N'en jetons presque plus ! Trions, reprenons, détournons.
L'essentiel est presque bien dit et redit, en long, en large...
Reprenons serré, de travers, à travers.
Par les moyens d'avenir du présent. Pour le présent de l'avenir.
(OTTO)KARL
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L'essentiel est presque bien dit et redit, en long, en large...
Reprenons serré, de travers, à travers.
Par les moyens d'avenir du présent. Pour le présent de l'avenir.
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2011-02-23
2011-02-22
la route, la presqu'île, le roi...
Le volume [La Presqu'île] paru en 1970 rassemble trois textes: « La Route », fragment du roman entrepris vers 1953 et resté inachevé; la longue nouvelle qui donne son titre au recueil; et un récit plus bref, « Le Roi Cophetua ». (…)
On ressent dans « La Route » le poids du livre. Parti d’un bel élan, le texte demeure suspendu, sans aboutir ni retourner à son point de départ. (…) La route est à la fois direction et vestige. L’intention humaine y compose avec les forces naturelles du sol et de la végétation, et sa persistance à l’état de trace permet de mesurer le « retour à la sauvagerie ». Suivant ce fil, le texte digresse peu à peu : de la route aux pays traversés, aux hameaux abandonnés qu’elle longe, puis au « dépôt humain très mélangé » qui croise dans ses marges, enfin aux femmes à propos desquelles il esquisse – oubliant le thème du chapitre – une singulière utopie du rapport entre les sexes. (…)
On ressent dans « La Route » le poids du livre. Parti d’un bel élan, le texte demeure suspendu, sans aboutir ni retourner à son point de départ. (…) La route est à la fois direction et vestige. L’intention humaine y compose avec les forces naturelles du sol et de la végétation, et sa persistance à l’état de trace permet de mesurer le « retour à la sauvagerie ». Suivant ce fil, le texte digresse peu à peu : de la route aux pays traversés, aux hameaux abandonnés qu’elle longe, puis au « dépôt humain très mélangé » qui croise dans ses marges, enfin aux femmes à propos desquelles il esquisse – oubliant le thème du chapitre – une singulière utopie du rapport entre les sexes. (…)
« La Presqu’île » prolonge en revanche la veine « réaliste » du Balcon en forêt. La limite atteinte est ici celle de la fiction : un pas de plus et l’on bascule dans l’essai autobiographique. L’intrigue en effet se réduit à une épure : Simon attend Irmgard au train de 12 h 53; comme elle n’arrive pas, il va reconnaître les lieux où il compte l’amener. Il fait le tour de La Presqu’île jusqu’au port de Kergrit, où il vient occuper la chambre de l’Hôtel des Bains. Puis il revient pour le train de 19h53, mais retardé par ses rêveries il se tient un peu loin : « Comment la rejoindre? pensait-il, désorienté. » Simon, qui retrouve les lieux de ses vacances d’enfant, est un double de l’auteur (…)
« La Presqu’île » est le récit du temps vécu de l’intérieur : orienté par l’échéance finale, il ne cesse d’être comprimé par le sentiment d’urgence (je vais être en retard) ou au contraire dilaté par l’euphorie de l’anticipation (j’ai tout le temps). Ce rythme se conjugue à la fois avec les mouvements (rouler, s’arrêter, marcher, se garer, repartir) et avec l’alternance des humeurs : le sentiment d’aise, qui reste la note dominante, est coupé de « menus précipices » dépressifs. (…)
« Le Roi Cophetua » regarde vers le passé plus que vers l’avenir. C’est un texte étrange, dans lequel Gracq semble près de se pasticher lui-même, mais qui ne témoigne pas d’un épuisement de la veine créatrice. (…) Cette ultime nouvelle est semblable à une conjuration : on y retrouve les traces du Graal, les rapports en triangle, l’attente, et bien d’autres échos de l’œuvre. Mais elle revient sur ce passé pour s’en défaire : c’est à ce prix que Gracq pourra entreprendre des livres où le romancier parle en son propre nom.
« La Presqu’île » est le récit du temps vécu de l’intérieur : orienté par l’échéance finale, il ne cesse d’être comprimé par le sentiment d’urgence (je vais être en retard) ou au contraire dilaté par l’euphorie de l’anticipation (j’ai tout le temps). Ce rythme se conjugue à la fois avec les mouvements (rouler, s’arrêter, marcher, se garer, repartir) et avec l’alternance des humeurs : le sentiment d’aise, qui reste la note dominante, est coupé de « menus précipices » dépressifs. (…)
« Le Roi Cophetua » regarde vers le passé plus que vers l’avenir. C’est un texte étrange, dans lequel Gracq semble près de se pasticher lui-même, mais qui ne témoigne pas d’un épuisement de la veine créatrice. (…) Cette ultime nouvelle est semblable à une conjuration : on y retrouve les traces du Graal, les rapports en triangle, l’attente, et bien d’autres échos de l’œuvre. Mais elle revient sur ce passé pour s’en défaire : c’est à ce prix que Gracq pourra entreprendre des livres où le romancier parle en son propre nom.
cf. presqu'insulaire
2011-02-21
2011-02-20
2011-02-19
force est à reprendre
Parfois la chose la plus urgente et la plus vitale que vous puissiez faire est de vous reposer complètement.
(A.B.)
Je sais ce qu'il pense. Je connais ses théories. Tout est affaire de forces à reprendre. C’est cela qu’il nous permet de faire ici. Nous reposer. Reprendre des forces. Réfléchir. Retrouver la force de réfléchir et d’envisager les choses dans le calme, faire le tri, se délester, choisir. Et pour ça, la première chose, c’est de dormir. Ensuite il faut manger, le plus simplement possible. Puis marcher, s’asseoir et se laisser envahir. Par la lumière, les bruits, les parfums, sentir sa peau et tout ce qui la touche, l’effleure, la caresse. Respirer. Je connais sa chanson. Ses vieux trucs de moine bouddhiste. Et je sais qu’il a raison. Je sais que c’est ce dont j’ai besoin. Me délester, sentir. M’oublier, m’ouvrir. Recueillir. Laisser le soleil chauffer ma peau, l’air pénétrer mes poumons, l’eau me diluer. Sentir battre en moi un cœur régulier.
(O.A.)
(A.B.)
Je sais ce qu'il pense. Je connais ses théories. Tout est affaire de forces à reprendre. C’est cela qu’il nous permet de faire ici. Nous reposer. Reprendre des forces. Réfléchir. Retrouver la force de réfléchir et d’envisager les choses dans le calme, faire le tri, se délester, choisir. Et pour ça, la première chose, c’est de dormir. Ensuite il faut manger, le plus simplement possible. Puis marcher, s’asseoir et se laisser envahir. Par la lumière, les bruits, les parfums, sentir sa peau et tout ce qui la touche, l’effleure, la caresse. Respirer. Je connais sa chanson. Ses vieux trucs de moine bouddhiste. Et je sais qu’il a raison. Je sais que c’est ce dont j’ai besoin. Me délester, sentir. M’oublier, m’ouvrir. Recueillir. Laisser le soleil chauffer ma peau, l’air pénétrer mes poumons, l’eau me diluer. Sentir battre en moi un cœur régulier.
(O.A.)
2011-02-18
soi(n) physio-logique
— (...) Avant de se plaindre d'être malade, il faudrait prouver qu'on a mérité de se bien porter.
J'ai voulu sourire, mais le docteur s'est fâché.
—Ah! vous croyez que je plaisante, a-t-il repris en élevant la voix; mais dites-moi un peu qui de nous donne à sa santé l'attention qu'il donne à sa fortune ? Economisez-vous vos forces comme vous économisez votre argent ? évitez-vous les excès ou les imprudences avec le même soin que les folles dépenses ou les mauvais placements ! avez-vous une comptabilité ouverte pour votre tempérament comme pour votre industrie ? cherchez-vous chaque soir ce qui a pu vous être salutaire ou malfaisant, avec la prudence que vous apportez à l'examen de vos affaires ? Vous-même, qui riez, n'avez-vous pas provoqué le mal par mille extravagances ?
J'ai voulu protester en demandant l'indication de ces extravagances; le vieux médecin a écarté tous ses doigts, et s'est mis à les compter l'une après l'autre.
Primo, s'est-il écrié, manque d'exercice ! Vous vivez ici comme le rat dans son fromage, sans air, sans mouvement, sans distraction. Par suite, le sang circule mal, les humeurs s'épaississent, les muscles inactifs ne réclament plus leur part de nutrition; l'estomac s'alanguit et le cerveau se fatigue.
Secundo. Nourriture irrégulière. Le caprice est votre cuisinier, l'estomac un esclave qui doit accepter ce qu'on lui donne, mais qui se venge sournoisement, comme tous les esclaves.
Tertio. Veilles prolongées ! Au lieu d'employer la nuit au sommeil, vous la dépensez en lectures ; votre alcôve est une bibliothèque, votre oreiller un pupitre ! A l'heure où le cerveau fatigué demande du repos, vous le conduisez à une orgie, et vous vous étonnez de le trouver endolori le lendemain.
Quarto. La mollesse des habitudes ! Enfermé dans votre mansarde, vous vous êtes insensiblement entouré de mille précautions douillettes. Il a fallu des bourrelets pour votre porte, un paravent pour votre fenêtre, des tapis pour vos pieds, un fauteuil ouaté de laine pour vos épaules, un poêle allumé au premier froid, une lampe à lumière adoucie, et, grâce à toutes ces précautions, le moindre vent vous enrhume, les sièges ordinaires vous exposent à des courbatures, et il vous faut des lunettes pour supporter la lumière du jour. Vous avez cru conquérir des jouissances, et vous n'avez fait que contracter des infirmités.
Quinto...
—Ah! de grâce, docteur, assez ! me suis-je écrié. Ne poussez pas plus loin l'examen ; n'attachez pas à chacun de mes goûts un remords.
Le vieux médecin s'est gratté le nez avec sa tabatière.
—Vous voyez, a-t-il dit plus doucement en se levant, vous fuyez la vérité, vous reculez devant l'enquête ! preuve que vous êtes coupable : Habemus confitentem reum! Mais au moins, mon cher, n'accusez plus les quatre saisons, à l'exemple des portières.
Là-dessus il m'a encore tâté le pouls, et il est parti, en déclarant que son ministère était fini, et que le reste me regardait.
Le docteur sorti, je me suis mis à réfléchir.
Pour être trop absolue, son idée n'en a pas moins un fond de justesse. Combien de fois nous attribuons au hasard le mal dont il faudrait chercher l'origine en nous-mêmes ! Peut-être eût-il été sage de le laisser achever l'examen commencé.
(E.S.)
> reprise audiovidéo : automanagement
> corpsolution
> soi(n)(s) révolutionnaire
J'ai voulu sourire, mais le docteur s'est fâché.
—Ah! vous croyez que je plaisante, a-t-il repris en élevant la voix; mais dites-moi un peu qui de nous donne à sa santé l'attention qu'il donne à sa fortune ? Economisez-vous vos forces comme vous économisez votre argent ? évitez-vous les excès ou les imprudences avec le même soin que les folles dépenses ou les mauvais placements ! avez-vous une comptabilité ouverte pour votre tempérament comme pour votre industrie ? cherchez-vous chaque soir ce qui a pu vous être salutaire ou malfaisant, avec la prudence que vous apportez à l'examen de vos affaires ? Vous-même, qui riez, n'avez-vous pas provoqué le mal par mille extravagances ?
J'ai voulu protester en demandant l'indication de ces extravagances; le vieux médecin a écarté tous ses doigts, et s'est mis à les compter l'une après l'autre.
Primo, s'est-il écrié, manque d'exercice ! Vous vivez ici comme le rat dans son fromage, sans air, sans mouvement, sans distraction. Par suite, le sang circule mal, les humeurs s'épaississent, les muscles inactifs ne réclament plus leur part de nutrition; l'estomac s'alanguit et le cerveau se fatigue.
Secundo. Nourriture irrégulière. Le caprice est votre cuisinier, l'estomac un esclave qui doit accepter ce qu'on lui donne, mais qui se venge sournoisement, comme tous les esclaves.
Tertio. Veilles prolongées ! Au lieu d'employer la nuit au sommeil, vous la dépensez en lectures ; votre alcôve est une bibliothèque, votre oreiller un pupitre ! A l'heure où le cerveau fatigué demande du repos, vous le conduisez à une orgie, et vous vous étonnez de le trouver endolori le lendemain.
Quarto. La mollesse des habitudes ! Enfermé dans votre mansarde, vous vous êtes insensiblement entouré de mille précautions douillettes. Il a fallu des bourrelets pour votre porte, un paravent pour votre fenêtre, des tapis pour vos pieds, un fauteuil ouaté de laine pour vos épaules, un poêle allumé au premier froid, une lampe à lumière adoucie, et, grâce à toutes ces précautions, le moindre vent vous enrhume, les sièges ordinaires vous exposent à des courbatures, et il vous faut des lunettes pour supporter la lumière du jour. Vous avez cru conquérir des jouissances, et vous n'avez fait que contracter des infirmités.
Quinto...
—Ah! de grâce, docteur, assez ! me suis-je écrié. Ne poussez pas plus loin l'examen ; n'attachez pas à chacun de mes goûts un remords.
Le vieux médecin s'est gratté le nez avec sa tabatière.
—Vous voyez, a-t-il dit plus doucement en se levant, vous fuyez la vérité, vous reculez devant l'enquête ! preuve que vous êtes coupable : Habemus confitentem reum! Mais au moins, mon cher, n'accusez plus les quatre saisons, à l'exemple des portières.
Là-dessus il m'a encore tâté le pouls, et il est parti, en déclarant que son ministère était fini, et que le reste me regardait.
Le docteur sorti, je me suis mis à réfléchir.
Pour être trop absolue, son idée n'en a pas moins un fond de justesse. Combien de fois nous attribuons au hasard le mal dont il faudrait chercher l'origine en nous-mêmes ! Peut-être eût-il été sage de le laisser achever l'examen commencé.
(E.S.)
> reprise audiovidéo : automanagement
> corpsolution
> soi(n)(s) révolutionnaire
2011-02-17
on est physio-logique
J'avais bien calfeutré ma fenêtre : mon petit tapis de pied était cloué à sa place; ma lampe garnie de son abat-jour laissait filtrer une lumière adoucie, et mon poêle ronflait sourdement comme un animal domestique.
Autour de moi tout faisait silence. Au dehors seulement une pluie glacée balayait les toits et roulait avec de longues rumeurs dans les gouttières sonores. Par instants, une rafale courait sous les tuiles qui s'entre-froissaient avec un bruit de castagnettes, puis elle s'engouffrait dans le corridor désert. Alors un petit frémissement voluptueux parcourait mes veines, je ramenais sur moi les pans de ma vieille robe de chambre ouatée, j'enfonçais sur mes yeux ma toque de velours râpé, et, me laissant glisser plus profondément dans mon fauteuil, les pieds caressés par la chaude lueur qui brillait à travers la porte du poêle, je m'abandonnais à une sensation de bien-être avivée par la conscience de la tempête qui bruissait au dehors. Mes regards noyés dans une sorte de vapeur erraient sur tous les détails de mon paisible intérieur; ils allaient de mes gravures à ma bibliothèque, en glissant sur la petite causeuse de toile perse, sur les rideaux blancs de la couchette de fer, sur le casier aux cartons dépareillés, humbles archives de la mansarde! puis, revenant au livre que je tenais à la main, ils s'efforçaient de ressaisir le fil de la lecture interrompue.
Au fait, cette lecture, qui m'avait d'abord captivé, m'était devenue pénible. J'avais fini par trouver les tableaux de l'écrivain trop sombres. Cette peinture des misères du monde me semblait exagérée; je ne pouvais croire à de tels excès d'indigence ou de douleur; ni Dieu, ni la société ne devaient se montrer aussi durs pour les fils d'Adam. L'auteur avait cédé à une tentation d'artiste; il avait voulu élever l'humanité en croix, comme Néron brûlait Rome, dans l'intérêt du pittoresque!
À tout prendre, cette pauvre maison du genre humain, tant refaite, tant critiquée, était encore un assez bon logement : on y trouvait de quoi satisfaire ses besoins, pourvu qu'on sût les borner; le bonheur du sage coûtait peu et ne demandait qu'une petite place !...
Ces réflexions consolantes devenaient de plus en plus confuses.... Enfin mon livre glissa à terre sans que j'eusse le courage de me baisser pour le reprendre, et, insensiblement gagné par le bien-être du silence, de la demi-obscurité et de la chaleur, je m'endormis.
