[L'Amour,] difficile d’y échapper : [les chansons], les dessins animés, les fables, les films, les pubs, les magazines, les romans, les nouvelles, nos [copains/copines] même... l’Amour nous est raconté à tire-larigot. Ces récits d’Amour nous construisent, nous flanquent leur culture dans l’esprit, nous acculturent, ils nous apprennent à désirer tous ces mythes. Notre sensibilité est construite par eux, en même temps qu’elle les réclame. Quand nous allons au cinéma voir une « belle » histoire d’Amour, et que nous en sortons troublé-e, rêveur/-euse, nous venons de vivre un peu de cet Amour raconté, et à la fois nous venons d’intégrer un peu plus qu’il est beau, qu’il est grand et que nous avons intérêt à y aspirer. Ces films compensent notre misère affective, nous offrant un moment d’identification et de catharsis, nous permettant de vivre par procuration ce que nous ne trouverons jamais [ou rarement] dans notre existence. A la fois consolateurs et véhicules de la culture de l’Amour, ils apaisent nos souffrances, nos frustrations, en même temps qu’ils préparent le terrain pour qu’elles se renforcent.

Avez-vous remarqué comment fonctionnent les récits d’Amour ? Ce sont [presque] toujours les mêmes rengaines. Un Prince charmant et une Princesse charmante se rencontrent, l’Amour naît, malicieux, au coin des regards dérobés et des situations inattendues. Puis l’Amour se joue, c’est la phase de séduction, l’héroïne et le héros s’approchent, se guettent, se sous-entendent, se mésentendent... Suspense... Mais l’histoire d’Amour finit bien, le Prince et la Princesse se tombent dans les bras, c’est l’apothéose du Baiser, puis le générique. Et après ? Qu’en est-il de la vie post-Baiser ? On suppose l’Eden amoureux, une image figée, nacrée, rêvée, « ils vécurent heureux et eurent beaucoup d’enfants ». C’est précisément là, dans cette cessation du récit, dans ce silence, que s’exprime le mythe de l’Amour : le bonheur dans l’Amour est tellement total qu’il ne reste plus rien à raconter. Les épreuves dignes d’effroi et d’attention résident dans la séduction ; la vie entre Amoureux et Amoureuse, elle, est lisse comme du beurre, exempte d’épreuves, de sursauts, de surprises. A la limite, si elle apparaît dans ses difficultés, elle ne sert que de décor pour que l’un-e des conjoint-e se lasse et démarre une phase de séduction avec quelqu’un-e d’autre.
Seuls les récits plus « intellectuels », plus difficiles d’accès, racontent les obstacles et difficultés une fois l’Amour déclaré, scellé (...) Dans les magazines mièvres, les problèmes de la vie post-Baiser sont traités scientifiquement, à grands renforts de psychologues, comme des anormalités presque médicalisables, des maladies de l’âge. Mais le registre du récit, celui qui nous fait frissonner, celui qui marque nos émotions et nos désirs, reste réservé, lui, à la vie pré-Baiser : l’Amour dans le récit « populaire » n’est rien d’autre qu’un soulagement final, un happy end. Ce schéma se répercute dans notre caboche, et nourrit le mythe de l’Amour, plaqué ensuite sur notre réalité, nos projets et aspirations. (...)

La culture de l’Amour fait naître toute une économie de l’affection. Car, idéalisant et raréfiant à la fois les échanges affectifs, elle crée une misère et donc une demande.
L'Amour [idéalisé par notre culture], c’est une mine, un trésor affectif. L’Amour devient donc une forme de relation extrême, rêvée, désirée à outrance. Quand on ne l’a pas, on veut absolument l’avoir. Quand on l’a, on a une peur absolue de la perdre. Et quand on ne l’a plus, on meurt, ou presque.
Mais en même temps, la définition de l’Amour est si pointue, si exigeante... qu’on peine à le rencontrer. (...) les possibilités de vivre des échanges affectifs deviennent rares. Là commence la misère affective. (...)
La culture de l’Amour encourage [la] demande [de biens affectifs] en même temps qu’elle réduit leur quantité disponible. Elle crée des individus schizophrènes, qui se construisent un désir ardent d’Amour en même temps qu’ils s’en construisent une définition trop exigeante. Des êtres qui se rendent dépendants d’un idéal en même temps qu’ils se le rendent inaccessible. (...)

