N'en jetons presque plus ! Trions, reprenons, détournons.
L'essentiel est presque bien dit et redit, en long, en large...
Reprenons serré, de travers, à travers.
Par les moyens d'avenir du présent. Pour le présent de l'avenir.
(OTTO)KARL

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2009-06-15

extension du domaine de l'amour

[Plus récemment : par KARL en personne : je t'aime maintenant à réinventer]

Mes [conceptions et] constructions affectives sont en décalage avec les représentations courantes de l’Amour et de l’amitié. En particulier, cette séparation-opposition entre l’Amour et l’amitié. (...) [Il suffit d'avoir une relation avec quelqu'un-e pour que se crée] une sorte de dépendance mutuelle, un regard plus ou moins permanent et oppresseur sur l’autre (une surveillance) et cela est valorisé socialement. (...) La possession, la jalousie sont encouragées, l’indépendance, l’autonomie ne le sont pas. (...)

L’Amour et ses représentations ne sont pas des banalités niaises à mépriser en passant, mais des vecteurs de souffrances et d’exclusions à combattre... (...)
« Amour », un terme un peu fort, un peu vague, plutôt indiscernable, relativement dévastateur. (...) la seule chose qu’on sait, c’est qu’il a du poids. On ne joue pas avec ce mot-là. (...)

[Or] les échanges affectifs entre des personnes, ça peut prendre toute une série très longue et très diverse de formes, pleine de subtilités, d’originalités, de créativités et de tabous. Ça peut prendre la forme d’échanges physiques ou non, d’échanges sexuels, de gestes de tendresse. Et quand ces échanges affectifs nous font du bien, nous en retirons des biens affectifs. (...)
Les différentes cultures qui émaillent l’humanité ont chacune leur manière de gérer tous ces échanges affectifs. Certains sont interdits, d’autres sont tolérés, ou catégorisés, regroupés, codés, (...), nommés, normés. Par exemple, notre culture a principalement deux mots pour les échanges affectifs : « amitié » et « Amour ». (...) Deux seuls mots, deux seules étiquettes, pour tant d’échanges affectifs différents.
(...) On classe nos relations dans deux cases très réductrices. Et ces deux cases ne sont pas équilibrées, loin de là. « L’amitié » recouvre une énorme variété d’échanges affectifs. « L’Amour » , lui, n’est rien d’autre qu’un point culminant, une totalité, l’amitié au centuple, l’amitié à l’extrême. Il est à la fois énorme et rarissime. (...)
L’Amour est un Dieu. On communie avec lui dans l’extase la plus complète. On l’attend au tournant, on l’appelle au secours, on rêve d’être touché-e par sa grâce, on craint ses courroux plus que tout. On l’adore. On le prie, le soir dans son lit, de se manifester. Il nous sauvera. Il est la seule chose qui fera de notre chemin sur terre un paradis. En même temps il nous promet les douleurs les plus atroces et les plus saintes.
L’Amour, c’est une forme d’échange affectif totale. Totalisante. Totalitaire. L’Amour, c’est toutes les formes d’échanges affectifs réunies. (...) Il n’y a pas d’affection partielle ou nuancée, sinon ça ne reste « que » de l’amitié, ou du partenariat sexuel, ou de l’affection fraternelle... (...) Il est d’ailleurs très important de se demander régulièrement si notre Amour est « véritable », « authentique ». Car on ne blasphème pas avec l’Amour, on ne prononce pas son nom en vain, sinon sacrilège, sacrilège ! (...)

Le Dieu Amour a ses Christs, ses rejetons incarnés : c’est le Prince charmant et la Princesse charmante. (...) Ils/elles sont parfait-e-s, archi-désirables, légendaires. Daigneront-ils/elles nous adresser un clin d’œil ? Arriverons-nous à les attraper, à les posséder, à s’unir avec elles/eux et l’Amour dans une sainte trinité ? Arriverons-nous à leur ressembler assez pour faire autant d’effet autour de nous ? Pour que partout, sans cesse, les gens se prosternent et nous déclarent leur flamme ?
Nous adorons le Prince ou la Princesse charmant-e-s, et à travers elle ou lui, nous adorons toutes les normes sociales dont notre culture l’habille. (...) Les marchand-e-s de vêtements, les publicitaires, les usines de produits de beauté, et surtout le patriarcat, trouvent dans le Prince et la Princesse charmant-e leurs meilleur-e-s allié-e-s. Quelle autre norme sociale peut se vanter d’être ardemment désirée à ce point ? (...)
[Le Prince et la Princesse charmant-e sont des mythes.] Pourquoi ruiner notre vie, attendre, décevoir, pleurer, pour des légendes ?
On dira que j’exagère, que les gens comprennent vite que tous ces mythes sont des mythes. Moi je dis que ces mythes sont dangereux. Ils trifouillent allègrement des émotions très profondes, ils remuent ce qu’il y a de plus douloureux, de plus intime, de plus sensible en nous : l’ego, les affects, les besoins de reconnaissance, les peurs de l’abandon... Ils suscitent des dépendances, des haines, des crampes, des dépressions. Ils inspirent des harcèlements, des suicides, des crimes passionnels. Et même sans aller jusque là, énormément de gens passent toute leur adolescence, par exemple, à croire dur comme fer à l’Amour, et à en souffrir ; ils peuvent en sortir, mais garder d’inévitables séquelles pour des lustres. Une adolescence de souffrance c’est déjà trop, rien qu’une année c’est déjà trop, cessons d’inspirer la foi en un-e Prince-sse charmant-e, ce n’est pas « quand on sera grand-e » qu’on « comprendra », [entraînons-nous/] entraidons-nous dès maintenant à être autonomes et serein-e-s sur le plan affectif. (...)

[L'Amour,] difficile d’y échapper : [les chansons], les dessins animés, les fables, les films, les pubs, les magazines, les romans, les nouvelles, nos [copains/copines] même... l’Amour nous est raconté à tire-larigot. Ces récits d’Amour nous construisent, nous flanquent leur culture dans l’esprit, nous acculturent, ils nous apprennent à désirer tous ces mythes. Notre sensibilité est construite par eux, en même temps qu’elle les réclame. Quand nous allons au cinéma voir une « belle » histoire d’Amour, et que nous en sortons troublé-e, rêveur/-euse, nous venons de vivre un peu de cet Amour raconté, et à la fois nous venons d’intégrer un peu plus qu’il est beau, qu’il est grand et que nous avons intérêt à y aspirer. Ces films compensent notre misère affective, nous offrant un moment d’identification et de catharsis, nous permettant de vivre par procuration ce que nous ne trouverons jamais [ou rarement] dans notre existence. A la fois consolateurs et véhicules de la culture de l’Amour, ils apaisent nos souffrances, nos frustrations, en même temps qu’ils préparent le terrain pour qu’elles se renforcent.

Avez-vous remarqué comment fonctionnent les récits d’Amour ? Ce sont [presque] toujours les mêmes rengaines. Un Prince charmant et une Princesse charmante se rencontrent, l’Amour naît, malicieux, au coin des regards dérobés et des situations inattendues. Puis l’Amour se joue, c’est la phase de séduction, l’héroïne et le héros s’approchent, se guettent, se sous-entendent, se mésentendent... Suspense... Mais l’histoire d’Amour finit bien, le Prince et la Princesse se tombent dans les bras, c’est l’apothéose du Baiser, puis le générique. Et après ? Qu’en est-il de la vie post-Baiser ? On suppose l’Eden amoureux, une image figée, nacrée, rêvée, « ils vécurent heureux et eurent beaucoup d’enfants ». C’est précisément là, dans cette cessation du récit, dans ce silence, que s’exprime le mythe de l’Amour : le bonheur dans l’Amour est tellement total qu’il ne reste plus rien à raconter. Les épreuves dignes d’effroi et d’attention résident dans la séduction ; la vie entre Amoureux et Amoureuse, elle, est lisse comme du beurre, exempte d’épreuves, de sursauts, de surprises. A la limite, si elle apparaît dans ses difficultés, elle ne sert que de décor pour que l’un-e des conjoint-e se lasse et démarre une phase de séduction avec quelqu’un-e d’autre.
Seuls les récits plus « intellectuels », plus difficiles d’accès, racontent les obstacles et difficultés une fois l’Amour déclaré, scellé (...) Dans les magazines mièvres, les problèmes de la vie post-Baiser sont traités scientifiquement, à grands renforts de psychologues, comme des anormalités presque médicalisables, des maladies de l’âge. Mais le registre du récit, celui qui nous fait frissonner, celui qui marque nos émotions et nos désirs, reste réservé, lui, à la vie pré-Baiser : l’Amour dans le récit « populaire » n’est rien d’autre qu’un soulagement final, un happy end. Ce schéma se répercute dans notre caboche, et nourrit le mythe de l’Amour, plaqué ensuite sur notre réalité, nos projets et aspirations. (...)