Je demeurai quelque temps plongé dans cette espèce d'évanouissement du premier sommeil ; enfin quelques sensations vagues et interrompues le traversèrent. Il me sembla que le jour s'obscurcissait... que l'air devenait plus froid... J'entrevoyais des buissons couverts de ces baies écarlates qui annoncent l'hiver... Je marchais sur une route sans abri, bordée, çà et là, de genévriers blanchis par le givre... Puis la scène changeait brusquement... J'étais en diligence... la bise ébranlait les vitres des portières; les arbres chargés de neige passaient comme des fantômes; j'enfonçais vainement dans la paille broyée mes pieds engourdis... Enfin la voiture s'arrêtait, et, par un de ces coups de théâtre familiers au sommeil, je me trouvais seul dans un grenier sans cheminée, ouvert à tous les vents. Je revoyais le doux visage de ma mère, à peine aperçu dans ma première enfance, la noble et austère figure de mon père, la petite tête blonde de ma sœur enlevée à dix ans; toute la famille morte revivait autour de moi; elle était là, exposée aux morsures du froid et aux angoisses de la faim. Ma mère priait près du vieillard résigné, et ma sœur, roulée sur quelques lambeaux dont on lui avait fait un lit, pleurait tout bas en tenant ses pieds nus dans ses petites mains bleuies.
C'était une page du livre que je venais de lire, transportée dans ma propre existence.
J'avais le cœur oppressé d'une inexprimable angoisse. Accroupi dans un coin, les yeux fixés sur ce lugubre tableau, je sentais le froid me gagner lentement, et je me disais avec un attendrissement amer:
— Mourons, puisque la misère est un cachot gardé par les soupçons, l'insensibilité, le mépris, et d'où l'on tenterait en vain de s'échapper; mourons, puisqu'il n'y a point pour nous de place au banquet des vivants!
Et je voulus me lever pour rejoindre ma mère et attendre l'heure suprême à ses pieds...
Cet effort a dissipé le rêvé; je me suis réveillé en sursaut.
J'ai regardé autour de moi; ma lampe était mourante, mont poêle refroidi, et ma porte entr'ouverte laissait entrer une bise glacée! Je me suis levé, en frissonnant, pour la refermer à double tour; puis, gagnant l'alcôve, je me suis couché à la hâte.
Mais le froid m'a tenu longtemps éveillé, et ma pensée a continué le rêve interrompu.
Les tableaux que j'accusais tout à l'heure d'exagération ne me semblent maintenant qu'une trop fidèle peinture de la réalité; je me suis endormi sans pouvoir reprendre mon optimisme... ni me réchauffer.
Ainsi un poêle éteint et une porte mal close ont changé mon point de vue. Tout était bien quand mon sang circulait à l'aise, tout devient triste parce que le froid m'a saisi !
(…)
Ainsi l'homme, dans ses jugements, consulte moins la logique que la sensation; et, comme la sensation lui vient du monde extérieur, il se trouve plus ou moins sous son influence; il y puise, peu à peu, une partie de ses habitudes et de ses sentiments.
(…)
Si nos sensations ont une incontestable influence sur nos jugements, d'où vient que nous prenions si peu de souci des choses qui éveillent ou modifient ces sensations ? Le monde extérieur se reflète perpétuellement en nous comme dans un miroir et nous remplit d'images qui deviennent, à notre insu, des germes d'opinion ou des règles de conduite. Tous les objets qui nous entourent sont donc, en réalité, autant de talismans d'où s'exhalent de bonnes et de funestes influences. C'est à notre sagesse de les choisir pour créer à notre âme une salubre atmosphère.
Convaincu de cette vérité, je me suis mis à faire une revue de ma mansarde.
(…)
Ah! si nous voulions veiller à tout ce qui peut nous améliorer, nous instruire; si notre intérieur était disposé de manière à devenir une perpétuelle école pour notre âme! mais le plus souvent, nous n'y prenons pas garde. L'homme est un éternel mystère pour lui-même; sa propre personne est une maison où il n'entre jamais et dont il n'étudie que les dehors. Chacun de nous aurait besoin de retrouver sans cesse devant lui la fameuse inscription qui éclaira autrefois Socrate, et qu'une main inconnue avait gravée sur les murs de Delphes :
Connais-toi toi-même.
(E.S.)
cf. pour un autoconditionnement (ou conditionnement réflexif)
cf. le dommage et l'entrouverture
cf. les grandes raisons (se rencontrent)
...
Autour de moi tout faisait silence. Au dehors seulement une pluie glacée balayait les toits et roulait avec de longues rumeurs dans les gouttières sonores. Par instants, une rafale courait sous les tuiles qui s'entre-froissaient avec un bruit de castagnettes, puis elle s'engouffrait dans le corridor désert. Alors un petit frémissement voluptueux parcourait mes veines, je ramenais sur moi les pans de ma vieille robe de chambre ouatée, j'enfonçais sur mes yeux ma toque de velours râpé, et, me laissant glisser plus profondément dans mon fauteuil, les pieds caressés par la chaude lueur qui brillait à travers la porte du poêle, je m'abandonnais à une sensation de bien-être avivée par la conscience de la tempête qui bruissait au dehors. Mes regards noyés dans une sorte de vapeur erraient sur tous les détails de mon paisible intérieur; ils allaient de mes gravures à ma bibliothèque, en glissant sur la petite causeuse de toile perse, sur les rideaux blancs de la couchette de fer, sur le casier aux cartons dépareillés, humbles archives de la mansarde! puis, revenant au livre que je tenais à la main, ils s'efforçaient de ressaisir le fil de la lecture interrompue.
Au fait, cette lecture, qui m'avait d'abord captivé, m'était devenue pénible. J'avais fini par trouver les tableaux de l'écrivain trop sombres. Cette peinture des misères du monde me semblait exagérée; je ne pouvais croire à de tels excès d'indigence ou de douleur; ni Dieu, ni la société ne devaient se montrer aussi durs pour les fils d'Adam. L'auteur avait cédé à une tentation d'artiste; il avait voulu élever l'humanité en croix, comme Néron brûlait Rome, dans l'intérêt du pittoresque!
À tout prendre, cette pauvre maison du genre humain, tant refaite, tant critiquée, était encore un assez bon logement : on y trouvait de quoi satisfaire ses besoins, pourvu qu'on sût les borner; le bonheur du sage coûtait peu et ne demandait qu'une petite place !...
Ces réflexions consolantes devenaient de plus en plus confuses.... Enfin mon livre glissa à terre sans que j'eusse le courage de me baisser pour le reprendre, et, insensiblement gagné par le bien-être du silence, de la demi-obscurité et de la chaleur, je m'endormis.
Je demeurai quelque temps plongé dans cette espèce d'évanouissement du premier sommeil ; enfin quelques sensations vagues et interrompues le traversèrent. Il me sembla que le jour s'obscurcissait... que l'air devenait plus froid... J'entrevoyais des buissons couverts de ces baies écarlates qui annoncent l'hiver... Je marchais sur une route sans abri, bordée, çà et là, de genévriers blanchis par le givre... Puis la scène changeait brusquement... J'étais en diligence... la bise ébranlait les vitres des portières; les arbres chargés de neige passaient comme des fantômes; j'enfonçais vainement dans la paille broyée mes pieds engourdis... Enfin la voiture s'arrêtait, et, par un de ces coups de théâtre familiers au sommeil, je me trouvais seul dans un grenier sans cheminée, ouvert à tous les vents. Je revoyais le doux visage de ma mère, à peine aperçu dans ma première enfance, la noble et austère figure de mon père, la petite tête blonde de ma sœur enlevée à dix ans; toute la famille morte revivait autour de moi; elle était là, exposée aux morsures du froid et aux angoisses de la faim. Ma mère priait près du vieillard résigné, et ma sœur, roulée sur quelques lambeaux dont on lui avait fait un lit, pleurait tout bas en tenant ses pieds nus dans ses petites mains bleuies.
C'était une page du livre que je venais de lire, transportée dans ma propre existence.
J'avais le cœur oppressé d'une inexprimable angoisse. Accroupi dans un coin, les yeux fixés sur ce lugubre tableau, je sentais le froid me gagner lentement, et je me disais avec un attendrissement amer:
— Mourons, puisque la misère est un cachot gardé par les soupçons, l'insensibilité, le mépris, et d'où l'on tenterait en vain de s'échapper; mourons, puisqu'il n'y a point pour nous de place au banquet des vivants!
Et je voulus me lever pour rejoindre ma mère et attendre l'heure suprême à ses pieds...
Cet effort a dissipé le rêvé; je me suis réveillé en sursaut.
J'ai regardé autour de moi; ma lampe était mourante, mont poêle refroidi, et ma porte entr'ouverte laissait entrer une bise glacée! Je me suis levé, en frissonnant, pour la refermer à double tour; puis, gagnant l'alcôve, je me suis couché à la hâte.
Mais le froid m'a tenu longtemps éveillé, et ma pensée a continué le rêve interrompu.
Les tableaux que j'accusais tout à l'heure d'exagération ne me semblent maintenant qu'une trop fidèle peinture de la réalité; je me suis endormi sans pouvoir reprendre mon optimisme... ni me réchauffer.
Ainsi un poêle éteint et une porte mal close ont changé mon point de vue. Tout était bien quand mon sang circulait à l'aise, tout devient triste parce que le froid m'a saisi !
(…)
Ainsi l'homme, dans ses jugements, consulte moins la logique que la sensation; et, comme la sensation lui vient du monde extérieur, il se trouve plus ou moins sous son influence; il y puise, peu à peu, une partie de ses habitudes et de ses sentiments.
(…)
Si nos sensations ont une incontestable influence sur nos jugements, d'où vient que nous prenions si peu de souci des choses qui éveillent ou modifient ces sensations ? Le monde extérieur se reflète perpétuellement en nous comme dans un miroir et nous remplit d'images qui deviennent, à notre insu, des germes d'opinion ou des règles de conduite. Tous les objets qui nous entourent sont donc, en réalité, autant de talismans d'où s'exhalent de bonnes et de funestes influences. C'est à notre sagesse de les choisir pour créer à notre âme une salubre atmosphère.
Convaincu de cette vérité, je me suis mis à faire une revue de ma mansarde.
(…)
Ah! si nous voulions veiller à tout ce qui peut nous améliorer, nous instruire; si notre intérieur était disposé de manière à devenir une perpétuelle école pour notre âme! mais le plus souvent, nous n'y prenons pas garde. L'homme est un éternel mystère pour lui-même; sa propre personne est une maison où il n'entre jamais et dont il n'étudie que les dehors. Chacun de nous aurait besoin de retrouver sans cesse devant lui la fameuse inscription qui éclaira autrefois Socrate, et qu'une main inconnue avait gravée sur les murs de Delphes :
Connais-toi toi-même.
(E.S.)
cf. pour un autoconditionnement (ou conditionnement réflexif)
cf. le dommage et l'entrouverture
cf. les grandes raisons (se rencontrent)
...
2011-02-16
l'irrégulier régulé
Traduisons, actualisons : l'irrégulier d'aujourd'hui n'a rien à attendre d'une « sympathie » quelconque de la part des populations, puisqu'il n'a rien à leur proposer sur le plan social. Tout au plus plus peut-il compter sur une indifférence bienveillante, que son comportement réservé et courtois (« un certain air de distraction ») finira par lui obtenir. Son allié principal est son corps (…). Il ne s'agit pas de gymnastique ou de sport (en tout cas, pas en priorité) (…). Mais enfin, il est bon d'aller parfois vers ce que le corps aime : plaisir, repos, gratuité, sur fond de forte activité interne.
(P.S.)
(P.S.)
2011-02-15
au fond, stendhal, c'est moi (1)
Il sent autrement, il raisonne autrement, il aime d'une façon qui n'appartient qu'à lui, il a besoin d'admirer, il veut devenir admirable. Il a trente-quatre ans. (…)
Stendhal a un faible pour la physiologie. (…) le reste en découle. (…)
« Il passe comme la poussière, et les chefs-d'oeuvre immortels s'avancent en silence au travers des siècles à venir. » (…)
« L'essentiel, pendant que nous y sommes, est de fuir les sots et de nous maintenir en joie. »
(P.S.)
Stendhal a un faible pour la physiologie. (…) le reste en découle. (…)
« Il passe comme la poussière, et les chefs-d'oeuvre immortels s'avancent en silence au travers des siècles à venir. » (…)
« L'essentiel, pendant que nous y sommes, est de fuir les sots et de nous maintenir en joie. »
(P.S.)
2011-02-14
2011-02-13
va donc savoir
...
— C'est vrai, oui. Mais je saurais rien faire d'autre. Et toi ?
— Moi c'est pareil !
— Oui mais, Lucien, est-ce que savoir rien foutre ça suffit comme but, dans la vie ?
— Pas toujours, non !
— Est-ce que ça suffit à nous excuser ?
— Est-ce qu'on excuse un poteau de remplir un trou ? Il se peut qu'au fond du trou il y a un terrier de lapin et que le poteau les écrase, mais est-ce la faute du poteau s'il s'ajuste à un trou qui était fait pour lui ?
— Oui, mais ce n'est pas comparable ! Un poteau est un objet inanimé.
— Et alors ! Est-ce que nous ne sommes pas tous plus ou moins inanimés ? Georges ?
— Oui, qu'est-ce que tu veux dire ?
— Va donc savoir !…
— C'est vrai, oui. Mais je saurais rien faire d'autre. Et toi ?
— Moi c'est pareil !
— Oui mais, Lucien, est-ce que savoir rien foutre ça suffit comme but, dans la vie ?
— Pas toujours, non !
— Est-ce que ça suffit à nous excuser ?
— Est-ce qu'on excuse un poteau de remplir un trou ? Il se peut qu'au fond du trou il y a un terrier de lapin et que le poteau les écrase, mais est-ce la faute du poteau s'il s'ajuste à un trou qui était fait pour lui ?
— Oui, mais ce n'est pas comparable ! Un poteau est un objet inanimé.
— Et alors ! Est-ce que nous ne sommes pas tous plus ou moins inanimés ? Georges ?
— Oui, qu'est-ce que tu veux dire ?
— Va donc savoir !…
cf. la liberté ta soeur
cf. (pré)jugé libre
2011-02-12
2011-02-11
La France ? Mais c'est encore Versailles !
Ici, tout est joué d'avance / Et l'on n'y peut rien changer / Tout dépend
de ta naissance / Et moi je ne suis pas bien né. (J-.J.G)
(...) Et me réfugier en allemagne... Où j'ai incidemment constaté que « l'Institutionnel », puisque tu m'en parles et m'interroges là-dessus, est moins bouché, moins ultracoincé qu'en France. Eh oui, même en Allemagne ! (...) La France, là-dessus, malgré ses traditionnelles bonnes intentions et déclarations, est imbuvable ; archaïque. Ce n'est que passe-droit sur passe-droit et compagnie, accès filtrés, cloisonnés, réservés, interdits ou interminables, la Cour d'un côté, le reste de l'autre. Vois-tu ? La France, c'est encore Versailles !...
(O.K.)
(...) Et me réfugier en allemagne... Où j'ai incidemment constaté que « l'Institutionnel », puisque tu m'en parles et m'interroges là-dessus, est moins bouché, moins ultracoincé qu'en France. Eh oui, même en Allemagne ! (...) La France, là-dessus, malgré ses traditionnelles bonnes intentions et déclarations, est imbuvable ; archaïque. Ce n'est que passe-droit sur passe-droit et compagnie, accès filtrés, cloisonnés, réservés, interdits ou interminables, la Cour d'un côté, le reste de l'autre. Vois-tu ? La France, c'est encore Versailles !...
(O.K.)
(S.C.)
2011-02-10
sous tous les noms et à travers eux
Mon occupation ici ? Tout sauf du travail, un grand jeu à travers la mémoire et l'archive. Je traite mon sujet, à savoir qu'il n'y en a qu'un, sous tous les noms et à travers eux.
(P.S.)
2011-02-09
convanaissance (en Bretagne)
Mais ces incertitudes me tuaient ; cette situation était affreuse. Bien des fois je songeai à en sortir, violemment et à brûler ma maison pour n'avoir pas la peine de la mettre en ordre, selon l'originale expression de Rousseau. Heureusement pour moi que le suicide n'avait pas encore été mis à la mode par des exemples fameux, et je ne savais pas que se tuer fût un moyen de trouver un éditeur. Je continuai donc à traîner plusieurs mois, au milieu du tumulte de Paris, mon découragement ennuyé. Quelques tentatives nouvelles, nonchalamment essayées pour faire jouer des pièces et placer des manuscrits, restèrent sans succès et achevèrent de m'abattre. Enfin je tombai malade.
