N'en jetons presque plus ! Trions, reprenons, détournons.
L'essentiel est presque bien dit et redit, en long, en large...
Reprenons serré, de travers, à travers.
Par les moyens d'avenir du présent. Pour le présent de l'avenir.
(OTTO)KARL

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2010-02-10

l'anti-fascistique

Pour moi, le minimal en politique, ce qui est absolument intraitable, c'est le problème du fascisme. (...) Le fascisme inclut beaucoup de choses ; pour fixer les idées, je précise qu'est fasciste à mes yeux tout régime [au sens large] qui, non seulement empêche de dire, mais surtout oblige à dire. Ensuite parce que ça, c'est la tentation constante du pouvoir, son naturel, celui qui revient au galop après qu'on l'a chassé.
. [Refus du pouvoir ?] Disons une sensibilité extrême à l'égard de son ubiquité — il est partout — et de son endurance — il est perpétuel. (...) Le pouvoir, c'est pluriel. Aussi ai-je le sentiment que ma guerre à moi, ce n'est pas le pouvoir, ce sont les pouvoirs, où qu'ils soient.
(R.B. — GV289&286)

D’où les trois adversaires auxquels L’anti-Oedipe se trouve confronté. Trois adversaires qui n’ont pas la même force, qui représentent des degrés divers de menace, et que le livre combat par des moyens différents.
1. Les ascètes politiques, les militants moroses, les terroristes de la théorie, ceux qui voudraient préserver l’ordre pur de la politique et du discours politique. Les bureaucrates de la révolution et les fonctionnaires de la Vérité. 2. Les pitoyables techniciens du désir - les psychanalystes et les sémiologues qui enregistrent chaque signe et chaque symptôme, et qui voudraient réduire l’organisation multiple du désir à la loi binaire de la structure et du manque. 3. Enfin, l’ennemi majeur, l’adversaire stratégique (alors que l’opposition de L’anti-Oedipe à ses autres ennemis constitue plutôt un engagement tactique) : le fascisme. Et non seulement le fascisme historique de Hitler et de Mussolini — qui a su si bien mobiliser et utiliser le désir des masses — mais aussi le fascisme qui est en nous tous, qui hante nos esprits et nos conduites quotidiennes, le fascisme qui nous fait aimer le pouvoir, désirer cette chose même qui nous domine et nous exploite.

Je dirais que L’anti-Oedipe (...) est un livre d’éthique (...) ((...) être anti-Oedipe est devenu un style de vie, un mode de pensée et de vie.) (...) Comment débarrasser notre discours et nos actes, nos cœurs et nos plaisirs, du fascisme ? Comment débusquer le fascisme qui s’est incrusté dans notre comportement ? (...) Deleuze et Guattari (...) guettent les traces les plus infimes du fascisme dans le corps.
(...) on pourrait dire que L’anti-Oedipe est une introduction à la vie non fasciste.

Cet art de vivre contraire à toutes les formes de fascisme, qu’elles soient déjà installées ou proches de l’être, s’accompagne d’un certain nombre de principes essentiels, que je résumerais comme suit si je devais faire de ce grand livre un manuel ou un guide de la vie quotidienne :
* Libérez l’action politique de toute forme de paranoïa unitaire et totalisante. * Faites croître l’action, la pensée et les désirs par prolifération, juxtaposition et disjonction, plutôt que par subdivision et hiérarchisation pyramidale. * Affranchissez-vous des vieilles catégories du Négatif (la loi, la limite, la castration, le manque, la lacune) que la pensée occidentale a si longtemps tenu sacré en tant que forme de pouvoir et mode d’accès à la réalité. Préférez ce qui est positif et multiple, la différence à l’uniformité, les flux aux unités, les agencements mobiles aux systèmes. Considérez que ce qui est productif n’est pas sédentaire mais nomade. * N’imaginez pas qu’il faille être triste pour être militant, même si la chose qu’on combat est abominable. C’est le lien du désir à la réalité (et non sa fuite dans les formes de la représentation) qui possède une force révolutionnaire. * N’utilisez pas la pensée pour donner à une pratique politique une valeur de Vérité ; ni l’action politique pour discréditer une pensée, comme si elle n’était que pure spéculation. Utilisez la pratique politique comme un intensificateur de la pensée, et l’analyse comme un multiplicateur des formes et des domaines d’intervention de l’action politique. * N’exigez pas de la politique qu’elle rétablisse les « droits » de l’individu tels que la philosophie les a définis. L’individu est le produit du pouvoir. Ce qu’il faut, c’est « désindividualiser » par la multiplication et le déplacement, l’agencement de combinaisons différentes. Le groupe ne doit pas être le lien organique qui unit des individus hiérarchisés, mais un constant générateur de « désindividualisation ». * Ne tombez pas amoureux du pouvoir.
On pourrait même dire que Deleuze et Guattari aiment si peu le pouvoir qu’ils ont cherché à neutraliser les effets de pouvoir liés à leur propre discours. D’où les jeux et les pièges que l’on trouve un peu partout dans le livre, et qui font de sa traduction un véritable tour de force. Mais ce ne sont pas les pièges familiers de la rhétorique, ceux qui cherchent à séduire le lecteur sans qu’il soit conscient de la manipulation, et finissent par le gagner à la cause des auteurs contre sa volonté. Les pièges de L’Anti-Oedipe sont ceux de l’humour : tant d’invitations à se laisser expulser, à prendre congé du texte en claquant la porte. Le livre donne souvent à penser qu’il n’est qu’humour et jeu là où pourtant quelque chose d’essentiel se passe, quelque chose qui est du plus grand sérieux : la traque de toutes les formes de fascisme, depuis celles, colossales, qui nous entourent et nous écrasent, jusqu’aux formes menues qui font l’amère tyrannie de nos vies quotidiennes.
(M.F.)

Nous ferons la suite parce que nous aimons travailler ensemble. Mais ce ne sera pas du tout une suite. Le dehors aidant, ce sera quelque chose de tellement différent dans le langage et la pensée que les gens qui nous « attendent » seront forcés de se dire : ils sont devenus complètement fous, ou bien c'est des salauds, ou bien ils ont été incapables de continuer. Décevoir est un plaisir. Non pas du tout qu'on veuille faire semblant d'être fous, mais on le deviendra à notre manière et à notre heure, il ne faut pas nous bousculer. Nous savons bien que l'anti-Oedipe premier tome est encore plein de compromissions, trop plein de choses encore savantes et qui ressemblent à des concepts. Eh bien on changera, c'est déjà fait, tout va bien pour nous. Certains pensent qu'on va continuer sur la même lancée, il y en avait même pour croire qu'on allait former un cinquième groupe psychanalytique. Misère. Nous rêvons à d'autres choses, plus clandestines et plus gaies. Des compromis, on n'en fera plus du tout, parce qu'on a moins besoin d'en faire. Et l'on se trouvera toujours les alliés dont on aura envie ou qui auront envie de nous.
(...) Et si quelqu'un utilise l'anti-Oedipe, on s'en fout, puisqu'on est déjà ailleurs.
(G.D.)

Voyez la Tique, admirez cette bête, elle se définit par trois affects, c'est tout ce dont elle est capable en fonction des rapports dont elle est composée, un monde tripolaire et c'est tout! La lumière l'affecte, et elle se hisse jusqu'à la pointe d'une branche. L'odeur d'un mammifère l'affecte, et elle se laisse tomber sur lui. Les poils la gênent, et elle cherche une place dépourvue de poils pour s'enfoncer sous la peau et boire le sang chaud. Aveugle et sourde, la tique n'a que trois affects dans la forêt immense, et le reste du temps peut dormir des années en attendant la rencontre. Quelle puissance pourtant! (..) Commencer par des animaux simples, qui n'ont qu'un petit nombre d'affects, et qui ne sont pas dans notre monde, ni dans un autre, mais avec un monde associé qu'ils ont su tailler, découper, recoudre : (...) voilà des bêtes philosophiques et pas l'oiseau de Minerve. (...) Rien que quelques signes comme des étoiles dans une nuit noire immense. Devenir-araignée, devenir-pou, devenir-tique, une vie inconnue, forte, obscure, obstinée.
(G.D.-C.P.)

cf. gauchehcuag droitetiord = gauchetiord ?
cf. dés—ordre
cf. écran total

2010-02-09

ottoprésentation

J - Avant ton [éventuel] livre actuellement en chantier, as-tu déjà publié quelque chose ?

— Tu veux dire : à l'ancienne ? Symboles noirs sur papier relié ? Non. Tout sur internet. Quelques exemples de films, les premiers seulement. Et mon blog, alors ? Les gens ne considèrent pas, n'honorent pas encore assez ce support. C'est vrai qu'on y trouve le tout-va. Et plutôt que de faire le tri... Bref. On y viendra, j'espère. Pour ma part, j'écris plein de choses (en grande partie audiovisuellement) dont, malgré mon impatience et mon envie de partage, je me réserve la publication. C'est con, mais peut-être pas tant que ça. J'attends le bon moment, le kaïros... au risque de le rater, par définition. Enfin, plus modestement, et orgueilleusement, je veux pas mélanger ce que je fais à tout ce flot culturel abruti. Donc j'attends de trouver une voie de publication un peu plus noble, ou qu'elle s'invente, tout simplement — et ça viendra. J'attends, et j'y concours un peu, à mon humble niveau. Mais pour l'instant je travaille surtout dans mon coin, en secret, ou en publication très confidentielle, mais (...) depuis des années. Deleuze : « Je sens venir (...) l’âge proche d’une clandestinité moitié volontaire et moitié contrainte, qui sera le plus jeune désir, y compris politique. »

G — et alors, c'est quoi ce blog ?