Là où il y a une économie, une rareté, une misère, le capitalisme se précipite. Il débarque d’abord avec tous ses principes, représentations, comportements. La rareté d’un bien inspire à tou-te-s la peur d’en manquer, la compétition pour l’acquérir, la propriété pour ne pas le laisser filer. (...)
Le Prince ou la Princesse charmant-e-s sont des oiseaux rares qu’on met en cage. Des fois on se possède mutuellement et on reste ainsi, des années en couple, rivées l’un-e sur l’autre, parce qu’on a tou-te-s les deux peur de ce qui se passerait en dehors de cette relation, peur du chemin à accomplir de zéro pour retrouver et séduire un nouveau Prince ou une nouvelle Princesse.

Enfin, la rareté des biens affectifs creuse des fossés entre « possédant-e-s » et « non-possédant-e-s ». Les exclu-e-s de l’affection sont légion, exclu-e-s par leur physique, par leur manque d’expérience, leur manque d’aisance, leur manque de confiance en soi, face à cet enjeu énorme et complexe qu’est l’accès à l’Amour... On peut dire qu’ils/elles manquent de capital affectif. Et comme dans tout système de domination, moins on a de capital, moins on a de chances d’en gagner : c’est un cercle vicieux. Les exclu-e-s de l’affection manquent d’assurance au départ, donc vivent peu d’expériences affectives, donc n’ont jamais l’occasion de gagner de l’assurance, donc restent handicapé-e-s, à moins d’une rencontre de type miraculeux.
Paradoxalement, et injustement, ce sont souvent les exclu-e-s de l’affection qui intègrent plus que tou-te-s les autres les mythes dominants et les comportements du capitalisme affectif. Leur manque de vécu ne leur permet pas de détruire les mythes de l’Amour, de comprendre leur absurdité. Trop habitué-e-s au manque, ils/elles ont la terreur de perdre la moindre once d’affection acquise. On les oublie vite et les retrouve parfois dans les faits divers, dépressions, viols, internements, pétages de plombs divers et variés... La misère affective assèche le moral et affame les nerfs. (...)

Comment accéder aux biens affectifs ? C’est la question que tout le monde se pose. Nous avons 4 réponses possibles face à nous.

1) Souscrire aux critères de l’Amour. Devenir un-e Prince-sse charmant-e et trouver son/sa Prince-sse charmant-e. Séduire. Mais cette voie est réservée aux puissant-e-s, aux jeunes, aux belles et beaux, aux confiant-e-s, aux expérimenté-e-s. Elle est complexe et sélective.
2) Acheter les succédanés de biens affectifs. L’argent est quand même un outil plus facile que toutes ces entreprises de séduction, si compliquées et si hasardeuses. Le problème, c’est que l’argent il faut le trouver... Faire partie des classes économiquement dominantes, et/ou être prêt-e à se vendre sur le marché de l’exploitation salariale... Mais après tout, l’argent est la solution de rechange la plus facile, dans une société qui nous pousse de toutes ses forces dans le travail rémunéré, et qui nous encourage à résoudre nos problèmes de manière individuelle.
3) S’adonner à la violence, le chantage, la menace, le viol. Un autre raccourci qui demande d’autres habiletés, que beaucoup choisissent, et qui fait des ravages.
4) Soigner le problème à sa racine : détruire la culture de l’Amour et répandre l’abondance affective qu’elle garde captive. Se lancer individuellement, collectivement, socialement, dans une déconstruction des normes relationnelles. C’est la solution en laquelle je crois.

Les biens affectifs sont disponibles en quantité, ils sont là, ils existent ! Nous regorgeons de ressources affectives, nous rêvons tou-te-s d’en donner et d’en goûter, il ne tient qu’à nous de le faire ! La rareté des biens affectifs est une illusion, un décret qu’il suffit de déchirer, elle est aussi fausse que la rareté des biens matériels, montée de toutes pièces par le système capitaliste pour sanctionner ceux et celles qui refusent de travailler pour les possédants.

Gratuité des biens affectifs ! Pour une affection abondante, égalitaire, sans dominations. Pour une pornographie live, pour des psychothérapies gratuites, pour la fin des spécialisations, des professionalisations de l’écoute et de la sexualité. Pour bannir un jour les rapports spectaculaires-marchands de nos vies affectives comme du reste de notre existence. Le plus tôt sera le mieux !