Alors mon âme fatiguée se reprit à de vieux souvenirs. Je commencai à regretter sérieusement ma brumeuse et verte Bretagne, et le mal du pays, dont le germe avait peut-être toujours été au fond de mes découragements, me saisit avec énergie. Mon séjour à Paris, lié au souvenir de tant de désappointements, me devint insupportable. Enfin un jour, plus triste qu'à l'ordinaire, et pris d'une sorte de crise maladive, je courus rue du Bouloy, je trouvai une diligence qui partait pour ma province, et, sans plus réfléchir, je m'y jetai, laissant à Paris mes malles, mes livres, mes espérances, et faisant banqueroute à la gloire.
J'arrivai au pays tout fiévreux et tout meurtri de mes défaites. Je fus long-temps avant de pouvoir me remettre et revenir au calme d'autrefois. J'étais comme ces marins inexpérimentés qui ont mis pied à terre avec le mal de mer, et qui longtemps après sentent encore le tangage du navire qu'ils ont quitté. Je sentais toujours autour de moi ce roulis du grand monde qui m'avait un instant étourdi ; j'éprouvais un reste de nausées, de dégoût et de colère ; j'avais comme une réminiscence du mal de Paris. Mais ces palpitations angoisseuses se calmèrent peu à peu. Je secouai les désolantes pensées sur lesquelles j'avais couché mon esprit comme sur un lit de souffrance. Alors commença pour moi une de ces convalescences morales qui ravivent et recolorent la vie. Le printemps venait de naître, et la Bretagne m'apparut dans toute sa virginale beauté. J'allai me plonger dans ses coulées ombreuses, m'asseoir à l'ombre de ses menhirs gigantesques, et j'éprouvai quelque chose de ce que dut ressentir le premier homme lorsqu'il se réveilla dans l'enchantement de son être et de la vue de l'univers qui venait d'éclore. Bientôt tout ce qu'il y avait de poétique et de neuf dans cette nature me frappa. J'admirai cette Bretagne que je n'avais jusque là considérée qu'avec le regard inattentif de l'habitude. C'était une parente près de laquelle j'avais grandi sans remarquer ses traits, et qu'après une absence je retrouvais avec surprise pleine d'un charme étrange et inaperçu. Peut-être aussi qu'au sortir de la société factice et travaillée dans laquelle j'avais roulé quelques mois, sa poétique individualité me frappa davantage. Toujours est-il que je fus saisi pour elle d'une amitié soudaine, pareille à celle qui vous prendrait pour un frère avec lequel vous auriez longtemps vécu sans intimité, et qu'une douleur imprévue, un épanchement subit, vous révélerait tout-à-coup. Je me livrai avec bonheur à l'entraînement de cette passion naissante. J'étais dans ces dispositions d'une âme enfiévrée et encore toute vibrante d'une exaltation tombée, qui portent naturellement aux enthousiasmes et aux romanesques résolutions. Je fis de mon nouveau sentiment une affection entière et profonde, une sorte de religion. Toute l'effervescence de ma volonté, portée jusqu'alors vers d'autres objets, se concentra dans cet attachement. C'était un but trouvé à mes efforts, un point d'appui pour le levier de mon intelligence. Je m'y arrêtai ; je me mis à aimer la Bretagne ainsi que j'aurais pu le faire d'une femme, et je résolus de la faire connaître dans ses secrets mérites, dans ses charmes les plus suaves et les plus ignorés. Mes études commencèrent, et je les continuai sans interruption. Mais en même temps que j'avais trouvé une occupation pour mon esprit, j'avais aussi découvert l'assiette qui convenait à ma vie. Retiré dans un travail de poésie analytique, éloigné du bruit de l'arène et n'en espérant plus les couronnes, je me trouvai tout-à-coup le cœur léger et joyeux. J'avais rencontré ma place et mon nid ; je m'y couchai heureux en rabattant mes ailes voyageuses. J'avais compris où je devais vivre désormais.
Je continuai pourtant mon travail (...). Je mis alors plus d'ordre dans mes recherches, plus de philosophie dans mes déductions. Entièrement remis du premier engouement qui m'avait porté à ces études, je résolus de ne marcher qu'avec une consciencieuse réserve. (...)
Quant à la forme donnée à mon travail ...
(E.S.)
cf. presqu'insulaire
cf. oùh ! la province ?
Alors mon âme fatiguée se reprit à de vieux souvenirs. Je commencai à regretter sérieusement ma brumeuse et verte Bretagne, et le mal du pays, dont le germe avait peut-être toujours été au fond de mes découragements, me saisit avec énergie. Mon séjour à Paris, lié au souvenir de tant de désappointements, me devint insupportable. Enfin un jour, plus triste qu'à l'ordinaire, et pris d'une sorte de crise maladive, je courus rue du Bouloy, je trouvai une diligence qui partait pour ma province, et, sans plus réfléchir, je m'y jetai, laissant à Paris mes malles, mes livres, mes espérances, et faisant banqueroute à la gloire.
J'arrivai au pays tout fiévreux et tout meurtri de mes défaites. Je fus long-temps avant de pouvoir me remettre et revenir au calme d'autrefois. J'étais comme ces marins inexpérimentés qui ont mis pied à terre avec le mal de mer, et qui longtemps après sentent encore le tangage du navire qu'ils ont quitté. Je sentais toujours autour de moi ce roulis du grand monde qui m'avait un instant étourdi ; j'éprouvais un reste de nausées, de dégoût et de colère ; j'avais comme une réminiscence du mal de Paris. Mais ces palpitations angoisseuses se calmèrent peu à peu. Je secouai les désolantes pensées sur lesquelles j'avais couché mon esprit comme sur un lit de souffrance. Alors commença pour moi une de ces convalescences morales qui ravivent et recolorent la vie. Le printemps venait de naître, et la Bretagne m'apparut dans toute sa virginale beauté. J'allai me plonger dans ses coulées ombreuses, m'asseoir à l'ombre de ses menhirs gigantesques, et j'éprouvai quelque chose de ce que dut ressentir le premier homme lorsqu'il se réveilla dans l'enchantement de son être et de la vue de l'univers qui venait d'éclore. Bientôt tout ce qu'il y avait de poétique et de neuf dans cette nature me frappa. J'admirai cette Bretagne que je n'avais jusque là considérée qu'avec le regard inattentif de l'habitude. C'était une parente près de laquelle j'avais grandi sans remarquer ses traits, et qu'après une absence je retrouvais avec surprise pleine d'un charme étrange et inaperçu. Peut-être aussi qu'au sortir de la société factice et travaillée dans laquelle j'avais roulé quelques mois, sa poétique individualité me frappa davantage. Toujours est-il que je fus saisi pour elle d'une amitié soudaine, pareille à celle qui vous prendrait pour un frère avec lequel vous auriez longtemps vécu sans intimité, et qu'une douleur imprévue, un épanchement subit, vous révélerait tout-à-coup. Je me livrai avec bonheur à l'entraînement de cette passion naissante. J'étais dans ces dispositions d'une âme enfiévrée et encore toute vibrante d'une exaltation tombée, qui portent naturellement aux enthousiasmes et aux romanesques résolutions. Je fis de mon nouveau sentiment une affection entière et profonde, une sorte de religion. Toute l'effervescence de ma volonté, portée jusqu'alors vers d'autres objets, se concentra dans cet attachement. C'était un but trouvé à mes efforts, un point d'appui pour le levier de mon intelligence. Je m'y arrêtai ; je me mis à aimer la Bretagne ainsi que j'aurais pu le faire d'une femme, et je résolus de la faire connaître dans ses secrets mérites, dans ses charmes les plus suaves et les plus ignorés. Mes études commencèrent, et je les continuai sans interruption. Mais en même temps que j'avais trouvé une occupation pour mon esprit, j'avais aussi découvert l'assiette qui convenait à ma vie. Retiré dans un travail de poésie analytique, éloigné du bruit de l'arène et n'en espérant plus les couronnes, je me trouvai tout-à-coup le cœur léger et joyeux. J'avais rencontré ma place et mon nid ; je m'y couchai heureux en rabattant mes ailes voyageuses. J'avais compris où je devais vivre désormais.
Je continuai pourtant mon travail (...). Je mis alors plus d'ordre dans mes recherches, plus de philosophie dans mes déductions. Entièrement remis du premier engouement qui m'avait porté à ces études, je résolus de ne marcher qu'avec une consciencieuse réserve. (...)
Quant à la forme donnée à mon travail ...
(E.S.)
cf. presqu'insulaire
cf. oùh ! la province ?
presqu'insulaire
Et la Bretagne, en général, l'air de la Bretagne, je le retrouve comme du berceau, ma source — et ressource ? À ce que j'en ressens ; ou crois ressentir. Par un certain délire peut-être. Peut-être bien. Mais la lumière, tout !... C'est comme une part de retrouvailles avec moi-même. C'est mon enfance, toute mon atmosphère – dont je suis pétri jusqu'à la « gueule », puisqu'il paraît. Jamais l'effet n'a été si fort auparavant, si prégnant. Certes je le pressentais de loin, m'y préparais, ce qui a pu jouer en sa faveur, mais ça m'a quand même pris par surprise : j'attendais le vent fort, marin… d'être sur la côte, mais ça m'a saisi dès Rennes, et sa lumière (jaune-grise), et son air, son atmosphère... de Bretagne. D'armorique !
Il faudrait que je prenne la peine de trouver les mots sur cet effet que ça me fait, mais pour ça il faudrait du temps, et c'est pas tellement mon génie. Donc c'est comme ça et puis c'est tout. Un sentiment, assez fort. J'ai bien fait de venir en hiver. Cet hiver.
(K.)
Bref. Je pourrais continuer comme ça… Mais je te dis, c'est à me demander si, au fond, ma place ne m'attendrait pas dans ce coin-là. Un jour. Et pour cause !... Qu'il faudrait pas aller chercher loin : Il paraît que le système nerveux central reste marqué, déterminé par ce qu'il épouse, ce qui l'immerge les premières années. Soi-disant. Sans parler du sang qui est le mien !... Soi-disant ; aussi. Aussi bien ? Eh oui, qu'est-ce qu'on fait de mon atavisme sanguin ? Et puis on est limite insulaire, ici, tu remarqueras bien. D'ailleurs on l'était ! Mes ancêtres, il y a des chances. J'entre pas dans les détails. Mais, est-ce que c'est pas optimal (pour moi) ne serait-ce qu'en symbole : de la presqu'île, comme ça ? Un modèle de vie ? Est-ce que c'est pas un sommet d'environnement favorable, de disposition futée ? La presqu'île... En termes de ce j'ai appelé le conditionnement réflexif. Déjà, depuis longtemps, j'adore le mot (en français), non seulement astucieux, bricoleux, bricolé et plutôt singulier, non ? et parce que magnifiquement représentatif de la chose, aussi. Jusque physiquement ; graphiquement ! PRESQU'ÎLE. Enfin, est-ce que c'est pas une aire de vie bonne, une base de bonne santé, ça ? La presqu'île. L'île c'est peut-être trop extrême, isolée ; mais la presqu'île... Ne serait-ce pas le bon terrain du/pour « s'en sortir sans sortir » ? (Comme la montagne, peut-être). Établir ses distances sans se détacher de tout, sans tout larguer, à la romantique ; non : seulement serrer le goulet, les vannes (tiens !), l'entrée de chez soi. Bref, tu vois peut-être... En tout cas, je suis de là, moi. Et las(,) du reste, j'en suis un peu là. Et le décor détermine les gestes. Et a fortiori toute la géographie d'une enfance, de zéro à plus de vingt ans, et par la suite encore — et toujours. Et encore, sans remettre ici le sang sur la table, si je puis dire ! L'histoire du sang. Eh oui !... « Contaminé » ?
(K.)
cf. convanaissance (en Bretagne)
cf. pour un autoconditionnement (ou conditionnement réflexif)
cf. comment s'en sortir sans sortir
Il faudrait que je prenne la peine de trouver les mots sur cet effet que ça me fait, mais pour ça il faudrait du temps, et c'est pas tellement mon génie. Donc c'est comme ça et puis c'est tout. Un sentiment, assez fort. J'ai bien fait de venir en hiver. Cet hiver.
(K.)
Bref. Je pourrais continuer comme ça… Mais je te dis, c'est à me demander si, au fond, ma place ne m'attendrait pas dans ce coin-là. Un jour. Et pour cause !... Qu'il faudrait pas aller chercher loin : Il paraît que le système nerveux central reste marqué, déterminé par ce qu'il épouse, ce qui l'immerge les premières années. Soi-disant. Sans parler du sang qui est le mien !... Soi-disant ; aussi. Aussi bien ? Eh oui, qu'est-ce qu'on fait de mon atavisme sanguin ? Et puis on est limite insulaire, ici, tu remarqueras bien. D'ailleurs on l'était ! Mes ancêtres, il y a des chances. J'entre pas dans les détails. Mais, est-ce que c'est pas optimal (pour moi) ne serait-ce qu'en symbole : de la presqu'île, comme ça ? Un modèle de vie ? Est-ce que c'est pas un sommet d'environnement favorable, de disposition futée ? La presqu'île... En termes de ce j'ai appelé le conditionnement réflexif. Déjà, depuis longtemps, j'adore le mot (en français), non seulement astucieux, bricoleux, bricolé et plutôt singulier, non ? et parce que magnifiquement représentatif de la chose, aussi. Jusque physiquement ; graphiquement ! PRESQU'ÎLE. Enfin, est-ce que c'est pas une aire de vie bonne, une base de bonne santé, ça ? La presqu'île. L'île c'est peut-être trop extrême, isolée ; mais la presqu'île... Ne serait-ce pas le bon terrain du/pour « s'en sortir sans sortir » ? (Comme la montagne, peut-être). Établir ses distances sans se détacher de tout, sans tout larguer, à la romantique ; non : seulement serrer le goulet, les vannes (tiens !), l'entrée de chez soi. Bref, tu vois peut-être... En tout cas, je suis de là, moi. Et las(,) du reste, j'en suis un peu là. Et le décor détermine les gestes. Et a fortiori toute la géographie d'une enfance, de zéro à plus de vingt ans, et par la suite encore — et toujours. Et encore, sans remettre ici le sang sur la table, si je puis dire ! L'histoire du sang. Eh oui !... « Contaminé » ?
(K.)
cf. convanaissance (en Bretagne)
cf. pour un autoconditionnement (ou conditionnement réflexif)
cf. comment s'en sortir sans sortir
délicatescence
Cependant un changement complet s'est insensiblement opéré en lui. Arraché aux occupations rustiques pour être jeté subitement dans le repos du corps et le travail de l'esprit, il sent tomber en même temps le cal formé sur ses mains et celui formé sur son âme. Ses membres se sont engourdis dans l'inaction ; son front basané s'est déteint à l'air des classes. Bientôt tout son corps s'amollit et s'adélicate ; le dur enfant de la campagne est devenu semblable à l'homme des villes, élevé sous verrines, et que tuerait une gelée blanche. Mais en même temps aussi, par compensation, son intelligence s'est développée ; elle a acquis des forces ; elle s'est assouplie dans l'exercice de la pensée ; son imagination enrichie a pris feu et a commencé à jeter des lueurs sur son cœur, dont il comprend mieux les mouvements et dont il analyse les désirs. La vie matérielle a cessé d'être tout pour lui ; son corps s'est amoindri, allégé, et son âme paraît à travers. Alors toutes les maladies de l'homme civilisé l'attaquent à la fois. Alors arrivent les douleurs vagues, le vide, ces tristesses sans nom et sans remède qui viennent on ne sait d'où, et font souhaiter la mort, on ne sait pourquoi. Les émotions, les désirs, les rêves trop pressés dans son cœur, y forment abcès tout-à-coup et font courir la fièvre dans toutes ses fibres.
(E.S.)
cf. écart, tellement...
(E.S.)
cf. écart, tellement...
2011-02-08
oui, je sais bien qu'après la pluie...
Toute la pluie tombe sur moi
Et comme pour quelqu'un dont les souliers
Sont trop étroits,
Tout va de guingois
Car toute la pluie tombe sur moi
De tous les toits
(...)
Toute la pluie tombe sur moi
Oui mais moi je fais comme si je ne la sentais pas
Je ne bronche pas, car
J'ai le moral et je me dis qu'après la pluie...
Vient le beau temps et moi j'ai tout mon temps.
(...)
Toute la pluie tombe sur moi
Oui mais moi je fais comme si je ne la sentais pas
Je ne bronche pas, car
J'ai le moral et je me dis qu'après la pluie...
J'ai le moral et je me dis qu'après la pluie...
Oui, je sais bien qu'après la pluie...