— [Eh bien,] c'est un blog que je tiens depuis trois ans. Et d'arrache-pied depuis un an et demi. C'est un travail colossal, et même trop pour les lecteurs — surtout retardataires. (...) En tout cas, c'est un blog qui formule ma pensée, par touches, fragments, audiovisuels ou textuels. Les premiers me demandant 100 fois plus de travail que les seconds. Mais pour quelle révolution d'expression !... Encore tout à fait méconnue, d'avant-garde. Comme moi. Sauf que... un jour... ou l'autre... comme toujours, quoi !...
(...)
Et si tu t'y intéresses complètement, il y a 3 années d'autopublication à écumer !... (Ha !...) où l'expression de ma pensée s'y déploie indéfiniment, et avec quelque retard, depuis toujours, mais s'aggravant depuis ce projet de livre éventuel (...). (...) Car j'y ai encore une tonne de choses à formuler. Dont une bien chère part est d'ailleurs concrètement en chantier, parfois depuis des mois, un an, sinon plus ! Et que j'aimerais tellement « terminer ».

P — (...) Ces derniers temps, je convainc de plus en plus de gens de se mettre à la contre-histoire philo de Onfray et quand ils ont mordu je les oriente vers d'autres sources, Deleuze, Otto karl, Bergson, etc.
C'est assez rigolo de voir les retours du genre: j'ai écouté une morale anarchique [P. Kropotkine]... ca devrait être enseigné... comment ne pas être d'accord, en tout cas c'est mon point de vue!!
ps: ne connais pas otto karl mais me rencarde

— Tout à ton honneur. Et au mien ! On peut se serrer la main. Ceci étant, je crois pas qu'ils iront très loin, hélas, car il faudrait être tellement passionné*... Aussi passionné que je le suis, peut-être. De tout ça. (...) Et malheureusement (pour nous tous!) je crois bien observer qu'une telle passion est... d'une telle rareté, dans les rues courantes. Je demanderais même pas à ce qu'ils m' « intel-lisent », si déjà ils com-prenaient, c'est-à-dire vivaient! en onfrayiens ou deleuziens, et si possible en synthèse des deux, comme j'y tends... et y travaille.
(O.k. - dialogues avec jactari, gilles, phdam's)

* cf. oeuvrécriture


cf. nordexpress.blog
cf. les philosoph(i)es clandesti-né(e)s
cf. sur/de mes postréalisations
cf. con sidération

manque de philosophie

... Enfin, la vie ça s'apprend, aussi, et depuis quelque temps je finis par comprendre que... on est pas tous pareils. (Ha!) Tout le monde n'aspire pas à la philosophie. (...) J'ai pensé, longtemps. (...) Enfin, je sais pas si un jour je comprendrai qu'on puisse vouloir se dispenser de philosophie — pratique, bien sûr. Pour moi, c'est infiniment mystérieux, c'est comme vouloir être malheureux. Chercher à l'être, pour voir comment ça fait. Ou alors, s'accommoder de l'être, sans lever le petit doigt ; en attendant la mort, que ça s'arrête enfin ; pour voir. Bref, bref. Un jour, peut-être...
(O.k. - réponse à adèle)

D — (...) Et vraiment, j'ai pas dû l'appréhender assez franchement, mais la philosophie ne m'est d'aucune aide, dans ces moments.

— C'est qu'en effet tu n'as « pas dû l'appréhender assez franchement », comme tu dis. Ou pas la bonne. Celle qui sauve, de tout. Des noms? Spinoza, deleuze... Mais ensuite, tout dépend de ton tempérament philosophique. À chacun correspond une attitude philosophique, ou une synthèse d'attitudes, mais il y a des grandes voies/voix. Tu serais plutôt tendance socratique, épicurienne, stoïcienne, platonicienne, sceptique, aristotélicienne, cynique ? (que recoupent les philosophies non-occidentales). Et j'ajouterais, car elles se sont faites irréductibles à ces courants : spinoziste, nietzschéenne, deleuzienne, ottokarlienne ? À toi de savoir, de trouver. Même par toi-même. Mais trouver une cohérence d’approche, une cohérence philosophique.

D — Peut-être après, une fois que le réel est passé.

— Ah, c'est trop tard! d'une certaine façon. La philosophie sert justement à se pré-munir de ça.

D — Mais avant, pfff, y a tant de paramètres...

— À moins de les réduire à un seul, ou quelques-uns. Et c'est ça, la philosophie. Très précisément. Et tout se simplifie.

D - (...) Et là, je sens son absence [à untelle] comme un être en soi. Je tenais plutôt bon, mais je me sens vraiment faiblir, là.

— En partie, mais déterminante, par manque de vie alentour. Et parce que tu t'y es mal pris à la base, par manque de philosophie, justement. J'ai pas cessé de te le dire, mais je sentais que c'était trop tard, tu étais pris, et volontiers, même, à t'y rouler ; et pas préparé. Mais bon... C'est peut-être que je l'ai été trop tard moi-même, en quelque sorte, sans prétendre l'être tout à fait aujourd'hui. (Et de toute façon tu n'es pas passé ici (...). Alors qu’est-ce que je pouvais faire ?)

D — Hâte que ça passe.

— Rah, putain... Saleté d'université, qui ne forme à rien du tout, d'essentiel, de salvateur ! Il y a certains philosophes pour ça, mais encore faut-il y (re)trouver assez d'intérêt, ou plutôt d'abord l'énergie d'aller y com-prendre quelque chose, sinon l'essentiel. Et je te promets que ça s'y trouve. Avec deleuze maintenant je suis sûr de ça ; avec moi seul, je me sentais un peu seul, mais j'ai trouvé un allié. (Et tchouang-tseu? que je connais pas encore assez, mais je crois que c'est un bon coup.)
Bref...
D'ailleurs je prépare un truc, là, depuis une semaine, qui pourrait te faire comprendre qqch, te faire saisir PEUT-ÊTRE! un tant soit peu ta mauvaise approche... Mais je sais pas quand ce sera fini. Enfin, merde, presque tout est déjà exprimé sur nordexpress. Mais c'est pas le tout de le lire une fois, évidemment. Ça passe complètement à côté de ce qu'est la philosophie, ça, ne lire qu'une seule fois. La philosophie c'est pas juste de l'information, c'est de la formation ! C'est fondamental de le comprendre, ça. C'est pas en claquant des doigts...
« Il est vrai aussi », comme dit pierre hadot, « que l'exposé théorique ne peut être complet si l'auditeur ne fait pas en même temps un effort intérieur... »
Et c'est pas le tout d'être d'accord ou pas, d'y « souscrire » ou que sais-je. Le même pierre hadot distingue deux choses :
« L'assentiment notionnel, c'est l'acceptation d'une proposition théorique à laquelle on adhère d'une manière abstraite, comme une proposition mathématique, 2 et 2 font 4. Cela n'engage à rien, c'est purement intellectuel. [L'assentiment réel], c'est quelque chose qui engage tout l'être : on comprend que la proposition à laquelle on adhère va changer notre vie. (...) Pour arriver à cet assentiment réel, il faut utiliser l'imagination, les raisonnements aussi, et toute une discipline psychologique. »
« Et qui est », ferais-je ajouter à deleuze, « comme une découverte vitale, une certitude de la vie, qui change la manière de vivre si l’on s’y accroche vraiment. »
Voilà. Mais bon. Tu as fait, si j'ose dire, tes "choix", pour en arriver là, et on apprend aussi comme ça. Mais à quel prix ! Moi c'est de ce prix-là que je veux faire l'économie et m'y emploie, de plus en plus. Donc construire sa ligne (brisée) de joie ! Je suis en train. Mais c'est du boulot, ça. Et en amont ! Pas en aval, quand on dévale...
Enfin, je pense que tu pourrais encore réagir, pour atténuer les effets. Ça demanderait une conversion de ta perspective. Et pour ça, lecture assidue de deleuze (ou d'ottokarl, qui prépare ENCORE qqch DE PLUS... qui pourrait ÉVENTUELLEMENT! t'aider d'un chouia. Trop tard, mais... Qui sait...)

(...)
D — Après, ouais, je vois tout à fait le problème d'assentiment. J'ai parfois eu l'impression qu'il était réel, mais assez rarement. L'assentiment, réel, l'est de fait, avec les phénomènes.

— Mais c'est trop tard. Tu te retrouves balloté par les effets. Donc passivité, et tristesse, ou joie, mais par hasard, sans maîtrise, sans cette maîtrise qui ferait dire que tu « possèdes ta puissance », et là, dans ce cas, c'est la joie. Mais tout ça sera suggéré et rappelé dans ce truc parmi 50 que je prépare ; et te prépare en particulier, donc. (Sans grand espoir d'un effet immédiat, à force, mais un jour, qui sait... Et je le fais en tout cas pour moi aussi.)
 
D — Et puis il y a toujours cette impression que tu [otto karl] n'es pas toi-même tant dans la vie que ça, mais bien plus dans la philosophie, justement.

— Haha ! Comment tu dissocies, toi ? (C'est justement de les dissocier qui montre ton incompréhension de la chose, de son intérêt, de l'intérêt que ça peut avoir.) Bref, indissociable. Et : tu es venu me rendre visite [dans ma « retraite »]** ?

D - Et que ça paraît bien plus simple, à travers ce prisme, plutôt que de se lancer.

— Mais de se lancer où ? Ça sert à quoi ? Justement, quand on vit à travers la philosophie, il s'agit pas d'avoir une vie folle, mais une vie d'intensité, où qu'on soit, quoi qu'on fasse. Une vie intensive, plutôt qu'extensive*. Ne pas confondre. Et si toi tu cherches la vie folle à tout prix, alors effectivement il y a plus rien à dire. Plus de philosophie. Il y a plus qu'à assumer. Et même assumer reviendrait à la philosophie. Non, là ce qui est non-philosophique et donc malheureux (pour tout le monde!) ce serait de chercher la vie folle sans en assumer vraiment les conséquences (cosmo)logiques, sans « être digne de ce qui nous arrive », dirait deleuze. Alors là ça fait chier tout le monde.

D — Je veux dire : tu es plutôt en retraite / retrait, non ?