La culture de l’Amour fait naître toute une économie de l’affection. Car, idéalisant et raréfiant à la fois les échanges affectifs, elle crée une misère et donc une demande.
L'Amour [idéalisé par notre culture], c’est une mine, un trésor affectif. L’Amour devient donc une forme de relation extrême, rêvée, désirée à outrance. Quand on ne l’a pas, on veut absolument l’avoir. Quand on l’a, on a une peur absolue de la perdre. Et quand on ne l’a plus, on meurt, ou presque.
Mais en même temps, la définition de l’Amour est si pointue, si exigeante... qu’on peine à le rencontrer. (...) les possibilités de vivre des échanges affectifs deviennent rares. Là commence la misère affective. (...)
La culture de l’Amour encourage [la] demande [de biens affectifs] en même temps qu’elle réduit leur quantité disponible. Elle crée des individus schizophrènes, qui se construisent un désir ardent d’Amour en même temps qu’ils s’en construisent une définition trop exigeante. Des êtres qui se rendent dépendants d’un idéal en même temps qu’ils se le rendent inaccessible. (...)

Là où il y a une économie, une rareté, une misère, le capitalisme se précipite. Il débarque d’abord avec tous ses principes, représentations, comportements. La rareté d’un bien inspire à tou-te-s la peur d’en manquer, la compétition pour l’acquérir, la propriété pour ne pas le laisser filer. (...)
Le Prince ou la Princesse charmant-e-s sont des oiseaux rares qu’on met en cage. Des fois on se possède mutuellement et on reste ainsi, des années en couple, rivées l’un-e sur l’autre, parce qu’on a tou-te-s les deux peur de ce qui se passerait en dehors de cette relation, peur du chemin à accomplir de zéro pour retrouver et séduire un nouveau Prince ou une nouvelle Princesse.

Enfin, la rareté des biens affectifs creuse des fossés entre « possédant-e-s » et « non-possédant-e-s ». Les exclu-e-s de l’affection sont légion, exclu-e-s par leur physique, par leur manque d’expérience, leur manque d’aisance, leur manque de confiance en soi, face à cet enjeu énorme et complexe qu’est l’accès à l’Amour... On peut dire qu’ils/elles manquent de capital affectif. Et comme dans tout système de domination, moins on a de capital, moins on a de chances d’en gagner : c’est un cercle vicieux. Les exclu-e-s de l’affection manquent d’assurance au départ, donc vivent peu d’expériences affectives, donc n’ont jamais l’occasion de gagner de l’assurance, donc restent handicapé-e-s, à moins d’une rencontre de type miraculeux.
Paradoxalement, et injustement, ce sont souvent les exclu-e-s de l’affection qui intègrent plus que tou-te-s les autres les mythes dominants et les comportements du capitalisme affectif. Leur manque de vécu ne leur permet pas de détruire les mythes de l’Amour, de comprendre leur absurdité. Trop habitué-e-s au manque, ils/elles ont la terreur de perdre la moindre once d’affection acquise. On les oublie vite et les retrouve parfois dans les faits divers, dépressions, viols, internements, pétages de plombs divers et variés... La misère affective assèche le moral et affame les nerfs. (...)

Comment accéder aux biens affectifs ? C’est la question que tout le monde se pose. Nous avons 4 réponses possibles face à nous.

1) Souscrire aux critères de l’Amour. Devenir un-e Prince-sse charmant-e et trouver son/sa Prince-sse charmant-e. Séduire. Mais cette voie est réservée aux puissant-e-s, aux jeunes, aux belles et beaux, aux confiant-e-s, aux expérimenté-e-s. Elle est complexe et sélective.
2) Acheter les succédanés de biens affectifs. L’argent est quand même un outil plus facile que toutes ces entreprises de séduction, si compliquées et si hasardeuses. Le problème, c’est que l’argent il faut le trouver... Faire partie des classes économiquement dominantes, et/ou être prêt-e à se vendre sur le marché de l’exploitation salariale... Mais après tout, l’argent est la solution de rechange la plus facile, dans une société qui nous pousse de toutes ses forces dans le travail rémunéré, et qui nous encourage à résoudre nos problèmes de manière individuelle.
3) S’adonner à la violence, le chantage, la menace, le viol. Un autre raccourci qui demande d’autres habiletés, que beaucoup choisissent, et qui fait des ravages.
4) Soigner le problème à sa racine : détruire la culture de l’Amour et répandre l’abondance affective qu’elle garde captive. Se lancer individuellement, collectivement, socialement, dans une déconstruction des normes relationnelles. C’est la solution en laquelle je crois.

Les biens affectifs sont disponibles en quantité, ils sont là, ils existent ! Nous regorgeons de ressources affectives, nous rêvons tou-te-s d’en donner et d’en goûter, il ne tient qu’à nous de le faire ! La rareté des biens affectifs est une illusion, un décret qu’il suffit de déchirer, elle est aussi fausse que la rareté des biens matériels, montée de toutes pièces par le système capitaliste pour sanctionner ceux et celles qui refusent de travailler pour les possédants.

Gratuité des biens affectifs ! Pour une affection abondante, égalitaire, sans dominations. Pour une pornographie live, pour des psychothérapies gratuites, pour la fin des spécialisations, des professionalisations de l’écoute et de la sexualité. Pour bannir un jour les rapports spectaculaires-marchands de nos vies affectives comme du reste de notre existence. Le plus tôt sera le mieux !

Quelques propositions pour une abondance affective :
- Construire des relations affectives uniques, conscientes et particulières, au-delà de toute norme relationnelle, aussi diverses que les individus qu’elles impliquent et leurs envies.
- Répandre et banaliser les relations affectives, plutôt que de les sacraliser.
- Envisager la non-exclusivité, ce qui ne veut pas dire consommer nonchalamment les partenaires les un-e-s après les autres, mais se laisser la possibilité de découvrir petit à petit une diversité de relations affectives égalitaires, pourquoi pas simultanées, en étant très très conscient-e qu’en l’état actuel des choses ça veut dire se lancer dans une expérimentation, et que ça implique d’autant plus d’attention et de qualité de communication entre les expérimentateurs/-rices. (...)
- Arrêter de parler d’Amour et d’amitié, choisir des termes plus précis.
- Rajouter de l’acné et du bide aux icônes des Prince-sse-s charmant-e-s.
- Parler aux enfants d’autres formes affectives que l’Amour.
- Se déconstruire (...) progressivement.
- Développer l’autonomie affective, ce qui ne veut pas dire se renfermer sur soi-même, mais varier et multiplier les sources d’affection (moments privilégiés avec des ami-e-s ou avec soi-même, [tendresse], massages, [sensualité], auto-sexualité,...), pour se relationner aux autres sans peurs et dépendances, sur des bases plus assurées et ouvertes. (...)

[Vers l'autonomie affective :]
- Comment désamorcer la douleur maîtresse, la dépendance, comment basculer dans l’autonomie ? Je ne dois pas chercher une compensation, une fuite, mais un recul, un retour sur moi-même, mes goûts et mes envies propres.
- Démystifier l’Autre, démystifier la sexualité...
- Voir que l’Autre n’est pas parfait-e, qu’elle ou il a aussi des côtés qui ne me plaisent pas, comme tout le monde.
- Voir combien il/elle est différent-e, lointain-e, penser qu’il/elle a d’autres attirances. (La fusion est une chimère !)
- Penser que c’est important pour elle/lui d’avoir cette liberté-là, qu’il/elle ne m’appartient pas, me rappeler — ressentir — que j’aurais horreur de l’emprisonner. (...)
- Penser aux moments où j’ai ressenti que la sexualité était un plaisir comme un autre, et rien de plus... Penser aux autres plaisirs intenses que je connais et que je ressens par d’autres moyens.
- Observer ma douleur, l’analyser, la comprendre... Mais ne pas y rester. Au besoin, quitter les lieux, changer de cadre, changer d’air. Voir d’autres ami-e-s, explorer d’autres réseaux de connaissances, rencontrer des gens.
- Trouver le plaisir de me retrouver, de me bichonner moi-même : c’est l’occasion de penser un peu à moi, de redécouvrir mes passions, mes autres plaisirs, marcher en montagne, me faire un bon repas, chanter...
- Ne pas oublier que le but de cette démarche n’est pas de fuir quelque chose, mais de me retrouver. Non pas lutter CONTRE le démon amoureux, mais aller VERS quelque chose de chouette, de léger.