Vient le beau temps
Et moi j'ai tout mon temps
Vient le beau temps
Et moi j'ai tout mon temps
(D.H.)
L'impression de n'arriver à rien (vraiment à rien) veut dire que beaucoup se prépare.
(P.S.)
Pour que l'événement ait lieu, il faut, évidemment, un comble de fatigue, de découragement, d'angoisse, de dégoût, la morsure de mort habituelle, le coup de l'abîme. Tu te traînes, tu rampes, tu multiplies les erreurs, tu as mal partout, tes yeux fondent. Pas d'issue, torrent d'oubli, non-sens général. Et puis soleil, et puis ça va.
(P.S.)
Et comme pour quelqu'un dont les souliers
Sont trop étroits,
Tout va de guingois
Car toute la pluie tombe sur moi
De tous les toits
(...)
Toute la pluie tombe sur moi
Oui mais moi je fais comme si je ne la sentais pas
Je ne bronche pas, car
J'ai le moral et je me dis qu'après la pluie...
Vient le beau temps et moi j'ai tout mon temps.
(...)
Toute la pluie tombe sur moi
Oui mais moi je fais comme si je ne la sentais pas
Je ne bronche pas, car
J'ai le moral et je me dis qu'après la pluie...
J'ai le moral et je me dis qu'après la pluie...
Oui, je sais bien qu'après la pluie...
Vient le beau temps
Et moi j'ai tout mon temps
Vient le beau temps
Et moi j'ai tout mon temps
(D.H.)
L'impression de n'arriver à rien (vraiment à rien) veut dire que beaucoup se prépare.
(P.S.)
Pour que l'événement ait lieu, il faut, évidemment, un comble de fatigue, de découragement, d'angoisse, de dégoût, la morsure de mort habituelle, le coup de l'abîme. Tu te traînes, tu rampes, tu multiplies les erreurs, tu as mal partout, tes yeux fondent. Pas d'issue, torrent d'oubli, non-sens général. Et puis soleil, et puis ça va.
(P.S.)
procrast... C'est qui ? Hein ?... C'est con.
Toujours entre le repos et la veille, on cherche en vain le calme, et l'on s'arrête au bord de l'activité. Les deux tiers de l'existence humaine se consument à hésiter, et le dernier tiers à s'en repentir.
Quand je dis l'existence humaine, il faut entendre la mienne !
(E.S.)
On ne commence un travail de longue haleine qu'avec la certitude de ne pas être dérangé.
(G.P.)
Quand je dis l'existence humaine, il faut entendre la mienne !
(E.S.)
On ne commence un travail de longue haleine qu'avec la certitude de ne pas être dérangé.
(G.P.)
2011-02-07
paroles paroles paroles
B.N. — Et la présence est aussi une forme de dialogue.
A.V. — Et quelque fois de grâce.
B.N. — Et sûrement de grâce, oui. Ce qui m'intrigue c'est que, au fond, on supporte mal la grâce. Parce qu'on supporte mal le silence… qu'on est toujours tenté de rompre en faisant surgir de la parole. Laquelle parole, automatiquement, sépare. (...) Les mots séparent, en même temps qu'ils créent la nostalgie de la réunion.
cf. dire tu
...
A.V. — Et quelque fois de grâce.
B.N. — Et sûrement de grâce, oui. Ce qui m'intrigue c'est que, au fond, on supporte mal la grâce. Parce qu'on supporte mal le silence… qu'on est toujours tenté de rompre en faisant surgir de la parole. Laquelle parole, automatiquement, sépare. (...) Les mots séparent, en même temps qu'ils créent la nostalgie de la réunion.
cf. dire tu
...
2011-02-06
born(e).
We were born to be alone
Everybody all alone
Born alone to be alone
We'll stand alone forever.
Standing on the world alone
Learning how to stand alone
And always to be alone
We'll be alone forever.
(C.F.)
=>
Dans une formule célèbre de la Monadologie, Leibniz dit que les notions individuelles sont sans portes ni fenêtres. (...) Sans portes ni fenêtres, ça veut dire qu’il n’y a pas d’ouverture. Pourquoi ? Parce qu’il n’y a pas d’extérieur. Le monde que les notions individuelles expriment est intérieur, il est inclus dans les notions individuelles. Les notions individuelles sont sans portes ni fenêtres, tout est inclus en chacune, et pourtant il y a un monde commun à toutes les notions individuelles : c’est que ce que chaque notion individuelle inclut, à savoir la totalité du monde, elle l’inclut nécessairement sous une forme où ce qu’elle exprime est compossible avec ce que les autres expriment. C’est une merveille. C’est un monde où il n’y a aucune communication directe entre les sujets. Entre César et vous, entre vous et moi, il n’y a aucune communication directe, et comme on dirait aujourd’hui, chaque notion individuelle est programmée de telle manière que ce qu’elle exprime forme un monde commun avec ce que l’autre exprime. (...) Chaque notion individuelle est comme un automate spirituel, c’est-à-dire que ce qu’elle exprime est intérieur à elle, elle est sans portes ni fenêtres ; elle est programmée de telle manière que ce qu’elle exprime est en compossibilité avec ce que l’autre exprime.
(G.D.)
> s.e.u.l.s.
Everybody all alone
Born alone to be alone
We'll stand alone forever.
Standing on the world alone
Learning how to stand alone
And always to be alone
We'll be alone forever.
(C.F.)
=>
Dans une formule célèbre de la Monadologie, Leibniz dit que les notions individuelles sont sans portes ni fenêtres. (...) Sans portes ni fenêtres, ça veut dire qu’il n’y a pas d’ouverture. Pourquoi ? Parce qu’il n’y a pas d’extérieur. Le monde que les notions individuelles expriment est intérieur, il est inclus dans les notions individuelles. Les notions individuelles sont sans portes ni fenêtres, tout est inclus en chacune, et pourtant il y a un monde commun à toutes les notions individuelles : c’est que ce que chaque notion individuelle inclut, à savoir la totalité du monde, elle l’inclut nécessairement sous une forme où ce qu’elle exprime est compossible avec ce que les autres expriment. C’est une merveille. C’est un monde où il n’y a aucune communication directe entre les sujets. Entre César et vous, entre vous et moi, il n’y a aucune communication directe, et comme on dirait aujourd’hui, chaque notion individuelle est programmée de telle manière que ce qu’elle exprime forme un monde commun avec ce que l’autre exprime. (...) Chaque notion individuelle est comme un automate spirituel, c’est-à-dire que ce qu’elle exprime est intérieur à elle, elle est sans portes ni fenêtres ; elle est programmée de telle manière que ce qu’elle exprime est en compossibilité avec ce que l’autre exprime.
(G.D.)
> s.e.u.l.s.
2011-02-04
la course contre l'humanitaire
Pauvre L., elle perdait son temps avec moi. Elle s'est mariée peu après ces séances orageuses à Rome, et elle a eu, presque tout de suite, deux enfants. On se revoit de temps en temps, mais on s'évite. Mon corps ne pense plus rien d'elle, mais je la comprends. Comme d'autres bizarreries au cours du temps, son étincelante crise de nerfs m'a confirmé dans ma voie. L. est un bon médecin, elle travaille sincèrement dans l'humanitaire. Moi je poursuis ma course.
(P.S.)
cf. désormais ni ceci ni cela
cf. de génération sans génération
cf. femme sans enfant sans façon
(P.S.)
cf. désormais ni ceci ni cela
cf. de génération sans génération
cf. femme sans enfant sans façon
2011-02-03
désormais ni ceci ni cela
Comme réaction, j'aurais ça : ...
Mais aussi ça : ...
En bref, il vaut mieux passer outre. Sans se fatiguer (davantage). Au-dessus de tout ça. En dessous. Ailleurs.
(O.K.)
Mais combien plus souvent encore j'ai failli par imprudence et par légèreté ! Que de résolutions prises à l'aventure ! que d'arrêts portés dans l'intérêt d'un bon mot ! que de mal accompli faute de sentir ma responsabilité ! la plupart des hommes se nuisent les uns aux autres pour faire quelque chose ! on raille une gloire, on compromet une réputation, comme le promeneur oisif, qui suit une haie, brise les jeunes branches et effeuille les plus belles fleurs. Et cependant notre irréflexion fait ainsi les renommées! Semblable à ces monuments mystérieux des peuples barbares auxquels chaque voyageur ajoutait une pierre, elles s'élèvent lentement; chacun y apporte en passant quelque chose et ajoute au hasard, sans pouvoir dire lui-même s'il élève un piédestal ou un gibet. Qui oserait regarder derrière lui pour y relever ses jugements téméraires ?
(E.S.)
De personne au monde elle ne dirait désormais qu'il était comme ceci ou comme cela. Elle se sentait très jeune ; et en même temps, indiciblement âgée. Elle passait au travers des choses comme une lame de couteau ; et en même temps elle était en dehors de tout, et elle regardait. Elle avait perpétuellement la sensation, tout en regardant les taxis, d'être en dehors, en dehors, très loin en mer et toute seule ; elle avait toujours le sentiment qu'il était très, très dangereux de vivre, ne serait-ce qu'un seul jour. (…) et pourtant, à ses yeux, c'était complètement absorbant ; tout cela ; les taxis qui passaient ; et de Peter ni d'elle-même elle ne dirait, je suis ceci, je suis cela.
Son seul don était de connaître les gens presque à l'instinct, pensa-t-elle en poursuivant son chemin. Si on la plaçait dans une pièce avec quelqu'un, elle faisait aussitôt le gros dos ou alors elle ronronnait.
(V.W.)
cf. affinités instinctives
cf. la morale mais l'éthique, et toc
cf. la calomnie générale
Mais aussi ça : ...
En bref, il vaut mieux passer outre. Sans se fatiguer (davantage). Au-dessus de tout ça. En dessous. Ailleurs.
(O.K.)
Mais combien plus souvent encore j'ai failli par imprudence et par légèreté ! Que de résolutions prises à l'aventure ! que d'arrêts portés dans l'intérêt d'un bon mot ! que de mal accompli faute de sentir ma responsabilité ! la plupart des hommes se nuisent les uns aux autres pour faire quelque chose ! on raille une gloire, on compromet une réputation, comme le promeneur oisif, qui suit une haie, brise les jeunes branches et effeuille les plus belles fleurs. Et cependant notre irréflexion fait ainsi les renommées! Semblable à ces monuments mystérieux des peuples barbares auxquels chaque voyageur ajoutait une pierre, elles s'élèvent lentement; chacun y apporte en passant quelque chose et ajoute au hasard, sans pouvoir dire lui-même s'il élève un piédestal ou un gibet. Qui oserait regarder derrière lui pour y relever ses jugements téméraires ?
(E.S.)
De personne au monde elle ne dirait désormais qu'il était comme ceci ou comme cela. Elle se sentait très jeune ; et en même temps, indiciblement âgée. Elle passait au travers des choses comme une lame de couteau ; et en même temps elle était en dehors de tout, et elle regardait. Elle avait perpétuellement la sensation, tout en regardant les taxis, d'être en dehors, en dehors, très loin en mer et toute seule ; elle avait toujours le sentiment qu'il était très, très dangereux de vivre, ne serait-ce qu'un seul jour. (…) et pourtant, à ses yeux, c'était complètement absorbant ; tout cela ; les taxis qui passaient ; et de Peter ni d'elle-même elle ne dirait, je suis ceci, je suis cela.
Son seul don était de connaître les gens presque à l'instinct, pensa-t-elle en poursuivant son chemin. Si on la plaçait dans une pièce avec quelqu'un, elle faisait aussitôt le gros dos ou alors elle ronronnait.
(V.W.)
cf. affinités instinctives
cf. la morale mais l'éthique, et toc
cf. la calomnie générale
2011-02-02
oùh ! la province ?
Et pour réagir et répondre sur la province, donc, et sa définition...
La province c'est peut-être là où les gens ne se croient pas capitaux ; ou tout simplement là où des habitants s'entendent dire par d'autres qu'on est ici « en province ».
Seulement, pour avoir vécu ici et là, j'aurais de quoi assurer que la province, « pays vaincus », « pour les vaincus »*, se trouve aussi à Paris, évidemment. La capitale, la vraie, en tant que telle n'étant, au fond, que le lot d'un lot de privilégiés, qu'ils soient de Paris ou d'ailleurs. Voilà en quoi et par quoi, aussi bien, on retrouve de la capitale partout ailleurs.
(O.K.)
* (Merci à PhD)
C’est là qu’est le souffle de vie, me dis-tu, en parlant de Paris. Je trouve qu’il sent souvent l’odeur des dents gâtées, ton souffle de vie. Il s’exhale, pour moi, de ce Parnasse où tu me convies, plus de miasmes que de vertiges. Les lauriers qu’on s’y arrache sont un peu couverts de merde, convenons-en.
Et à ce propos, je suis fâché de voir un homme comme toi renchérir sur la marquise D’Escarbagnas, qui croyait que « hors Paris, il n’y avait pas de salut pour les honnêtes gens ». Ce jugement me paraît être lui-même provincial, c’est-à-dire borné. L’humanité est partout, mon cher monsieur, mais la blague plus à Paris qu’ailleurs, j’en conviens.
Certes, il y a une chose que l’on gagne à Paris, c’est le toupet ; mais l’on y perd un peu de sa crinière.
Celui qui, élevé à Paris, est devenu néanmoins un véritable homme fort, celui-là était né demi-dieu. Il a grandi les côtes serrées et avec des fardeaux sur la tête, tandis qu’au contraire il faut être dénué d’originalité native si la solitude, la concentration, un long travail ne vous créent à la fin quelque chose d’approchant.
(G.F.)
La province c'est peut-être là où les gens ne se croient pas capitaux ; ou tout simplement là où des habitants s'entendent dire par d'autres qu'on est ici « en province ».
Seulement, pour avoir vécu ici et là, j'aurais de quoi assurer que la province, « pays vaincus », « pour les vaincus »*, se trouve aussi à Paris, évidemment. La capitale, la vraie, en tant que telle n'étant, au fond, que le lot d'un lot de privilégiés, qu'ils soient de Paris ou d'ailleurs. Voilà en quoi et par quoi, aussi bien, on retrouve de la capitale partout ailleurs.
(O.K.)
* (Merci à PhD)
C’est là qu’est le souffle de vie, me dis-tu, en parlant de Paris. Je trouve qu’il sent souvent l’odeur des dents gâtées, ton souffle de vie. Il s’exhale, pour moi, de ce Parnasse où tu me convies, plus de miasmes que de vertiges. Les lauriers qu’on s’y arrache sont un peu couverts de merde, convenons-en.
Et à ce propos, je suis fâché de voir un homme comme toi renchérir sur la marquise D’Escarbagnas, qui croyait que « hors Paris, il n’y avait pas de salut pour les honnêtes gens ». Ce jugement me paraît être lui-même provincial, c’est-à-dire borné. L’humanité est partout, mon cher monsieur, mais la blague plus à Paris qu’ailleurs, j’en conviens.
Certes, il y a une chose que l’on gagne à Paris, c’est le toupet ; mais l’on y perd un peu de sa crinière.
Celui qui, élevé à Paris, est devenu néanmoins un véritable homme fort, celui-là était né demi-dieu. Il a grandi les côtes serrées et avec des fardeaux sur la tête, tandis qu’au contraire il faut être dénué d’originalité native si la solitude, la concentration, un long travail ne vous créent à la fin quelque chose d’approchant.
(G.F.)
2011-02-01
au fond, dino egger, c'est moi
Il faut se rendre à l’évidence : ce monde est tel parce que Dino Egger n’a jamais existé. On peut dire d’une certaine façon que l’absence de Dino Egger a été remarquée. Et même qu’elle s’est rudement fait sentir. Car Egger, on s’en doute – Dino Egger tout de même ! – n’eût pas été n’importe qui, certainement pas un de ces anonymes dont le nombre forme foule et que l’on comptabilise ou recense comme têtes de bétail sans se soucier de leurs qualités individuelles pour évaluer la population d’un pays à une époque donnée, pas un de ces braves ou moins braves types qui vont bon an mal an d’un bout à l’autre de leur vie et n’en excèdent jamais les bornes, qui existent dans le temps qui leur est imparti, opiniâtrement sans doute mais sans éclat, et rejoignent le néant d’où ils avaient surgi sans nécessité pour n’en plus jamais sortir, demeurant il se peut dans la mémoire d’un fils, d’un petit-fils parfois, exceptionnellement d’un arrière-petit-fils qui se souvient d’une barbe jaune, d’une odeur sure et d’un veston démodé assez comique. Dino Egger, non, eût été promis à un tout autre destin qui se fût confondu, donc, avec celui du monde, comme celui d’Aristote, de Périclès, de Bach, de Spinoza, de Robespierre, de Gutenberg, de Niepce, de Rimbaud, d’Edison, de Freud, de Lao Tseu ou de Mahomet.