Quelques propositions pour une abondance affective :
- Construire des relations affectives uniques, conscientes et particulières, au-delà de toute norme relationnelle, aussi diverses que les individus qu’elles impliquent et leurs envies.
- Répandre et banaliser les relations affectives, plutôt que de les sacraliser.
- Envisager la non-exclusivité, ce qui ne veut pas dire consommer nonchalamment les partenaires les un-e-s après les autres, mais se laisser la possibilité de découvrir petit à petit une diversité de relations affectives égalitaires, pourquoi pas simultanées, en étant très très conscient-e qu’en l’état actuel des choses ça veut dire se lancer dans une expérimentation, et que ça implique d’autant plus d’attention et de qualité de communication entre les expérimentateurs/-rices. (...)
- Arrêter de parler d’Amour et d’amitié, choisir des termes plus précis.
- Rajouter de l’acné et du bide aux icônes des Prince-sse-s charmant-e-s.
- Parler aux enfants d’autres formes affectives que l’Amour.
- Se déconstruire (...) progressivement.
- Développer l’autonomie affective, ce qui ne veut pas dire se renfermer sur soi-même, mais varier et multiplier les sources d’affection (moments privilégiés avec des ami-e-s ou avec soi-même, [tendresse], massages, [sensualité], auto-sexualité,...), pour se relationner aux autres sans peurs et dépendances, sur des bases plus assurées et ouvertes. (...)

[Vers l'autonomie affective :]
- Comment désamorcer la douleur maîtresse, la dépendance, comment basculer dans l’autonomie ? Je ne dois pas chercher une compensation, une fuite, mais un recul, un retour sur moi-même, mes goûts et mes envies propres.
- Démystifier l’Autre, démystifier la sexualité...
- Voir que l’Autre n’est pas parfait-e, qu’elle ou il a aussi des côtés qui ne me plaisent pas, comme tout le monde.
- Voir combien il/elle est différent-e, lointain-e, penser qu’il/elle a d’autres attirances. (La fusion est une chimère !)
- Penser que c’est important pour elle/lui d’avoir cette liberté-là, qu’il/elle ne m’appartient pas, me rappeler — ressentir — que j’aurais horreur de l’emprisonner. (...)
- Penser aux moments où j’ai ressenti que la sexualité était un plaisir comme un autre, et rien de plus... Penser aux autres plaisirs intenses que je connais et que je ressens par d’autres moyens.
- Observer ma douleur, l’analyser, la comprendre... Mais ne pas y rester. Au besoin, quitter les lieux, changer de cadre, changer d’air. Voir d’autres ami-e-s, explorer d’autres réseaux de connaissances, rencontrer des gens.
- Trouver le plaisir de me retrouver, de me bichonner moi-même : c’est l’occasion de penser un peu à moi, de redécouvrir mes passions, mes autres plaisirs, marcher en montagne, me faire un bon repas, chanter...
- Ne pas oublier que le but de cette démarche n’est pas de fuir quelque chose, mais de me retrouver. Non pas lutter CONTRE le démon amoureux, mais aller VERS quelque chose de chouette, de léger.

(...) Gilles Deleuze (...) :
« A mon envie abjecte d’être aimé, je substituerai une puissance d’aimer, non pas une volonté absurde d’aimer n’importe qui, n’importe quoi, non pas s’identifier avec l’univers, mais dégager le pur événement qui m’unit à ceux que j’aime, et qui ne m’attendent pas plus que je ne les attends, puisque seul l’événement nous attend, eventum tantum. Faire un événement si petit soit-il, la chose la plus délicate du monde, le contraire de faire une histoire. Aimer ceux qui sont ainsi : quand ils entrent dans une pièce, ce ne sont pas des personnes, des caractères ou des sujets, c’est une variation atmosphérique, un changement de teinte, une molécule imperceptible, une population discrète, un brouillard ou une nuée de gouttes. »

source : contre l'amour
cf. l'amour inventé, à réinventer... : réinventé
cf. la page aux romantiques
cf. se rencontre
cf. french antiromantisme
cf. affranchir amour-amitié
cf. se faciliter l'attache

2009-06-14

l'éthique hacker

Un rapport alternatif au travail, à l’argent, au temps... qui caractérise une éthique que Pekka Himanen, jeune philosophe finlandais, oppose à l’éthique protestante analysée par Max Weber, en la nommant l'éthique hacker. Celle-ci recouvre une relation passionnée au travail dont les motivations principales sont le plaisir, le jeu et la passion. À cela s’ajoutent un statut de non-dépendance salariale et l’adhésion à des comportements de coopération.

