N'en jetons presque plus ! Trions, reprenons, détournons.
L'essentiel est presque bien dit et redit, en long, en large...
Reprenons serré, de travers, à travers.
Par les moyens d'avenir du présent. Pour le présent de l'avenir.
(OTTO)KARL

> page d'accueil

2009-07-06

le B.A.-BA philosophique

(C.R.)(A.M.)(R.E.)(o.K.) ::11'59''::

Car ce qui existe existe, et ce qui n'existe pas n'existe pas. Tu ne forceras jamais ce qui n'existe pas à exister.
(P.)
« Monde vrai » et « monde de l'apparence » , traduisez : monde inventé par le mensonge et réalité... Le mensonge de l'idéal fut jusqu'ici l'anathème jeté sur la réalité, et l'humanité même est en devenue mensongère et fausse — jusque dans ses instincts les plus profonds — (...) À envisager (...) les raisons pour lesquelles on a jusqu'ici « moralisé » et « idéalisé » : l'histoire cachée des philosophes, la psychologie de leurs grands noms, m'est apparue sous son vrai jour. — Quelle dose de vérité un esprit sait-il supporter, sait-il risquer ? Voilà qui, de plus en plus, devint pour moi le vrai critère des valeurs. L'erreur (la croyance en l'idéal) n'est pas aveuglement, l'erreur est lâcheté...
(F.N. — EH 0§2&3)

cf. l'idée philosophe de clément rosset

2009-07-05

les métamorphoses de l'esprit nietzschéen

Sans compter le nietzschéo-nietzschéisme, scolaire, ou le faux nietzschéisme, imbécile, j'ai relevé aux moins deux sortes de nietzschéisme : l'un qui court les rues (en particulier de la (meilleure) jeunesse), le nietzschéisme de minuit (allant de la nuit à la nuit), nietzschéisme nihiliste, donc inabouti, celui du ressentiment (souvent arrogant) ; et l'autre, infiniment rare et précieux, mûri, le nietzschéisme de midi (sans ombre), de la « heiterkeit » (belle humeur), le nietzschéisme solaire.
(o.K.)

s'élever, les petits

Quand on passe son temps à s'élever, dans tous les sens du terme, on découvre les autres de plus en plus petits, dans tous les sens du terme.
(o.K.)

2009-07-04

2009-07-03

(de) l'économie (à) de la relation


(J.A.) ::0'47''::
cf. vaginalisme ®
cf. se déc(o)upler
cf. l'éthique hacker
cf. contribution à (de) la nouvelle intelligence collective

pour une révolution amateuriste

« Anonyme », oui, et si [cet amateur] en reste à ce niveau-là il y a fort à parier qu'il le restera. Mais c'est déjà bien qu'il puisse s'exprimer, s'y coller, y croire, pratiquer. Moi je demande que ça pour tout le monde, pour l'épanouissement et la reconnaissance de « tous ». D'où s'ensuivra d'ailleurs naturellement la reconnaissance des meilleurs d'entre eux – sans disqualifier les autres –, reconnaissance endogène, par conséquent, démocratique, en vertu de la sensibilité plus avertie, l'évaluation plus éclairée que donne à chaque amateur la pratique de la chose, en l'occurrence d'un art. On s'éloignerait ainsi du mode actuel de reconnaissance, dictée avant tout par la critique, imposée sinon fabriquée de toute pièce par les médias, c'est-à-dire des intérêts extérieurs, commerciaux, et aujourd'hui dévastateurs, bref par le pouvoir, autoritaire, et non l'autorité « naturelle »...

Je prends souvent l'exemple (malheureusement ambivalent) de football. Il semble a priori très improbable de pouvoir imposer au public, aussi impunément que dans d'autres domaines plus réservés, en manque de « praticiens », la valeur d'un joueur, dans la mesure où ce public est composé d'une majorité d'initiés, touchant du ballon par-ci par-là, se confrontant à la technique, et jouissant de ce fait d'une sensibilité de terrain, d'une connaissance éclairée par la pratique, donc à la base d'un jugement nettement plus autonome.
(Vite dit, mal dit, mais pointé.)
(o.K.)

Selon [pekka himanen] les hackers parviennent à s’affranchir du recours à l’autorité hiérarchique pour coordonner leurs activités, en lui substituant comme modalité principale la coopération directe.
Ce mécanisme fait non seulement que « le statut d’autorité est ouvert à quiconque » mais également qu’il soit « uniquement fondé sur les résultats . [Ainsi], personne ne peut occuper une fonction dans laquelle son travail ne pourra être passé en revue par les pairs, au même titre que les créations de n’importe quel autre individu ». Les personnes à qui sont délégués, de façon temporaire et révocable, des éléments d’autorité sont celles qui bénéficient de la plus grande estime de leurs pairs. Ce sont notamment ceux dont les contributions au travail collectif sont appréciées par la majorité comme des plus pertinentes. Linus et Stallman incarnent parfaitement ces rôles.
Mais [himanen] ne mentionne pas dans son livre une autre condition institutionnelle, fondamentale, qui autorise de s’affranchir de la contrainte de l’autorité hiérarchique traditionnelle dans les projets de hackers : l’absence de dépendance salariale.
(-)
cf. l'amatueur, ou l'artiste contre-bourgeois
cf. contribution à (de) la nouvelle intelligence collective
cf. l'éthique hacker
cf. notre destin, tranquille

2009-07-02

ottomanifeste (première partie)


(o.K.) :: 12'47''::

cf. comment la télé fait marcher : marché
cf. contribution à (de) la nouvelle intelligence collective

mineur de jeu

On se rend compte qu'on ne sera pas le meneur de jeu de l'époque, ni même l'un des trois ou quatre meneurs de jeu — parce qu'il n'y a plus de jeu. Tout est confus et diminué, par l'apparition des médias, où les meneurs de jeu se multiplient, qui ne mènent pas grand-chose, et s'effacent l'un l'autre. (...) Il y aura un autre jeu, plus caché, plus difficile...
(H.T.)

2009-07-01

le moyenhomme ®

(...) ... D'incompréhension tous azimuts (...) Mais c'est l'Homme! que veux-tu. L'Homme encore immature, malgré tout ce que certains d'entre Lui de tout temps Lui enseigne en tout temps. L'Homme, qu'on rêverait toujours (conce)voir à la hauteur de ses meilleures exceptions mais qui, dans les faits, n'en est guère qu'à son moyen-âge, au moyen-âge de sa maturité (anthropologique) : bref, l'Homme (moyen) d'aujourd'hui, c'est le moyenhomme ®.
(o.K.)

cf. dépeuplé

N(ième) le maudit


(M.-E.N.)(o.K.) :: 9'57''::

C’est même pas que les médiocres conspirent, c’est qu’ils sont médiocres, tout simplement. Le journal de N., ça ne les éblouit pas. Ça ne les fait pas rire. Ça ne les émeut pas. Ça ne leur apprend rien sur eux et sur les autres...
(D.d.T.)

cf. apprendre à nager
cf. maudit? mais pas trop
cf. l'art règle l'exception

les certitudes, ça, (g)rands fous

— « Ce n'est pas le doute, c'est la certitude qui rend fou. (F.N.) »
— Oui oui, on connaît. Mais soyons fous !
Et pour en revenir plus sérieusement (hélas) à ton « j'ai bien peur qu'au moment où on devient trop sûr de soi, on ne commence en fait qu'à se tromper (mon côté pyrrhonien ?)... » : ne serait-ce pas là l'objection instinctive et bateau de qui ne se trouve précisément sûr de rien (encore), cherchant à en faire une force, d'appoint, et même une arme ? Bref, classique : on défend sa chapelle (même pyrrhonienne, qui est en soi une posture dogmatique), on défend l'heure qu'il y a à sa porte, on a la philosophie de son corps, comme dirait nietzsche, onfray, otto karl... Et je souhaite que le tien finisse par comprendre (avec la maturité ou cette réponse, qui sait) que tous ceux que tu cites volontiers (...), si l'histoire les a retenus c'est précisément en vertu de leurs certitudes, qui ont fondé la force et l'originalité de leur pensée, de leur génie, de leur oeuvre, dont tu te nourris aujourd'hui à petit feu. Ils ont osé! eux, les (relatives) certitudes, figure-toi. Justement. (...) Par définition. Et en continuant de réfléchir, de persévérer dans la pensée, comme tu sembles vouloir le faire (à mes quelques dépens), tu y arriveras toi aussi, j'espère, je te le souhaite, et même, je le pense. Car la certitude qu'il faille systématiquement douter pour être certain d'être sûr est elle-même, en elle-même, oui, une forme de folie, et qui rend fou, en effet ; à commencer par ceux qui l'entendent se le faire rétorquer une fois de plus, bien que partageant le fond(s) de certitudes des grands noms admis et admirés par celui qui rétorque. Bref, paradoxe ; et ras-le-bol. Ras-le-bol qu'on refuse pavloviennement aux grands vivants ce qu'on accepte (voire admire) des grands morts, anciennement grands vivants, et pour certains devenus radicalement fous, oui, mais radicalement fous d'être à ce point niés de leur vivant, sur place. Merde ! Merde, pour eux ! Ras-le-bol de cette règle-réflexe de petits vivants. Je renvoie encore à plusieurs chapitres d'otto karl à ce propos, concernant ce travers humain, trop humain (« moyenhumain », comme dirait ce dernier). Moi, j'éponge, ras le bol.
(K.)