Nous mesurons déjà mieux son importance. Je tiens un homme dont le nom n’eût point déparé une telle liste, qui lui eût fait honneur, un homme tout à fait à sa place, là, au milieu de ces statues, de ces bustes, et que nul n’eût songé seulement à considérer comme un intrus, au contraire...
(E.C.)
Dino Egger, ce nom n'évoque rien pour personne et c'est bien regrettable. C'est aussi parfaitement compréhensible, puisque Dino Egger n'a jamais existé. Il aurait pourtant accompli de grandes choses, s'il faut en croire Albert Moindre dont le nom ne vous dira rien non plus. Pas étonnant, Albert Moindre est un homme modeste, sans éclat. Tandis que Dino Egger devait marquer le monde de son empreinte, ouvrir des perspectives nouvelles, inventer l'harmonie. Pourquoi n’a-t-il pas vu le jour, en dépit de ces excellentes dispositions ? Quelle eût été son oeuvre ? Ne peut-on espérer encore et malgré tout le miracle de son apparition ?
(E.C.)
cf. de génération sans génération
Nous mesurons déjà mieux son importance. Je tiens un homme dont le nom n’eût point déparé une telle liste, qui lui eût fait honneur, un homme tout à fait à sa place, là, au milieu de ces statues, de ces bustes, et que nul n’eût songé seulement à considérer comme un intrus, au contraire...
(E.C.)
Dino Egger, ce nom n'évoque rien pour personne et c'est bien regrettable. C'est aussi parfaitement compréhensible, puisque Dino Egger n'a jamais existé. Il aurait pourtant accompli de grandes choses, s'il faut en croire Albert Moindre dont le nom ne vous dira rien non plus. Pas étonnant, Albert Moindre est un homme modeste, sans éclat. Tandis que Dino Egger devait marquer le monde de son empreinte, ouvrir des perspectives nouvelles, inventer l'harmonie. Pourquoi n’a-t-il pas vu le jour, en dépit de ces excellentes dispositions ? Quelle eût été son oeuvre ? Ne peut-on espérer encore et malgré tout le miracle de son apparition ?
(E.C.)
cf. de génération sans génération
2011-01-27
d'un songe à l'autre, à l'autre... ?
Et si la mort n'était que pareille au jour après la nuit, n'était, comme l'éveil, que la sortie d'une réalité de cauchemar(s) à laquelle le dormeur se sera pourtant passionné, vaguement parfois, ou mollement, ou le contraire, avant de recouvrer assez ses esprits, en soi tout aussi délirants mais auxquels sa nature le porte bizarrement à donner plus de crédit — ou prêter ? Jusqu'à la prochaine sortie ?
(O.K.)
Je plaisante ? Mais non, pas du tout. Lila, à ce moment-là, me soupçonne de croire à l'énorme blague de la résurrection finale des corps. Des corps en général, je n'en ai pas la moindre idée, et d'ailleurs cette perspective d'ensemble, avec jugement à la clé me semble peu ragoûtante, mais du mien, après tout, pourquoi pas ? Ça l'ennuie d'avoir à mourir, mon corps, il ne se sent pas fait pour ça, mais il paraît que c'est une loi évidente et incontournable, ce dont je doute sourdement, et lui aussi. Pas même besoin d'un dieu pour ça, je ne conçois pas le destin de cette manière, c'est drôle.
Le plus curieux, dans les jours suivants, c'est l'insistance de Lila à revenir sur ce sujet impossible. Elle en reparle plusieurs fois, elle tourne autour, elle veut que je me prononce nettement contre cette folie. Ça la tourmente, ça l'obsède, et, bien entendu, je botte en touche, je la boucle, j'évite toute discussion (de quoi discuter, au fait ?), je change de conversation ou bien je joue l'indifférence, je me range sans problème du côté de la raison, de la science, des preuves massives de l'Histoire, de ce qu'on voudra. Je redouble même de modestie, d'humilité, de résignation, d'humanisme (...). Oui, il y a du nous ! Pauvres mortels ! Pauvres de nous ! Millénaires ! Squelettes ! Cendres ! Il fallait naître, chers frères et soeurs, il faut donc mourir. Et mourir à jamais, hein, pas de fables. Place aux suivants, en avant.
(P.S.)
cf. si la mort n'avait rien à voir, circulez
(O.K.)
Je plaisante ? Mais non, pas du tout. Lila, à ce moment-là, me soupçonne de croire à l'énorme blague de la résurrection finale des corps. Des corps en général, je n'en ai pas la moindre idée, et d'ailleurs cette perspective d'ensemble, avec jugement à la clé me semble peu ragoûtante, mais du mien, après tout, pourquoi pas ? Ça l'ennuie d'avoir à mourir, mon corps, il ne se sent pas fait pour ça, mais il paraît que c'est une loi évidente et incontournable, ce dont je doute sourdement, et lui aussi. Pas même besoin d'un dieu pour ça, je ne conçois pas le destin de cette manière, c'est drôle.
Le plus curieux, dans les jours suivants, c'est l'insistance de Lila à revenir sur ce sujet impossible. Elle en reparle plusieurs fois, elle tourne autour, elle veut que je me prononce nettement contre cette folie. Ça la tourmente, ça l'obsède, et, bien entendu, je botte en touche, je la boucle, j'évite toute discussion (de quoi discuter, au fait ?), je change de conversation ou bien je joue l'indifférence, je me range sans problème du côté de la raison, de la science, des preuves massives de l'Histoire, de ce qu'on voudra. Je redouble même de modestie, d'humilité, de résignation, d'humanisme (...). Oui, il y a du nous ! Pauvres mortels ! Pauvres de nous ! Millénaires ! Squelettes ! Cendres ! Il fallait naître, chers frères et soeurs, il faut donc mourir. Et mourir à jamais, hein, pas de fables. Place aux suivants, en avant.
(P.S.)
cf. si la mort n'avait rien à voir, circulez
2011-01-22
d'accorps ou pas
Merci au corps d'être là, en tout cas, silencieux, à l'oeuvre. Il me dit que c'est lui, rien d'autre, qui a toujours pris les décisions, choisi les orientations, les situations. Les maladies, les douleurs ? C'est lui. Les dépressions, les crises, les pertes, les oublis ? Lui encore. Les détentes, les joies, les plaisirs ? Toujours lui. Je ne suis pas à toi, dit mon corps, mais à moi. Comment as-tu pu me faire ça ? Et ça ? Et puis ça ?
Il me parle sèchement, mon corps. Ta main, insiste-t-il, est la mienne. Si tu respires à fond, tu me trouveras tout au fond. Tu ne contrôles quand même pas tes poumons, ton coeur, ta circulation, tes os, tes cellules ? Laisse-moi faire comme j'ai toujours fait, ne me trouble pas, ne me gêne pas.
Nous ne sommes pas toujours d'accord, mon corps et moi, exemple l'histoire Lila autrefois. D'emblée, je ne l'aime pas, il l'aime. Je la trouve fermée, butée, coincée dans son ennuyeux roman familial-social, mais lui, mon corps, bande pour elle. Elle m'assomme au bout de dix minutes, elle me vole du temps, alors que lui peut l'écouter pendant deux heures, les yeux dans les yeux, en admirant son cou, ses épaules, ses gestes, sa voix. Je suis plutôt raffiné, mon corps est vulgaire. Elle me casse les oreilles, il adore ses répétitions. Je la trouve jolie, sans plus, mais pour lui c'est une beauté d'enfer. Il va la baiser une fois de plus, c'est sûr. Je le suis, mon corps, tout en regardant discrètement ma montre, trois quarts d'heure pour une séance, ça ira comme ça. Une fois qu'il a joui, mon corps s'éclipse, et me laisse seul avec le bavardage de Lila, les soucis de Lila, les intrigues de Lila, les jalousies de Lila, la mauvaise humeur de Lila.
J'ai envie de m'amuser, mon corps me freine. Je veux écrire, il veut sortir. Une femme m'attire, mon corps murmure « à quoi bon ? », et il n'a pas tort, on connaît le disque, appartement, enfant, argent, triste salade. C'est amusant un moment, mais c'est crevant.
Comme, une fois de plus, je suis merveilleusement seul et qu'une grande étrangeté me gouverne, je vais faire une tour dans le jardin d'à côté. (…)
(…) Mon cerveau a son propre orchestre, il improvise, il compose, il enchaîne, il va dans tous les sens, et c'est souvent le bordel. Il a tendance à n'en faire qu'à sa tête, mais moi, j'ai besoin de ma tête. Je la récupère, c'est entendu, mais parfois de justesse, avec sa lumière qui ne faiblit pas. Lumière cardiaque, on dirait, lumière de tout le corps à la fois. Ici, mon corps proteste : il ne veut pas être englobé, compris, analysé, défini, réengendré dans une autre forme. Il tient à son mouvement incompréhensible, l'animal.
Je regarde les passants : aucun doute, ils se croient eux-mêmes, mais eux aussi sont incompréhensibles. L'étonnant est qu'ils se prennent tous pour des corps, ou plutôt pour de simples images. Mon corps, lui, est malin : il sait qu'il n'est pas une image, il a du mérite dans cette époque terminale de projection. Cela dit, il veut rester maître à bord, être lavé, nourri, soigné, habillé, reconnu, flatté, désiré, caressé, aimé. Il aime parler, et tente, sans arrêt, de parler à ma place. Il a ses souvenirs dont je préférerais parfois me passer.
(P.S.)
Dans le fond, tout se réduit à une question de physiologie. (…) Nous dépendons du corps ; il est un destin, une fatalité mesquine et lamentable à laquelle nous sommes soumis. Le corps est tout, et il n'est rien : un mystère quasi dégradant. Mais le corps est aussi une puissance fabuleuse. Même si l'on ne peut plus oublier la dépendance qu'il engendre, dès lors que l'on en est devenu conscient. (…) Mes idées m'ont toujours été dictées par mes organes, lesquels, à leur tour, sont soumis à la dictature du climat. (…) Nietzsche a très bien perçu ce conditionnement du climat.
(C.)
cf. CHAPITRE : physio-logique
cf. anthropastro-nomie
cf. les grandes raisons (se rencontrent)
cf. la liberté ta soeur
cf. (pré)jugé libre
cf. corpsolution
...
Il me parle sèchement, mon corps. Ta main, insiste-t-il, est la mienne. Si tu respires à fond, tu me trouveras tout au fond. Tu ne contrôles quand même pas tes poumons, ton coeur, ta circulation, tes os, tes cellules ? Laisse-moi faire comme j'ai toujours fait, ne me trouble pas, ne me gêne pas.
Nous ne sommes pas toujours d'accord, mon corps et moi, exemple l'histoire Lila autrefois. D'emblée, je ne l'aime pas, il l'aime. Je la trouve fermée, butée, coincée dans son ennuyeux roman familial-social, mais lui, mon corps, bande pour elle. Elle m'assomme au bout de dix minutes, elle me vole du temps, alors que lui peut l'écouter pendant deux heures, les yeux dans les yeux, en admirant son cou, ses épaules, ses gestes, sa voix. Je suis plutôt raffiné, mon corps est vulgaire. Elle me casse les oreilles, il adore ses répétitions. Je la trouve jolie, sans plus, mais pour lui c'est une beauté d'enfer. Il va la baiser une fois de plus, c'est sûr. Je le suis, mon corps, tout en regardant discrètement ma montre, trois quarts d'heure pour une séance, ça ira comme ça. Une fois qu'il a joui, mon corps s'éclipse, et me laisse seul avec le bavardage de Lila, les soucis de Lila, les intrigues de Lila, les jalousies de Lila, la mauvaise humeur de Lila.
J'ai envie de m'amuser, mon corps me freine. Je veux écrire, il veut sortir. Une femme m'attire, mon corps murmure « à quoi bon ? », et il n'a pas tort, on connaît le disque, appartement, enfant, argent, triste salade. C'est amusant un moment, mais c'est crevant.
Comme, une fois de plus, je suis merveilleusement seul et qu'une grande étrangeté me gouverne, je vais faire une tour dans le jardin d'à côté. (…)
(…) Mon cerveau a son propre orchestre, il improvise, il compose, il enchaîne, il va dans tous les sens, et c'est souvent le bordel. Il a tendance à n'en faire qu'à sa tête, mais moi, j'ai besoin de ma tête. Je la récupère, c'est entendu, mais parfois de justesse, avec sa lumière qui ne faiblit pas. Lumière cardiaque, on dirait, lumière de tout le corps à la fois. Ici, mon corps proteste : il ne veut pas être englobé, compris, analysé, défini, réengendré dans une autre forme. Il tient à son mouvement incompréhensible, l'animal.
Je regarde les passants : aucun doute, ils se croient eux-mêmes, mais eux aussi sont incompréhensibles. L'étonnant est qu'ils se prennent tous pour des corps, ou plutôt pour de simples images. Mon corps, lui, est malin : il sait qu'il n'est pas une image, il a du mérite dans cette époque terminale de projection. Cela dit, il veut rester maître à bord, être lavé, nourri, soigné, habillé, reconnu, flatté, désiré, caressé, aimé. Il aime parler, et tente, sans arrêt, de parler à ma place. Il a ses souvenirs dont je préférerais parfois me passer.
(P.S.)
Dans le fond, tout se réduit à une question de physiologie. (…) Nous dépendons du corps ; il est un destin, une fatalité mesquine et lamentable à laquelle nous sommes soumis. Le corps est tout, et il n'est rien : un mystère quasi dégradant. Mais le corps est aussi une puissance fabuleuse. Même si l'on ne peut plus oublier la dépendance qu'il engendre, dès lors que l'on en est devenu conscient. (…) Mes idées m'ont toujours été dictées par mes organes, lesquels, à leur tour, sont soumis à la dictature du climat. (…) Nietzsche a très bien perçu ce conditionnement du climat.
(C.)
cf. CHAPITRE : physio-logique
cf. anthropastro-nomie
cf. les grandes raisons (se rencontrent)
cf. la liberté ta soeur
cf. (pré)jugé libre
cf. corpsolution
...
2011-01-20
(im)posture sexuelle
Il m'est arrivé de me dire que l'on peut avoir une vision postsexuelle du monde, vision qui serait la plus désespérée possible : le sentiment d'avoir tout investi en quelque chose qui n'en valait pas la peine. L'extraordinaire, c'est qu'il s'agit d'un infini reversible. La sexualité est une immense imposture, un mensonge gigantesque qui invariablement se renouvelle. Sans doute, le moment présexuel triomphe du postsexuel : c'est l'infini inépuisable dont parle Céline. Et le désir est cet absolu momentané impossible à éradiquer.
(C.)
(C.)
2011-01-19
les trous noirs pour un temps
Nos ancêtres imaginaient la face cachée de la lune, s'angoissaient de ce qu'il pouvait y avoir après l'horizon de la terre, plate, le vide sans doute, la chute. À notre tour on s'effraie aujourd'hui de ce qu'on appelle des « trous noirs ». Chacun ses vertiges, ses tr , en son temps.
(o.k.)
Des scientifiques ont découvert le plus grand trou noir jamais observé. Il pourrait littéralement avaler notre système solaire tant il est important. Il, c'est M87, un trou noir gigantesque... qui possède la masse de 6,8 milliards de Soleils. Une telle masse implique un champ gravitationnel si important que rien ne peut lui échapper, lumière comprise. (...) "Les futures observations de cet objet vont peut-être nous aider à prouver que ce que nous appelons des trous noirs sont vraiment des trous noirs". Avant qu'ils ne nous avalent ?
(Maxiscience)
(o.k.)
Des scientifiques ont découvert le plus grand trou noir jamais observé. Il pourrait littéralement avaler notre système solaire tant il est important. Il, c'est M87, un trou noir gigantesque... qui possède la masse de 6,8 milliards de Soleils. Une telle masse implique un champ gravitationnel si important que rien ne peut lui échapper, lumière comprise. (...) "Les futures observations de cet objet vont peut-être nous aider à prouver que ce que nous appelons des trous noirs sont vraiment des trous noirs". Avant qu'ils ne nous avalent ?
(Maxiscience)
2011-01-18
saphir mais...
Et, oui, voilà, « suffit de s'imposer », comme tu dis, ou disons : s'affirmer. Doucement mais fermement. Avec force. Non pas violence, mais force. Toujours le même problème. Savoir s'affirmer, en douceur, compréhensif, mais ferme. Voilà. Et si l'autre en montre les dents, découvrir aussi les siennes, gentiment. Modèle : [la chienne] Lunte.