— (...) [c'est] ma vallée de l'ascèse à moi. Philosophique. Et tu t'es jamais demandé pourquoi, pour quoi faire ? et si tu n'en aurais pas besoin toi-même, d'un tel passage, d'une telle période, d'une telle expérience (d'anachorèse), d'une telle (auto/otto)formation ? Et à plus forte... de plus en plus forte raison, il me semble.
Enfin bref, tu crois savoir quelle est ma vie, sur l'idée que tu t'en fais, de loin, dans l'espace, et dans le temps.
Je suis venu ici pour m'améliorer encore d'un bon cran. Et il me semble bien que c'est le cas. Même s'il me reste du chemin. Et quand je redescendrai dans le monde (pense à zarathoustra, toute proportion gardée), je me retrouverai confronté sans doute (et sans doute) à tous ces gens égarés... comme des zombies... à faire peur. C'est ça! qui fait le plus peur : tout ce qui m'entoure, de non-philosophique. C'est bien là qu'est l'enfer, et le danger. Et la philosophie sert même jusqu'à l'accepter. Ce sera peut-être le cran d'après, mais sur lequel j'avance déjà.
(O.k. - dialogue avec d.)

* intensive : Qui a la plénitude de l’être. / Se dit d’une grandeur physique indépendante de la quantité de matière présente dans l’échantillon.
extensive : Qui étend, qui fait effort pour étendre. / Se dit d'une grandeur physique qui dépend de la quantité de matière présente dans l'échantillon.

** Et j'avais déjà pensé à ça : que tu passes vivre ici une semaine, en suivant... épousant mon rythme, pour voir. Expérimenter. Comme dit deleuze : expérimentez, n'interprétez jamais. (...) Que tu te fasses, plutôt qu’une idée, une expérience. Une semaine c'est évidemment pas assez long pour un effet de fond, mais pour une légère impulsion ? Même à retardement. Le temps que ça mûrisse. Non pas pour faire pareil que moi (comment voudrais-tu que ça te convienne en propre ; on en est loin, même !), mais t'en trouver de la graine, en faire ton propre miel. Un jour... (pas forcément immédiat, encore une fois, sauf miracle ! Mais il y en a pas. Tout est long travail. Du moins, tout ce qui est valable.)

cf. entres les sages et les autres : le philosophe
cf. attitude philosophique universelle

cf. désertic
cf. le dommage et l'entrouverture

2010-02-08

démonstration de cinéma, par éric rohmer


(E.R.) :: 13'12''::
Dans un film, l'information est communiquée par l'image-[son] (...) un véritable cinéaste (...) est capable « de tout exprimer [audio-]visuellement (...) et nous rendre perceptibles les pensées d'un ou de plusieurs personnages sans le secours du dialogue ».
(E.D.)[O.k.]

2010-02-02

écran total

... au-delà d’un devenir-minoritaire, il y a l’entreprise finale de devenir-imperceptible. Oh non, un écrivain ne peut pas souhaiter être « connu », reconnu. L’imperceptible, caractère commun de la plus grande vitesse et de la plus grande lenteur. (...) Nous sommes toujours épinglés sur le mur des significations dominantes, nous sommes toujours enfoncés dans le trou de notre subjectivité, le trou noir de notre Moi qui nous est cher plus que tout. Mur où s’inscrivent toutes les déterminations objectives qui nous fixent, nous quadrillent, nous identifient et nous font reconnaître ; trou où nous nous logeons, avec notre conscience, nos sentiments, nos passions, nos petits secrets trop connus, notre envie de les faire connaître. (…) La manie du sale petit secret.(...) On invente toujours de nouvelles races de prêtes pour le sale petit secret, qui n'a d'autre objet que de se faire reconnaître, nous mettre dans un trou bien noir, nous faire rebondir sur le mur bien blanc. (...)
(G.D.)

(I.H.)(T.A.)(O.k.) :: 5'57''::

Là nous n’avons plus de secret, nous n’avons plus rien à cacher. C’est nous qui sommes devenus un secret, c’est nous qui sommes cachés, bien que tout ce que nous faisons, nous le faisons au grand jour et dans la lumière crue. C’est le contraire du romantisme du « maudit ». Nous nous sommes peints aux couleurs du monde. (…) Le grand secret, c’est quand on n’a plus rien à cacher, et que personne alors ne peut vous saisir. Secret partout, rien à dire. (...) « Moi, voilà comme je suis », c'est fini tout ça.
(G.D.)

cf. le devenir ligne

2010-02-01

devenir-sobre

otto — [Encore bourré ?] Moi plus du tout. Ça m'attire de moins en moins. (...) Ça me convient pas, j'ai remarqué. Non pas sur le moment, an contraire, mais après. Le prix à payer, après.

adèle — moi c'est un peu pareil. là je suis assez raisonnable et se bourrer la gueule me repousse de plus en plus. surtout quand on est ailleurs, quand on ne sait pas comment on va rentrer, quand c'est loin. et la torture le lendemain, c'est vraiment affreux. je le sais d'avance, je le sais quand je bois. et je sais exactement quand ca suffit et là c'est vraiment bien de se contrôler alors que les autres débordent de plus en plus. et à la fin on rentre au sommet de la fête et en bon état pour se lever le lendemain comme si de rien n'était, en ayant quand même vécu quelque chose le soir. ça, c'est vraiment bien !

otto — Ça c'est vraiment bien, oui, et bien exprimé. Pour moi aussi. Je suis exactement d'accord. Surtout le « se lever le lendemain comme si de rien n'était, en ayant quand même vécu quelque chose le soir », c'est exactement ça que j'éprouve aussi, oui. Comme au sortir d'une ruine, en pleine ville de leipzig. Mais je pratique ça depuis des années, il faut dire. Juste émoussé, pourquoi pas, suffisamment pour être de dedans, mais pas jusqu'à s'enfoncer tout seul, se noyer, non, juste s'être donné les moyens (alcoolisés ou non, philosophiques, par exemple) de surfer, sans boire la tasse... et couler, non, « de redevenir poisson et non de jouer les monstres », comme écrit deleuze (p.66, de Dialogues). Et surfer, en vrai, comme on sait, c'est bel et bien toute une philosophie, cosmologique. C'est la! philosophie, en fait. D'ailleurs j'ai toujours défendu cette ivresse légère, sinon la sobriété même. Et là, je retombe sur deleuze :

« Dans le devenir il s’agit plutôt d’involuer : ce n’est ni régresser, ni progresser. Devenir, c’est devenir de plus en plus sobre, de plus en plus simple, devenir de plus en plus désert, et par là même peuplé. C’est cela qui est difficile à expliquer : à quel point involuer c’est évidemment le contraire d’évoluer, mais c’est aussi le contraire de régresser, revenir à une enfance, ou à un monde primitif. Involuer c’est avoir une marche de plus en plus simple, économe, sobre. C’est vrai aussi pour les vêtements : l’élégance, comme le contraire de l’over-dressed où l’on en met trop, on rajoute toujours quelque chose qui va tout gâcher (l’élégance anglaise contre l’over-dressed italien). C’est vrai aussi de la cuisine : contre la cuisine évolutive, qui en rajoute toujours, contre la cuisine régressive qui retourne aux éléments premiers, il y a une cuisine involutive… » (p.37)

Voilà, « être bourré », c'est un peu, comme il dit, je dirais, « rajouter quelque chose qui va tout gâcher ». Surtout le ou les jours suivants... avoir gâcher notre rythme, notre ligne, notre élan. Alors que, quand on n'a fait que surfer, sans couler, dès le lendemain, on pourrait presque dire avec les mots de deleuze (qui évoquent étonnamment le surf, comme par hasard) que « c’est reprendre la ligne interrompue, ajouter un segment à la ligne brisée, la faire passer entre deux rochers, dans un étroit défilé, ou par-dessus le vide, là où elle s’était arrêtée. » (p.50)

En fait, deleuze (surfeur dans l'âme, décidément) en parle même explicitement, en recoupant au passage des sujets qui nous ont occupé dernièrement (...) :

« De même pour les fous, les drogués les alcooliques. On objecte : avec votre misérable sympathie, vous vous servez des fous, vous faites l’éloge de la folie, puis vous les laissez tomber, vous restez sur le rivage… Ce n’est pas vrai. Nous essayons d’extraire de l’amour toute possession, toute identification, pour devenir capable d’aimer. Nous essayons d’extraire de la folie la vie qu’elle contient, tout en haïssant les fous qui ne cessent de faire mourir cette vie, de la retourner contre elle-même. Nous essayons d’extraire de l’alcool la vie qu’il contient, sans boire : la grande scène d’ivresse à l’eau pure chez henry miller. Se passer d’alcool, de drogue et de folie, c’est cela le devenir, le devenir-sobre, pour une vie de plus en plus riche. C’est la sympathie, agencer. Faire son lit, le contraire de faire une carrière, ne pas être un histrion des identifications, ni le froid docteur des distances. Comme on fait son lit, on se couche, personne ne viendra vous border. Trop de gens veulent être bordés, par une grosse maman identificatrice, ou par le médecin social des distances. Oui, que les fous, les névrosés, les alcooliques et les drogués, les contagieux, s’en tirent comme ils peuvent, notre sympathie même est que ce ne soit pas notre affaire. Il faut que chacun passe son chemin. Mais en être capable, c’est difficile. » (p.67-68)

« Il faut dire que c’est le monde lui-même qui nous tend les deux pièges de la distance et de l’identification. Il y a beaucoup de névrosés et de fous dans le monde, qui ne nous lâchent pas, tant qu’ils n’ont pas pu nous réduire à leur état, nous passer leur venin, les hystériques, les narcissiques, leur contagion sournoise. Il y a beaucoup de docteurs et de savants qui nous invitent à un regard scientifique aseptisé, de vrais fous aussi, paranoïaques. Il faut résister aux deux pièges, celui que nous tend le miroir des contagions et des identifications, celui que nous indique le regard de l’entendement. Nous ne pouvons qu’agencer  parmi les agencements. Nous n’avons que la sympathie pour lutter (…) Mais la sympathie, ce n’est pas rien, c’est un corps à corps, haïr ce qui menace et infecte la vie, aimer là où elle prolifère… » (p.66-67)