cf. déni de reconnaissance anthume
cf. [u] en étais-je ?
cf. N(ième) le maudit

les philosoph(i)es clandesti-né(e)s

les philosoph(i)es clandesti-né(e)s

(K.A.)(O.K.) :: 2'18''::
Je sens venir (...) l’âge proche d’une clandestinité moitié volontaire et moitié contrainte, qui sera le plus jeune désir, y compris politique.
(G.D. — PP20)


cf. maudit ? mais pas trop
cf. autophilosophe

2009-06-29

la technique (de la mort de la mort)


(S.M.)(o.K.) :: 7'24''::
cf. l'autre temps : pas perdu

tant la vie


(o.K.) :: 3'00''::
La vie triomphe toujours, mais ce ne sont jamais les mêmes êtres qui incarnent son triomphe.
(H.T.)
C'est cette capacité que nous résumons par le mot « vie ». Mais lorsque nous parlons des humains, la vie embrasse de [tout] autres comportements.
(A.J.)
Tant la vie demande à mourir / Tant la vie demande à aimer / Je ne peux aimer mourir.
(J.-L.M.)

2009-06-28

à l'insu

Savoir agir parfois « à l'insu de son plein gré ». Autrement dit, de son plein gré savoir agir parfois à l'insu.
(o.K.)

cf. t'as du feu, s'te plaît ?
cf. l'impossible : un possible
cf. (incon...) nu
cf. le ... : action

2009-06-27

manquement de poids

Ne sommes-nous pas trahis par toute chose que nous prenons avec gravité ? Elle montre où gisent nos lourdeurs et en quoi nous manquons de poids.
(F.N. — GS§88)

l'en jeu


(O.K.) :: 3'24''::

 (...) le jeu est-il effectivement superficiel au regard de l’importance et du sérieux de la vie ? C'est ce que Nietzsche mettait en question : qu’il faille penser une pesanteur en soi des événements, que viendrait offenser l’impudence de la légèreté.
Le philosophe pensait exactement l’inverse : qu’il y a une forme de sérieux pris à la vie qui est grossière, mensongère et presque calomnieuse. L’homme grave est celui qui donne de la gravité à la vie, laquelle se moque bien en réalité de tous ces sens que nous lui donnons.
L’important est de comprendre au contraire cette « légèreté » de la vie : la profondeur revient à celui qui en comprend la comédie et le jeu, si bien que cesse l’opposition du sérieux et du jeu et qu’en effet l’important c’est de jouer, c’est-à-dire de parvenir à cette légèreté...
(-?-)

> la voie du jeu
> (incon...) nu
> tous! grands interprètes
> tous cosmologiciens

2009-06-25

encore un effort si vous voulez être... de vraies salopes

(merci) à Iris


(O.K.) :: 7'10''::

la “majorité” estime que les femmes devraient se “tenir” ! Eh oui, il s’agirait de rester dans sa petite case, bien sage, à attendre que le désir masculin les désigne et, surtout, ne pas faire montre d’initiative dans une relation amoureuse, ou sexuelle. À croire que le désir féminin est secondaire. Les femmes doivent être passives, sinon elles sont qualifiées — injure (...) — de « filles faciles ».

Bref, « l’égalité sexuelle et la libération des femmes » n’est pas pour demain. La liberté sexuelle pour tous — et encore moins pour toutes ! — est un de ces mensonges utilisés régulièrement, histoire de vendre quelque chose, une mode, un style, un string... Mais attention : le style sexy doit être dans les « normes ».

Nous vivons dans une société (...) hypocritement sexiste... Où l’on se rince l’œil devant une pub suggestive de sous-vêtement, mais où l’on s’indigne de l’attitude d’une femme [libérée] qui exprime son désir, où l’on se gausse et l’on rit grassement à des blagues sexistes et salaces, mais où l’on est choqué par un langage « cru » dans la bouche d’une fille ou d’une femme ! Ça ne se fait pas, voyons ! Alors rentrez dans le rang, dans vos strings et vos minijupes, mais là où il faut et quand il faut.
(...)
Cela va évidemment de pair avec une vision totalement archaïque de la place des femmes dans la société. Et la “cible“ privilégiée des attaques misogynes, c’est évidemment la « fille facile », celle qui couche le premier soir, celle qui provoque, la “tasspé”, la marie-couche-toi-là, [(ou) simplement la fille libérée qui assume ce qu'elle veut, ce qu'elle aime]... La fille ou la femme désignée à la vindicte des beaufs et aussi des gardiennes du temple.

Pour réagir, reprenons à notre compte ce qui se disait déjà au début des années 1970, il faut « Oser lutter contre l’oppression d’où qu’elle vienne. Oser vaincre le robot ou le flic que le capitalisme a voulu faire de chacun ou chacune de nous. Réapprendre à aimer, à jouir, à être ensemble, à créer notre vie, à faire la révolution par tous les moyens. »
(N.H.)
cf. extension du domaine de l'amour

2009-06-23

se déc(o)upler

[L'autre jour, (...) je me suis rendu compte qu'en tenant mon chien en laisse j'étais moi-même tenu en laisse.]
[N.F.]

découpler
. Détacher des chiens courants, qu’on mène habituellement attachés deux à deux, pour qu’ils courent (après le gibier).
. Rendre indépendantes des parties d'un système mécanique.
(W.)

Un couple réel se vérifie en ceci qu'il peut aller librement à travers la vie, et toutes ses circonstances, en se renforçant comme accord effectif qui ne mutile les virtualités ni de l'un ni de l'autre...
(G.D.)

cf. vaginalisme ®
cf. saine de ménage
cf. (de) l'économie (à) de la relation
cf. assortiment camarade
cf. l'amour inventé, à réinventer... : réinventé
cf. extension du domaine de l'amour
cf. à la trois
cf. pas de lieu, sans formule