(o.k.)
cf. diAMANT
(o.k.)
cf. diAMANT
2011-01-16
marin
Marin marin
Tiens bien la barre
Le vent est fort
La nuit est noire
La mer t'emporte
Suis les étoiles
Marin marin
Déplie les voiles
(S.S.)
cf. à pied marin
Tiens bien la barre
Le vent est fort
La nuit est noire
La mer t'emporte
Suis les étoiles
Marin marin
Déplie les voiles
(S.S.)
cf. à pied marin
2011-01-15
anthropastro-nomie
Professeur d'astronomie dans l'une des universités de Minneapolis, il affirme qu'il n'existe aucun rapport entre les constellations et les traits de caractère (ce qui n'est pas surprenant, les astronomes n'ayant jamais eu une très bonne opinion de l'astrologie) :
« Bien sûr qu'on peut faire un lien entre les récoltes aux étoiles. Mais la personnalité ? Non. »
Des effets sur l'agriculture mais pas sur les personnalités ? Encore un con qui se prend pour tellement plus qu'une plante, au-dessus du lot des autres espèces vivantes, comme relevant d'une autre nature au fond nettement plus indépendante. Mais bien sûr ! les Hommes sont suffisamment dégagés de tout ça, des jeux de forces en présence — magnétique(s). À part l'indéniable force d'attraction de leur seule petite planète qui les cloue au sol pour des raisons pratiques, rien d'autre ! Bref : pff !...
(O.K.)
Ulf Büntgen de l’institut fédéral suisse de la recherche sur la forêt, la neige et le paysage a dirigé une étude portant sur l’implication des variations climatiques sur l’évolution et le déclin des civilisations à travers les âges. Grâce à l’étude de trois facteurs, lui et ses collègues ont réussi à retracer les climats, les températures et les précipitations des 2500 dernières années.
C’est en se basant sur 7.284 échantillons de chênes que l’équipe de chercheurs a pu évaluer les précipitations et grâce à 1.089 pignes de pin et 457 échantillons de mélèze qu’ils ont pu reconstituer les températures.
Ils ont ainsi pu constater qu’à chaque revirement dans le climat, quand celui-ci passait du froid et sec au chaud et humide par exemple, l’impact sur les civilisations était immédiat. En effet, l’agriculture s’en trouvait gravement perturbée mais cependant pas suffisamment longtemps pour que les populations aient le temps de s’y adapter.
Ainsi, les revirements climatiques correspondent aux bouleversements politiques et aux vagues de migrations humaines. C’est dans ces conditions que l’empire romain a chuté. De même, dans les périodes relativement stables de l’époque médiévale, on constate que le climat était, lui aussi relativement constant. Mais au moment de la peste, la période était humide et l’épidémie a profité de ces conditions pour se répandre.
Les exemples sont innombrables. A l’heure actuelle, notre société est moins perturbée par les changements climatiques parce que le commerce international et les technologies modernes en atténuent les effets comme le rapporte la revue Science.
(Maxiscience)
cf. as a rolling stone
cf. CHAPITRE : physio-logique
« Bien sûr qu'on peut faire un lien entre les récoltes aux étoiles. Mais la personnalité ? Non. »
Des effets sur l'agriculture mais pas sur les personnalités ? Encore un con qui se prend pour tellement plus qu'une plante, au-dessus du lot des autres espèces vivantes, comme relevant d'une autre nature au fond nettement plus indépendante. Mais bien sûr ! les Hommes sont suffisamment dégagés de tout ça, des jeux de forces en présence — magnétique(s). À part l'indéniable force d'attraction de leur seule petite planète qui les cloue au sol pour des raisons pratiques, rien d'autre ! Bref : pff !...
(O.K.)
Ulf Büntgen de l’institut fédéral suisse de la recherche sur la forêt, la neige et le paysage a dirigé une étude portant sur l’implication des variations climatiques sur l’évolution et le déclin des civilisations à travers les âges. Grâce à l’étude de trois facteurs, lui et ses collègues ont réussi à retracer les climats, les températures et les précipitations des 2500 dernières années.
C’est en se basant sur 7.284 échantillons de chênes que l’équipe de chercheurs a pu évaluer les précipitations et grâce à 1.089 pignes de pin et 457 échantillons de mélèze qu’ils ont pu reconstituer les températures.
Ils ont ainsi pu constater qu’à chaque revirement dans le climat, quand celui-ci passait du froid et sec au chaud et humide par exemple, l’impact sur les civilisations était immédiat. En effet, l’agriculture s’en trouvait gravement perturbée mais cependant pas suffisamment longtemps pour que les populations aient le temps de s’y adapter.
Ainsi, les revirements climatiques correspondent aux bouleversements politiques et aux vagues de migrations humaines. C’est dans ces conditions que l’empire romain a chuté. De même, dans les périodes relativement stables de l’époque médiévale, on constate que le climat était, lui aussi relativement constant. Mais au moment de la peste, la période était humide et l’épidémie a profité de ces conditions pour se répandre.
Les exemples sont innombrables. A l’heure actuelle, notre société est moins perturbée par les changements climatiques parce que le commerce international et les technologies modernes en atténuent les effets comme le rapporte la revue Science.
(Maxiscience)
cf. as a rolling stone
cf. CHAPITRE : physio-logique
2011-01-13
adroit au brut
Je dis ce que je pense, crois et vois. (...) Mes propos ne sont pas maladroits, mais brutaux. Mais la vie, la réalité est brutale.
(E.Z.)
(E.Z.)
2011-01-10
c'était d'une tristesse
Là c'est l'entrée de la piscine. Je me suis pété un bras sur la R5 du maître-nageur qui sortait. J'avais des beef-steaks sur mon vélo, ils étaient par terre, c'était d'une tristesse !...
(P.K.)
(P.K.)
2011-01-07
su ici de sort...
Qui sait souffrir peut tout oser.
(V.)
Sans le suicide la vie serait à mon avis vraiment insupportable. On n'a pas besoin de se tuer. On a besoin de savoir qu'on peut se tuer. Cette idée est exaltante. Elle vous permet de supporter tout. C'est un des plus grands avantages qui soient donnés à l'homme. C'est pas compliqué. Je ne suis pas pour le suicide, je suis uniquement pour l'utilité de cette idée.
(C.)
Malheureusement cette porte de sortie qu'est le suicide n'est pas toujours accessible. Dans certains cas d'enfer-mement (même dans son propre corps). Où la vie relève alors d'un véritable enfer, « sans porte ni fenêtre ». Preuve que la vie, dans le fond...
Bref, au-dessus des nuages le ciel bleu, mais, au fond, le noir infini — du moins jusqu'à nouvel ordre.
(o.K.)
> sui...c...urieux
(V.)
Sans le suicide la vie serait à mon avis vraiment insupportable. On n'a pas besoin de se tuer. On a besoin de savoir qu'on peut se tuer. Cette idée est exaltante. Elle vous permet de supporter tout. C'est un des plus grands avantages qui soient donnés à l'homme. C'est pas compliqué. Je ne suis pas pour le suicide, je suis uniquement pour l'utilité de cette idée.
(C.)
Malheureusement cette porte de sortie qu'est le suicide n'est pas toujours accessible. Dans certains cas d'enfer-mement (même dans son propre corps). Où la vie relève alors d'un véritable enfer, « sans porte ni fenêtre ». Preuve que la vie, dans le fond...
Bref, au-dessus des nuages le ciel bleu, mais, au fond, le noir infini — du moins jusqu'à nouvel ordre.
(o.K.)
> sui...c...urieux
2011-01-04
au fond, le tintoret, c'est moi
G.C. — Mais ce qui est difficile c'est surtout de faire comprendre au public, qui lui n'a pas été habitué à voir de la peinture de Tintoret, n'a pas été habitué à lire des livres autour de ce peintre, donc de faire comprendre son oeuvre, sans en passer par des grandes généralités. C'est ça le plus dur. (…)
A.V. — Lui-même, selon vous, veut s'imposer comme un grand artiste, aux yeux de tous.
G.C. — Oui. Alors sans tomber dans la psychologie on sent dans les textes qui sont écrits à l'époque qu'il a une ambition assez grande et une ambition polémique. (…) Quelqu'un qui veut en découdre avec les peintres officiels de l'époque et avec la tradition aussi.
A.V. — Et c'est comme ça que vous interprétez le changement d'échelle auquel il soumet ses oeuvres au cours des années 1545-1548, où il juxtapose de très grandes figures avec d'autres figures, beaucoup plus petites.
G.C. — Oui...
(…)
G.C. — Là encore c'est une pratique assez originale, puisqu'il peint vite – ce qui agace ses contemporains, parce qu'en peignant vite il peint beaucoup et il vend moins cher –, et il invente, en fait, une technique toute simple qui est de préparer la toile avec un fond neutre, généralement sombre, qui lui permet de pas peindre la totalité de sa toile. Donc c'est ce qui lui permet d'aller vite, et il récupère aussi, nous dit-on, les pigments qui ont séché, il les gratte sur sa palette, sur le sol de son atelier, il les fait fondre pour les réutiliser dans ce fond préparatoire. Une pratique étonnante...
(…)
A.V. — Il est intéressant de se pencher sur les visages, tels que Tintoret les peint. Parce que rarement il a recours à l'expressivité.
G.C. — Oui. C'est aussi une option qu'il utilise et qui lui permet de se démarquer des autres peintres comme Titien ou Veronèse qui jouent beaucoup sur la théâtralité ou sur l'expressivité dramatique : les figures dans les représentations religieuses notamment pleurent, crient, se tordent de douleur, et chez Tintoret – alors que c'est vraiment la norme ! – il refuse catégoriquement ce type d'expressivité, et il va même nier ça dans les tableaux qui le réclament comme (…) Le massacre des innocents, où aucune mère n'est éplorée. Et c'est la disposition formelle du tableau qui dit ce drame.
(…)
A.V. — La nouveauté de son langage et sa modernité, au sens d'aujourd'hui, tient aussi au fait que la signification de sa peinture ne dépend pas uniquement du contenu, de l'histoire, de l'iconographie mais du fonctionnement même de l'image.
G.C. — Oui. Et c'est sans doute ça qui a posé tant de problèmes à la réception contemporaine de Tintoret, et le fait qu'on se soit pas tellement intéressé à lui puisque les historiens de l'art aiment beaucoup l'iconographie, essayer de comprendre les messages cachés, [etc.], et ils s'intéressent beaucoup moins à la forme, alors que c'est sans doute par la forme qu'on peut percer le travail de Tintoret, et notamment par cette volonté à chaque fois de verticaliser ses toiles il crée un effet physique sur le spectateur…
(…)
A.V. — Le spectateur a donc un rôle a jouer, aussi, c'est pas un spectateur passif.
G.C. — Non, pas du tout, c'est un spectateur actif et en cela très proche du spectateur qui visite les expositions d'art contemporain, les in situ, où on est noyé dans l'oeuvre et on participe aussi par notre mouvement à l'oeuvre. Et Tintoret travaille beaucoup ce type de scénographie.
(…)
… notamment par le jeu sur les éclairages des salles, qu'il répète à l'intérieur de ses toiles comme si c'était une continuité spatiale. Ainsi il donne une sorte de rapport entre l'espace réel et l'espace fictif et aussi il crée une communauté temporelle, entre l'histoire passée et l'histoire actuelle (…)
A.V. — La parole se substitue à l'action dans un grand nombre de ses peintures et, en même temps, c'est un peintre qui est, vous le soulignez, profondément littéraire, ne serait-ce que parce que ses personnages sacrés ont en main, souvent, des livres.
2011-01-02
bataille pour une économie générale
La vie humaine, distincte de l'existence juridique et telle qu'elle a lieu en fait sur un globe isolé dans l'espace céleste, du jour à la nuit, d'une contrée à l'autre, la vie humaine ne peut en aucun cas être limitée aux systèmes fermés qui lui sont assignés dans des conceptions raisonnables. L'immense travail d'abandon, d'écoulement et d'orage qui la constitue pourrait être exprimé en disant qu'elle ne commence qu'avec le déficit de ces systèmes : du moins ce qu'elle admet d'ordre et de réserve n'a-t-il de sens qu'à partir du moment où les forces ordonnées et réservées se libèrent et se perdent pour des fins qui ne peuvent être assujetties à rien dont il soit possible de rendre des comptes. C'est seulement par une telle insubordination, même misérable, que l'espèce humaine cesse d'être isolée dans la splendeur sans condition des choses matérielles.
(G.B.)
(…) Là où il propose un véritable « changement copernicien » des conceptions économiques de base, c'est quand il aperçoit la différence fondamentale entre l'économie d'un système séparé – où règne un sentiment de rareté, de nécessité, où se posent des problèmes de profit, et où la croissance peut toujours sembler possible et désirable – et celle d'une économie qui est celle de la masse vivante dans son ensemble – où l'énergie est toujours en excès et qui doit sans relâche détruire un surcroît. Montrant que l'étude des phénomènes isolés est toujours une abstraction, il propose un effort de synthèse, qui était jusqu'alors sans précédent, par opposition à l'esprit borné des économistes traditionnels qu'il compare à celui « d'un mécanicien qui change une roue ». Vue profonde, qui a fait son chemin car l'on sait la fortune qu'a connu, depuis que ces lignes furent écrites, le terme d'économie généralisée.
(J.P.)
Un excédent doit être dissipé par le moyen d'opérations déficitaires : la dissipation finale ne saurait manquer d'accomplir le mouvement qui anime l'énergie terrestre.
Le contraire apparaît d'habitude pour la raison que l'économie n'est jamais envisagée en général. L'esprit humain en ramène les opérations, dans la science comme dans la vie, à une entité fondée sur le type des systèmes particuliers (des organismes ou des entreprises). L'activité économique, envisagée comme un ensemble, est conçue sur le mode de l'opération particulière, dont la fin est limitée. L'esprit généralise en composant l'ensemble des opérations : la science économique se contente de généraliser la situation isolée, elle borne son objet aux opérations faites en vue d'une fin limitée, celle de l'homme économique ; elle ne prend pas en considération un jeu de l'énergie qu'aucune fin particulière ne limite : le jeu de la matière vivante en général, prise dans le mouvement de la lumière dont elle est l'effet.
(…)
Ces excès de force vive, qui congestionnent localement les économies les plus misérables, sont en effet les plus dangereux facteurs de ruine. Aussi la décongestion fut-elle en tous temps, mais au plus obscur de la conscience, l'objet d'une recherche fiévreuse. Les sociétés anciennes la trouvèrent dans les fêtes ; certaines édifièrent d'admirables monuments, qui n'avaient pas d'utilité ; nous employons l'excédent à multiplier les « services », qui aplanissent la vie, et nous sommes portés à en résorber une partie dans l'augmentation des heures de loisir. Mais ces dérivatifs ont toujours été insuffisants : leur existence en excédent malgré cela (en de certains points) a voué en tous temps des multitudes d'êtres humains et de grandes quantités de biens utiles aux destructions des guerres. (…)
En conséquence le principe général de l'excédent d'énergie à dépenser, envisagé (par-delà l'intention trop étroite de l'économie) comme effet d'un mouvement qui le dépasse, en même temps qu'il éclaire tragiquement un ensemble de faits, revêt une portée que personne ne peut nier.
(…)
Je préciserai seulement, sans attendre davantage, que l'extension de la croissance exige elle-même le renversement des principes économiques – le renversement de la morale qui les fonde. Passer des perspectives de l'économie restreinte à celles de l'économie générale réalise en vérité un changement copernicien : la mise à l'envers de la pensée – et de la morale.
(G.B.)
cf. le jeu du monde
cf. la dominance et autre usage
cf. in su ici de
(G.B.)
(…) Là où il propose un véritable « changement copernicien » des conceptions économiques de base, c'est quand il aperçoit la différence fondamentale entre l'économie d'un système séparé – où règne un sentiment de rareté, de nécessité, où se posent des problèmes de profit, et où la croissance peut toujours sembler possible et désirable – et celle d'une économie qui est celle de la masse vivante dans son ensemble – où l'énergie est toujours en excès et qui doit sans relâche détruire un surcroît. Montrant que l'étude des phénomènes isolés est toujours une abstraction, il propose un effort de synthèse, qui était jusqu'alors sans précédent, par opposition à l'esprit borné des économistes traditionnels qu'il compare à celui « d'un mécanicien qui change une roue ». Vue profonde, qui a fait son chemin car l'on sait la fortune qu'a connu, depuis que ces lignes furent écrites, le terme d'économie généralisée.
(J.P.)