« Mais en être capable, c’est difficile. » (p.67-68)

« Fuir ce n'est pas du tout renoncer aux actions, rien de plus actif qu'une fuite. C'est le contraire de l'imaginaire. C'est aussi bien faire fuir, pas forcément les autres, mais faire fuir quelque chose, faire fuir un système comme on crève un tuyau. » (p.47) « Mais (...) la fuite reste encore une opération ambiguë. Qu'est-ce qui nous dit que, sur une ligne de fuite, nous n'allons pas retrouver ce que nous fuyons ? Fuyant l'éternel père-mère, n'allons-nous pas retrouver toutes les formations oedipiennes sur la ligne de fuite ? Fuyant le fascisme, nous retrouvons des concrétions fascistes sur la ligne de fuite. Fuyant tout, comment ne pas reconstituer et notre pays natal, et nos formations de pouvoir, nos alcools, nos psychanalyses et nos papas-mamans ? Comment faire pour que la ligne de fuite ne se confonde pas avec un pur et simple mouvement d'autodestruction, alcoolisme (...), découragement (...), suicide (...) Mais c'est justement ça qu'on ne peut apprendre que sur la ligne, en même temps qu'on la trace : les dangers qu'on y court, la patience et les précautions qu'il faut y mettre, les rectifications qu'il faut faire tout le temps, pour la dégager des sables et des trous noirs. On ne peut pas prévoir. Une vraie rupture peut s'étaler dans le temps, elle est autre chose qu'une coupure trop signifiance, elle doit sans cesse être protégée non seulement contre ses faux semblants, mais aussi contre elle-même, et contre les re-territorialisations qui la guettent. (p.49-50) (Car « La ligne de fuite est une déterritorialisation. » (p.47))

[Tu ne souscris pas à ce post ?] Comme tu veux. Tant pis. Ou on en reparlera. Un jour. Très lointain peut-être, mais qui sait. Selon moi, l'intérêt et l'attirance pour l'ivresse éthylique tient à cet effet (chimique) de dépersonnalisation, de débordement de sa petite-personne, du devenir-événement, c'est devenir (au moins à soi-même) un petit événement, se faire, se ressentir événement. Et ça c'est formidable, on touche à quelque chose, oui — qui relève sans doute un peu du sublime. Mais je soutiens que c'est la facilité même, affligée d'un revers extrêmement nocif, donc attristant, piteux, et qu'une autre technique existe, toute positive, de joie, mais fruit d'un travail élaboré, sur soi, d'une forme d'ascèse : philosophique. Que j'appelle, moi, cosmologique. Mais si tu n'en es pas là, ne t'y sens pas prêt (à y bosser! haha!), que veux-tu...

Pour ma part j'ai très tôt senti et d'ailleurs exprimé que l'ivresse éthylique était à prendre et com-prendre comme une leçon et non simplement comme une fin, ponctuelle, indéfiniment renouvelée pour elle-même. Et voilà qu'aujourd'hui, bien que d'hier, deleuze me rejoint : « Nous essayons d’extraire de la folie la vie qu’elle contient (...) Nous essayons d’extraire de l’alcool la vie qu’il contient, sans boire. »

(O.k. — en réponse à serge, adèle et djkl)

2009-12-30

bélier versus poison

Chez moi, le seul fait de me conduire de façon complice avec quelqu'un ou quelqu'une dit tout, en termes de validation élective, j'ai le sentiment de tout y faire passer, ou l'essentiel, et qu'il n'y ait rien besoin d'ajouter, en compliments, qui ne soit inférieurement redondant, comme hypocoristique, obscène plus ou moins.
En revanche (de la même logique), quitte à heurter bien souvent, lorsqu'un élément d'apparence contingente me déplaît solidement chez un ou une complice, mon idiosyncrasie me pousse à m'en ouvrir à lui ou elle, afin, me semble-t-il, d'empêcher au maximum que cette contrariété ne passe alors dans mon comportement, ne s'y insinue, n'y « descende », si on veut, et s'y exprime par sa manière à lui, physique, sournoise, combien plus chère payée, empoisonnante pour la relation, nos existences ; jusqu'à fomenter une apocalypse* relationnelle, type Le Verdict (de Kafka).
(o.K.)

* au sens courant autant qu'étymologique, bien entendu.

> ce que j'en panse, donc je te suis

cf. saine de ménage
cf. au fond, la rochefoucauld, c'est moi
cf. carrément, sur fond blanc
cf. pouvoir sur soi
cf. l'art de rencontrer d'aimer

2009-12-27

au fond, rembrandt, c'est moi

Il y a des peintres de l'ombre et des peintres de la lumière. Rembrandt est un grand peintre de la lumière, (...) « la lumière qui désagrège ».
(G.D.)



Rembrandt Harmenszoon van Rijn, habituellement désigné sous son seul prénom de Rembrandt (...) a réalisé près de 400 peintures, 300 eaux-fortes et 300 dessins. La centaine d'autoportraits qu'il a réalisé tout au long de sa carrière nous permet de suivre son parcours personnel, tant physique qu'émotionnel. Le peintre représente sans aucune complaisance, ses imperfections et ses rides.
(...) Les scènes qu'il peint sont intenses et vivantes. Ce n'est pas un peintre de la beauté ou de la richesse (...) [il] représente aussi des scènes de la vie quotidienne (...) Sa famille proche (...) apparaissent régulièrement dans ses peintures. (...)
En gros, ses premières signatures (ca. 1625) se composaient d'un premier "R", ou le monogramme "RH" (pour Rembrant Harmenszoon, c'est-à-dire «fils de Harmen"), et à partir de 1629, "RHL" ( "L "était, vraisemblablement, de Leiden). En 1632, il a utilisé ce monogramme au début de l'année, puis a ajouté à son patronyme, "RHL-van Rijn", mais a remplacé cette forme dans la même année et a commencé à utiliser son prénom seul avec son orthographe d'origine, "Rembrant". En 1633, il a ajouté un "d", et a toujours maintenu cette forme à partir de là, ce qui prouve que cette petite modification avait un sens pour lui. Ce changement est purement visuel, il ne change pas la façon dont son nom est prononcé. Curieusement, malgré le grand nombre de peintures et de gravures signées avec ce changement de prénom, la plupart de ses documents qui sont mentionnés au cours de sa vie ont conservé l'orthographe originelle "Rembrant". (...) Sa pratique de signer son travail de son prénom, suivie plus tard par Vincent van Gogh, [aurait pu être] inspirée par Raphaël, Léonard de Vinci et Michel-Ange, qui, hier comme aujourd'hui, ont été appelés par leur prénom seul.
(w.)

2009-12-22

la contrebande de la philosofficielle ®

L'histoire de la philosophie a toujours été l'agent de pouvoir dans la philosophie, et même dans la pensée. Elle a joué le rôle de répresseur : comment voulez-vous penser sans avoir lu platon, descartes, kant et heidegger, et le livre de tel ou tel sur eux ? Une formidable école d'intimidation qui fabrique des spécialistes de la pensée, mais qui fait aussi que ceux qui restent en dehors se conforment d'autant mieux à cette spécialité dont ils se moquent. Une image de la pensée, nommée philosophie, s'est constituée historiquement, qui empêche parfaitement les gens de penser. (...)

J'ai donc commencé par l'histoire de la philosophie, quand elle s'imposait encore. Je ne voyais pas de moyen de m'en tirer, pour mon compte. (...) Alors j'aimais les auteurs qui avaient l'air de faire partie de l'histoire de la philosophie, mais qui s'en échappaient d'un côté ou de toutes parts : lucrèce, spinoza, hume, nietzsche, bergson. (...) Tous ces penseurs sont de constitution fragile, et pourtant traversés d'une vie insurmontable. Ils ne procèdent que par puissance positive, et d'affirmation. Ils ont une sorte de culte de la vie (...)

Et j'ai écrit des livres davantage pour mon compte. Je crois que ce qui me souciait de toute façon, c'était de décrire cet exercice de la pensée, soit chez un auteur, soit pour lui-même, en tant qu'il s'oppose à l'image traditionnelle que la philosophie a projetée, a dressée dans la pensée pour la soumettre et l'empêcher de fonctionner.
(G.D.)


cf. anti(quitter la) philosophie moderne
cf. les philosoph(i)es clandesti-né(e)s
cf. autophilosophe

2009-12-21

le goût dur

Il est important de savoir distinguer entre ce qu’on souffre par nécessité et ce qu’il nous fait plaisir d’endurer. Faute d’accomplir la séparation, on manque, par complaisance dans la plainte sur des motifs de souffrir qui, au fond, nous sont chers, le plaisir de souffrir. Mais l’on manque aussi, en voulant se dérober à des souffrances inévitables, le lien essentiel qui unit le courage d’affronter la douleur à l’événement de la joie — à la seule possibilité d’un rapport au monde entièrement vivant.
(C.T.)

2009-12-19

anti(quitter la) philosophie moderne

... les textes de la philosophie antique ont toujours un rapport avec l'oralité, avec le style oral. Par exemple, les dialogues de platon étaient destinées à être présentés dans des lectures publiques. (...) toutes les oeuvres littéraires de l'Antiquité avaient un rapport avec l'oralité (...). Il en résulte que les textes philosophiques de l'antiquité étaient destinées toujours à un public restreint : à la différence du livre moderne, qui peut être lu dans le monde entier, à n'importe quel moment et par n'importe qui, dans des milliers d'exemplaires, les textes antiques avaient des destinataires bien précis, soit le groupe des élèves, soit un disciple particulier, à qui on écrivait ; et on écrivait toujours aussi dans des circonstances particulières, précises : soit que l'on mette par écrit les leçons qu'on avait données, soit que l'on écrive à un correspondant qui avait posé une question. Et précisément, ce qui caractérise aussi la grande majorité des écrits philosophiques de l'Antiquité, c'est qu'ils correspondent à un jeu de questions et de réponses, parce que l'enseignement de la philosophie, pendant presque trois siècles, c'est-à-dire depuis socrate jusqu'au premier siècle av. J.-C., s'est presque toujours présenté selon le schéma question-réponse. (...)