dyspaartition

cf. les trop chères tyrans chéries
Mais on sait bien que pour être plus « fort » qu'elle, pour ne plus t'en laisser imposer — ou moins, du moins —, on sait bien ce qu'il faudrait... Ce qu'il faudrait changer. On le sait exactement. Ou toi, peut-être seulement intuitivement ? Refoulé, sans doute. Mais on le sait !
Que tu deviennes moins attaché qu'elle à votre relation.
Car elle, se comportant comme elle se comporte, elle prend le risque à chaque fois de te perdre, de tout casser... ET ELLE LE PREND ; tandis que toi, la plupart des fois, et dans le fond, et jusqu'ici, tu fais à peu près tout, au contraire, pour éviter ça, pallier à ça ; tu t'appliques, t'inclines s'il le faut, à sauver l'affaire, le navire, autant que tu le peux. Et elle le sait bien. C'est votre jeu. Et elle en abuse. Car elle a une force de plus que toi, un avantage : elle est celle de vous deux qui tient le moins à votre relation. Ce qui ne veut pas dire qu'elle n'y tient pas, ça va sans dire, j'espère !, mais voilà : l'équilibre parfait n'existe pas dans un couple, ou pas que je sache : il y en a toujours un qui tient plus à la relation que l'autre. Et ça le rend plus faible, plus vulnérable, et plus soumis. Naturellement la répartition, le rapport de force peut s'inverser selon les moments, s'intervertir. Mais voilà, quoi. Et chacun le ressent, ressent (au moins subconsciemment, instinctivement) cette répartition. Répartition, comme je te dis, à peu près inhérente à toute relation, mais simplement plus ou moins équilibrée selon les cas ou les périodes.
Il y a toujours une des parties qui, tenant à la relation légèrement moins que l'autre, à un moment donné ou en général (mais quel que soit le cas, ça peut toujours basculer à tout instant), dispose d'un plus grand pouvoir, d'une certaine souveraineté sur le couple. Plus ou moins importante en fonction de l'équilibre. Et c'est là qu'intervient le profil de ceux qui abusent de ce pouvoir, sur l'autre, de cette relative souveraineté sur la relation ; et quand c'est une fille, j'appelle ça une princesse. C'est-à-dire qu'elle teste son pouvoir, voire en joue, cruellement, comme un tyran ou un enfant. Car d'autres, plus mûrs, filles ou garçons, et que j'appelle rois ou reines, s'en retiennent, au contraire — aussi dans ce cas où la répartition est oscillante, c'est clair. Mais dans ton cas, j'ai l'impression qu'elle est plutôt fixe. Et que ça penche toujours plus ou moins du même côté : que c'est elle qui domine de façon générale. Pourquoi ? je le répète : parce qu'elle sent, intuitivement, instinctivement, que, pour des motifs intimes, tu tiens plus à la relation qu'elle, et que tu te saignes à la défendre (la relation), à la sauvegarder. (Elle sait que c'est un ressort qui peut casser, mais elle joue avec, pour tester, se mettre en danger, ou plutôt en élan vers autre chose. Parce que quelqu'un qui tient plus à nous qu'on ne tient à lui, même si la différence est infime, relève toujours un peu du poids mort, même infime.) Bref, tu as pris ce rôle ; ou plutôt, la relation, cette relation-là, singulière, t'a attribué ce rôle. Et le dilemme, si tu en venais à taper du poing sur la table, le dilemme, comme je te le disais une autre fois, il y a quelques mois, c'est que, en ce qui vous concerne à présent, elle risque de ne pas tolérer (facilement) une brutale inversion du rapport de forces, et ce, précisément en vertu de sa dominance tacite (entérinée), et de ce qui la fonde ! (À savoir, un moindre attachement de son côté — dans l'état actuel des choses.) Et ça, bien sûr, tu le sens, tu le sens tellement bien que tu veux pas le risquer, le poing sur la table, le vrai, le ferme, le profond. Et elle le sent autant que toi, et ainsi de suite... Voilà le cercle vicieux. Selon moi. Tu ne veux pas la perdre, elle sent bien ça, et elle s'engouffre là-dedans, et en profite... pour exercer un petit pouvoir, non pas méchamment, mais pour elle-même, son intérêt naturel, égoïste (au sens neutre, ici, animal, vital), mais immaturément égoïste... pour... bref, s'éprouver, se prouver... blabla etc.
(O.K.)
cf. se déc(o)upler
cf. l'art de rencontrer d'aimer

les trop chères tyrans chéries

... [Mais] je voudrais tellement que ça soit pas possible, que ce soit plus possible, de telles relations ; que ce soit complètement passé de mode, de tolérance ; que ce soit devenu dans les moeurs aussi abject que d'envisager les noirs comme du bétail sans âme, ou aussi abject que la torture, justement, car c'en est une forme — ni plus, ni moins. Je dis bien : ni plus ni moins. Torture psychologique, sentimentale...
Merde ! La peine de mort pour les princesses ! (hahah !)
Mais je rigole peu, en fait ; il faudrait vraiment leur montrer, leur en faire voir, aux princesses. (Et princes !) Qu'elles arrêtent de se comporter en centres du monde, en tyrans, tout simplement. Ni plus ni moins. Je répète : ni plus ni moins. Il faut réfléchir. Un tyran d'intérieur, certes, intime, à petite échelle, individuelle... mais transpose : imagine-toi maintenant ta [chérie] à la tête d'un pays : ce serait le carnage absolu... par (le fait de la princesse, comme on dit) l'arbitraire de ses quarante volontés, ses humeurs incontrôlées, ses caprices complaisants... Et même à ce poste, à cette échelle, ça la rendrait pas plus heureuse !
C'est aussi ça qu'il faut savoir. Non seulement que tu es, toi, le malheureux sujet de ce royaume, mais qu'en plus c'est pas la bonne voie pour elle non plus. C'est l'évidence-même. On le sait.
[Le remède ? Ou l'un des remèdes, en fait] (...) : qu'elle tombe sur plus fort qu'elle ! Et non sur plus doux. Il faut qu'elle tombe sur une claque — non pas dans la figure, mais au figuré. Et même une machine à claques, s'il le faut, pour la remettre à sa place ; et qui dit sa place dit son propre équilibre.
Impossible d'être heureux quand on est pas à sa place, dans ses chaussures. Et nos chaussures, on les connaît : on est de curieux animaux (particulièrement techniciens) à la vie éclair sur une poussière humide pivotant dans un univers relativement infini. Je renverrais apparemment jamais assez à la rubrique cosmologique du blog nordexpress ; ou/où, comme le formule H.T. entre plein d'autres (...), « on est dans l'éternité, avant tout. » Bref, ce serait moins (urgent) à toi qu'à elle de le comprendre. Je dis bien de le com-prendre, c'est-à-dire de le vivre, le ressentir intimement, existentiellement. Et basta de son nombril !
Tu me diras « oui oui, mais... » mais il faudrait pas de « mais ». Il faudrait de l'ici et maintenant, direct, tranchant. Mais malheureusement, je suppose déjà la suite, les petites fuites... Pourquoi ? En vertu de quoi ? Je le sais aussi. (Au moins en partie.)
(O.K.)
la suite : dyspaartition

cf. king/kang
cf. O+
cf. deux classes de filles
cf. aide à la relativisation générale

deux classes de filles

Deux profils : reine ou princesse ®

REINE

Métaphoriquement : en tant que telle, souveraine, puissante, elle n'éprouve pas le besoin de tester son pouvoir (de séduction) à tout bout de champ...

En quelques mots formant profil : noble, sûre, mûre, stable, fiable, digne, honnête, loyale, naturelle, juste, réfléchie, mesurée, compréhensive, conciliante, accommodante, bienveillante, « bon caractère », « philosophe », alliée, complice...

PRINCESSE

Métaphoriquement : accessit, elle transpire du besoin de tester inlassablement son pouvoir (de séduction), par tous les moyens...

En quelques mots formant profil : caractérielle, lunatique, instable, égocentrique, immature, capricieuse, arbitraire, déloyale, injuste, cruelle, perfide, incommodante, « mauvais caractère », impulsive, pathétique, maniérée, dite : emmerdeuse, garce, peste, chipie...
(O.K.)

LES GARÇONS ? IDEM : ROI / PRINCE.


> roi reine en avance sur l'àmouréinventer, rencontre
> les chères tyrans chéries
> saba très...

2009-06-22

de l'inconvénient-né

Le suicide n'est pas plus synonyme de loose que de rester bêtement en vie. Dans la vie, rien n'est loose ; sauf d'être né.
(O.K.)
Le bien suprême, il t'est absolument inaccessible : c'est de ne pas être né, de ne pas être, de n'être rien.
(F.N. — NT)

après tout

On est dans l'éternité, avant tout.
(H.T.)
L'éternité ne s'occupe de rien.
(H.T.)
Vivre, c'est un hasard du temps ; mourir, c'est se conformer à la loi de la nature. Je jouis de ce hasard et j'obéis à cette loi.
(T.-T.)
Nous sentons et nous expérimentons que nous sommes éternels.
(B.S.)
Vivre tout événement quotidien dans les coordonnées de l'éternité, c'est pour moi la poésie.
(E.G.)
cf. vademecum tragique
cf. tous cosmologiciens

neutrons

L'amour de la vie n'est-il pas une illusion ? La crainte de la mort n'est-elle pas une erreur ? Le départ est-il réellement un malheur ? Ne conduit-il pas, comme celui de la fiancée qui quitte la maison paternelle, à un autre bonheur ?
(T.-T.)
Les tristes ont deux raisons de l'être, ils ignorent ou ils espèrent.
(A.C.)

mouvement irai

Je ne discute pas, je ne critique pas, je ne juge pas, — seulement, je m'en irai. C'est le seul mouvement qui dit tout, sans rien dire.
(H.T.)
cf. s'injustifier
cf. « on ne part pas. »
cf. dire tu
cf. sagen Sie mir...

ab.