(...) Gilles Deleuze (...) :
« A mon envie abjecte d’être aimé, je substituerai une puissance d’aimer, non pas une volonté absurde d’aimer n’importe qui, n’importe quoi, non pas s’identifier avec l’univers, mais dégager le pur événement qui m’unit à ceux que j’aime, et qui ne m’attendent pas plus que je ne les attends, puisque seul l’événement nous attend, eventum tantum. Faire un événement si petit soit-il, la chose la plus délicate du monde, le contraire de faire une histoire. Aimer ceux qui sont ainsi : quand ils entrent dans une pièce, ce ne sont pas des personnes, des caractères ou des sujets, c’est une variation atmosphérique, un changement de teinte, une molécule imperceptible, une population discrète, un brouillard ou une nuée de gouttes. »

source : contre l'amour
cf. l'amour inventé, à réinventer... : réinventé
cf. la page aux romantiques
cf. se rencontre
cf. french antiromantisme
cf. affranchir amour-amitié
cf. se faciliter l'attache

2009-06-14

l'éthique hacker

Un rapport alternatif au travail, à l’argent, au temps... qui caractérise une éthique que Pekka Himanen, jeune philosophe finlandais, oppose à l’éthique protestante analysée par Max Weber, en la nommant l'éthique hacker. Celle-ci recouvre une relation passionnée au travail dont les motivations principales sont le plaisir, le jeu et la passion. À cela s’ajoutent un statut de non-dépendance salariale et l’adhésion à des comportements de coopération.

Pekka Himanen (...) estime que les hackers sont les prototypes parfaits des citoyens de l’ère de l’information, censée succéder à l’âge industriel. Entretien avec un « philosophe-hacker ».
J’ai étudié les discours [hackers], (...) les mêmes mots reviennent toujours : la passion, le jeu, le plaisir, l’échange et le partage. Cette attitude des hackers s’oppose (...) à l’éthique protestante, telle qu’elle est définie par Max Weber, et qui domine le monde d’aujourd’hui : celle du travail comme devoir, comme valeur en soi. Où vous devez juste effectuer votre travail, peu importe en quoi il consiste. Où la souffrance est même assez noble. Cette attitude caractérise l’ère industrielle. Dans l’éthique hacker, vous faites quelque chose que vous trouvez intéressant et gratifiant en soi, grâce auquel vous pouvez vous réaliser et créer quelque chose qui a une valeur sociale.
(...) On peut avoir la même attitude dans d’autres domaines que l’informatique. Vous pouvez être un [philosophe]-hacker, un [cinéaste]-hacker... Il suffit de ne pas faire quelque chose seulement de façon routinière, mais d’y ajouter quelque chose de personnel. Pour de l’argent ou pas. C’est intimement lié à la création d’information et de connaissance, mais vous pouvez aussi être un artisan-hacker, avoir une relation passionnée et personnelle au travail du bois. Cela concerne toute personne qui crée du sens, des symboles ou de l’identité.
(...) L’éthique hacker n’est pas nouvelle. On la retrouve dans la communauté scientifique ou chez les artistes. Mais ce qui rend l’attitude des hackers significative, c’est que les créateurs d’information sont aujourd’hui au cœur du développement de nos sociétés, et non plus aux marges, comme l’étaient les artistes.
[Ces personnes travaillent alors même qu’elles n’y sont pas obligées pour subsister, et leur travail est d’une nature différente de celui hérité de l’éthique protestante. Pour le hacker, la distinction pertinente n’est pas tant le travail ou le loisir, mais plutôt l’intérêt que l’on porte ou pas à l’une ou l’autre de ces activités, ainsi que la créativité que l’on met ou pas en œuvre, la passion qui le porte. Cette éthique du travail contient également un rapport différent au temps, à son découpage et à son optimisation.]
(...) Max Weber incluait dans l’éthique protestante l’idée d’une vie structurée par la régularité. L’ère industrielle a généré l’idée d’un temps de travail régulier. Les gens ont perdu le contrôle de leur temps. Au contraire, les hackers suivent le rythme de leur créativité : parfois, ils travaillent très tard dans la nuit, puis ils prennent une journée, ou s’arrêtent et vont boire une bière. On pourrait les croire feignants ou pas sérieux. Il n’en est rien : la relation au temps est plus flexible dans l’éthique hacker que dans l’éthique protestante : différentes séquences de vie comme le travail, la famille, les amis, les hobbies, etc. sont mélangées avec une certaine souplesse de telle sorte que le travail n’occupe jamais le centre. Et cette relation flexible au temps est couplée à un usage intensif des technologies de l’information (mail, web, téléphones portables...), car en principe celles-ci peuvent vous affranchir d’un temps trop contraint.
[Néanmoins, ces technologies ne permettent pas en soi de reprendre le contrôle de son temps], les technologies ne produisent rien en tant que telles, [et] si l’éthique protestante continue à nous animer, les technologies de l’information serviront encore plus à optimiser le temps. (...) [De nos jours] les outils de communication accompagnent [notre] culture de l’urgence. (...) les premiers utilisateurs de mobiles ont été les pompiers, les policiers, les médecins. Cette culture de l’urgence nous a tous contaminés. Jusqu’à la sphère des loisirs, qui adopte de plus en plus une structure d’organisation similaire à celle du travail : agenda en main, cela consiste à tenter de traiter toutes les tâches et les rendez-vous de la soirée. Mais les hackers sont un exemple montrant que ces technologies peuvent vraiment tenir leurs promesses.
[La culture des hackers est aussi celle de l’ouverture, du partage...] Parce qu’ils ont une activité qui produit du sens, ils recherchent une reconnaissance de leurs pairs, qui passe par le partage du savoir. Il y a aussi des raisons plus pragmatiques : si vous cachez toutes vos idées, personne ne peut rien y ajouter. Si vous les ouvrez à une communauté de gens créatifs, vous obtenez des critiques, et de nouvelles idées pour améliorer l’ensemble.
(...) L’éthique hacker est clairement un moyen très efficace de créer. Elle a aussi généré [de tout temps] la plupart des découvertes scientifiques, et des œuvres d’art. C’est lié à la psychologie de la créativité. Si vous travaillez sur quelque chose de créatif, vous devez suivre le rythme de votre créativité et ouvrir vos idées à une communauté critique. La science médiévale, très autoritaire et fermée, n’a connu que de très rares avancées.
[Le mobile de l’activité du hacker n’est pas l’argent. Un des fondements même du mouvement du logiciel libre, initié par les hackers, consiste précisément à rendre impossible l’appropriabilité privée de la production logicielle et donc la perspective d’en tirer profit. Là encore, on trouve comme mobiles qui président à l’engagement dans le travail coopératif volontaire la passion, la créativité, et la socialisation.]

cf. l'amatueur, ou l'artiste contre-bourgeois
cf. dés'organiser
cf. j'marcuse
cf. le manifeste des chômeurs heureux (nouveau lien : ICI)
cf. pour une révolution amateuriste

2009-06-13

sommeilleur à faire

Le meilleur, c'est un sommeil bien ivre, sur la grève.
(A.R.)
Je cherche des armes, des secrets, des aveux. Je dois lire en diagonale, sauter ce que j'aimerais méditer, être aussi sélectif qu'un ordinateur bien programmé.
Je suis fatigué, je vais dormir.
Et je montai dans la chambre, tout à fait heureux de changer d'avis si facilement, de rester supérieur à l'événement. Dormir était plus important que tout.
(J.P.)
[Il] dormait beaucoup. Lorsqu'il n'avait pas ses neuf ou dix heures de sommeil, ça n'allait pas. Lorsqu'il les avait, on ne voyait pas la différence, mais lui ne s'y trompait pas.
(C.T.)
cf. somme...
cf. « délasse ta tête »
cf. artiste (vivant) à l'oeuvre (vivante)
cf. le droit s'en aller

2009-06-10

leur son

J'ai tout essayé, j'ai pas trouvé le sens. (...) J'ai [même] nagé nu, mais... désolé : j'ai pas trouvé le sens.
[D.A.]
On se leurre à tout interpréter. C'est ce grand délire d'interprétation qui empêche de saisir les choses pour ce qu'elles sont.
(G.P.)
Vous ne comprendrez rien ni à vous ni au monde si vous n'admettez pas que vous êtes un animal.
(J.P.)
cf. animeaux
cf. klar

impass...