[Donc] la pensée qui est exposée dans l'écrit ne se développe pas pour exposer une système total de la réalité. Ce système total de la réalité, il existe probablement dans l'esprit de platon, ou d'aristote, ou d'épicure, ou de chrysippe, mais il est seulement supposé dans la réponse aux questions, ou dans le genre de questions qui est posé. L'écrit lui-même ne consiste pas à exposer d'une manière systématique. S'ajoute à cela que, à cause de cette situation des écrits, qui sont toujours étroitement liés à l'enseignement, les questions ou les réponses sont données en fonction des besoins des auditeurs : le maître, qui écrit, ou dont on écrit les paroles, connaît ses disciples, il sait, par les discussions précédentes, ce qu'ils savent, ce qu'ils ne savent pas ; il connaît aussi leur état moral, les problèmes qui se posent à eux ; ils parlent aussi souvent en fonction de cette situation particulière. On est toujours en présence d'un écrit qui est plus ou moins un écrit de circonstance, et non pas un exposé de portée absolument universelle (...), mais au contraire très particularisée. (...)

Dans l'antiquité, la philosophie est donc essentiellement dialogue, plutôt relation vivante entre des personnes, que rapport abstrait à des idées. Elle vise à former, plutôt qu'à informer... (...)

Les consolations et les correspondances sont des genres littéraires dans lesquels le philosophe exhorte ses disciples ou ses amis dans des circonstances précises, (...) ce sont finalement d'autres formes de dialogue. Ces formes littéraires — dialogue, consolations, correspondance — ont continué à exister au Moyen Âge, à la Renaissance et encore au XVIIe siècle, mais précisément sous forme littéraire, sans que l'enseignement de la philosophie ait lui-même une forme dialogique. (...) Les Lettres de descartes à la princesse elisabeth de palatinat prennent parfois l'allure de lettres de direction spirituelle, dignes de l'Antiquité. Je crois que les traités systématiques, écrits avec l'intention de proposer un système pour lui-même, sont à dater des XVIIe et XVIIIe siècles (descartes, leibniz, wolff). Les genres littéraires antiques disparaissent alors de plus en plus. (...)

Tout d'abord, il y a (...) la perte, partielle d'ailleurs, mais bien réelle, de la conception de la philosophie comme mode de vie, comme choix de vie, aussi comme thérapeutique. On a perdu l'aspect personnelle et communautaire de la philosophie. En outre, la philosophie s'est de plus en plus enfoncée dans cette voie purement formelle, dans la recherche, à tout prix, de la nouveauté pour elle-même : il s'agit pour le philosophe d'être le plus original, sinon en créant un système nouveau, mais tout au moins en produisant un discours qui, pour être original, se veut très compliqué. La construction plus ou moins habile d'un édifice conceptuel va devenir une fin en soi. La philosophie s'est éloignée de plus en plus de la vie concrète des hommes.
Il faut reconnaître d'ailleurs que cette évolution s'explique par des facteurs historiques et institutionnels. Dans la perspective étroite des Universités, comme il s'agit de préparer les élèves à l'étude d'un programme scolaire qui leur permettra d'obtenir un diplôme de fonctionnaire et leur ouvrira une carrière, le rapport personnel et communautaire doit nécessairement disparaître, pour faire place à un enseignement qui s'adresse à tous (...)

J'ai toujours été frappé du fait que les historiens [qui comprenaient ces oeuvres antiques « en fonction de leur propre idéal du genre littéraire philosophique », à savoir « un traité systématique moderne »] disaient : « aristote est incohérent », « saint augustin compose mal ». [Or] les oeuvres philosophiques de l'Antiquité n'étaient pas composées pour exposer un système, mais pour produire un effet de formation : le philosophe voulait faire travailler les esprits de ses lecteurs ou auditeurs, pour qu'ils se mettent dans une certaine disposition. (...)
depuis la Renaissance jusqu'à nos jours, il y a eu des auteurs qui ont essayé de renouveler, dans leurs écrits, des genres littéraires antiques. On peut énumérer par exemple les Essais de montaigne, qui rappellent tout à fait le genre des traités dé plutarque, les Médiations de descartes, qui sont des exercices spirituels prenant en compte le temps qu'il faudra au lecteur pour arriver à changer sa mentalité et à transformer sa manière de voir, les Exercices de Shaftesbury, inspirés par marc aurèle et épictète, les aphorismes de schopenhauer, de nietzsche, ou du Tractatus de wittgenstein.

En un certain sens, on pourrait dire qu'il y a toujours eu deux conceptions opposées de la philosophie, l'une mettant l'accent sur le pôle du discours, l'autre sur le pôle du choix de vie. Dans l'Antiquité déjà sophistes et philosophes s'affrontaient. Les premiers cherchaient à briller par les subtilités de la dialectique ou la magie des mots, les seconds demandaient à leurs disciples un engagement concret dans un certain mode de vie. Cette situation s'est finalement perpétuée, parfois avec la prédominance à certaines époques de l'une ou l'autre tendance. Je crois que les philosophes n'arriveront jamais à se débarrasser de l'autosatisfaction qu'ils éprouvent dans le « plaisir de parler ». Quoi qu'il en soit, pour rester fidèle à l'inspiration profonde — socratique, pourrait-on dire — de la philosophie, il faudrait proposer une nouvelle éthique du discours philosophique, grâce à laquelle il renoncerait à se prendre lui-même comme fin en soi, ou, pis encore, comme moyen de faire étalage de l'éloquence du philosophe, mais deviendrait une moyen de se dépasser soi-même et d'accéder au plan de la raison universelle et de l'ouverture aux autres.
(P.H.)

cf. les espèces de « philosophes », et : le philosophe
cf. qu'est-ce qu'un philosophe
cf. l'éthique philosophique
cf. autophilosophe

2009-12-16

devenir-deleuzien

Un jour, peut-être, le siècle sera deleuzien ... une fulguration s’est produite qui portera le nom de Deleuze : une nouvelle pensée est possible ; la pensée, de nouveau, est possible. Elle n’est pas à venir, promise par le plus lointain des recommencements. Elle est là, dans les textes de Deleuze, bondissante, dansante devant nous, parmi nous...
(M.F.)
... « la boîte à outils » inespérément postmoderne qu'il [deleuze] propose... C'est réjouissant, c'est « prodigieux », comme il dirait lui-même, de bergson et d'autres. (...) Quelques bémols, néanmoins, notamment un côté « gemütlich »** mais subtil, éthique, spinoziste, dirons-nous (et que je reproche d'ailleurs au spinozisme en général) (...) Le truc aussi qui me rétiçait, d'abord... je l'exprimais dans une réponse à [adèle], hier :
« Moi ? j'écoute deleuze, et deleuze.
En plus des travaux qui m'occupent.
Ah, il est fort. Son influence sur les jeunes in-tellos et les artistes branchés est telle que j'aimerais peut-être ne pas lui accorder autant de poids, mais... il faut avouer qu'il le mérite quelque peu, et mieux, en fait. Il place la barre extrêmement haut. À tel point qu'il se rend, c'est vrai, assez incontournable. C'est bien, il a gagné. (Bon, bien sûr, j'ai des critiques, mais pour l'instant je les laisse de côté, pour m'alimenter bouche bée à la source... qui le mérite.)
Et sinon : de la musique brute, sauvage. Et toujours cette « ritournelle » (tiens, un concept de deleuze) de Julian Casablancas, Tourist. Que j'écoute plusieurs fois par jour pour sa seule première minute, parfaite, et pas toujours au delà ; la première minute.
In Rainbows [de radiohead] ? J'ai réécouté récemment, tiens. Coïncidence encore. Ça tient toujours, oui, c'est clair. Là aussi il faut reconnaître que... malgré... eh bien, oui... il faut reconnaître. »
(...)

[Je comprends d'autant mieux ton rapport circonspect sinon réticent à deleuze que] j'ai eu le même. Mais parce qu'il avait pas trouvé ma porte, d'entrée, ma « portée ». J'avais essayé des livres à lui (pourparlers, quand même, m'avait légèrement capté), un livre sur lui, plutôt indigeste ; même l'abécédaire (sur arte), séduisant, n'emportant pas l'affaire. Il y avait trop d'écart entre la parole de l'abécédaire et le style (de pensée) de ses livres. Et puis, propre chemin faisant (...), je me suis récemment senti plus près et donc plus prêt... notamment grâce à ses cours (audio) et vlan! je commande et vlan qu'il m'arrive le livre « Dialogues » (deleuze-parnet).
(...)
En gros, peut-être et a priori, il invite à une existence moins personnelle, en un sens, et moins morale, et en suggère les moyens, les images, les concepts, les impulsions... Ce qui est considérable. L'antidote peut-être le plus puissant à la névrose.
(o.K.)

[Dialogues, oui,] mais peut-être plus facile et accessible, en introduction : les cours audio ; en particulier (pour toi) sur spinoza. (...)
Il y évoque d'ailleurs à plusieurs reprises, évidemment, le couple et pourquoi ça marche ou ça marche pas (vraiment). Toujours cette histoire de compositions de rapports plus ou moins bonnes, générant augmentation ou diminution de la puissance (d'être), ressentie sous forme de joie ou de tristesse, tristesse allant parfois jusqu'à la maladie, par « empoisonnement » (...), et ce, disons, par « défaut » de discernement rationnel requis à la progressive et relative com-préhension de ce qui est plus ou moins bon pour « moi ».
(...)
Bref. Quant à spinoza et deleuze, mollo mollo quand même, ça peut faire des dégâts... sains. Des éclats de santé, en fait, mais possiblement tranchants. (...) Et d'ailleurs je me doute bien que [encore une fois] tu prendras pas le temps. Alors même qu'en général, s'il y a un bien un truc qu'il faudrait prendre, dans la vie qui nous occupe (à gérer comme une oeuvre d'art — autrement dit, de santé —), c'est bien ça : le temps. Commencer par se le réapproprier. Mais bon... On n'en serait pas aux premiers dégâts humains, dans le destin du monde. La vie travaille à perte !
On en est tous...
(...)
[Encore trop jeune pour être heureux! dis-tu ?] Ha ! Mais je suppose que tu auras observé les vieux partout autour de toi, et leur bonheur éclatant ? Des vieux non-deleuzo-spinozistes, il faut croire. Et ils sont légion. Alors (qu') il ne tient qu'à toi de faire qu'elle te reste ou devienne de plus en plus étrangère — cette légion. Au plus vite, non ? Ou à ton rythme, oui. (Réappropriation du temps.)
Mais j'ai l'optimisme de croire, du moins d'espérer sinon tendre, à un siècle « deleuzien », oui... (pimenté d'un zeste nietzschéen de plus, peut-être.)
(o.K.)


