Le numérique a amené une nouvelle vie au documentaire radio – mais il n’a pas renfloué les finances de ceux qui le produisent.
Le
documentaire radio est aussi différent d’un reportage radio qu’un docu
de Depardon l’est d’un sujet du journal télévisé. Il se raréfie sur les
ondes hertziennes, mais Internet lui a redonné une nouvelle vie.
Silvain
Gire, directeur d’Arte Radio (...), en est sûr, le numérique a ouvert un nouvel
Eldorado pour la création radiophonique :
« On vit un nouvel âge
d’or de la radio, c’est évident ! En 2002, quand on a créé Arte radio,
la création radiophonique n’intéressait plus grand monde. Aujourd’hui,
avec Internet et l’accessibilité du médium, quelque chose est vraiment
en train de se passer avec l’audio. »
(...)
À la radio, les rares émissions qui passent du documentaire radio
imposent des formats précis. Ce n’est pas le cas avec le numérique,
comme l’expliquait en mai 2014 Silvain Gire :
« Ce qui est génial sur
Internet, c’est l’absence de format. 52 ou 26 minutes, ce sont des
formats TV, ridicules et non adaptés pour une web-radio. [...] La radio a
le rôle précurseur de ce que devrait devenir la télévision, avec des
films et des documentaires sans format. »
(...)La
radio était traditionnellement un médium de l’éphémère : on était
devant sa radio au bon moment ou pas et sinon on avait raté le coche et
tant pis. Le numérique a bouleversé ça et donné une vie beaucoup plus
longue aux sons. Avec le numérique, les objets sonores restent en ligne
et l’écoute devient affaire de choix dans la durée
(...)
Bref, comme résume Catherine Pétillon, de l’Association pour le développement du documentaire radiophonique (Addor) :
« Le
numérique, c’est LA chance du son. Avec les podcasts, les écoutes
mobiles, et bientôt les voitures connectées. On n’a jamais vu autant de
casques sur les oreilles ! »
Signe de la vitalité du genre, de plus en plus de festivals lui font une place dans leur programmation (...)
A
quoi correspond ce regain d’intérêt ? Pour Silvain Gire, l’une des
raisons de son succès est qu’il permet la longueur, l’exploration
fouillée dans un temps autre que celui du flux de l’info :
« (...) Je pense que c’est similaire au succès
de XXI ou des “mooks” [les magazines-livres, revues vendues en
librairie, et à la périodicité beaucoup plus longue, ndlr] : il y a un
renouvellement du récit documentaire, un autre rapport au réel, au
personnage... »
Pour Delphine Saltel [France Culture], cela tient aussi à la forme de
réception particulière qu’impose l’écoute – un moment de pause et de
respiration qui n’implique aucun écran :
« L’écoute va à rebours de
la course à l’information. C’est un refuge, ça élève, ça demande une
certaine forme de concentration... C’est encore le seul truc,
aujourd’hui, qu’on peut faire sans écran. Pour tout le reste, on doit
être figé devant un écran. Mais l’écoute est ambulatoire et ça, c’est
irremplaçable. »
(...)
[Néanmoins] malgré l’enthousiasme qu’il soulève, le
documentaire radio reste un métier extrêmement précaire. Le numérique a
certes ouvert de nouveaux débouchés, mais ceux-ci ne sont pas forcément
viables.
(...)
Mais on n’a jamais vu la précarité décourager les passionnés. Alors pour ceux que l’aventure tente, l’Addor a produit un document pour orienter les pas des chasseurs de son débutants.
(...)
Les documentaristes en désir peuvent se mettre à le potasser, mais ça ne suffit pas, prévient Catherine Pétillon :
« Il faut plus écouter que lire ! Le mieux, c’est d’essayer des choses, de fabriquer des choses... Mais
aussi de rencontrer des gens qui font ça aussi. Après, il faut savoir
si on fait des choses pour s’amuser ou si on veut les vendre, c’est
sûr. »
Les futurs Padawans du son devraient avoir compris le
message : c’est un métier magnifique, mais il faudra prévoir un plan B
pour payer les factures. Pour Silvain Gire, ce n’est pas une raison de
se plaindre :
« C’est sûr, il y a peu d’espace et il y a peu
d’argent. Mais c’est un champ qui se développe, et qui se développe en
ligne. On reste dans une niche, mais la niche s’agrandit. »
(C.R.)(O.K.) – merci à D.S. –
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