Un excédent doit être dissipé par le moyen d'opérations déficitaires : la dissipation finale ne saurait manquer d'accomplir le mouvement qui anime l'énergie terrestre.
Le contraire apparaît d'habitude pour la raison que l'économie n'est jamais envisagée en général. L'esprit humain en ramène les opérations, dans la science comme dans la vie, à une entité fondée sur le type des systèmes particuliers (des organismes ou des entreprises). L'activité économique, envisagée comme un ensemble, est conçue sur le mode de l'opération particulière, dont la fin est limitée. L'esprit généralise en composant l'ensemble des opérations : la science économique se contente de généraliser la situation isolée, elle borne son objet aux opérations faites en vue d'une fin limitée, celle de l'homme économique ; elle ne prend pas en considération un jeu de l'énergie qu'aucune fin particulière ne limite : le jeu de la matière vivante en général, prise dans le mouvement de la lumière dont elle est l'effet.
(…)
Ces excès de force vive, qui congestionnent localement les économies les plus misérables, sont en effet les plus dangereux facteurs de ruine. Aussi la décongestion fut-elle en tous temps, mais au plus obscur de la conscience, l'objet d'une recherche fiévreuse. Les sociétés anciennes la trouvèrent dans les fêtes ; certaines édifièrent d'admirables monuments, qui n'avaient pas d'utilité ; nous employons l'excédent à multiplier les « services », qui aplanissent la vie, et nous sommes portés à en résorber une partie dans l'augmentation des heures de loisir. Mais ces dérivatifs ont toujours été insuffisants : leur existence en excédent malgré cela (en de certains points) a voué en tous temps des multitudes d'êtres humains et de grandes quantités de biens utiles aux destructions des guerres. (…)
En conséquence le principe général de l'excédent d'énergie à dépenser, envisagé (par-delà l'intention trop étroite de l'économie) comme effet d'un mouvement qui le dépasse, en même temps qu'il éclaire tragiquement un ensemble de faits, revêt une portée que personne ne peut nier.
(…)
Je préciserai seulement, sans attendre davantage, que l'extension de la croissance exige elle-même le renversement des principes économiques – le renversement de la morale qui les fonde. Passer des perspectives de l'économie restreinte à celles de l'économie générale réalise en vérité un changement copernicien : la mise à l'envers de la pensée – et de la morale.
(G.B.)
cf. le jeu du monde
cf. la dominance et autre usage
cf. in su ici de
2011-01-01
in su ici de
Je partirai d'un fait élémentaire : l'organisme vivant, dans la
situation que déterminent les jeux de l'énergie à la surface du globe,
reçoit en principe plus d'énergie qu'il n'est nécessaire au maintient de
la vie : l'énergie (la richesse) excédante peut être utilisée à la
croissance d'un système (par exemple d'un organisme) ; si le système ne
peut plus croître, ou si l'excédent ne peut plus en entier être absorbé
dans sa croissance, il faut nécessairement le perdre sans profit, le
dépenser, volontiers ou non, glorieusement ou sinon de façon
catastrophique.
(...)
Nous pouvons l'ignorer, l'oublier : le sol où nous vivons n'est quoi qu'il en soit qu'un champ de destructions multipliées. Notre ignorance a seulement un effet incontestable : elle nous mène à subir ce que nous pourrions, si nous savions, opérer à notre guise. Elle nous prive du choix d'une exsudation qui pourrait nous agréer. Elle livre surtout les hommes et leurs oeuvres à des destructions catastrophiques. Car si nous n'avons pas la force de détruire nous-mêmes l'énergie en surcroît, elle ne peut être utilisée ; et, comme un animal intact qu'on ne peut dresser, c'est elle qui nous détruit, c'est nous-mêmes qui faisons les frais de l'explosion inévitable.
(G.B.)
cf. bataille pour une économie générale
cf. la dominance et autre usage
cf. fuir l'inhibition de l'action
cf. écart, tellement...
cf. gueuloir
(...)
Nous pouvons l'ignorer, l'oublier : le sol où nous vivons n'est quoi qu'il en soit qu'un champ de destructions multipliées. Notre ignorance a seulement un effet incontestable : elle nous mène à subir ce que nous pourrions, si nous savions, opérer à notre guise. Elle nous prive du choix d'une exsudation qui pourrait nous agréer. Elle livre surtout les hommes et leurs oeuvres à des destructions catastrophiques. Car si nous n'avons pas la force de détruire nous-mêmes l'énergie en surcroît, elle ne peut être utilisée ; et, comme un animal intact qu'on ne peut dresser, c'est elle qui nous détruit, c'est nous-mêmes qui faisons les frais de l'explosion inévitable.
(G.B.)
cf. bataille pour une économie générale
cf. la dominance et autre usage
cf. fuir l'inhibition de l'action
cf. écart, tellement...
cf. gueuloir
2010-12-31
écart, tellement...
Qu’il fasse mauvais t’évitait la culpabilité de ne pas sortir. Tu pouvais rester chez toi sans qu’apparaisse l’anomalie de ton enfermement. Personne ne venait alors t’interroger sur ton goût pour la chambre.
(...)
Ton corps, comme celui d’un animal, produisait plus d’énergie que nécessaire. Le trop-plein de puissance que tu accumulais se retournait contre toi si tu ne l’évacuais pas. Si tu passais une semaine sans te dépenser, tu trépignais, tes muscles étaient tendus dès le réveil, et ne se relâchaient qu’à la tombée de la nuit.
(E.L. – merci à S.)
cf. in su ici de
cf. délicatescence
cf. amphibie
(...)
Ton corps, comme celui d’un animal, produisait plus d’énergie que nécessaire. Le trop-plein de puissance que tu accumulais se retournait contre toi si tu ne l’évacuais pas. Si tu passais une semaine sans te dépenser, tu trépignais, tes muscles étaient tendus dès le réveil, et ne se relâchaient qu’à la tombée de la nuit.
(E.L. – merci à S.)
cf. in su ici de
cf. délicatescence
cf. amphibie
2010-12-20
2010-12-10
le silence infini de l'amer
Vercors dédie [son livre Le Silence de la mer] à Saint-Pol-Roux, « Poète assassiné ». Saint-Pol-Roux est un écrivain, vieil homme qui meurt de chagrin en 1940 quand son manoir contenant tous ses textes inédits est pillé, peu après qu'un soldat allemand a violé sa fille et tué sa servante. Tout comme Le Silence de la mer veut évoquer une résistance muette au bord des cris, cet homme qui meurt brisé, presque futilement, est le symbole même de la lutte silencieuse de Vercors.
Saint-Pol-Roux, ami de Jean Moulin et de Max Jacob, est mort en décembre 1940 à l'hôpital de Brest six mois après qu'un soldat allemand ivre eut forcé la porte de son manoir, tué sa servante et violé sa fille, Divine (le viol fut réfuté par la suite).
Dans la nuit du 23 au 24 juin 1940, un soldat allemand investit le manoir, tue la fidèle gouvernante et blesse grièvement sa fille, Divine, à la jambe, d'une balle de révolver. Il sera souvent dit et écrit que le soldat viola Divine, chose qu'elle réfuta par la suite. Saint-Pol-Roux échappe miraculeusement à la mort. Le soldat allemand s'enfuit, effrayé par le chien de la maison, [il] fut arrêté, condamné à mort par un Conseil de guerre et fusillé.
Saint-Pol-Roux, qui était à Brest pour s'occuper de sa fille suite à ce méfait, avait négligé de mettre ses inédits en lieu sûr. Lorsqu'il retourna à Camaret, il trouva le manoir livré au pillage et ses manuscrits déchirés, dispersés ou brûlés : il ne se remit pas de ce second choc. Transporté le 13 octobre à l'hôpital de Brest, Saint-Pol-Roux « le Magnifique », « mage de Camaret », atteint d'une crise d'urémie, y meurt de chagrin le 18 octobre [1940].
[Son] « manoir de Coecilian » fut bombardé en août 1944 par les avions alliés et complètement incendié. Il ne reste, de nos jours, que quelques vestiges de cette demeure.
En 1882, Saint-Pol-Roux (natif de Marseille) part s'installer à Paris et commence des études de droit, qu'il ne terminera jamais. Il fréquente en particulier le salon de Stéphane Mallarmé pour qui il a la plus grande admiration. Il gagne une certaine notoriété, essaie quelques pseudonymes et signe à partir de 1890 « Saint-Pol-Roux ». Il tente de faire jouer une de ses pièces, la Dame à la faux, par Sarah Bernhardt. Il est même interviewé par Jules Huret, en tant que membre du mouvement symboliste. Il aurait peut-être participé à la Rose-Croix esthétique de Péladan. Mais il n'y appartient pas très longtemps, car il ne figure pas parmi les signataires sur l'original du document. Saint-Pol-Roux s'est sans doute intéressé à cette audacieuse tentative littéraire, et a dû la quitter rapidement. En 1891, il rencontre sa future femme, Amélie Bélorgey. À cause de difficultés financières, Saint-Pol-Roux quitte Paris.
Son exil l'amènera d'abord à Bruxelles, avant qu'il ne trouve une retraite paisible dans les forêts d'Ardenne. C'est là, en toute tranquillité, qu'il terminera sa Dame à la faux. Après un court retour à Paris, Saint-Pol-Roux quitte la capitale définitivement en 1898.
Il exécra rapidement la capitale pour son ostracisme et la médiocrité du milieu de la critique littéraire, qu'il ignora avec autant de superbe qu'elle le méconnut.
Il s'installe ensuite avec sa femme à Roscanvel dans le Finistère, où naît sa fille Divine. La « chaumière de Divine » devenue trop petite, il s'installe à Camaret-sur-Mer et fait de la Bretagne le centre de gravité de son œuvre.
Il profite des subsides que lui avait assurés un opéra, Louise, dont il avait rédigé pour Gustave Charpentier le livret. Il acheta en 1903 une maison de pêcheur surplombant l'océan, au-dessus de la plage de Pen-Had, sur la route de la pointe de Pen-Hir. Il la transforme en manoir à huit tourelles dont la maison formerait le centre et baptisa la demeure « Manoir du Boultous ». À la mort de son fils Coecilian, mort en 1914 près de Verdun, il le renommera « Manoir de Coecilian » dont on peut encore voir les ruines.
Il reçoit de nombreux artistes et écrivains comme André Antoine, Victor Ségalen, Alfred Vallette, Max Jacob, André Breton, Louis-Ferdinand Céline et même, en 1932, Jean Moulin, alors sous-préfet de Châteaulin. Les membres du mouvement surréaliste le considèrent comme un prédécesseur. André Breton publia son "Hommage à Saint-Pol-Roux" le 9 mai 1925 dans Les Nouvelles Littéraires, où il revendiqua Saint-Pol-Roux comme le seul authentique précurseur du mouvement dit moderne.
Saint-Pol-Roux représente l'archétype du « poète oublié ». C'est à ce titre qu'André Breton lui dédie le recueil Clair de terre (ainsi qu'à « ceux qui comme lui s'offrent le magnifique plaisir de se faire oublier ») et que Vercors lui dédie Le Silence de la mer (« le poète assassiné »).
De son vivant même, son œuvre restait méconnue, pourtant il a été célébré aussi bien par les symbolistes (notamment Rémy de Gourmont) que les surréalistes (qui donneront un banquet à la Closerie des lilas en son honneur en 1925, lequel tourna au pugilat et dont Saint-Pol-Roux s'enfuit, effrayé).
À partir de la Libération, Divine tentera en vain que l'oubli ne se fasse pas sur l'œuvre de son père. Malgré les études de Michel Décaudin, la parution d'un volume dans la collection "Poètes d'aujourd'hui" chez Seghers et les émissions de Jean-Pierre Rosnay à la radio, où il fit dire quelques-un de ses poèmes, Saint-Pol-Roux reste largement méconnu.
Saint-Pol-Roux a tenté de créer une œuvre d'art totale. Ce rêve de la littérature symboliste, consistait à créer une œuvre parfaite répondant à tous les sens. Saint-Pol-Roux s'était donc intéressé au genre théâtral et à l'opéra, pendant ses années parisiennes. A la fin de sa vie, il s'émerveille des possibilités artistiques offertes par le cinéma.
[w.]
Saint-Pol-Roux, ami de Jean Moulin et de Max Jacob, est mort en décembre 1940 à l'hôpital de Brest six mois après qu'un soldat allemand ivre eut forcé la porte de son manoir, tué sa servante et violé sa fille, Divine (le viol fut réfuté par la suite).
Dans la nuit du 23 au 24 juin 1940, un soldat allemand investit le manoir, tue la fidèle gouvernante et blesse grièvement sa fille, Divine, à la jambe, d'une balle de révolver. Il sera souvent dit et écrit que le soldat viola Divine, chose qu'elle réfuta par la suite. Saint-Pol-Roux échappe miraculeusement à la mort. Le soldat allemand s'enfuit, effrayé par le chien de la maison, [il] fut arrêté, condamné à mort par un Conseil de guerre et fusillé.
Saint-Pol-Roux, qui était à Brest pour s'occuper de sa fille suite à ce méfait, avait négligé de mettre ses inédits en lieu sûr. Lorsqu'il retourna à Camaret, il trouva le manoir livré au pillage et ses manuscrits déchirés, dispersés ou brûlés : il ne se remit pas de ce second choc. Transporté le 13 octobre à l'hôpital de Brest, Saint-Pol-Roux « le Magnifique », « mage de Camaret », atteint d'une crise d'urémie, y meurt de chagrin le 18 octobre [1940].
[Son] « manoir de Coecilian » fut bombardé en août 1944 par les avions alliés et complètement incendié. Il ne reste, de nos jours, que quelques vestiges de cette demeure.
En 1882, Saint-Pol-Roux (natif de Marseille) part s'installer à Paris et commence des études de droit, qu'il ne terminera jamais. Il fréquente en particulier le salon de Stéphane Mallarmé pour qui il a la plus grande admiration. Il gagne une certaine notoriété, essaie quelques pseudonymes et signe à partir de 1890 « Saint-Pol-Roux ». Il tente de faire jouer une de ses pièces, la Dame à la faux, par Sarah Bernhardt. Il est même interviewé par Jules Huret, en tant que membre du mouvement symboliste. Il aurait peut-être participé à la Rose-Croix esthétique de Péladan. Mais il n'y appartient pas très longtemps, car il ne figure pas parmi les signataires sur l'original du document. Saint-Pol-Roux s'est sans doute intéressé à cette audacieuse tentative littéraire, et a dû la quitter rapidement. En 1891, il rencontre sa future femme, Amélie Bélorgey. À cause de difficultés financières, Saint-Pol-Roux quitte Paris.
Son exil l'amènera d'abord à Bruxelles, avant qu'il ne trouve une retraite paisible dans les forêts d'Ardenne. C'est là, en toute tranquillité, qu'il terminera sa Dame à la faux. Après un court retour à Paris, Saint-Pol-Roux quitte la capitale définitivement en 1898.
Il exécra rapidement la capitale pour son ostracisme et la médiocrité du milieu de la critique littéraire, qu'il ignora avec autant de superbe qu'elle le méconnut.
Il s'installe ensuite avec sa femme à Roscanvel dans le Finistère, où naît sa fille Divine. La « chaumière de Divine » devenue trop petite, il s'installe à Camaret-sur-Mer et fait de la Bretagne le centre de gravité de son œuvre.
Il profite des subsides que lui avait assurés un opéra, Louise, dont il avait rédigé pour Gustave Charpentier le livret. Il acheta en 1903 une maison de pêcheur surplombant l'océan, au-dessus de la plage de Pen-Had, sur la route de la pointe de Pen-Hir. Il la transforme en manoir à huit tourelles dont la maison formerait le centre et baptisa la demeure « Manoir du Boultous ». À la mort de son fils Coecilian, mort en 1914 près de Verdun, il le renommera « Manoir de Coecilian » dont on peut encore voir les ruines.
Il reçoit de nombreux artistes et écrivains comme André Antoine, Victor Ségalen, Alfred Vallette, Max Jacob, André Breton, Louis-Ferdinand Céline et même, en 1932, Jean Moulin, alors sous-préfet de Châteaulin. Les membres du mouvement surréaliste le considèrent comme un prédécesseur. André Breton publia son "Hommage à Saint-Pol-Roux" le 9 mai 1925 dans Les Nouvelles Littéraires, où il revendiqua Saint-Pol-Roux comme le seul authentique précurseur du mouvement dit moderne.
Saint-Pol-Roux représente l'archétype du « poète oublié ». C'est à ce titre qu'André Breton lui dédie le recueil Clair de terre (ainsi qu'à « ceux qui comme lui s'offrent le magnifique plaisir de se faire oublier ») et que Vercors lui dédie Le Silence de la mer (« le poète assassiné »).