L’occupant d’une barque se fera insulter copieusement s’il vient gêner un gros bateau, mais, si la barque est vide, le gros bateau s’arrangera simplement pour l’éviter.
(T.-T.)

cf. bi-partition de la vie
cf. comment améliorer notre existence occidentale

2009-06-21

l'il d'un je

Je n'hésitai pas. Un petit frisson derrière la nuque m'annonça que j'allais accomplir un de ces actes fous et violemment désirés que je me refusais presque toujours. (...) Je n'aime pas casser les carreaux mais je le fis sans hésiter, (...). Je passai le bras par le trou et fis tourner la poignée de la crémone. (...)
Ce n'était pas encore la maison que je voulais examiner mais mon acte. J'avais forcé la fenêtre. Il fallait remonter loin en arrière dans ma vie pour retrouver un geste aussi volontaire. J'agissais plutôt par habitude ; c'était par curiosité banale que j'avais cherché la maison et pénétré sur la terrasse ouverte.
J'étais maintenant dans la place et je connaissais quelques-uns de mes actes futurs... (...)
J'avais déjà connu des états jubilatoires nocturnes chaque fois que j'étais amoureux. [Ici], il ne s'agissait pas d'amour. Je n'avais rien investi dans un être de chair. Je jubilais en circuit fermé. C'était moi — la maison — moi, le silence et la solitude, une peur délicieuse, le renversement des usages. Comme j'étais heureux d'avoir respecté les mystères de la maison, de ne m'être lancé que d'acte en acte, et non pas de volonté en volonté ! J'étais là, (...), plus éveillé qu'à tout instant vertical de ma vie.
(J.P.)
cf. t'as du feu, s'te plaît ?
cf. l'amour inventé, à réinventer... : réinventé
cf. l'idée philosophe par excellence

2009-06-19

ein stein, zwei steinbeck, drei...

Dans les conditions actuelles où l'argent est inévitablement de la partie, de mise, le bonheur réel qu'on peut en tirer ne dépend que de l'usage qu'on en fait. Or le plus connu, répandu et dominant de ses usages est évidemment le plus mauvais : aliénant, de part en part. (...) La question est alors : comment faire un usage progressiste, émancipateur, de l'argent, a fortiori d'une fortune (...). Nous sommes évidemment parvenus à des conclusions, de bon sens, des stratégies viables, des projets, des actions et des pratiques même, par une réflexion issue de nos diverses expériences et aspirant à y renvoyer dans de plus grandes largeurs, mais sans disposer jusqu'à présent des moyens de cette ampleur. Avis aux offrants. À ce que nous appelons (de nos voeux et à nous) les... barons rouges®.
(o.K.)

cf. décorps
cf. pas de lieu, sans formule

sur l'urbanisation moderniste


(Y.B.) :: 3'35''::
cf. décorps

2009-06-18

au fond, la rochefoucauld, c'est moi

J’ai de l’esprit et je ne fais point difficulté de le dire car à quoi bon façonner là dessus, tant biaiser et tant apporter d’adoucissement pour dire les avantages que l’on a, c’est ce me semble cacher un peu de vanité sous une modestie apparente et se servir d’une manière bien adroite pour faire croire de soi beaucoup plus de bien que l’on n’en dit. Pour moi je suis content qu’on ne me croie ni plus beau que je me fais, ni de meilleur humeur que je me dépeins, ni plus spirituel et plus raisonnable que je le suis. (...)
La conversation des honnêtes gens est un des plaisirs qui me touchent le plus. (...)
(...) La lecture (...) où il se trouve quelque chose qui peut façonner l’esprit et fortifier l’âme est celle que j’aime le plus. (...)
Je juge assez bien des ouvrages (...) que l’on me montre ; mais j’en dis peut-être mon sentiment avec un peu trop de liberté. (...) je soutiens d’ordinaire mon opinion avec trop de chaleur ; et lorsqu’on défend un parti injuste contre moi, quelquefois, à force de me passionner pour la raison, je deviens moi-même fort peu raisonnable.
J’ai les sentiments vertueux, les inclinations belles, et une si forte envie d’être tout à fait honnête homme, que mes amis ne me sauroient faire un plus grand plaisir que de m’avertir sincèrement de[s] (...) défauts [qu'ils me trouvent].(...)
J’ai renoncé aux fleurettes et je m’étonne seulement de ce qu’il y a encore tant d’honnêtes gens qui s’occupent à en débiter...
(F.d.l.R.)

cf. bélier versus poison

« marie depussé (détournée), c'est moi »


(M.D.)(O.K.) :: 2'49''::
cf. « sylvie aymard, c'est moi »
cf. du vécu, l'existence

2009-06-17

pour une sexualité performative

Que faire ? En quoi pourra consister cette « postsexualité » (...) ? (...) Que la sexualité devienne « performative » (...) L’adjectif « performatif » est dérivé du verbe anglais « to perform » qui signifie mettre en acte. (...) Ce que je voudrais signifier par sexualité performative c’est une sexualité par laquelle le sujet serait toujours dans l’accomplissement de lui-même, que la sexualité ne soit plus ravalée à la satisfaction d’un besoin ou à la recherche compétitive d’un « exploit », qu’elle transcende les emplois du temps au lieu de s’évertuer à y trouver une place, quelle revienne au privé et à l’intime, qu’elle réinsuffle dans chaque instant de la vie humaine la créativité pulsionnelle, le sens de l’altérité et l’amour.
(C.E.)
cf. lostsexuel
cf. unité d'action

masturbaction postsexuelle

Diogène qui proposait la masturbation pour penser plus librement était déjà plus ou moins postsexuel ?
En tout cas, je pense que Le Branleur est une étape de plus vers le surhumain... (Etant bien entendu que si "l'homme est une chose à surmonter" (F.N.) la façon dont on le surmonte peut être à discuter...)
(PhD)
Se masturber pour penser et vivre plus librement implique de le faire en connaissance de causes ( : de faim) et de fins, surtout, et non sur le mode trivial de la frustration, du pis-aller. Non : masturbation solaire ! Libératrice. À fins postsexuelles.
(O.K.)
À défaut d'être en mesure de surmonter l'Homme-animal-sexuel que nous sommes de nos jours, la masturbation peut s'entreprendre comme une aide intime astucieuse, l'outil d'une postsexualité plus effective. Recours facile, mais humainement compréhensible, qui en tant que soupape pulsionnelle, exutoire, est à même d'aplanir, de rasséréner le terrain (personnel) d'élaborations et d'évolution postsexuelles.
(O.K.)
cf. l'harcelé/-ée harceleur/-euse
cf. postsexuel
cf. la loi de l'oeuf

l'harcelé/-ée harceleur/-euse

La tentation [sexuelle] c'est terrible. (...) Comme quoi, en fait, les premières victimes de harcèlement sexuel... c'est nous. C'est vrai, on ne pense qu'à ça ! Vous croyez que c'est facile ?
(F.R.)

cf. masturbaction postsexuelle
cf. la loi de l'oeuf

2009-06-16

j'marcuse !

Le principe de rendement est le principe de réalité d'une société capitaliste fondée sur la résignation, la falsification des instincts et la répression des potentialités humaines. L'espoir d'une libération se trouve dans la transformation de la sexualité (...) et l'abolition du travail aliéné.
(...) La tolérance envers des idées qui servent le système de domination et d'oppression est une dénaturation du concept de tolérance : Marcuse oppose la vraie tolérance qui est nécessairement émancipatrice à une perversion opportuniste de l'idée de tolérance qu'il qualifie de "tolérance répressive". (...) Pour Marcuse, " Une des réalisations de la civilisation industrielle avancée est la régression non-terroriste et démocratique de la liberté - la non-liberté efficace, lisse, raisonnable qui semble plonger ses racines dans le progrès technique même."
Contrairement à Freud qui voyait dans le principe de réalité la nécessité de la sublimation répressive des désirs, Marcuse - suite à la lecture du jeune Marx - [critique le] principe de réalité répressif qui n'est autre que le principe de réalité de la société en place.
[Or] la répression du désir inhérente à toute culture (par le principe de réalité soumis aux exigences sociales : cf. Freud, Malaise dans la civilisation) est allée au-delà du nécessaire pour répondre à de faux besoins (principe de rendement, faux rêves de la publicité,...)
[Marcuse] préconise l'éclosion des désirs, la transformation de la sexualité(...), l'abolition du travail aliéné et l'avènement d'une science et d'une technique nouvelles qui seront au service de l'homme.(...)
(W.)
La machine est une esclave qui sert à faire d’autres esclaves...
(H.M.)
On peut parler d'une triple alliance, politique, économique et cybernétique, susceptible d’« auto-organiser » les potentialités (...) humaines...
(G.C.)
Combien il est doux d’obéir, lorsque nous pouvons réaliser le bonheur, d’être convenablement déchargés, par de sages et dignes guides, de la pesante responsabilité d’une direction générale de notre conduite.
(H.M.)
cf. l'éthique hacker

2009-06-15

à la trois

Alors parmi tous ces mensonges, ces échecs, pourquoi s'encombrer. / Il y a tant d'amour à donner. / Viens, je vais te présenter... / Que dis-tu d'un ménage à trois ? / — Pourquoi pas.
(D.A.)

Seul(e), c'est la solitude, à deux c'est la folie, à trois commence la société. Un, deux, trois : soleil ?
(O.K.)



cf. au fond, nietzsche, c'est moi
cf. ottoportrait en devenir
cf. le crime pass...
cf. extension du domaine de l'amour

le crime pass...