** J'entends pas « gemütlich », ottoconcept emprunté à l'allemand, car n'ayant pas, semble-t-il, d'équivalent français, une certaine complaisance au et dans le confort. En français, le plus proche que j'ai trouvé pour l'instant est : « cosy », à condition d'en élargir le sens à ce qu'on pourrait appeler aussi bien un certain « esprit de confort » (pour le confort).

2009-12-13

devenir-jigsaw falling...

Un seul et même devenir, un seul bloc de devenir, ou, comme dit R.C., une « évolution a-parallèle de deux êtres qui n'ont absolument rien à voir l'un avec l'autre », (...) les deux formant un seul devenir, un seul bloc, une évolution a-parallèle, pas du tout un échange, mais « une confidence sans interlocuteur possible » (...) — bref, un entretien. (...) ce n'est pas un terme qui devient l'autre, mais chacun rencontre l'autre, un seul devenir qui n'est pas commun au deux, puisqu'ils n'ont rien à voir l'un avec l'autre, mais qui est entre les deux, qui a sa propre direction, un bloc de devenir, une évolution a-parallèle. C'est cela la double capture (...), même pas quelque chose qui serait dans l'un, ou quelque chose qui serait dans l'autre, même si ça devait s'échanger, se mélanger, mais quelque chose qui est entre les deux, hors les deux, et qui coule dans une autre direction. (...) ce qu'il y a de bien dans une [«] bande [»], en principe, c'est que chacun y mène sa propre affaire tout en rencontrant les autres, chacun ramène son butin, et qu'un devenir s'esquisse, un bloc se met en mouvement, qui n'est plus à personne, mais « entre » tout le monde, comme un petit bateau que des enfants lâchent et perdent, et que d'autres volent. (...) [Ils ont fait] l'usage le plus riche de leur solitude, s'en servir comme d'un moyen de rencontre, faire filer une ligne ou un bloc entre deux personnes, produire tous les phénomènes de double capture, montrer ce qu'est la conjonction ET, ni une réunion, ni une juxtaposition, mais la naissance d'un bégaiement, le tracé d'une ligne brisée qui part toujours en adjacence, une sorte de ligne active et créatrice? ET... ET... ET...
(G.D.)


cf. se déc(o)upler
cf. vaginalisme ® (équation)

2009-12-09

par la dissonance cognitive

Selon cette théorie, l'individu en présence de cognitions (« connaissances, opinions ou croyances sur l’environnement, sur soi ou sur son propre comportement » ) incompatibles entre elles, éprouve un état de tension désagréable : c'est l'état de « dissonance cognitive ». Dès lors, cet individu mettra en œuvre des stratégies inconscientes visant à restaurer un équilibre cognitif. Ces stratégies sont appelées « modes de réduction de la dissonance cognitive ». Une de ces stratégies pour réduire la dissonance cognitive consiste à oublier ce qui ne cadre pas avec ses références antérieures, il est appelé « processus de rationalisation ». En 2007 il a été mis en évidence chez des singes capucins.

La rectification d'idées acquises est plus pénible pour un individu que l'apprentissage d'idées nouvelles pour lesquelles il ne possède pas encore de modèle. Ce phénomène avait déjà été signalé par Jean Piaget dans ses travaux. Carl Rogers l'admettait également. Les exemples abondent dans l'histoire : Héliocentrisme vs. Géocentrisme, Darwinisme vs. Créationnisme, etc. Il est à remarquer que religions et systèmes totalitaires (sans qu'il soit question ici de les comparer directement) marquent une préférence pour enseigner leurs points de vue dès la prime jeunesse, en tant que modèle primal.

De même, des fournisseurs de matériels divers consentent des réductions importantes aux écoles professionnelles car leurs élèves seront enclins à privilégier dans la vie professionnelle un matériel qu'ils connaissent déjà par rapport à un autre même moins cher ou plus riche en fonctionnalités.
Des formations gratuites sont parfois même proposées par des éditeurs de logiciels ou des fabricants de matériel, afin de positionner leur approche dans l'esprit du client qui sera ainsi moins réceptif aux arguments, différents, de la concurrence.

Plus l'investissement et l'engagement de la personne lui ont coûté, moins elle est prête à y renoncer. C'est ainsi que :
[Unetelle s'accroche à sa relation laborieuse et inlassablement conflictuelle avec untel, car cela reviendrait, sinon, à en avoir tellement bavé jusqu'ici... pour un échec.]
Plus un apprentissage a été difficile, malaisé ou même humiliant, moins l'individu est prêt à remettre en cause la valeur de ce qui lui a été enseigné. Cela signifierait en effet qu'il a investi pour rien. (Là encore, les exemples sont légion, surtout en informatique : attachement presque affectif à un système d'exploitation ou à un éditeur de texte, par exemple, en dépit de leurs défauts manifestes.)
Le bizutage, à l'époque où il était toléré, s'associait par la suite à un attachement à une institution tel, que dès l'année suivante le bizuté devenait bizuteur à son tour.
On observe aussi lors d'enquêtes que plus un choix s'est montré difficile et engagé (d'une grande école, d'un appartement, voire d'un conjoint [comme on l'a déjà dit dans le cas d'unetelle & untel...], plus on avait tendance ensuite à estimer avoir effectué le bon, et donc à oublier certains éléments de l'environnement ayant peu de rapport avec ce choix. (Le choix d'une grande école peut impliquer certaines positions philosophiques qui entraînent ce type de biais cognitif. Par exemple, une formation scientifique peut dans certains cas faire sous-estimer les phénomènes culturels ou les aspects juridiques.)
Les mécanismes des ventes pyramidales s'appuient fortement sur le refus irrationnel de faire marche arrière alors qu'on s'est sûrement fourvoyé.
[Vulgairement, c'est le] doigt dans l'engrenage.
(...)
Des faits contredisant l'opinion qu'un enfant [ou autre] a sur lui-même le placent devant une dissonance cognitive : selon que l'enfant [ou autre] a une bonne ou mauvaise image de soi, il pourra attribuer un échec ou une réussite à l'environnement extérieur au lieu de s'attribuer à lui-même le résultat. Pour réduire la dissonance cognitive, l'enfant [ou autre] va ainsi chercher des excuses plutôt que de remettre en cause ses convictions.
[Ce qui peut être aussi nommée] mauvaise foi.

[w.](merci à serge de lepostier.fr)

cf. d'mauvaise foi
cf. une mauvaise foi(s) (pour toutes)

2009-12-07

cosmologie moderne

Son livre le plus célèbre demeure Du monde Clos à l'Univers infini (...) Dans ce livre il décrit l'apparition de la science moderne et le changement qui s'est produit dans la perception du monde durant la période qui va de Nicolas de Cues et Nicolas Copernic à Isaac Newton. À un tout fini où la structure spatiale reflète une hiérarchie de valeur succède un univers infini sans hiérarchie naturelle uni seulement par l’identité des lois qui le régissent. « Pour ma part, écrit-il, j'ai essayé, dans mes Etudes Galiléennes, de définir les schémas structurels de l'ancienne et de la nouvelle conception du monde et de décrire les changements produits par la révolution du XVII° siècle. Ceux-ci me semblent pouvoir être ramenés à deux éléments principaux, d'ailleurs étroitement liés entre eux, à savoir la construction du Cosmos, et la géométrisation de l'espace, c'est-à-dire : a)la construction du monde conçu comme un tout fini et bien ordonné, dans lequel la structure spatiale incarnait une hiérarchie de valeur et de perfection, monde dans lequel "au-dessus" de la Terre lourde et opaque, centre de la région sublunaire du changement et de la corruption, s'"élevaient" les sphères célestes des astres impondérables, incorruptible et lumineux ...b)le remplacement de la conception aristotélicienne de l'espace, ensemble différencié de lieux intramondains, par celle de l'espace de la géométrie euclidienne - extension homogène et nécessairement infinie - désormais considéré comme identique, en sa structure, avec l'espace réel de l'Univers. Ce qui à son tour impliqua le rejet par la pensée scientifique de toutes considérations basées sur les notions de valeur, de perfection, de sens ou de fin, et finalement, la dévalorisation complète de l'Être, le divorce total entre le monde des valeurs et le monde des faits. »