Pekka Himanen (...) estime que les hackers sont les prototypes parfaits des citoyens de l’ère de l’information, censée succéder à l’âge industriel. Entretien avec un « philosophe-hacker ».
J’ai étudié les discours [hackers], (...) les mêmes mots reviennent toujours : la passion, le jeu, le plaisir, l’échange et le partage. Cette attitude des hackers s’oppose (...) à l’éthique protestante, telle qu’elle est définie par Max Weber, et qui domine le monde d’aujourd’hui : celle du travail comme devoir, comme valeur en soi. Où vous devez juste effectuer votre travail, peu importe en quoi il consiste. Où la souffrance est même assez noble. Cette attitude caractérise l’ère industrielle. Dans l’éthique hacker, vous faites quelque chose que vous trouvez intéressant et gratifiant en soi, grâce auquel vous pouvez vous réaliser et créer quelque chose qui a une valeur sociale.
(...) On peut avoir la même attitude dans d’autres domaines que l’informatique. Vous pouvez être un [philosophe]-hacker, un [cinéaste]-hacker... Il suffit de ne pas faire quelque chose seulement de façon routinière, mais d’y ajouter quelque chose de personnel. Pour de l’argent ou pas. C’est intimement lié à la création d’information et de connaissance, mais vous pouvez aussi être un artisan-hacker, avoir une relation passionnée et personnelle au travail du bois. Cela concerne toute personne qui crée du sens, des symboles ou de l’identité.
(...) L’éthique hacker n’est pas nouvelle. On la retrouve dans la communauté scientifique ou chez les artistes. Mais ce qui rend l’attitude des hackers significative, c’est que les créateurs d’information sont aujourd’hui au cœur du développement de nos sociétés, et non plus aux marges, comme l’étaient les artistes.
[Ces personnes travaillent alors même qu’elles n’y sont pas obligées pour subsister, et leur travail est d’une nature différente de celui hérité de l’éthique protestante. Pour le hacker, la distinction pertinente n’est pas tant le travail ou le loisir, mais plutôt l’intérêt que l’on porte ou pas à l’une ou l’autre de ces activités, ainsi que la créativité que l’on met ou pas en œuvre, la passion qui le porte. Cette éthique du travail contient également un rapport différent au temps, à son découpage et à son optimisation.]
(...) Max Weber incluait dans l’éthique protestante l’idée d’une vie structurée par la régularité. L’ère industrielle a généré l’idée d’un temps de travail régulier. Les gens ont perdu le contrôle de leur temps. Au contraire, les hackers suivent le rythme de leur créativité : parfois, ils travaillent très tard dans la nuit, puis ils prennent une journée, ou s’arrêtent et vont boire une bière. On pourrait les croire feignants ou pas sérieux. Il n’en est rien : la relation au temps est plus flexible dans l’éthique hacker que dans l’éthique protestante : différentes séquences de vie comme le travail, la famille, les amis, les hobbies, etc. sont mélangées avec une certaine souplesse de telle sorte que le travail n’occupe jamais le centre. Et cette relation flexible au temps est couplée à un usage intensif des technologies de l’information (mail, web, téléphones portables...), car en principe celles-ci peuvent vous affranchir d’un temps trop contraint.
[Néanmoins, ces technologies ne permettent pas en soi de reprendre le contrôle de son temps], les technologies ne produisent rien en tant que telles, [et] si l’éthique protestante continue à nous animer, les technologies de l’information serviront encore plus à optimiser le temps. (...) [De nos jours] les outils de communication accompagnent [notre] culture de l’urgence. (...) les premiers utilisateurs de mobiles ont été les pompiers, les policiers, les médecins. Cette culture de l’urgence nous a tous contaminés. Jusqu’à la sphère des loisirs, qui adopte de plus en plus une structure d’organisation similaire à celle du travail : agenda en main, cela consiste à tenter de traiter toutes les tâches et les rendez-vous de la soirée. Mais les hackers sont un exemple montrant que ces technologies peuvent vraiment tenir leurs promesses.
[La culture des hackers est aussi celle de l’ouverture, du partage...] Parce qu’ils ont une activité qui produit du sens, ils recherchent une reconnaissance de leurs pairs, qui passe par le partage du savoir. Il y a aussi des raisons plus pragmatiques : si vous cachez toutes vos idées, personne ne peut rien y ajouter. Si vous les ouvrez à une communauté de gens créatifs, vous obtenez des critiques, et de nouvelles idées pour améliorer l’ensemble.
(...) L’éthique hacker est clairement un moyen très efficace de créer. Elle a aussi généré [de tout temps] la plupart des découvertes scientifiques, et des œuvres d’art. C’est lié à la psychologie de la créativité. Si vous travaillez sur quelque chose de créatif, vous devez suivre le rythme de votre créativité et ouvrir vos idées à une communauté critique. La science médiévale, très autoritaire et fermée, n’a connu que de très rares avancées.
[Le mobile de l’activité du hacker n’est pas l’argent. Un des fondements même du mouvement du logiciel libre, initié par les hackers, consiste précisément à rendre impossible l’appropriabilité privée de la production logicielle et donc la perspective d’en tirer profit. Là encore, on trouve comme mobiles qui président à l’engagement dans le travail coopératif volontaire la passion, la créativité, et la socialisation.]