Le monde m'intéresse (...) Son impassibilité me séduit. Son objectivité me rassure. Un objet n'a rien à te dire. Mais ne me parle pas de repos. Car il faut se débrouiller avec ce rien, ce qui n'est pas rien.
(G.P.)
cf. l'espace du temps autour

2009-06-09

t

La beauté est vérité, la vérité beauté. C'est tout ce que vous savez sur terre. Et c'est tout ce qu'il faut savoir !
(J.K.)
cf. vivre-filmer
cf. une esthéthique ®

2009-06-08

panta mille


Parmi les fêtes et la joie, ayons toujours ce refrain de la souvenance de notre condition, et nous ne laissons pas si fort emporter au plaisir, que parfois il ne nous repasse en la mémoire, en combien de sortes cette nôtre allégresse est en butte à la mort et de combien de prises elle la menace. (...) Il est incertain où la mort nous attende, attendons-la partout. La préméditation* de la mort est pré-méditation de la liberté.
(M.d.M.)
cf. l'idée philosophe par excellence

2009-05-29

2009-05-27

dés'organiser

. Des petits va-nu-pieds qui s’imaginent travailler plus que personne parce qu’ils ne viennent à bout de rien. Ça pleurniche au lieu de commander. Ça lit des tas de livres et ça n’a jamais été fichu de comprendre - de comprendre, vous m’entendez ! -
. Quand on prend convenablement son travail, on le fait vite et bien, il vous reste des loisirs et c’est tant mieux pour tout le monde.
(G.B.)

2009-05-26

non droit de simplicité

Vous n’êtes pas de ces gens qui peuvent parler pour ne rien dire, et c’est malheureusement ce qu’il faudrait. – Enfin, m’écriai-je, qu’ai-je fait de mal, que me reproche-t-on ? – D’être ce que vous êtes, il n’y a pas de remède à cela. Que voulez-vous, mon enfant, ces gens ne haïssent pas votre simplicité, ils s’en défendent, elle est comme une espèce de feu qui les brûle.
(G.B.)

cf. tonus

2009-05-20

passager

On ne fait tous que passer.
De là deux options, deux profils : passant ou passeur.
(O.K.)

cf. philosofi!
cf. demeurer cochon ?

en attendant, que n'ai-je...

C'est un problème très concret, ça, la question des attentes. Arriver à attendre, et d'une certaine manière le monde a changé. Le problème ne se pose plus de la même façon. Il y a des cas où on peut pas attendre, il y a des cas où il faut pas attendre. Il y a des cas où attendre change tout.
(G.D.)
S'allonger dans la neige, maintenant. Là. Au lieu de ne plus faire que agir sans cesse — sans trêve. S'allonger dans la neige... comme un soldat russe... Et sentir comme la terre tourne. L'expérimenter.
(Sans parler des chances qu'un moment... une pomme! sur la tête.)
(O.K.)
S'il est vraiment un argument valable contre la faiblesse et la maladie c'est qu'elles rongent le véritable instinct de la guérison, l'instinct de la défense armée. On ne sait plus se dépêtrer de rien, on ne sait venir à bout de rien, on n'arrive plus à rien rejeter. Tout blesse. Hommes et choses vous talonnent de trop près, les événements frappent trop profond, le souvenir est une plaie purulente. La maladie est une sorte de ressentiment. Le malade n'a contre elle qu'un seul grand moyen de salut, ce que j'appelle le fatalisme russe, ce fatalisme sans révolte avec lequel le soldat russe pour qui la campagne devient trop dure finit par se coucher dans la neige. Ne plus rien accepter du tout, ne plus rien prendre, ne plus rien absorber, - n'avoir plus aucune réaction... La grande sagesse de ce fatalisme, qui n'est pas toujours simplement le courage de mourir, mais aussi l'art de sauver la vie dans les circonstances les plus périlleuses, consiste à réduire les échanges du corps, à les ralentir et à lui faire vouloir l'engourdissement hivernal. Quelques pas de plus dans cette voie et on obtient logiquement le fakir qui dort des semaines dans un tombeau... Pour éviter de se gaspiller trop vite en réactions il faut cesser complètement de réagir ; c'est la logique même. Or rien ne vous consume plus vite que le ressentiment. Le dépit, la susceptibilité maladive, l'impuissance à se venger, l'envie, la soif de vengeance, autant de toxines, autant de réactions qui sont les pires pour un épuisé ; elles entraînent une usure rapide de la résistance nerveuse et une recrudescence morbide des évacuations nuisibles comme l'épanchement de la bile dans l'estomac. Le ressentiment doit pour le malade être essentiellement tabou, c'est sa maladie elle-même : c'est aussi malheureusement son penchant le plus naturel. Bouddha l'avait compris, le grand physiologiste. Sa « religion » - qu'on ferait mieux d'appeler hygiène pour ne pas la commettre avec d'aussi pitoyables choses que le christianisme faisait dépendre son efficacité de la défaite du ressentiment : libérer l'âme du ressentiment, c'est le premier pas vers la guérison. « Ce n'est pas l'inimitié, mais l'amitié qui met un terme à l'inimitié » : voilà la première leçon du Bouddha ; ce n'est pas le langage de la morale, c'est celui de la physiologie. Le ressentiment né de la faiblesse n'est nuisible à nul plus qu'au faible ; dans les autres cas, chez les natures riches, c'est un sentiment superflu : on prouve presque sa richesse en le matant. (...) Dans mes périodes de décadence je me suis défendu ces sentiments comme nuisibles ; dès que la vie me revenait avec assez d'abondance et de fierté je me les interdisais comme inférieurs à moi. Le « fatalisme russe » dont je parlais intervenait chez moi pour m'obliger à me cramponner opiniâtrement à des situations, des endroits, des demeures, des compagnies presque insupportables, une fois qu'elles m'avaient été données par le hasard : c'était mieux que de les changer, que de les sentir modifiables, que de se révolter contre elles... J'en voulais à mort à cette époque à qui me dérangeait dans ce fatalisme, à qui m'arrachait de force à ce sommeil ; c'est qu'en effet il y avait toujours danger de mort. S'accepter soi-même comme un fatum, ne pas se vouloir « autrement », en pareil cas c'est la raison même.
(F.N. — EH 1§6)

Be water...
(B.L.)

continuiter, par goût

Court-circuiter le discontinu, le continuiter. (O.K.)

(J.-P.G.)(O.K.)
Le roman est un art du temps, (...) il peut opposer à la dispersion et à la fragmentation des expériences existentielles une expérience temporelle de recomposition et de liaison (...). Le roman qui m’intéresse comme lecteur et celui que je cherche à écrire (...) est une oeuvre contre le temps, il fabrique du continu contre le morcellement et la désintégration...
Ce roman est aussi une oeuvre avec le temps, il fait fond sur le dynamisme, l’énergie du mouvement temporel, il fabrique de l’allant, (...) [avec] une écriture commandée par le rythme, l’allant, un développement par reprises et symétries, une composition par échos et correspondances. J['aime] parler d’énergie, d’écriture du mouvement, de (...) la voix de la prose, qui est une énergie, impulsée par la syntaxe. (...)

Dans cette tension (...) entre le travail du discontinu qui désagrège et décompose et le travail du continu où s’exerce le désir d’une forme qui rassemble et qui tienne (...) il s’agit de faire affleurer (par l’écriture) les forces qui rendent la vie possible, ces forces de vie qui s’opposent en nous aux forces de mort (...)
[C'est] ce qui est en jeu, avec cette idée d’énergie[.](...) Je sens qu’il est (...) nécessaire de rechercher les liens qui nous unissent au monde, nous le rendent malgré tout accueillant, désirable ou admirable, plutôt que de cultiver exclusivement les motifs de litige avec lui, dans l’état d’esprit de « celui qui toujours nie »... Rechercher ces liens qui nous unissent au monde où nous sommes, ce n’est pas consentir béatement à l’état du monde tel qu’il est, (...) il s’agit (...) de transmettre de l’énergie dans le moment même où le monde représenté est représenté tel qu’il est, c’est-à-dire fort mal habitable (...). Le monde que représente Le Voyage au bout de la nuit ou [Remué] n’est pas un monde habitable, mais l’écriture de Céline ou de [Dominique A] dégage et transmet une énergie qui anime en nous le désir d’un monde plus habitable, où par là même les liens que nous pouvons tisser avec lui soient plus riches...

Une telle transmutation (...) c’est dans la langue qu’elle s’accomplit, (...) par ces liens vivants qui définissent une forme et qui peuvent seuls générer de l’énergie. (...) Le continu, dans la prose romanesque, c’est la liaison, le tressage, plus le mouvement, l’énergie, tout cet ensemble de choses qui travaille à fabriquer des liens, des liens vivants, et qui va de la syntaxe à la composition, de la transition et de l’enchaînement au réseau et à l’épaisseur, de l’allant du rythme au mouvement dynamique, de la coulée sonore à la voix.