> chapitre :
cosmo-logique

2009-12-06

l'astrologie à la petite semaine

... la semaine astrologique d'un hebdomadaire comme Elle, par exemple. Contrairement à ce que l'on pourrait en attendre, on n'y trouve nul monde onirique, mais plutôt une description étroitement réaliste d'un milieu social précis, celui des lectrices du journal. Autrement dit, l'astrologie n'est nullement — du moins ici — ouverture au rêve, elle est pur miroir, pure institution de la réalité.
Les rubriques principales du destin (Chance, Au-dehors, Chez vous, Votre coeur) produisent scrupuleusement le rythme total de la vie laborieuse. L'unité en est la semaine, dans laquelle la « chance » désigne un jour ou deux. La « chance », c'est ici la part réservée de l'intériorité, de l'humeur ; elle est le signe vécu de la durée, la seule catégorie par laquelle le temps subjectif s'exprime et se libère. Pour le reste, les astres ne connaissent rien d'autre qu'un emploi du temps : Au-dehors, c'est l'horaire professionnel, les six jours de la semaine, les sept heures par jour de bureau ou de magasin. Chez vous, c'est le repas du soir, le bout de soirée avant de se coucher. Votre coeur, c'est le rendez-vous à la sortie du travail ou l'aventure du dimanche. Mais entre ces « domaines », aucune communication : rien qui, d'un horaire à l'autre puisse suggérer l'idée d'une aliénation totale ; les prisons sont contiguës, elles se relaient mais ne se contaminent pas. Les astres ne postulent jamais un renversement de l'ordre, ils influencent à la petite semaine, respectueux du statut social et des horaires patronaux.
Ici, le « travail » est celui d'employées, de dactylos ou de vendeuses ; le microgroupe qui entoure la lectrice est à peu près fatalement celui du bureau ou du magasin. Les variations imposées, ou plutôt proposées par les astres (car cette astrologie est théologienne prudente, elle n’exclut pas le libre arbitre) sont faibles, elles ne tendent jamais à bouleverser une vie : le poids du destin s'exerce uniquement sur le goût au travail, l'énervement ou l'aisance, l'assiduité ou le relâchement, les petits déplacements, les vagues promotions, les rapports d'aigreur ou de complicité avec les collègues et surtout la fatigue, les astres prescrivant avec beaucoup d'insistance et de sagesse de dormir plus, toujours plus.
Le foyer, lui, est dominé par les problèmes d'humeur, d'hostilité ou de confiance du milieu ; il s'agit bien souvent d'un foyer de femmes, où les rapports les plus importants sont ceux de la mère et de la fille. La maison petite-bourgeoise est ici fidèlement présente, avec les visites de la « famille », distincte d'ailleurs des « parents par alliance », que les étoiles ne paraissent pas tenir en très haute estime... Cet entourage semble à peu près exclusivement familial, il y a peu d'allusions aux amis, le monde petit-bourgeois est essentiellement constitué de parents et de collègues, il ne comporte pas de véritables crises relationnelles, seulement de petits affrontements d'humeur et de vanité. L'amour, c'est celui du Courrier du coeur ; c'est un « domaine » bien à part , celui des « affaires » sentimentales. Mais tout comme la transaction commerciale, l'amour connaît ici des « débuts prometteurs », des « mécomptes » et de « mauvais choix ». Le malheur y est de faible amplitude : telle semaine, un cortège d'admirateurs moins nombreux, une indiscrétion, une jalousie sans fondement. Le ciel sentimental ne s'ouvre vraiment grand que devant la « solution tant souhaitée », le mariage : encore faut-il qu'il soit « assorti ».
Un seul trait idéalise tout ce petit monde astral, (...) l'humanité astrologique roule sur son salaire mensuel : il est ce qu'il est, on n'en parle jamais, puisqu'il permet la « vie ». Vie que les astres décrivent beaucoup plus qu'ils ne la prédisent ; l'avenir est rarement risqué, et la prédiction toujours neutralisée par le balancement des possibles : s'il y a des échecs, ils seront peu importants, s'il y a des visages rembrunis, votre belle humeur les déridera, des relations ennuyeuses, elles seront utiles, etc. ; et si votre état général doit s'améliorer, ce sera à la suite d'un traitement que vous aurez suivi, ou peut-être aussi grâce à l'absence de tout traitement (...).

Les astres sont moraux, ils acceptent de se laisser fléchir par la vertu: le courage, la patience, la bonne humeur, le contrôle de soi sont toujours requis face aux mécomptes timidement annoncés. Et le paradoxe, c’est que cet univers du (...) déterminisme est tout de suite dompté par la liberté du caractère : l’astrologie est avant tout une école de volonté. Pourtant, même si les issues en sont de (...) mystification, même si les problèmes de conduite y sont escamotés, elle reste institution du réel devant la conscience de ses lectrices : elle n’est pas voie d'évasion mais évidence réaliste des conditions de vie de l’employée, de la vendeuse.
À quoi donc peut-elle servir, cette pure description, puisqu’elle ne semble comporter aucune compensation onirique ? Elle sert à exorciser le réel en le nommant. A ce titre, elle prend place parmi toutes les entreprises de semi-aliénation (ou de semi-libération) qui se donnent à tâche d’objectiver le réel, sans pourtant aller jusqu’à le démystifier. On connaît bien au moins une autre de ces tentatives nominalistes : la Littérature, qui, dans ses formes dégradées, ne peut aller plus loin que nommer le vécu ; astrologie et Littérature ont la même tâche d’institution " retardée " du réel: l’astrologie est la Littérature du monde petit-bourgeois.
(R.B.)

cf. l'aliénation bonus « psy »

l'aliénation bonus « psy »


(N.P.)(o.K.) :: 2'34''::

cf. l'astrologie à la petite semaine

2009-12-05

au fond, aristote, c'est moi

Aristote est un esprit réaliste et pratique. Il s'oppose à la plupart des idées de Platon. Sa méthode serait plutôt de type scientifique...
(...) Pour Aristote [comme pour Platon], la morale est subordonné au politique.
(...) il désigne, pour sa morale, le point de départ suivant : tous les hommes recherchent le bonheur. Par contre, même si tous les hommes sont d'accord sur cet énoncé, la plupart ne s'accorde pas sur la conception du bonheur. (...)
Ainsi, chacun donne au bonheur un contenu différent. Aristote en conclut qu'il ne faut pas prendre en considération ce que les hommes recherchent pour comprendre ce qu'est le bonheur, mais rechercher les conditions objectives du bonheur. En d'autres mots, cette opération consiste à savoir ce que les hommes doivent vraiment rechercher pour réaliser le vrai bonheur. Le bonheur est le chemin qui mène au bonheur. Ce chemin pour Aristote consiste en l'exercice de la vertu. C'est un exercice guidé par la volonté.
(...) Le bonheur est le chemin lui-même et non pas le point d'arrivée.
(...) c'est grâce à la vie intellectuelle qu'il peut délibérer et faire des choix moraux.
(...) Ainsi, l'homme obtient son bonheur en pratiquant la vertu. Pour Aristote, la vertu est une habitude volontaire. [Selon lui], les êtres humains sont disposés à la vertu, mais ils doivent la pratiquer pour la perfectionner. C'est à force de pratiquer la justice, la tempérance et le courage que nous devenons justes, tempérants et courageux.
(...) Il défendra principalement la vertu du juste milieu.
Par exemple, le courage serait le juste milieu entre la peur et la témérité ; la tempérance entre le dérèglement et l'insensibilité ; la mansuétude (...) entre la colère et l'apathie ; la magnanimité entre la vanité et l'humilité ; la véracité entre la vantardise et la dépréciation de soi ; l'affabilité (...) entre l'obséquiosité et l'esprit de chicane ; la réserve entre l'effronterie et la timidité, etc.
(-)

« du même désert, à... »

En chacun de nous, il y a comme une ascèse, une partie dirigée contre nous-mêmes. Nous sommes des déserts, mais peuplés de tribus, de faunes et de flores. (...) Et toutes ces peuplades, toutes ces foules, n'empêchent pas le désert, qui est notre ascèse même, au contraire elles l'habitent, elles passent par lui, sur lui. (...) Le désert, l'expérimentation sur soi-même, est notre seule identité, notre chance unique pour toutes les combinaisons qui nous habitent.
(G.D.)

cf. vrai(ment) moi

envolée

Toute action exige l'oubli, comme tout organisme a besoin, non seulement de lumière, mais encore d'obscurité. Un homme qui voudrait sentir d'une façon tout à fait historique ressemblerait à celui qui serait forcé de se priver de sommeil, ou bien à l'animal qui devrait continuer à vivre en ne faisant que ruminer, et ruminer toujours à nouveau. (...) il y a un degré d'insomnie, de rumination, de sens historique qui nuit à l'être vivant et finit par l'anéantir, qu'il s'agisse d'un homme, d'un peuple ou d'une civilisation.
(F.N. — CI 2§1)

cf. règle hoptique
cf. le... : action

2009-12-03

con sidération

la forme (...) de mes [«] écrits [»] présente une difficulté : de nos jours on n’accorde pas suffisamment de poids à cette forme. Un aphorisme, si bien frappé soit-il, n’est pas « déchiffré » du seul fait qu’on le lit ; c’est alors que doit commencer son interprétation, ce qui demande un art de l’interprétation. (...) Evidemment pour pouvoir pratiquer la lecture comme un art, une chose avant tout autre est nécessaire, que l’on a parfaitement oubliée de nos jours — il se passera donc encore du temps avant que mes écrits soient « lisibles » —, une chose qui nous demanderait presque d’être de la race bovine et certainement pas un « homme moderne », je veux dire : savoir ruminer…
(F.N. — GM 0§8)

cf. sur/de mes postréalisations
cf. mévoir ou mémoire
cf.  à l'intellecteur parfait
cf. l'ascésure

2009-11-20

éco(le)sophique


(o.K)(M.O.) :: 3'40''::

Pour Épicure, vivre en accord avec la nature est en effet une chose difficile pour l'homme, mais c'est là la seule voie qui semble mener au bonheur.
En effet n'étant pas des dieux, nous ne pouvons nous affranchir du Tout dont nous ne sommes que des parties, mais n'étant pas des bêtes, il nous faut pour nous réaliser établir cette union par la pensée.
(-)

cf. mys-tère

décomposition des compositions


(o.K)(M.O.) :: 1'01''::

cf. précis dé composition

2009-11-17

du douillet le rêve...