De son vivant même, son œuvre restait méconnue, pourtant il a été célébré aussi bien par les symbolistes (notamment Rémy de Gourmont) que les surréalistes (qui donneront un banquet à la Closerie des lilas en son honneur en 1925, lequel tourna au pugilat et dont Saint-Pol-Roux s'enfuit, effrayé).
À partir de la Libération, Divine tentera en vain que l'oubli ne se fasse pas sur l'œuvre de son père. Malgré les études de Michel Décaudin, la parution d'un volume dans la collection "Poètes d'aujourd'hui" chez Seghers et les émissions de Jean-Pierre Rosnay à la radio, où il fit dire quelques-un de ses poèmes, Saint-Pol-Roux reste largement méconnu.
Saint-Pol-Roux a tenté de créer une œuvre d'art totale. Ce rêve de la littérature symboliste, consistait à créer une œuvre parfaite répondant à tous les sens. Saint-Pol-Roux s'était donc intéressé au genre théâtral et à l'opéra, pendant ses années parisiennes. A la fin de sa vie, il s'émerveille des possibilités artistiques offertes par le cinéma.
[w.]
2010-11-17
fragmentisme
C. — Je crois que la philosophie n'est plus possible qu'en tant que fragment. Sous forme d'explosion. Il n'est plus possible, désormais, de se mettre à élaborer un chapitre après l'autre, sous forme de traité. En ce sens, Nietzsche a été éminemment libérateur. C'est lui qui a saboté le style de la philosophie académique, qui a attenté à l'idée de système. Il a été libérateur, parce qu'après lui, on peut tout dire… Maintenant, nous sommes tous fragmentistes, même lorsque nous écrivons des livres en apparence coordonnés. Ce qui va aussi avec notre style de civilisation.
F.S. — Cela s'accorde également avec notre probité. Nietzsche disait que dans l'ambition systématique, il y a un manque de probité…
C. — À propos de la probité, je vais vous dire quelque chose. Quand quelqu'un entreprend un essai de quarante pages sur quoi que ce soit, il part de certaines affirmations préalables et il en reste prisonnier. Une certaine idée de la probité l'oblige à aller jusqu'au bout en les respectant, à ne pas se contredire ; cependant, tandis qu'il progresse, le texte lui présente d'autres tentations, qu'il lui faut rejeter, parce qu'elle s'écarte de la voie tracée. On est enfermé dans un cercle que l'on a soi-même tracé. C'est ainsi qu'en se voulant probe, on tombe dans la fausseté, et dans le manque de véracité. Si cela se produit dans un essai de quarante pages, que ne se passera-t-il pas dans un système ! Là est le drame de toute réflexion structurée : ne pas permettre la contradiction. C'est ainsi que l'on tombe dans le faux, que l'on se ment pour sauvegarder la cohérence. En revanche, si l'on produit des fragments, on peut, en une même journée, dire une chose et son contraire. Pourquoi ? Parce que chaque fragment est issu d'une expérience différente, et que ces expériences, elles, sont vraies : elles sont l'essentiel. On dira que c'est irresponsable, mais si tel est le cas, ce le sera au sens même où la vie est irresponsable. Une pensée fragmentaire reflète tous les aspects de votre expérience ; une pensée systématique n'en reflète qu'un seul aspect, l'aspect contrôlé, et par là même, appauvri. En Nietzsche, en Dostoïevski, s'expriment tous les types d'humanité possible, toutes les expériences. Dans le système, seul parle le contrôleur, le chef. Le système est toujours la voix du chef : c'est pour cela que tout système est totalitaire, alors que la pensée fragmentaire demeure libre.
(C.)
On a le don d’étouffer toute vie en cherchant et en posant un premier principe abstrait. (…) En fait, le premier principe est toujours un masque, une simple image, ça n’existe pas, les choses ne commencent à bouger et à s’animer qu’au niveau du deuxième, troisième, quatrième principe, et ce ne sont même plus des principes. Les choses ne commencent à vivre qu’au milieu.
(G.D.)
F.S. — Cela s'accorde également avec notre probité. Nietzsche disait que dans l'ambition systématique, il y a un manque de probité…
C. — À propos de la probité, je vais vous dire quelque chose. Quand quelqu'un entreprend un essai de quarante pages sur quoi que ce soit, il part de certaines affirmations préalables et il en reste prisonnier. Une certaine idée de la probité l'oblige à aller jusqu'au bout en les respectant, à ne pas se contredire ; cependant, tandis qu'il progresse, le texte lui présente d'autres tentations, qu'il lui faut rejeter, parce qu'elle s'écarte de la voie tracée. On est enfermé dans un cercle que l'on a soi-même tracé. C'est ainsi qu'en se voulant probe, on tombe dans la fausseté, et dans le manque de véracité. Si cela se produit dans un essai de quarante pages, que ne se passera-t-il pas dans un système ! Là est le drame de toute réflexion structurée : ne pas permettre la contradiction. C'est ainsi que l'on tombe dans le faux, que l'on se ment pour sauvegarder la cohérence. En revanche, si l'on produit des fragments, on peut, en une même journée, dire une chose et son contraire. Pourquoi ? Parce que chaque fragment est issu d'une expérience différente, et que ces expériences, elles, sont vraies : elles sont l'essentiel. On dira que c'est irresponsable, mais si tel est le cas, ce le sera au sens même où la vie est irresponsable. Une pensée fragmentaire reflète tous les aspects de votre expérience ; une pensée systématique n'en reflète qu'un seul aspect, l'aspect contrôlé, et par là même, appauvri. En Nietzsche, en Dostoïevski, s'expriment tous les types d'humanité possible, toutes les expériences. Dans le système, seul parle le contrôleur, le chef. Le système est toujours la voix du chef : c'est pour cela que tout système est totalitaire, alors que la pensée fragmentaire demeure libre.
(C.)
On a le don d’étouffer toute vie en cherchant et en posant un premier principe abstrait. (…) En fait, le premier principe est toujours un masque, une simple image, ça n’existe pas, les choses ne commencent à bouger et à s’animer qu’au niveau du deuxième, troisième, quatrième principe, et ce ne sont même plus des principes. Les choses ne commencent à vivre qu’au milieu.
(G.D.)
2010-11-16
le monde aura passé notre tour
Il faudrait y vivre tout seul, et en hiver. Comme moi, quoi. Mais enfin tout ça est généralisé. Cet isolement de chacun, de presque chacun. Ça se retrouve même sur internet. Ça devrait changer un jour, mais en attendant ça aura été notre époque, notre jeunesse sacrifiée, notre « guerre ». Sida (M.S.etc.), préservatif, chômage, glaciation sociale... et j'en passe !... Bref, pour nous, ça aura été ce refrain de brigitte fontaine : « Il fait froid dans le moooonde ! » Qui continue par : « Ça commence à se savoir. »
Mais le temps de s'en rendre compte, en prendre acte, que ça réagisse, et s'organise... on aura passé, pour ce qui est de notre compte(ur). Passé notre tour. Le monde aura tourné... « tourné sans nous... sans nous attendre. »
2010-11-15
le crépuscule n'est pas la nuit
Du crépuscule c'est pas l'horaire mais la lumière! qui me déchante. Cet orangé dégueulasse, rouquin, cette agonie du jaune. Jaune étant ma couleur préférée, comme le soleil. (Comprendre aussi à cet égard mon immémorial penchant pour les filles blondes, solaires, et le contraire pour les rouquines, crépusculaires – que je distingue des simples rousses. Peut-être.) En tout cas voilà. Et le crépuscule n'est pas la nuit, donc. Question lumière : rien à voir. La nuit est mon autre couleur préférée, le noir. À la nuit mon rythme s'apaise, ralentit, s'approfondit, je m'appartiens mieux. La journée me rend troublé, limite affolé, comme un insecte par la lumière électrique ; tandis qu'avec la nuit s'installe ma vitesse de croisière, le calme pour faire ; légèrement hors du monde, du mondain, et plus ou mieux au coeur du mien.
(O.K.)
La nuit, tu percevais moins l’écoulement du temps. Les devoirs urbains étaient repoussés au lendemain. Aucun acte social ne pouvait être entrepris, rien ne te distrayait plus de toi-même. Tu devenais contemplatif sans culpabilité, et sans autre limite que ta fatigue.
(E.L. – merci à S.)
Le jour m’éblouit.
Le soir m’apaise.
La nuit m’enveloppe.
(E.L. – merci à S.)
(O.K.)
La nuit, tu percevais moins l’écoulement du temps. Les devoirs urbains étaient repoussés au lendemain. Aucun acte social ne pouvait être entrepris, rien ne te distrayait plus de toi-même. Tu devenais contemplatif sans culpabilité, et sans autre limite que ta fatigue.
(E.L. – merci à S.)
Le jour m’éblouit.
Le soir m’apaise.
La nuit m’enveloppe.
(E.L. – merci à S.)
2010-11-13
à la réaction
« La folie actuelle », oui, ou les prémices de l'avenir, ma chère. Balbutiantes ou maladroites. Mais l'humanité déroule son destin, dont on n'est guère que grains. Et pas plus que d'où elle vient on ne sait vraiment où elle va, quel est-il, ce destin. (J'entends « destin » au sens cosmo-logique plus que programmatique.) S'en faire une idée et juger tout en fonction, c'est ce qu'on appelle la morale : à défaut de connaître l'origine de cette humanité on délire volontiers sur sa fin, sinon son sens – qu'on prend alors pour une direction, à tenir. Voilà le lieu, l'enjeu de la morale. Et c'est n'y pas comprendre grand chose, en fait... à la grande chose – que j'appelle la cosmo-logique. Précisément, même, moins on comprend, plus on moralise, disait deleuze, qui comprenait manifestement beaucoup de choses. Bref, le monde et l'Homme tels qu'on les connaît ou croit les connaître ne sont que passage et métamorphose, avec tout le reste. Donc, au moins, l'Homme actuel n'a « rien de définitif », il n'est qu'un pont. Un pont entre les ponts. Tout est devenir. Le reste n'est que Morale.
(O.K.)
(O.K.)
2010-11-12
[u] en étais-je ?
Oui, les génies, ça ne manque pas. À notre niveau il n'y a plus qu'à recopier ! Et recycler, par montages. C'est ce que font déjà certains présents génies... du futur. Eh oui, les génies sont d'abord de simples vivants, parmi les autres, avec des amis, des manies, des simplicités, avant de devenir reconnus par les siècles. Voilà aussi pourquoi ils passent d'abord inaperçus, souvent. Les vrais. Non pas les faux à la mode : c'est plus rares. Inaperçus même auprès de leurs proches. Et surtout ? Puisqu'on en est à nietzsche, prenons seulement nietzsche. Etudie son cercle d'amis. Moi je le connais. Catastrophe. Solitude immense, et, je pourrais dire : absolue. Certes ontologique, déjà, comme tout le monde. ; seulement, aggravée, accentuée, radicalisée par le génie. Sur « la cime », quoi. Glacée. Vertigineuse. Et je pourrais aligner les noms : flaubert, etc. Mais presque tous. Et je dirais même : tous, par définition. Même eux-mêmes ne sont pas en mesure de mesurer à quel point ! Naturellement. (Sinon ils deviendraient (tous) fous sur place. Je peux te le dire. Je crois pouvoir te le dire. On ne mesure pas, ou pas tellement, et mieux vaut ne pas mesurer, tellement.) Mais... j'en étais où ? Qu'est-ce que je voulais dire ?...
(O.K.)
cf. conpréhensiom
cf. l'ascésure
cf. ottocrédit
cf. k.abbale
cf. les certitudes, ça, (g)rands fous
cf. au fond, proust, c'est moi (1)
etc.
(O.K.)
cf. conpréhensiom
cf. l'ascésure
cf. ottocrédit
cf. k.abbale
cf. les certitudes, ça, (g)rands fous
cf. au fond, proust, c'est moi (1)
etc.
2010-11-11
1910-2010
Paraît-il que ma voisine d'en face serait morte.
Elle devait avoir 100 ans bientôt. Ce mois-ci, même, je crois.
Et il se pourrait bien que ce soit le coup de bouderie de sa soeur, l'autre jour, qui lui ait foutu un coup. C'est mon analyse. Elle était déconfite, ce jour-là, qui à duré toute une journée, si je puis dire. Car c'est après elle que sa soeur en avait, dans sa fugue. Maintenant, cette dernière se retrouve seule, comme une..., seule, dans l'appartement qu'elles partageaient, et comme elle est à moitié aveugle, elle va peut-être atterrir en maison de retraite, je sais pas. Sa soeur était incroyablement en forme pour son âge. C'était vraiment incroyable. (Adèle pourrait en témoigner.) Elle faisait encore ses courses, et son ménage, épaulait sa soeur pour marcher, et discutait même avec moi de fenêtre à fenêtre !... Je me disais encore hier, hier encore, que j'étais en contact, là, en présence, à quelques mètres en face, en con-temporanéité avec quelqu'un qui nous venait quand même du début de XXème siècle ! 1910 ! Une sorte de monstre du passé, persistant jusque devant moi. M'englobant dans l'histoire – je sais pas si je dois l'écrire avec un H majuscule, je pourrais. C'est une émotion que tout le monde ne partage pas, je suppose. Comme cette petite solitude de Barthes, dans La chambre claire. Moi ça me fascine. Je fais partie de ceux-là, profondément.
« Un jour, il y a bien longtemps, je tombai sur une photographie du dernier frère de Napoléon, Jérôme (1852). Je me dis alors, avec un étonnement que depuis je n'ai jamais pu réduire « je vois les yeux qui ont vu l'Empereur. » Je parlais parfois de cet étonnement, mais comme personne ne semblait le partager, ni même le comprendre (la vie est ainsi faite à coups de petites solitudes), je l'oubliai. Mon intérêt pour la Photographie prit un tour plus culturel. » (Barthes, La chambre claire.)
(o.K.)
Elle devait avoir 100 ans bientôt. Ce mois-ci, même, je crois.
Et il se pourrait bien que ce soit le coup de bouderie de sa soeur, l'autre jour, qui lui ait foutu un coup. C'est mon analyse. Elle était déconfite, ce jour-là, qui à duré toute une journée, si je puis dire. Car c'est après elle que sa soeur en avait, dans sa fugue. Maintenant, cette dernière se retrouve seule, comme une..., seule, dans l'appartement qu'elles partageaient, et comme elle est à moitié aveugle, elle va peut-être atterrir en maison de retraite, je sais pas. Sa soeur était incroyablement en forme pour son âge. C'était vraiment incroyable. (Adèle pourrait en témoigner.) Elle faisait encore ses courses, et son ménage, épaulait sa soeur pour marcher, et discutait même avec moi de fenêtre à fenêtre !... Je me disais encore hier, hier encore, que j'étais en contact, là, en présence, à quelques mètres en face, en con-temporanéité avec quelqu'un qui nous venait quand même du début de XXème siècle ! 1910 ! Une sorte de monstre du passé, persistant jusque devant moi. M'englobant dans l'histoire – je sais pas si je dois l'écrire avec un H majuscule, je pourrais. C'est une émotion que tout le monde ne partage pas, je suppose. Comme cette petite solitude de Barthes, dans La chambre claire. Moi ça me fascine. Je fais partie de ceux-là, profondément.
« Un jour, il y a bien longtemps, je tombai sur une photographie du dernier frère de Napoléon, Jérôme (1852). Je me dis alors, avec un étonnement que depuis je n'ai jamais pu réduire « je vois les yeux qui ont vu l'Empereur. » Je parlais parfois de cet étonnement, mais comme personne ne semblait le partager, ni même le comprendre (la vie est ainsi faite à coups de petites solitudes), je l'oubliai. Mon intérêt pour la Photographie prit un tour plus culturel. » (Barthes, La chambre claire.)
(o.K.)
pré-tention
Ma sorte de « prétention » n'est, au fond, qu'une forme d'impatience. Intenable.
(O.K.)
cf. vague al'arme
(O.K.)
cf. vague al'arme
KE6PZH
Connu mondialement par les radioamateurs sous les indicatifs KE6PZH et FO5GJ, [Marlon] Brando est inscrit dans la base de données du FCC sous le nom de Martin Brandeaux. À l'occasion, on pouvait l'entendre avec son indicatif FO5GJ émettant depuis son île privée en Polynésie française. En 1994, au cours d'une entrevue sur CNN avec Larry King, Marlon Brando avait confirmé qu'il s'intéressait toujours au radio amateurisme. En réponse à une question d'un téléspectateur, il avait révélé que le radio amateurisme lui permettait d'avoir l'opportunité « d'être simplement lui-même ».
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