Cette esthétique du continu dans le roman permettrait de ne pas confondre le roman avec le récit et ses mille avatars, elle permettrait aussi de penser que les exigences du romancier n’ont depuis longtemps plus rien à envier à celles du poète, qu’il serait heureux que les poètes en finissent avec leur implicite et archaïque conception hiérarchique des « genres » et cessent de s’imaginer que c’est à eux qu’est dévolue la charge de « l’essentiel »...

[D'autre part,] l’idée de « monologue » est à l’opposé de ce qui m’intéresse puisque justement je cherche à rendre sensible le fait que la parole intérieure est rarement tout à fait solitaire : elle est le plus souvent tissée de la parole d’autrui, elle se développe dans la reprise et l’assimilation constantes de la parole d’autrui, et de la parole qu’on a ou qu’on aurait pu, qu’on va ou qu’on pourrait adresser à autrui, si bien qu’elle est plutôt une polyphonie. Ce qui m’intéresse, c’est de représenter l’activité intérieure qui s’accomplit dans ce mélange complexe et hétérogène où se retrouvent des éléments verbalisés ou non : sensations évoquées, images mentales, souvenirs et anticipations, scénarios, bribes de paroles prononcées ou entendues, et bribes de paroles jamais prononcées mais que nous prononcerions si nous avions à parler - tout ce qui fait la « vie intérieure », tout ce qui nous relie à la trame du monde et nous y insère, et qui n’est en réalité qu’un magma incohérent. Une forme littéraire peut tenter non pas de mimer ce magma de l’activité intérieure, non pas de le montrer mais de le représenter, d’en donner un équivalent qui ne soit ni un décalque ni une reproduction : la parole silencieuse n’est pas l’activité mentale réelle que je viens d’évoquer, c’est la forme littéraire que peut prendre sa représentation. (...) Elle a beaucoup à voir avec le mouvement de la rêverie, sa souplesse, son allant, cette énergie qui la porte en avant, et sans qu’elle ait besoin d’être conclue par une solution, en quoi elle est aussi une quête. Elle tient enfin de la voix, de la sensation de présence de celui qui parle, de cette tension qui porte la voix.
(J.-P.G.)
cf. que ça continue
cf. (incon...) nu
cf. au fond, sollers, c'est moi

2009-05-19

appr... érotique

Des femmes (/hommes), plus jeune on est attiré par ce qu'on nous a caché ; plus tard, avec la maturité de l'expérience, par ce qu'on ne nous a pas appris.
(O.K.)

CQFD de l'expressionnisme

L'expressionnisme est la projection d'une subjectivité qui tend à déformer la réalité pour inspirer au spectateur une réaction émotionnelle. Les représentations sont souvent fondées sur des visions angoissantes, déformant et stylisant la réalité pour atteindre la plus grande intensité expressive. Celles-ci sont le reflet de la vision pessimiste que les expressionnistes ont de leur époque...
Au début du XXe siècle, ce mouvement profondément ancré dans l'Europe du Nord (en particulier l'Allemagne — « Aussi loin que porte l'influence allemande elle corrompt la culture. (F.N. — EH 2§3)) est une réaction à l'impressionnisme français. Alors que l'impressionnisme s'emploie à décrire la réalité physique, l'expressionnisme allemand lui ne s'attache plus à cette réalité et la soumet aux états d'âme de l'artiste.
L'expressionnisme rompt aussi avec l'impressionnisme à travers une forme très agressive : des couleurs violentes, des lignes acérées.
Les premiers éléments annonciateurs de l'expressionnisme proprement dit (si on passe sur Grünewald et le Greco) apparaissent à la fin du XIXe siècle, en particulier dans la toile d'Edvard Munch, Le Cri ainsi que dans l'évolution des travaux de Van Gogh.
(w)

Vincent [Van Gogh] et moi sommes bien peu d'accord en général, surtout en peinture... Il est romantique et moi je suis plutôt porté à un état primitif. (Paul Gauguin à Emile Bernard, décembre 1888)
(-)

L'expressionnisme est un romantisme.
(O.K.)

cf. le classicisme déclassé
cf. saine de ménage

le classicisme déclassé

Chaque fois que je fais un film, je suis pénétré très honnêtement et très sincèrement par le désir de plaire au public. Malheureusement, je ne sais pas comment cela se fait, il y a en moi une espèce de tendance qui vient de mon grand désir de classicisme (...)
Si La Règle du Jeu avait été traité comme un film romantique, si j'avais présenté des gens qui fondent en larmes et qui prennent leur coeur pour le tendre au public en disant : « Prends-le, bois-le ! », si j'avais pris des gens dont le visage se bouleversent, si j'avais usé de tout l'arsenal romantique, je suis persuadé que la même histoire aurait été valable. Mais l'esprit classique, qui est un esprit dans lequel on essaie de garder les choses plus intérieurement que de les montrer extérieurement, est apparemment un esprit extrêmement difficile à saisir de nos jours par un public qui, depuis [plus de] cent ans, est submergé de larmes romantiques. Le classicisme est un chemin très pénible, et je vous assure que je prends constamment des coups sur les doigts avec cela. Néanmoins, je suis décidé à continuer, et je suis persuadé qu'après avoir pleuré cent ans au mélodrame (...), on va tout de même en revenir et que nous allons retomber sur les solides vérités de messieurs shakespeare, molière et marivaux.
(J.R.)
cf. apprendre à nager
cf. saine de ménage
cf. CQFD de l'expressionnisme

companser

Ni railler ni pleurer mais comprendre et danser.
(O.K.)

cf. le dommage et l'entrouverture

tra... la la !

La vie, « c'est immoral et c'est comme ça ».
(O.K.)

cf. vademecum tragique
cf. l'idée philosophe par excellence
cf. la la la la la la la la (mauvaise herbe)

2009-05-17

Un ? des ? si ? Pourtant.

Plus souvent qu'on le croit une décision personnelle devance sa délibération : il serait pas nécessaire de se torturer la volonté, le corps a déjà choisi, au fond, il est plus malin que nous — à notre endroit surtout. Resterait à en prendre bonne note, mais c'est précisément là que ça coince, on hésite, tergiverse, faisant semblant de pas l'entendre, s'y entendre et en prendre acte. Méfiance, défiance, ça irait trop vite, ce serait pas raisonnable, et puis c'est pas sûr, si ?
En fait, ce corps, il en sait trop, et trop tôt. Trop sûr de lui.
Bref, on admet mal qu'il nous dépasse — pareil à certains individus... qu'on sanctionne de la même façon, du reste, avant de finalement, à eux aussi, donner raison.
(O.K.)

cf. pourquoi nul n'est prophète
cf. nechangerien
cf. l'ascésure

le kaïros... ou les os (pour plœurer)

Il faut d'heureux hasards et nombre de circonstances imprévisibles pour qu'un homme supérieur en qui sommeille la solution d'un problème (cf.) parvienne à agir au bon moment, parvienne, pourrait-on dire, à « opérer sa percée » lorsque l'heure est venue. Cette chance, ordinairement, ne se produit pas, et on trouve aux quatre coins du monde des hommes qui attendent, qui savent à peine combien ils attendent et encore moins qu'ils attendent en vain. Il arrive aussi que l'appel, ce hasard qui donne « permission » d'agir, survienne trop tard, lorsque la meilleure partie de la jeunesse et l'énergie nécessaire pour agir se sont déjà usées dans l'inaction (...). Le génie n'est peut-être pas tellement rare, mais les cinq cents mains qu'il lui faut pour dompter le kaïros, « l'instant favorable », pour saisir l'occasion aux cheveux !
(F.N. — PDBM §274)

le lieu de la formule

Ma vie mon oeuvre mutuellement se formulent.
(O.K.)

cf. o. karl
cf. le horschamp duchamp

gén... nan !

Il est bien difficile d’aimer les écrivains qui nous sont contemporains comme nous aimons, sans réserve, les grands noms consacrés. Ces derniers peut-être parce qu’ils ont cessé d’être des hommes pour devenir des monuments, des paysages, des falaises. Leur gloire ne mortifie pas notre amour-propre qui se rengorge au contraire de leur fréquentation. Mais comment admettre que celui-ci ou celui-là parmi les vivants soit leur égal peut-être ? Hélas, le vaniteux s’humilierait à le reconnaître. Qu’il écrive ou non lui-même, il instaure une relation de rivalité ou de concurrence avec ces auteurs...
(E.C.)