Le crime passionnel fait souvent l'objet de législation particulière, car il est considéré que la passion amoureuse fait perdre le contrôle de soi-même dans les cas extrêmes, notamment de jalousie. Il est donc souvent moins sévèrement puni que les autres types de meurtre, que ce soit dans la loi (lois d'exceptions) ou seulement dans les faits (circonstances jugées atténuantes) ! En France, par exemple, il est une des formes d'homicide les moins sévèrement punis !! (...) Sans doute la conséquence de l'influence de la doctrine positiviste italienne du XIXe siècle, au moment de l'apogée du romantisme artistique et littéraire en Europe.
(w.)
cf. l'amour est à réinventer, on le sait
cf. extension du domaine de l'amour
cf. l'amour inventé, à réinventer... : réinventé
...

extension du domaine de l'amour

[Plus récemment : par KARL en personne : je t'aime maintenant à réinventer]

Mes [conceptions et] constructions affectives sont en décalage avec les représentations courantes de l’Amour et de l’amitié. En particulier, cette séparation-opposition entre l’Amour et l’amitié. (...) [Il suffit d'avoir une relation avec quelqu'un-e pour que se crée] une sorte de dépendance mutuelle, un regard plus ou moins permanent et oppresseur sur l’autre (une surveillance) et cela est valorisé socialement. (...) La possession, la jalousie sont encouragées, l’indépendance, l’autonomie ne le sont pas. (...)

L’Amour et ses représentations ne sont pas des banalités niaises à mépriser en passant, mais des vecteurs de souffrances et d’exclusions à combattre... (...)
« Amour », un terme un peu fort, un peu vague, plutôt indiscernable, relativement dévastateur. (...) la seule chose qu’on sait, c’est qu’il a du poids. On ne joue pas avec ce mot-là. (...)

[Or] les échanges affectifs entre des personnes, ça peut prendre toute une série très longue et très diverse de formes, pleine de subtilités, d’originalités, de créativités et de tabous. Ça peut prendre la forme d’échanges physiques ou non, d’échanges sexuels, de gestes de tendresse. Et quand ces échanges affectifs nous font du bien, nous en retirons des biens affectifs. (...)
Les différentes cultures qui émaillent l’humanité ont chacune leur manière de gérer tous ces échanges affectifs. Certains sont interdits, d’autres sont tolérés, ou catégorisés, regroupés, codés, (...), nommés, normés. Par exemple, notre culture a principalement deux mots pour les échanges affectifs : « amitié » et « Amour ». (...) Deux seuls mots, deux seules étiquettes, pour tant d’échanges affectifs différents.
(...) On classe nos relations dans deux cases très réductrices. Et ces deux cases ne sont pas équilibrées, loin de là. « L’amitié » recouvre une énorme variété d’échanges affectifs. « L’Amour » , lui, n’est rien d’autre qu’un point culminant, une totalité, l’amitié au centuple, l’amitié à l’extrême. Il est à la fois énorme et rarissime. (...)
L’Amour est un Dieu. On communie avec lui dans l’extase la plus complète. On l’attend au tournant, on l’appelle au secours, on rêve d’être touché-e par sa grâce, on craint ses courroux plus que tout. On l’adore. On le prie, le soir dans son lit, de se manifester. Il nous sauvera. Il est la seule chose qui fera de notre chemin sur terre un paradis. En même temps il nous promet les douleurs les plus atroces et les plus saintes.
L’Amour, c’est une forme d’échange affectif totale. Totalisante. Totalitaire. L’Amour, c’est toutes les formes d’échanges affectifs réunies. (...) Il n’y a pas d’affection partielle ou nuancée, sinon ça ne reste « que » de l’amitié, ou du partenariat sexuel, ou de l’affection fraternelle... (...) Il est d’ailleurs très important de se demander régulièrement si notre Amour est « véritable », « authentique ». Car on ne blasphème pas avec l’Amour, on ne prononce pas son nom en vain, sinon sacrilège, sacrilège ! (...)

Le Dieu Amour a ses Christs, ses rejetons incarnés : c’est le Prince charmant et la Princesse charmante. (...) Ils/elles sont parfait-e-s, archi-désirables, légendaires. Daigneront-ils/elles nous adresser un clin d’œil ? Arriverons-nous à les attraper, à les posséder, à s’unir avec elles/eux et l’Amour dans une sainte trinité ? Arriverons-nous à leur ressembler assez pour faire autant d’effet autour de nous ? Pour que partout, sans cesse, les gens se prosternent et nous déclarent leur flamme ?
Nous adorons le Prince ou la Princesse charmant-e-s, et à travers elle ou lui, nous adorons toutes les normes sociales dont notre culture l’habille. (...) Les marchand-e-s de vêtements, les publicitaires, les usines de produits de beauté, et surtout le patriarcat, trouvent dans le Prince et la Princesse charmant-e leurs meilleur-e-s allié-e-s. Quelle autre norme sociale peut se vanter d’être ardemment désirée à ce point ? (...)
[Le Prince et la Princesse charmant-e sont des mythes.] Pourquoi ruiner notre vie, attendre, décevoir, pleurer, pour des légendes ?
On dira que j’exagère, que les gens comprennent vite que tous ces mythes sont des mythes. Moi je dis que ces mythes sont dangereux. Ils trifouillent allègrement des émotions très profondes, ils remuent ce qu’il y a de plus douloureux, de plus intime, de plus sensible en nous : l’ego, les affects, les besoins de reconnaissance, les peurs de l’abandon... Ils suscitent des dépendances, des haines, des crampes, des dépressions. Ils inspirent des harcèlements, des suicides, des crimes passionnels. Et même sans aller jusque là, énormément de gens passent toute leur adolescence, par exemple, à croire dur comme fer à l’Amour, et à en souffrir ; ils peuvent en sortir, mais garder d’inévitables séquelles pour des lustres. Une adolescence de souffrance c’est déjà trop, rien qu’une année c’est déjà trop, cessons d’inspirer la foi en un-e Prince-sse charmant-e, ce n’est pas « quand on sera grand-e » qu’on « comprendra », [entraînons-nous/] entraidons-nous dès maintenant à être autonomes et serein-e-s sur le plan affectif. (...)

[L'Amour,] difficile d’y échapper : [les chansons], les dessins animés, les fables, les films, les pubs, les magazines, les romans, les nouvelles, nos [copains/copines] même... l’Amour nous est raconté à tire-larigot. Ces récits d’Amour nous construisent, nous flanquent leur culture dans l’esprit, nous acculturent, ils nous apprennent à désirer tous ces mythes. Notre sensibilité est construite par eux, en même temps qu’elle les réclame. Quand nous allons au cinéma voir une « belle » histoire d’Amour, et que nous en sortons troublé-e, rêveur/-euse, nous venons de vivre un peu de cet Amour raconté, et à la fois nous venons d’intégrer un peu plus qu’il est beau, qu’il est grand et que nous avons intérêt à y aspirer. Ces films compensent notre misère affective, nous offrant un moment d’identification et de catharsis, nous permettant de vivre par procuration ce que nous ne trouverons jamais [ou rarement] dans notre existence. A la fois consolateurs et véhicules de la culture de l’Amour, ils apaisent nos souffrances, nos frustrations, en même temps qu’ils préparent le terrain pour qu’elles se renforcent.

Avez-vous remarqué comment fonctionnent les récits d’Amour ? Ce sont [presque] toujours les mêmes rengaines. Un Prince charmant et une Princesse charmante se rencontrent, l’Amour naît, malicieux, au coin des regards dérobés et des situations inattendues. Puis l’Amour se joue, c’est la phase de séduction, l’héroïne et le héros s’approchent, se guettent, se sous-entendent, se mésentendent... Suspense... Mais l’histoire d’Amour finit bien, le Prince et la Princesse se tombent dans les bras, c’est l’apothéose du Baiser, puis le générique. Et après ? Qu’en est-il de la vie post-Baiser ? On suppose l’Eden amoureux, une image figée, nacrée, rêvée, « ils vécurent heureux et eurent beaucoup d’enfants ». C’est précisément là, dans cette cessation du récit, dans ce silence, que s’exprime le mythe de l’Amour : le bonheur dans l’Amour est tellement total qu’il ne reste plus rien à raconter. Les épreuves dignes d’effroi et d’attention résident dans la séduction ; la vie entre Amoureux et Amoureuse, elle, est lisse comme du beurre, exempte d’épreuves, de sursauts, de surprises. A la limite, si elle apparaît dans ses difficultés, elle ne sert que de décor pour que l’un-e des conjoint-e se lasse et démarre une phase de séduction avec quelqu’un-e d’autre.
Seuls les récits plus « intellectuels », plus difficiles d’accès, racontent les obstacles et difficultés une fois l’Amour déclaré, scellé (...) Dans les magazines mièvres, les problèmes de la vie post-Baiser sont traités scientifiquement, à grands renforts de psychologues, comme des anormalités presque médicalisables, des maladies de l’âge. Mais le registre du récit, celui qui nous fait frissonner, celui qui marque nos émotions et nos désirs, reste réservé, lui, à la vie pré-Baiser : l’Amour dans le récit « populaire » n’est rien d’autre qu’un soulagement final, un happy end. Ce schéma se répercute dans notre caboche, et nourrit le mythe de l’Amour, plaqué ensuite sur notre réalité, nos projets et aspirations. (...)