(O.k.) :: 5'57''::

cf. bio... logique

yi cézanne

Cézanne, devant un paysage, trouvait que passait sur lui « un sourire d’intelligence aiguë ». Il est mort en embrassant sa montagne Sainte-Victoire. Il devenait de plus en plus chinois. On se moquait de lui, on préférait des croûtes. On a cru qu’il annonçait « l’art moderne » alors qu’il s’agissait pour lui d’une expérience spirituelle que le mot « yi », en chinois, concentre comme une sorte de paradis naturel. Comment être à la fois détaché, dégagé, solitaire, vacant, harmonieux, paisible ? C’est-à-dire le contraire de contraint, lourd, embarrassé, grégaire, occupé, discordant, confus, malveillant, brutal ? C’est simple : il convient d’accéder au renouvellement constant, à la modification continue, à la libération de toute inquiétude, à la vibration de ce que nous ne considérons jamais avec assez de stupeur et de fraîcheur : la vie.
(P.S.)

passe-passe-muraille

« On va dans le mur ? » Le mur, non : le renouvellement. Comme toujours. Il n'y a de mur, fixe, que pour les idées, fixes. (Y compris l'idée que tu te fais de toi, oui, et à force, que tu finis par incarner, certes, mais tout bêtement.)
(o.K.)

cf. miss civilisation
cf. notre destin, tranquille

attitude philosophique universelle

• Il y a finalement assez peu d'attitudes possibles vis-à-vis de l'existence, et, sans avoir subi d'influences d'ordre historique, les différentes civilisations sont amenées à avoir, à cet égard, des attitudes analogues. (...) faire tout comme les autres hommes, mais sans s'attacher à rien, en étant indifférent à tout —, c'est l'attitude sceptique. (...) de part et d'autre, en grèce et en chine, il s'agit du refus de faire des différences de jugement de valeur entre les choses. Cela, c'est une attitude qui a bien l'air d'être universelle, qu'un homme peut d'ailleurs découvrir par lui-même, il n'a pas besoin de lire ceci ou cela, il peut y arriver tout seul. (...) La mystique de plotin (...), l'attitude stoïcienne (...), l'épicurisme (...) Cette idée d'une universalité des attitudes spirituelles peut aussi se situer dans la perspective de l'effort pour dégager de sa gangue mythique et traditionnelle l'essentiel d'une attitude, d'un choix de vie.
• (...) comme attitudes, le stoïcisme et l'épicurisme sont toujours très vivants. Il faudra donc distinguer de l'idéologie qui la justifiait autrefois l'attitude concrète actualisable. Pour actualiser un message (...), il faut le dégager de tout ce qui marque son époque, de la mentalité propre à l'époque, il faut le « démythologiser » (...) Il faut essayer d'aller à la démarche intérieure, à l'attitude concrète qu'il implique.
• Les recherches sur le passé doivent avoir un sens actuel, personnel, formateur, existentiel.
(P.H.)

Et par "philosophe" j'entendais un [H]omme qui pense par [L]ui-même, en prenant pour objet de sa pensée l'expérience qu'[I]l a de [L]ui-même, des autres et du monde ; qui s'informe de ce que pensent ou de ce qu'ont pensé avant [L]ui les autres philosophes ; qui est conscient des pièges que tend le langage et en fait par conséquent un usage critique.
Cette idée créait une nouvelle perspective. Comme j'avais du goût pour l'activité philosophique ainsi comprise, elle instaurait une sorte d'égalité de principe entre T.-T. et moi. Et s'il pensait par lui-même, en prenant pour objet son expérience, je pouvais le rejoindre en faisant de même pour mon compte — car son expérience et la mienne devaient se recouper au moins en partie.
(J.-F.B.)

Est philosophe celui qui le devient.
(G.D.)

cf. manque de philosophie

2009-11-16

mys-tère

Toutes les réponses à nos questions reposent dans la seule Observation, aboutie.
(o.K.)

La difficulté n'est pas, pour ainsi dire, de trouver la solution, mais de reconnaître la solution dans ce qui a l'air d'en être seulement la prémisse. [Cette difficulté] tient, je crois, à ce que nous attendons à tort une explication alors qu'une description constitue la solution de la difficulté, pour peu que nous lui donnions sa juste place, que nous nous arrêtions à elle, sans chercher à la dépasser. C'est cela qui est difficile : s'arrêter.
(L.W.)

s'injustifier

J’avais primitivement l’intention de répondre à de nombreuses critiques, et, en même temps, d’expliquer quelques questions très simples, totalement obscurcies par la lumière moderne (...) ; mais j’ai eu l’imprudence de lire ce matin quelques feuilles publiques ; soudain, une indolence, du poids de vingt atmosphères, s’est abattue sur moi, et je me suis arrêté devant l’épouvantable inutilité d’expliquer quoi que ce soit à qui que ce soit. Ceux qui savent me devinent, et pour ceux qui ne peuvent ou ne veulent pas comprendre, j’amoncèlerais sans fruit les explications.
(C.B.)

Chercher à se justifier c'est (dé)faillir en autorité.
(o.K.)

En effet, l'autorité traditionnelle se définissait par opposition à la fois à la contrainte par force et à la persuasion par arguments. Elle n'était pas l'autoritarisme car « là où la force est employée, l'autorité proprement dite a échoué ». Elle n'avait pas non plus besoin de se justifier. Dès lors, si nous confondons aujourd'hui autorité et violence, et croyons que l'autorité peut être discutée, c'est que nous avons oublié ce qu'elle est.
(H.A.)

cf. livre à vous
cf. le fin du fin

compris c'est compris

(...) je me suis arrêté devant l’épouvantable inutilité d’expliquer quoi que ce soit à qui que ce soit. Ceux qui savent me devinent, et pour ceux qui ne peuvent ou ne veulent pas comprendre, j’amoncèlerais sans fruit les explications.
(C.B.)

Finalement, personne ne peut tirer des choses, y compris des livres, plus qu'il n'en sait déjà. Ce à quoi l'on n'a pas accès par une expérience vécue, on n'a pas d'oreilles pour l'entendre.
(F.N. - EH 3§1)

Pour être radical, je dirais que : comprendre vraiment, c'est avoir déjà compris. (De même, léo ferré qui rétorquait à brassens « quand l'amour "s'en va", [c'est qu']il est déjà parti ».) Autrement dit, on ne peut espérer être « vraiment » compris par quelqu'un que lorsque celui-ci est déjà, de lui-même au point, sinon au moins sur le point de comprendre.
(o.K.)

Qui ne comprend pas n'a tout simplement pas (encore) assez vécu, qualitativement. (N'a pas vécu ce qu'il faut, ce qu'il faudrait – pour comprendre.)
(o.K.)

La connaissance s'acquiert par l'expérience, tout le reste n'est que de l'information. (A.E.)

cf. à l'intellecteur parfait
cf. dès lors : niet
cf. de la lecture sans lecture à l'écriture sans écriture
cf. comprendre un peu / beaucoup / passionnément, sans comprendre
 

2009-11-14

oyé, la formule

C’est, semble-t-il, la formule magique à laquelle on doit, depuis dix ans, le moindre morceau signé Erlend Øye et Eirik Glambek Bøe : “La première moitié de la composition est toujours très rapide, un jour au maximum. La seconde partie, en revanche, peut prendre des années. On ajoute des éléments, des arrangements, puis on attend quelques mois. On réécoute, et la plupart du temps on enlève tout ce qu’on avait ajouté. On ne conserve les éléments que s’ils nous paraissent intéressants six mois plus tard, et non sous le coup de la nouveauté. Si les chansons sont au final plutôt dépouillées sur l’album, elles ont en revanche porté plusieurs tenues avant d’en arriver là.”
(-)

cf. bruce lee, maître d'art général
cf. « sylvie aymard, c'est moi »

entorse

Pendant ce temps, B.[B.] se bonifie dans son coin comme un beau maroilles. Ses chansons se sortent la chemise du pantalon, les textes s’écrivent au jour le jour, élégants et au plus près de l’os. (...) B. revient en homme libre avec un sixième album d’une grâce et d’une fragilité redoutables. Un disque où notre chanteur ne s’épargne rien et se permet même, dans la foulée, un peu tout. (...) Baptisé « La Superbe » en hommage à la sublime chanson qui l’ouvre en grand, cet album tient bien ensemble, porté à bout de bras par un seul et même homme, qui se met à nu, se dévoile avec justesse et pudeur, humour aussi. Un homme qui se serait résolument mis en marge du monde pour composer, enfin, son morceau de bravoure attendu.
(S./L.)

On Reste Dieu Merci à la merci
D'un conifère,
D'un silence inédit,
D'une seule partie de jambe en l'air,
Le soleil est assis, du mauvais coté de la mer,
Quelle aventure, quelle aventure...

On Reste Dieu Merci à la merci
D'un abri bus,
Ne reste pas ici, on entend
Sonner l'angelus
Le soleil est joli,
Plus triste que le cirque Gruss
quelle aventure, quelle aventure..

On Reste Dieu Merci à la merci
d'un engrenage,
D'un verre de Campari,
du bon vouloir de l'équipage,
Paris est si petit
Quand on le regagne à la nage,
quelle aventure, quelle aventure..

On flane, On flaire,
On flaire la flamme singulière..
On gagne, on perd
On perd la gagne, La Superbe...
(B.B.)

De mon côté, j’ai eu envie de réhabiliter le concept de dépendance. Le principe d’indépendance est très à la mode depuis trente ou quarante ans (...). Moi je pense que la solitude découle de l’indépendance et de la liberté, et qu’il est beau, au contraire, de dépendre (...)
((E.O.))

2009-11-12

voir sa

Le bonheur consiste à [savoir] apprécier, prolonger et (...) renouveler les joies de l'existence.
(C.R.)[o.K.]

cf. urgence

2009-11-11

tous cosmologiciens

D'une manière générale, j'aurais tendance personnellement à me représenter le choix philosophique fondamental, donc l'effort vers la sagesse, comme un dépassement du moi partial, partiel, égocentrique, égoïste, pour atteindre au niveau d'un moi supérieur qui voit toutes choses dans la perspective de l'universalité et de la totalité, qui prend conscience de lui-même comme partie du cosmos, qui embrasse alors la totalité des choses. (...) « Toute forme de spiritualité commence par un "lâcher prise", un renoncement au moi limité et limitatif. » (...) cette idée d'un changement de niveau du moi peut se retrouver dans des  philosophies extrêmement différentes.
(P.H.)

cf. après tout
cf. l'en jeu