Il ne suffit pas d'avoir du talent : il y faut encore votre permission, — n'est-ce pas, mes amis ?
(F.N. — PDBM §151)

L'homme est aussi mal à l'aise aujourd'hui face à un génie qu'il l'a été au XVIe siècle.
(L.B.)

cf. déni de reconnaissance anthume
cf. pourquoi nul n'est prophète
cf. k.abbale
cf. conpréhensiom

l'ascésure

Plus je me dirige vers l'oeuvre, et plus je descends dans l'écriture ; j'en approche le fond insoutenable ; un désert se découvre ; il se produit, fatale, déchirante, une sorte de perte de sympathie : je me sens [d'autant moins] sympathique (...). C'est à ce point de contact entre l'écriture et l'oeuvre que la dure vérité m'apparaît : je ne suis plus un enfant. Ou bien, est-ce l'ascèse de la jouissance que je découvre ?
(R.B.)(O.K.)

cf. oeuvrécriture

derechef-d'oeuvre

C'est ainsi que bâille d'avance d'ennui un lettré à qui on parle d'un nouveau « beau livre », parce qu'il imagine une sorte de composé de tous les beaux livres qu'il a lus, tandis qu'un beau livre est particulier, imprévisible, et n'est pas fait de la somme de tous les chefs-d'oeuvre précédents mais de quelque chose que s'être parfaitement assimilé cette somme ne suffit nullement à faire trouver, car c'est justement en dehors d'elle.
(M.P.)
cf. l'ascésure

2009-05-16

le droit s'en aller


(B.B.) :: 0'18''::
cf. le fin du fin
cf. « On ne part pas. »
cf. au fait de son égoïsme

JaimejaimEpas

Ma méthode est très simple. Je dirai ce que j'ai aimé ; et tout le reste, à cette lumière, se montrera et se fera bien suffisamment comprendre.
(G.D.)
Je crois que, de temps en temps, il faut dire ce que l’on aime [et ce que l'on n'aime pas], sans que l’on ait, d’ailleurs, du tout à l’expliquer. S’y risquerait-on en effet, il se pourrait bien qu’on oublie l’essentiel, ou seulement une petite partie de l’essentiel : ce qui dépend de votre goût profond, et qui est évidemment ce qu’il est le plus difficile d’expliquer et qui est, pourtant, le plus important à partager pour qui désire vous aimer vraiment.
Disant donc, sans la moindre explication, que vous aimez telle ou telle chose, il se peut bien que cela sépare de vous quelques-uns, voire plusieurs, voire beaucoup, voire tous. Là n’est pas l’important, car vous n’avez pas tant d’illusions et vous vous attendez bien, n’est-ce pas, à rester seul. Vous ne prétendez pas, bien sûr, vous, être aimé : il vous suffit d’aimer naturellement. C’est-à-dire d’être vraiment vous-même (car l’on n’est rien si l’on aime rien ni personne).
Ceci posé, eh bien, ce que je désire dire aujourd’hui, c’est que j’aime M., que ce film, mieux qu’aucun autre, vraiment, correspond à mon goût profond, que rien ne m’y choque, au contraire, que tout y est en accord avec ma sensibilité, que je pourrais le regarder sans cesse, qu’il aurait pu durer indéfiniment sans me lasser, que je demande à le revoir bientôt et le plus souvent possible. Et je ne serais pas tellement étonné de ne plus pouvoir le revoir jamais, car je ne me fais pas trop d’illusions. Mais alors, qu’on ne se fasse non plus pas trop d’illusions quant à prétendre m’aimer moi-même.
(F.P.)[O.K.]
J'AIME PAS : ceux à qui je déplais, me sentir malade, le grincement du bec verseur amovible du pack de sucre, me déverser en bavardage, le romantisme sentimental, frida kahlo, pedro almodovar et tous leurs semblables, être commandé, lire le journal, m’endormir sur une envie quelconque, la salive, les bagarreurs, sortir à seule fin de bronzer un minimum, les musiciens de rue jouant des standards archigalvaudés et surtout les sud-américains à la flûte de pan, leur public, la flûte de pan, le rock progressif (genre Genesis), les cafards, les cousins et les papillons qui m’importunent, attendre longtemps debout, attendre sans rien faire, rater le coche d’un transport en commun, le conformisme, (donc) le lynchage, l’hypocrisie, l’esprit de sérieux, la mièvrerie, les chichis, la solennité, les personnes coincées, mes propres inhibitions, l’impéritie (médicale, administrative...), la rouquinerie, le crépuscule, mordre dans un bout de papier aluminium, voir quelqu’un grignoter en bûchant, la BD, le polar, le roman romanesque (purement narratif), les comportements pubertaires et immatures en général, les religions monothéistes, les hommes/femmes d’affaires imbus de leur statut à la gomme et la petite semaine, téléphoner quand l'enjeu est important, etc.
J'AIME : savoir vivre, la vitalité, la fraîcheur, le naturel, le ciel, l’esprit d’aventure, les fulgurances, boire frais "à grande verdée", bouffer comme un cochon, l’offre « à volonté », chanter par-dessus les chansons, le style brut et vivant, la poésie là où je la trouve, et là où je la fais, les ovations que j’approuve, ce qui me parle, ce qui me chante, les vraies rencontres, les beautés féminines, la grâce, une certain genre de peaux/teints, « pâtiner », les vapeurs d’essences minérales, les crêpes froides fourrées de glace à la vanille, l'eau pétillante, le fromage, la pomme, les petites poires très dures (des jardins), les sorbets au citron en été, les soirs d’été, l'été, l'ensoleillé(e), l’ivresse légère, la moutarde, les fanfares, les tambours, la musique, les décalages rythmiques (syncope, rubato...)(« le rythme, c'est le retard »), "Friedrich Nietzsche", "Marcel Proust", "Roland Barthes", "Philippe Sollers", "les Poésies" d'Isidore Ducasse, "Vie d'un païen" (de Jacques Perry, l'intégral en 3 volumes), les lettristes-situationnistes, la tournure d'esprit et de sagesse de Jean Paulhan, Marika Green dans pickpocket (la beauté comme promesse de bonheur), Jean Renoir, "Maurice Pialat", "Andreas Dresen", et d'autres... tout ce qui est solaire, les filles (assez jolies) blondes, les oeuvres initiatiques réussies (exemples : gadjo dilo, danse avec les loups, etc.), du jour au lendemain (d'alain veinstein), la literie dure, rêche et fraîche des hôtels, le hasard objectif, faire la planche dans une eau sûre, le sèche-cheveux, l’éloquence, les cachettes, voir sans être vu, certains livres de poche extrêmement souples et doux, penser, détourner, associer, court-circuiter, synthétiser, bref écrire, me défouler, être détaché, traiter avec des gens heureux, être seul et peinard, le/mon phallus, avoir une jolie fille pour amie, l'intelligence, les amitiés sexualisées tout naturellement, les personnes libres directes immédiates sans tabou, que ça corresponde, qu’on me coupe la parole intelligemment, la graphie des acronymes re-substantivés (genre : RMiste), porter les mêmes vêtements d'une activité à l'autre, les digressions, etc.
(O.K)
Dans cette écume anarchique des goûts et des dégoûts, sorte de hachurage distrait, se dessine peu à peu la figure d’une énigme corporelle, appelant complicité ou irritation.
(R.B.)

cf. objection passée goût
cf. 57 pieds sous, et sur terre
cf. j'aime le j'aime-j'aime pas de Robbe-Grillet

rencontre SeINple

2009-05-15

à nouveau

Il y a moins de force dans une innovation artificielle que dans une répétition destinée à suggérer une vérité neuve.
(M.P.)
cf. bon sens
cf. B.A.nal
cf. pour le détournement
cf. b.-a. banalités

le fin du fin


(D.G.)(O.K.) :: 1'03''::
Les maîtres de premier ordre se font reconnaître à ceci que dans les grandes comme dans les petites choses, ils savent trouver la fin d'une manière parfaite...
(F.N.)
cf. le droit s'en aller

l'âmitié aristocratique


(P.P.) :: 1'05''::
cf. au fait de son égoïsme (l'âme aristocratique)
cf. sympathie paradiGmatique

au fait de son égoïsme

L'âme aristocratique accepte le fait de son égoïsme sans en faire un problème, sans y introduire non plus un quelconque sentiment de dureté, de rigueur, d'arbitraire ; elle y voit plutôt un sentiment qui a peut-être sa racine dans l'ordre des choses : si elle voulait lui chercher un nom, elle dirait sans doute que « c'est la justice même ». (...) L'âme noble donne comme elle prend, mue par l'instinct passionné de réciprocité qui réside en son tréfonds.
(F.N. — PDBM §265)
cf. empereur-né
cf. de ceux qui rendent content