La culture de l’Amour fait naître toute une économie de l’affection. Car, idéalisant et raréfiant à la fois les échanges affectifs, elle crée une misère et donc une demande.
L'Amour [idéalisé par notre culture], c’est une mine, un trésor affectif. L’Amour devient donc une forme de relation extrême, rêvée, désirée à outrance. Quand on ne l’a pas, on veut absolument l’avoir. Quand on l’a, on a une peur absolue de la perdre. Et quand on ne l’a plus, on meurt, ou presque.
Mais en même temps, la définition de l’Amour est si pointue, si exigeante... qu’on peine à le rencontrer. (...) les possibilités de vivre des échanges affectifs deviennent rares. Là commence la misère affective. (...)
La culture de l’Amour encourage [la] demande [de biens affectifs] en même temps qu’elle réduit leur quantité disponible. Elle crée des individus schizophrènes, qui se construisent un désir ardent d’Amour en même temps qu’ils s’en construisent une définition trop exigeante. Des êtres qui se rendent dépendants d’un idéal en même temps qu’ils se le rendent inaccessible. (...)

Là où il y a une économie, une rareté, une misère, le capitalisme se précipite. Il débarque d’abord avec tous ses principes, représentations, comportements. La rareté d’un bien inspire à tou-te-s la peur d’en manquer, la compétition pour l’acquérir, la propriété pour ne pas le laisser filer. (...)
Le Prince ou la Princesse charmant-e-s sont des oiseaux rares qu’on met en cage. Des fois on se possède mutuellement et on reste ainsi, des années en couple, rivées l’un-e sur l’autre, parce qu’on a tou-te-s les deux peur de ce qui se passerait en dehors de cette relation, peur du chemin à accomplir de zéro pour retrouver et séduire un nouveau Prince ou une nouvelle Princesse.

Enfin, la rareté des biens affectifs creuse des fossés entre « possédant-e-s » et « non-possédant-e-s ». Les exclu-e-s de l’affection sont légion, exclu-e-s par leur physique, par leur manque d’expérience, leur manque d’aisance, leur manque de confiance en soi, face à cet enjeu énorme et complexe qu’est l’accès à l’Amour... On peut dire qu’ils/elles manquent de capital affectif. Et comme dans tout système de domination, moins on a de capital, moins on a de chances d’en gagner : c’est un cercle vicieux. Les exclu-e-s de l’affection manquent d’assurance au départ, donc vivent peu d’expériences affectives, donc n’ont jamais l’occasion de gagner de l’assurance, donc restent handicapé-e-s, à moins d’une rencontre de type miraculeux.
Paradoxalement, et injustement, ce sont souvent les exclu-e-s de l’affection qui intègrent plus que tou-te-s les autres les mythes dominants et les comportements du capitalisme affectif. Leur manque de vécu ne leur permet pas de détruire les mythes de l’Amour, de comprendre leur absurdité. Trop habitué-e-s au manque, ils/elles ont la terreur de perdre la moindre once d’affection acquise. On les oublie vite et les retrouve parfois dans les faits divers, dépressions, viols, internements, pétages de plombs divers et variés... La misère affective assèche le moral et affame les nerfs. (...)

Comment accéder aux biens affectifs ? C’est la question que tout le monde se pose. Nous avons 4 réponses possibles face à nous.

1) Souscrire aux critères de l’Amour. Devenir un-e Prince-sse charmant-e et trouver son/sa Prince-sse charmant-e. Séduire. Mais cette voie est réservée aux puissant-e-s, aux jeunes, aux belles et beaux, aux confiant-e-s, aux expérimenté-e-s. Elle est complexe et sélective.
2) Acheter les succédanés de biens affectifs. L’argent est quand même un outil plus facile que toutes ces entreprises de séduction, si compliquées et si hasardeuses. Le problème, c’est que l’argent il faut le trouver... Faire partie des classes économiquement dominantes, et/ou être prêt-e à se vendre sur le marché de l’exploitation salariale... Mais après tout, l’argent est la solution de rechange la plus facile, dans une société qui nous pousse de toutes ses forces dans le travail rémunéré, et qui nous encourage à résoudre nos problèmes de manière individuelle.
3) S’adonner à la violence, le chantage, la menace, le viol. Un autre raccourci qui demande d’autres habiletés, que beaucoup choisissent, et qui fait des ravages.
4) Soigner le problème à sa racine : détruire la culture de l’Amour et répandre l’abondance affective qu’elle garde captive. Se lancer individuellement, collectivement, socialement, dans une déconstruction des normes relationnelles. C’est la solution en laquelle je crois.

Les biens affectifs sont disponibles en quantité, ils sont là, ils existent ! Nous regorgeons de ressources affectives, nous rêvons tou-te-s d’en donner et d’en goûter, il ne tient qu’à nous de le faire ! La rareté des biens affectifs est une illusion, un décret qu’il suffit de déchirer, elle est aussi fausse que la rareté des biens matériels, montée de toutes pièces par le système capitaliste pour sanctionner ceux et celles qui refusent de travailler pour les possédants.

Gratuité des biens affectifs ! Pour une affection abondante, égalitaire, sans dominations. Pour une pornographie live, pour des psychothérapies gratuites, pour la fin des spécialisations, des professionalisations de l’écoute et de la sexualité. Pour bannir un jour les rapports spectaculaires-marchands de nos vies affectives comme du reste de notre existence. Le plus tôt sera le mieux !

Quelques propositions pour une abondance affective :
- Construire des relations affectives uniques, conscientes et particulières, au-delà de toute norme relationnelle, aussi diverses que les individus qu’elles impliquent et leurs envies.
- Répandre et banaliser les relations affectives, plutôt que de les sacraliser.
- Envisager la non-exclusivité, ce qui ne veut pas dire consommer nonchalamment les partenaires les un-e-s après les autres, mais se laisser la possibilité de découvrir petit à petit une diversité de relations affectives égalitaires, pourquoi pas simultanées, en étant très très conscient-e qu’en l’état actuel des choses ça veut dire se lancer dans une expérimentation, et que ça implique d’autant plus d’attention et de qualité de communication entre les expérimentateurs/-rices. (...)
- Arrêter de parler d’Amour et d’amitié, choisir des termes plus précis.
- Rajouter de l’acné et du bide aux icônes des Prince-sse-s charmant-e-s.
- Parler aux enfants d’autres formes affectives que l’Amour.
- Se déconstruire (...) progressivement.
- Développer l’autonomie affective, ce qui ne veut pas dire se renfermer sur soi-même, mais varier et multiplier les sources d’affection (moments privilégiés avec des ami-e-s ou avec soi-même, [tendresse], massages, [sensualité], auto-sexualité,...), pour se relationner aux autres sans peurs et dépendances, sur des bases plus assurées et ouvertes. (...)

[Vers l'autonomie affective :]
- Comment désamorcer la douleur maîtresse, la dépendance, comment basculer dans l’autonomie ? Je ne dois pas chercher une compensation, une fuite, mais un recul, un retour sur moi-même, mes goûts et mes envies propres.
- Démystifier l’Autre, démystifier la sexualité...
- Voir que l’Autre n’est pas parfait-e, qu’elle ou il a aussi des côtés qui ne me plaisent pas, comme tout le monde.
- Voir combien il/elle est différent-e, lointain-e, penser qu’il/elle a d’autres attirances. (La fusion est une chimère !)
- Penser que c’est important pour elle/lui d’avoir cette liberté-là, qu’il/elle ne m’appartient pas, me rappeler — ressentir — que j’aurais horreur de l’emprisonner. (...)
- Penser aux moments où j’ai ressenti que la sexualité était un plaisir comme un autre, et rien de plus... Penser aux autres plaisirs intenses que je connais et que je ressens par d’autres moyens.
- Observer ma douleur, l’analyser, la comprendre... Mais ne pas y rester. Au besoin, quitter les lieux, changer de cadre, changer d’air. Voir d’autres ami-e-s, explorer d’autres réseaux de connaissances, rencontrer des gens.
- Trouver le plaisir de me retrouver, de me bichonner moi-même : c’est l’occasion de penser un peu à moi, de redécouvrir mes passions, mes autres plaisirs, marcher en montagne, me faire un bon repas, chanter...
- Ne pas oublier que le but de cette démarche n’est pas de fuir quelque chose, mais de me retrouver. Non pas lutter CONTRE le démon amoureux, mais aller VERS quelque chose de chouette, de léger.