cf. l'amatueur, ou l'artiste contre-bourgeois
cf. dés'organiser
cf. j'marcuse
cf. le manifeste des chômeurs heureux (nouveau lien : ICI)
cf. pour une révolution amateuriste

2009-06-13

sommeilleur à faire

Le meilleur, c'est un sommeil bien ivre, sur la grève.
(A.R.)
Je cherche des armes, des secrets, des aveux. Je dois lire en diagonale, sauter ce que j'aimerais méditer, être aussi sélectif qu'un ordinateur bien programmé.
Je suis fatigué, je vais dormir.
Et je montai dans la chambre, tout à fait heureux de changer d'avis si facilement, de rester supérieur à l'événement. Dormir était plus important que tout.
(J.P.)
[Il] dormait beaucoup. Lorsqu'il n'avait pas ses neuf ou dix heures de sommeil, ça n'allait pas. Lorsqu'il les avait, on ne voyait pas la différence, mais lui ne s'y trompait pas.
(C.T.)
cf. somme...
cf. « délasse ta tête »
cf. artiste (vivant) à l'oeuvre (vivante)
cf. le droit s'en aller

2009-06-10

leur son

J'ai tout essayé, j'ai pas trouvé le sens. (...) J'ai [même] nagé nu, mais... désolé : j'ai pas trouvé le sens.
[D.A.]
On se leurre à tout interpréter. C'est ce grand délire d'interprétation qui empêche de saisir les choses pour ce qu'elles sont.
(G.P.)
Vous ne comprendrez rien ni à vous ni au monde si vous n'admettez pas que vous êtes un animal.
(J.P.)
cf. animeaux
cf. klar

impass...

Le monde m'intéresse (...) Son impassibilité me séduit. Son objectivité me rassure. Un objet n'a rien à te dire. Mais ne me parle pas de repos. Car il faut se débrouiller avec ce rien, ce qui n'est pas rien.
(G.P.)
cf. l'espace du temps autour

2009-06-09

t

La beauté est vérité, la vérité beauté. C'est tout ce que vous savez sur terre. Et c'est tout ce qu'il faut savoir !
(J.K.)
cf. vivre-filmer
cf. une esthéthique ®

2009-06-08

panta mille


Parmi les fêtes et la joie, ayons toujours ce refrain de la souvenance de notre condition, et nous ne laissons pas si fort emporter au plaisir, que parfois il ne nous repasse en la mémoire, en combien de sortes cette nôtre allégresse est en butte à la mort et de combien de prises elle la menace. (...) Il est incertain où la mort nous attende, attendons-la partout. La préméditation* de la mort est pré-méditation de la liberté.
(M.d.M.)
cf. l'idée philosophe par excellence

2009-05-29

l'espace du temps autour

... le temps des hommes dialoguant pour ainsi dire avec le temps des choses. (J.F.)

(D.C.) :: 14'27''::

cf. philosophe=grimpeur
cf. aide à la relativisation générale

pro montoire

cf. le promontoire, henri thomas, 1961
(« Je ne peux pas te raconter, il faut que tu vives ici, que tu comprennes sans que je te dise... »)

cf. on par...

la vie de révélations que je vais mener...

P.S. — À bientôt, des révélations sur la vie
que je vais mener après... les vacances...
(A.R.)

cf. vers ce temps pris à le perdre, perdu à la prendre