2009-05-14

de ceux qui rendent content

Et à quoi reconnaît-on, au fond, l'épanouissement physique ? À ce qu'un être épanoui fait du bien à nos sens ; à ce qu'il est taillé dans un bois qui est à la fois ferme, tendre et odorant. Il n'a de goût que pour ce qui lui fait du bien ; son plaisir, son envie cesse là où la mesure de ce qui convient est franchie. Il invente les remèdes contre les lésions, il exploite à son avantage les hasards malencontreux ; tout ce qui ne le tue pas le rend plus fort. II fait instinctivement son miel [seine Summe] de tout ce qu'il voit, entend et vit ; il est un principe de sélection, il élimine bien des choses. Il est toujours dans sa société bien à lui, qu'il commerce avec des livres, des hommes ou des paysages ; par son choix il honore ce qu'il choisit, ce qu'il admet, ce à quoi il fait confiance. À toutes sortes de sollicitations, il réagit lentement, avec cette lenteur dont une longue prudence et une fierté délibérée lui ont imposé la discipline. Bien loin d'aller au devant d'elle, il examine attentivement la sollicitation qui se présente à lui. Il ne croit ni à la « malchance », ni à la « faute » : il vient à bout de lui-même et des autres, il sait oublier — il est assez fort pour que tout, nécessairement, tourne à son avantage.
(F.N. — EH 1§3)

cf. de ceux qui n'ont pas leur content
cf. inégalités (utiles)

2009-05-13

k.abbale

On ne tombe pas dans la solitude, parfois on y monte. (H.T.)


(M.P.)(O.K.) :: 2'46''::

> anachorèse
> l'ascésure
> veste
> à la H.
> ottocrédit

compilation


(merci à K.T.)

cf. li(vR)AISON
cf. tous! grands interprètes

tous! grands interprètes

le dommage et l'entrouverture

Le gâchis, comme tu dis, le dommage ce n'est pas tant pour moi (au contraire, même, peut-être), que pour mes contemporains, mes supposés contemporains, officiels en tout cas, que je vois ne pas savoir, toujours pas, où donner de la tête, et se cogner dès lors indéfiniment à la vie comme des mouches à la vitre — entrouverte.
C'est ça qui me dépasse... de voir ces gens, même proches de moi (pourtant), prendre tout leur temps pour s'en sortir, et plutôt ne pas s'en sortir, alors que toutes les astuces sont là, dites, par la philosophie ! Du moins, une certaine lignée philosophique (occidentale et orientale) — que pour ma part et mon parti je synthétise ou repense. Des siècles de réflexions profondes pour s'orienter dans la vie, vivre le mieux possible, acquérir un art de vivre propre, adéquat, personnel — et collectif. Eh bien non : les gens prennent ça comme une marchandise de plus, en quelque sorte, une option comme une autre, à prendre, et/ou à laisser tout aussi bien, et surtout.
Bref, c'est plutôt ça qui me sidère. C'est surtout ça. Je peux pas m'en empêcher. De me sidérer. Qu'il n'y ait pas plus d'urgence, au fond: d'envie! de s'en sortir. Alors qu'il suffit de saisir certains mécanismes de la vie pour, de là, s'en rendre relativement et proportionnellement maître, devenir heureux possesseur de sa propre nature. Comment leur faire passer cette idée qu'il suffit, par exemple dans sa vie quotidienne, d'analyser de son mieux et autant que possible les causes et les mécanismes qui produisent chez nous un sentiment de non-joie, de ressentiment envers soi-même et, par suite, envers tout le reste. Comme aurait pu le dire spinoza, dont il est ici question entre les lignes, en substance : « ni rire ni pleurer mais comprendre », et infléchir en conséquence (expérimentale) mon éthique, ma pratique de la vie, de ma vie, de moi-même. Avec pour boussole : la joie : tiens, ici je chauffe, ici je refroidis, là je brûle... continuons par là.
La voie du bonheur ? Mais c'est là, tout de suite : que chacun se fasse le modeste scientifique de soi-même, c'est-à-dire des mécanismes courants qui l'entraînent dans la non-joie, et ceux qui l'en sortent ; et avec cette boussole en main, déduire et tracer d'autres chemins, plus intelligents — avec soi-même, sa vie, bref, la vie même ! Donc, en un mot, dépassant celui de « scientifique » : philosophe.
(O.K.)

cf. la joie-jauge
cf. (h)auteur

cf. désertic
cf. manque de philosophie

2009-05-11

une machine de travail camarade


(M.O.)(O.K.) :: 7'30''::
cf. méth-odes
cf. au fond, michel onfray, c'est moi

« délasse ta tête »

Au temps du travail et de la fécondité succède le temps du délassement (...) de mes délassements : par conséquent, de ce qui me détache de moi-même, (...) de tout ce que je ne prends plus au sérieux (...), [qui] me délasse précisément de ce qui est mon sérieux.
(F.N. — EH 2§3)
Personne n’a besoin autant que l’écrivain d’être distrait de son travail. Certes il faut qu’il y songe. Mais il faut aussi qu’il l’oublie. (...) il a besoin de s’y prendre et aussi de s’en déprendre, de s’y attacher tout à la fois et de s’en détacher. (...) Si un auteur songe un peu trop à la pièce qu’il écrit, à son essai, à son poème, il lui enlève sa pointe et sa surprise. Il en fait une construction tout à fait raisonnable, et parfaitement ennuyeuse.
(J.P.)
Cf. somme
Cf. la mesure et le vertige du travail
Cf. le horschamp duchamp

l'émouvement

Un film s’invente au tournage[, puis au montage]. Il n’y a rien d’amusant à exécuter une suite de plans prévus d’avance.
(J.D.)(O.K.)
Les Illuminations [de Rimbaud] surgissent hors de la durée du travail, comme des brouillons parfaits.
(A.B.)
Ce qui vaut dans un écrit c’est (...) le premier mouvement, celui qui n’entrait pas dans le plan, celui que personne ne pouvait prévoir — et l’auteur moins encore que tout autre. (...) le bon écrivain est celui qui évite de trop bien écrire : qui sait à tout moment suivre, ou du moins rétablir le premier mouvement, le mouvement naturel. Celui qui pourrait dire (...) : « Ce sont les mots qui écrivent, ce n’est pas moi. » (...) Ç’a été la force, ç’a été la grandeur du surréalisme de reconnaître cette obscurité : de lui faire sa place. (...) L’écriture automatique (...) c’est une bonne règle pour chaque écrivain.
(J.P.)
Ce qu'il faut, c'est qu'on n'ait jamais l'impression d'être obligé de jouer la note qui suit.
(S.F.)

> amorce/-morse
> filer sa piste
> tous! grands interprètes
> bon art

2009-05-10

précis dé composition



D'eau, la tomate fraîche est composée à plus de 90 %.
D'eau, l'embryon humain de 3 jours est composé à 94%, le nourrisson à 75%, l'adulte ne l'est plus qu'à 65 %...


cf. décomposition des compositions
cf. la beauté dévisâgée

la beauté dévisâgée

Un beau visage est le plus beau de tous les spectacles.
(J.d.L.B.)
Le grâce est plus belle encore que la beauté.
(J.d.L.F.)
Un visage pétri de grâces (...) un teint éblouissant (...)
Elle avait de ces beautés qui se conservent, parce qu'elles sont plus dans la physionomie que dans les traits.
(J.-J.R.)
J'aime (...) regarder les visages des jeunes femmes[,] (...) deviner ce qu'elles seront, devenues vieilles.
(J.R.)
La beauté est relative. Le plaisir, la joie, ou la douleur même illumine le visage et lui donne un genre de beauté qui vient de l'intérieur.
(M.M.)

(M.P.) :: 2'39''::

cf. précis dé composition

lostsexuel

Et ils appellent ça faire l'amour ? J'appellerais plutôt ça le défaire.
(F.L.)

cf. pour une sexualité performative
cf. du vaginal au vaginalisme ®

2009-05-09

sympathie paradiGmatique

La sympathie est une passion animale. (G.D.)