(...) Gilles Deleuze (...) :
« A mon envie abjecte d’être aimé, je substituerai une puissance d’aimer, non pas une volonté absurde d’aimer n’importe qui, n’importe quoi, non pas s’identifier avec l’univers, mais dégager le pur événement qui m’unit à ceux que j’aime, et qui ne m’attendent pas plus que je ne les attends, puisque seul l’événement nous attend, eventum tantum. Faire un événement si petit soit-il, la chose la plus délicate du monde, le contraire de faire une histoire. Aimer ceux qui sont ainsi : quand ils entrent dans une pièce, ce ne sont pas des personnes, des caractères ou des sujets, c’est une variation atmosphérique, un changement de teinte, une molécule imperceptible, une population discrète, un brouillard ou une nuée de gouttes. »

source : contre l'amour
cf. l'amour inventé, à réinventer... : réinventé
cf. la page aux romantiques
cf. se rencontre
cf. french antiromantisme
cf. affranchir amour-amitié
cf. se faciliter l'attache

2009-06-14

l'éthique hacker

Un rapport alternatif au travail, à l’argent, au temps... qui caractérise une éthique que Pekka Himanen, jeune philosophe finlandais, oppose à l’éthique protestante analysée par Max Weber, en la nommant l'éthique hacker. Celle-ci recouvre une relation passionnée au travail dont les motivations principales sont le plaisir, le jeu et la passion. À cela s’ajoutent un statut de non-dépendance salariale et l’adhésion à des comportements de coopération.

Pekka Himanen (...) estime que les hackers sont les prototypes parfaits des citoyens de l’ère de l’information, censée succéder à l’âge industriel. Entretien avec un « philosophe-hacker ».
J’ai étudié les discours [hackers], (...) les mêmes mots reviennent toujours : la passion, le jeu, le plaisir, l’échange et le partage. Cette attitude des hackers s’oppose (...) à l’éthique protestante, telle qu’elle est définie par Max Weber, et qui domine le monde d’aujourd’hui : celle du travail comme devoir, comme valeur en soi. Où vous devez juste effectuer votre travail, peu importe en quoi il consiste. Où la souffrance est même assez noble. Cette attitude caractérise l’ère industrielle. Dans l’éthique hacker, vous faites quelque chose que vous trouvez intéressant et gratifiant en soi, grâce auquel vous pouvez vous réaliser et créer quelque chose qui a une valeur sociale.
(...) On peut avoir la même attitude dans d’autres domaines que l’informatique. Vous pouvez être un [philosophe]-hacker, un [cinéaste]-hacker... Il suffit de ne pas faire quelque chose seulement de façon routinière, mais d’y ajouter quelque chose de personnel. Pour de l’argent ou pas. C’est intimement lié à la création d’information et de connaissance, mais vous pouvez aussi être un artisan-hacker, avoir une relation passionnée et personnelle au travail du bois. Cela concerne toute personne qui crée du sens, des symboles ou de l’identité.
(...) L’éthique hacker n’est pas nouvelle. On la retrouve dans la communauté scientifique ou chez les artistes. Mais ce qui rend l’attitude des hackers significative, c’est que les créateurs d’information sont aujourd’hui au cœur du développement de nos sociétés, et non plus aux marges, comme l’étaient les artistes.
[Ces personnes travaillent alors même qu’elles n’y sont pas obligées pour subsister, et leur travail est d’une nature différente de celui hérité de l’éthique protestante. Pour le hacker, la distinction pertinente n’est pas tant le travail ou le loisir, mais plutôt l’intérêt que l’on porte ou pas à l’une ou l’autre de ces activités, ainsi que la créativité que l’on met ou pas en œuvre, la passion qui le porte. Cette éthique du travail contient également un rapport différent au temps, à son découpage et à son optimisation.]
(...) Max Weber incluait dans l’éthique protestante l’idée d’une vie structurée par la régularité. L’ère industrielle a généré l’idée d’un temps de travail régulier. Les gens ont perdu le contrôle de leur temps. Au contraire, les hackers suivent le rythme de leur créativité : parfois, ils travaillent très tard dans la nuit, puis ils prennent une journée, ou s’arrêtent et vont boire une bière. On pourrait les croire feignants ou pas sérieux. Il n’en est rien : la relation au temps est plus flexible dans l’éthique hacker que dans l’éthique protestante : différentes séquences de vie comme le travail, la famille, les amis, les hobbies, etc. sont mélangées avec une certaine souplesse de telle sorte que le travail n’occupe jamais le centre. Et cette relation flexible au temps est couplée à un usage intensif des technologies de l’information (mail, web, téléphones portables...), car en principe celles-ci peuvent vous affranchir d’un temps trop contraint.
[Néanmoins, ces technologies ne permettent pas en soi de reprendre le contrôle de son temps], les technologies ne produisent rien en tant que telles, [et] si l’éthique protestante continue à nous animer, les technologies de l’information serviront encore plus à optimiser le temps. (...) [De nos jours] les outils de communication accompagnent [notre] culture de l’urgence. (...) les premiers utilisateurs de mobiles ont été les pompiers, les policiers, les médecins. Cette culture de l’urgence nous a tous contaminés. Jusqu’à la sphère des loisirs, qui adopte de plus en plus une structure d’organisation similaire à celle du travail : agenda en main, cela consiste à tenter de traiter toutes les tâches et les rendez-vous de la soirée. Mais les hackers sont un exemple montrant que ces technologies peuvent vraiment tenir leurs promesses.
[La culture des hackers est aussi celle de l’ouverture, du partage...] Parce qu’ils ont une activité qui produit du sens, ils recherchent une reconnaissance de leurs pairs, qui passe par le partage du savoir. Il y a aussi des raisons plus pragmatiques : si vous cachez toutes vos idées, personne ne peut rien y ajouter. Si vous les ouvrez à une communauté de gens créatifs, vous obtenez des critiques, et de nouvelles idées pour améliorer l’ensemble.
(...) L’éthique hacker est clairement un moyen très efficace de créer. Elle a aussi généré [de tout temps] la plupart des découvertes scientifiques, et des œuvres d’art. C’est lié à la psychologie de la créativité. Si vous travaillez sur quelque chose de créatif, vous devez suivre le rythme de votre créativité et ouvrir vos idées à une communauté critique. La science médiévale, très autoritaire et fermée, n’a connu que de très rares avancées.
[Le mobile de l’activité du hacker n’est pas l’argent. Un des fondements même du mouvement du logiciel libre, initié par les hackers, consiste précisément à rendre impossible l’appropriabilité privée de la production logicielle et donc la perspective d’en tirer profit. Là encore, on trouve comme mobiles qui président à l’engagement dans le travail coopératif volontaire la passion, la créativité, et la socialisation.]

cf. l'amatueur, ou l'artiste contre-bourgeois
cf. dés'organiser
cf. j'marcuse
cf. le manifeste des chômeurs heureux (nouveau lien : ICI)
cf. pour une révolution amateuriste

2009-06-13

sommeilleur à faire

Le meilleur, c'est un sommeil bien ivre, sur la grève.
(A.R.)
Je cherche des armes, des secrets, des aveux. Je dois lire en diagonale, sauter ce que j'aimerais méditer, être aussi sélectif qu'un ordinateur bien programmé.
Je suis fatigué, je vais dormir.
Et je montai dans la chambre, tout à fait heureux de changer d'avis si facilement, de rester supérieur à l'événement. Dormir était plus important que tout.
(J.P.)
[Il] dormait beaucoup. Lorsqu'il n'avait pas ses neuf ou dix heures de sommeil, ça n'allait pas. Lorsqu'il les avait, on ne voyait pas la différence, mais lui ne s'y trompait pas.
(C.T.)
cf. somme...
cf. « délasse ta tête »
cf. artiste (vivant) à l'oeuvre (vivante)
cf. le droit s'en aller

2009-06-10

leur son

J'ai tout essayé, j'ai pas trouvé le sens. (...) J'ai [même] nagé nu, mais... désolé : j'ai pas trouvé le sens.
[D.A.]
On se leurre à tout interpréter. C'est ce grand délire d'interprétation qui empêche de saisir les choses pour ce qu'elles sont.
(G.P.)
Vous ne comprendrez rien ni à vous ni au monde si vous n'admettez pas que vous êtes un animal.
(J.P.)
cf. animeaux
cf. klar

impass...