(J.-J.R.)(O.K)

Que ceux qui nient la sympathie des âmes expliquent, s'ils peuvent, comment, de la première entrevue, du premier mot, du premier regard, madame de Warens m'inspira non seulement le plus vif attachement, mais une confiance parfaite et qui ne s'est jamais démentie. Supposons que ce que j'ai senti pour elle fût véritablement de l'amour, ce qui paraîtra tout au moins douteux à qui suivra l'histoire de nos liaisons; comment cette passion fut-elle accompagnée, dès sa naissance, des sentiments qu'elle inspire le moins, la paix du coeur, le calme, la sérénité, la sécurité, l'assurance ? Comment, en approchant pour la première fois d'une femme aimable, polie, éblouissante, (...) comment, dis-je, avec tout cela me trouvai-je à l'instant aussi libre, aussi à mon aise que si j'eusse été parfaitement sûr de lui plaire. Comment n'eus-je pas un moment d'embarras, de timidité, de gêne. (...) comment pris-je avec elle, du premier jour, du premier instant, les manières faciles, le langage tendre, le ton familier que j'avais dix ans après, lorsque la plus grande intimité l'eut rendu naturel ? A-t-on de l'amour, je ne dis pas sans désirs, j'en avais; mais sans inquiétude, sans jalousie ? Ne veut-on pas au moins apprendre de l'objet qu'on aime si l'on est aimé? C'est une question qu'il ne m'est pas plus venu dans l'esprit de lui faire une fois en ma vie que de me demander à moi-même si je m'aimais; et jamais elle n'a été plus curieuse avec moi. Il y eut certainement quelque chose de singulier dans mes sentiments pour cette charmante femme, et l'on y trouvera dans la suite des bizarreries auxquelles on ne s'attend pas.
(J.-J.R.)

Une confiance mutuelle(-ment évidente). (O.K.)

cf. s'entend la rencontre
cf. affinités instinctives
cf. flair play

2009-05-08

au fond, nietzsche, c'est moi



(P.S.)(O.K.) :: 3'17''::

Note : Ah! si j'avais connu Mme de Warens à seize ans et Mme d'Houdetot à quarante-cinq... (...) Ce qui manque aux curés, charles, ce sont les femmes. Oh! pas comme tu l'entends. Nous sommes condamnés à la pire caricature des femmes, les dévotes.
(J.P.)

Ineffable torture où il a besoin de toute la foi, de toute la force surhumaine, où il devient entre tous le grand malade, le grand criminel, le grand maudit, — et le suprême Savant — Car il arrive à l’inconnu ! Puisqu’il a cultivé son âme, déjà riche, plus qu’aucun ! Il arrive à l’inconnu, et quand, affolé, il finirait par perdre l’intelligence de ses visions, il les a vues ! Qu’il crève dans son bondissement par les choses inouïes et innombrables : viendront d’autres horribles travailleurs ; ils commenceront par les horizons où l’autre s’est affaissé !
(A.R.)

cf. ottoportrait en devenir
cf. on par...
cf. système de pure débauche
...

2009-05-07

l'amour inventé, à réinventer... : réinventé



(O.K.) :: 17'26''::

Nous portons tous des chaussures – mais tout le monde n’est pas cordonnier.
(O.M. — merci à J.C.-P.)

Être « amoureux » c'est être soumis au désir et non actif à l'amour. Au fond, c'est n'aimer que soi-même, et s'aimer mal ; donc aimer encore plus mal. Voilà pourquoi c'est toujours destructeur, pour l'un et/ou pour l'autre, et pour le monde. Car, être amoureux c'est palpiter à côté de ses pompes, c'est être porté par le désir, et, au fond, par un délire, infantile, d'attendre de l'autre, parfaitement fantasmé, qu'il réalise notre bonheur, nous réalise... à notre place ! Or, comme l'écrit D.H.L., « chérir l'être aimé, l'appréhender en lui-même et lui prodiguer la part de soi tournée vers l'extérieur : c'est cela seul que nous appelons l'amour. » Car, après tout, « on suit, au milieu de tout, son chemin de vie, et on le suit seul. De même pour l'amour. Là aussi on suit son chemin, joyeusement seul parmi toutes les merveilles de la communion, enlevé, sur les vents, mais jamais enlevé loin de soi-même. »
(O.K.)

L'amour c'est tout un art, hautement philosophique : comment aimer l'autre, cet autre particulier, pris, engagé lui-même dans ses propres devenirs.
(O.K.)

 La littérature abandonnée exerçait tout de même une action retardatrice au niveau de quelques formulations affectives.
(G.D.)

cf. (sa)voir vivre
cf. pour de l'alter-aimé
cf. la méca nique de l'amour
cf. chapitre AMOURÉINVENTÉ
cf. mévoir ou mémoire

2009-05-06

philosofi!

Mais justement, la philosophie comme je l'entends vise et consiste à devenir simple, à re!devenir simple, aussi sympleⓚ que possible, en étant passé, via la force des choses, par le (pro)fond.
Bref, à se rendre intelligemment « superficiel, par profondeur », comme on peut rendre un animal à sa liberté.
(O.K.)

Pour te répondre il y aurait trop à dire. À commencer par te donner raison, mais à moitié. Car ce à quoi tu ne penses pas, c'est au plaisir, déjà, de philosopher, d'écrire, de mettre au clair (et net) ce qu'on pense, et soi-même par là-même, etc. et ensuite et surtout au fait qu'on ne vit pas seul, et que la philosophie a précisément aussi une visée politique, de multiplication de progrès, de progrès éthique, à commencer par celui de premier entourage, pour, ainsi, mieux vivre, faire mieux vivre et vivre d'autant mieux, tout simplement. Et les philosophes-naturels, ou plutôt sages-naturels, que tu m'objectes sont justement très rares — ne me dis pas que tu te sens entourée de ce genre d'heureuses natures. Elles sont magnifiques, certes, quoiqu'un chouia « vulgaires » aussi peut-être, au sens de paulhan, qui me fera d'ailleurs conclure pour mon compte : « il est des gens qui parviennent assez vite à vivre, avec tout ce que cela suppose : je leur trouve une certaine vulgarité (...) Pour moi, si j'arrive plus tard aux choses, je sais du moins assez clairement comment j'y arrive. » Et comment, dès lors, le partager! si possible.
(Bon, finalement je t'ai répondu en partie. Mais j'ajoute : attends encore, attends la suite!... de la voie du jeu... : l'en jeu. Et toute la suite !)
(O.K.)

cf. filosophe
cf. au fond, michel onfray, c'est moi

2009-05-05

2009-05-02

la voie du jeu

Le besoin d'adopter une voie moyenne entre l'acceptation soumise de la dictature et la rébellion sauvage.
(B.C.)

(O.K.) :: 11'45''::

cf. chapitre : s'en sortir sans sortir
cf. l'en jeu

postmédiation

Guattari place le téléspectateur dans le rôle d'un agent actif qui prend donc congé de son rôle de victime des mass média manipulateurs. Il est aujourd'hui un producteur.

Selon Guattari, nous entrons dans une ère postmédia qui se caractérise par une réappropriation individuelle collective et d'un usage interactif des machines d'informations, de communication, d'intelligence, d'art et de culture.

Selon Guattari, la miniaturisation des équipements et des réseaux peut nous amener notamment à une resingularisation du rapport entre la subjectivité et les médias et un développement d’une certaine processualité médiatique.

« Les mythes de référence » cristallisés dans les médias sont complètement conjoncturés et donc remplaçables. Ils sont en interactions constantes avec les mutations de la subjectivité des populations.
(-)

cf. braconnÂge
cf. de nouvellXs voiEs
cf. félix ottoguattari

cf. postmédia(teurs) mais déjà là

2009-05-01

partenaires particuliers

Seuls les livres qui nous éclairent nous-mêmes ont de la valeur. Ce sont les livres qu'il faut rechercher, auxquels il faut consacrer du temps — des livres qu'il faut lire et relire, méditer. En matière de livres la quantité est tout à fait indifférente. (C.T.)
Et, il en est de même des partenaires sexuel(le)s. (O.K.)

cf. même longue d'ondes entre les lignes

camar-de au tout-sexe

L'amour est à réinventer, on le sait.
(...) je vois des femmes, avec les signes du bonheur, dont, moi, j'aurais pu faire de bonnes camarades dévorées tout d'abord par des brutes sensibles comme des bûchers...
(A.R.)
cf. assortiment camarade
cf. se rencontre

panne d'ascendant sexuel

2009-04-30

au fond, liszt, c'est moi


(P.A.)(O.K.)

ottocrédit

... il me semble indispensable de dire qui je suis. On aurait bien de quoi le savoir, car je ne suis pas de ceux qui « n'ont pas laissé de témoignage ». Mais la grandeur de ma tâche et la petitesse de mes contemporains ont créé une disproportion qui les a empêchés de m'entendre et même de m'entrevoir. Je vis du seul crédit que je m'accorde. Peut-être même mon existence est-elle un préjugé ?... Je n'ai qu'à parler au premier « lettré » venu qui passe par [là] pour me convaincre que je n'existe pas...
(F.N. — EH 0§1)

cf. possibilité d'une île
cf. maudit? mais pas trop