Le monde m'intéresse (...) Son impassibilité me séduit. Son objectivité me rassure. Un objet n'a rien à te dire. Mais ne me parle pas de repos. Car il faut se débrouiller avec ce rien, ce qui n'est pas rien.
(G.P.)
cf. l'espace du temps autour

2009-06-09

t

La beauté est vérité, la vérité beauté. C'est tout ce que vous savez sur terre. Et c'est tout ce qu'il faut savoir !
(J.K.)
cf. vivre-filmer
cf. une esthéthique ®

2009-06-08

panta mille


Parmi les fêtes et la joie, ayons toujours ce refrain de la souvenance de notre condition, et nous ne laissons pas si fort emporter au plaisir, que parfois il ne nous repasse en la mémoire, en combien de sortes cette nôtre allégresse est en butte à la mort et de combien de prises elle la menace. (...) Il est incertain où la mort nous attende, attendons-la partout. La préméditation* de la mort est pré-méditation de la liberté.
(M.d.M.)
cf. l'idée philosophe par excellence

2009-05-29

2009-05-27

dés'organiser

. Des petits va-nu-pieds qui s’imaginent travailler plus que personne parce qu’ils ne viennent à bout de rien. Ça pleurniche au lieu de commander. Ça lit des tas de livres et ça n’a jamais été fichu de comprendre - de comprendre, vous m’entendez ! -
. Quand on prend convenablement son travail, on le fait vite et bien, il vous reste des loisirs et c’est tant mieux pour tout le monde.
(G.B.)

2009-05-26

non droit de simplicité

Vous n’êtes pas de ces gens qui peuvent parler pour ne rien dire, et c’est malheureusement ce qu’il faudrait. – Enfin, m’écriai-je, qu’ai-je fait de mal, que me reproche-t-on ? – D’être ce que vous êtes, il n’y a pas de remède à cela. Que voulez-vous, mon enfant, ces gens ne haïssent pas votre simplicité, ils s’en défendent, elle est comme une espèce de feu qui les brûle.
(G.B.)

cf. tonus

2009-05-20

passager

On ne fait tous que passer.
De là deux options, deux profils : passant ou passeur.
(O.K.)

cf. philosofi!
cf. demeurer cochon ?

en attendant, que n'ai-je...

C'est un problème très concret, ça, la question des attentes. Arriver à attendre, et d'une certaine manière le monde a changé. Le problème ne se pose plus de la même façon. Il y a des cas où on peut pas attendre, il y a des cas où il faut pas attendre. Il y a des cas où attendre change tout.
(G.D.)
S'allonger dans la neige, maintenant. Là. Au lieu de ne plus faire que agir sans cesse — sans trêve. S'allonger dans la neige... comme un soldat russe... Et sentir comme la terre tourne. L'expérimenter.
(Sans parler des chances qu'un moment... une pomme! sur la tête.)
(O.K.)
S'il est vraiment un argument valable contre la faiblesse et la maladie c'est qu'elles rongent le véritable instinct de la guérison, l'instinct de la défense armée. On ne sait plus se dépêtrer de rien, on ne sait venir à bout de rien, on n'arrive plus à rien rejeter. Tout blesse. Hommes et choses vous talonnent de trop près, les événements frappent trop profond, le souvenir est une plaie purulente. La maladie est une sorte de ressentiment. Le malade n'a contre elle qu'un seul grand moyen de salut, ce que j'appelle le fatalisme russe, ce fatalisme sans révolte avec lequel le soldat russe pour qui la campagne devient trop dure finit par se coucher dans la neige. Ne plus rien accepter du tout, ne plus rien prendre, ne plus rien absorber, - n'avoir plus aucune réaction... La grande sagesse de ce fatalisme, qui n'est pas toujours simplement le courage de mourir, mais aussi l'art de sauver la vie dans les circonstances les plus périlleuses, consiste à réduire les échanges du corps, à les ralentir et à lui faire vouloir l'engourdissement hivernal. Quelques pas de plus dans cette voie et on obtient logiquement le fakir qui dort des semaines dans un tombeau... Pour éviter de se gaspiller trop vite en réactions il faut cesser complètement de réagir ; c'est la logique même. Or rien ne vous consume plus vite que le ressentiment. Le dépit, la susceptibilité maladive, l'impuissance à se venger, l'envie, la soif de vengeance, autant de toxines, autant de réactions qui sont les pires pour un épuisé ; elles entraînent une usure rapide de la résistance nerveuse et une recrudescence morbide des évacuations nuisibles comme l'épanchement de la bile dans l'estomac. Le ressentiment doit pour le malade être essentiellement tabou, c'est sa maladie elle-même : c'est aussi malheureusement son penchant le plus naturel. Bouddha l'avait compris, le grand physiologiste. Sa « religion » - qu'on ferait mieux d'appeler hygiène pour ne pas la commettre avec d'aussi pitoyables choses que le christianisme faisait dépendre son efficacité de la défaite du ressentiment : libérer l'âme du ressentiment, c'est le premier pas vers la guérison. « Ce n'est pas l'inimitié, mais l'amitié qui met un terme à l'inimitié » : voilà la première leçon du Bouddha ; ce n'est pas le langage de la morale, c'est celui de la physiologie. Le ressentiment né de la faiblesse n'est nuisible à nul plus qu'au faible ; dans les autres cas, chez les natures riches, c'est un sentiment superflu : on prouve presque sa richesse en le matant. (...) Dans mes périodes de décadence je me suis défendu ces sentiments comme nuisibles ; dès que la vie me revenait avec assez d'abondance et de fierté je me les interdisais comme inférieurs à moi. Le « fatalisme russe » dont je parlais intervenait chez moi pour m'obliger à me cramponner opiniâtrement à des situations, des endroits, des demeures, des compagnies presque insupportables, une fois qu'elles m'avaient été données par le hasard : c'était mieux que de les changer, que de les sentir modifiables, que de se révolter contre elles... J'en voulais à mort à cette époque à qui me dérangeait dans ce fatalisme, à qui m'arrachait de force à ce sommeil ; c'est qu'en effet il y avait toujours danger de mort. S'accepter soi-même comme un fatum, ne pas se vouloir « autrement », en pareil cas c'est la raison même.
(F.N. — EH 1§6)

Be water...
(B.L.)

continuiter, par goût

Court-circuiter le discontinu, le continuiter. (O.K.)

(J.-P.G.)(O.K.)
Le roman est un art du temps, (...) il peut opposer à la dispersion et à la fragmentation des expériences existentielles une expérience temporelle de recomposition et de liaison (...). Le roman qui m’intéresse comme lecteur et celui que je cherche à écrire (...) est une oeuvre contre le temps, il fabrique du continu contre le morcellement et la désintégration...
Ce roman est aussi une oeuvre avec le temps, il fait fond sur le dynamisme, l’énergie du mouvement temporel, il fabrique de l’allant, (...) [avec] une écriture commandée par le rythme, l’allant, un développement par reprises et symétries, une composition par échos et correspondances. J['aime] parler d’énergie, d’écriture du mouvement, de (...) la voix de la prose, qui est une énergie, impulsée par la syntaxe. (...)

Dans cette tension (...) entre le travail du discontinu qui désagrège et décompose et le travail du continu où s’exerce le désir d’une forme qui rassemble et qui tienne (...) il s’agit de faire affleurer (par l’écriture) les forces qui rendent la vie possible, ces forces de vie qui s’opposent en nous aux forces de mort (...)
[C'est] ce qui est en jeu, avec cette idée d’énergie[.](...) Je sens qu’il est (...) nécessaire de rechercher les liens qui nous unissent au monde, nous le rendent malgré tout accueillant, désirable ou admirable, plutôt que de cultiver exclusivement les motifs de litige avec lui, dans l’état d’esprit de « celui qui toujours nie »... Rechercher ces liens qui nous unissent au monde où nous sommes, ce n’est pas consentir béatement à l’état du monde tel qu’il est, (...) il s’agit (...) de transmettre de l’énergie dans le moment même où le monde représenté est représenté tel qu’il est, c’est-à-dire fort mal habitable (...). Le monde que représente Le Voyage au bout de la nuit ou [Remué] n’est pas un monde habitable, mais l’écriture de Céline ou de [Dominique A] dégage et transmet une énergie qui anime en nous le désir d’un monde plus habitable, où par là même les liens que nous pouvons tisser avec lui soient plus riches...

Une telle transmutation (...) c’est dans la langue qu’elle s’accomplit, (...) par ces liens vivants qui définissent une forme et qui peuvent seuls générer de l’énergie. (...) Le continu, dans la prose romanesque, c’est la liaison, le tressage, plus le mouvement, l’énergie, tout cet ensemble de choses qui travaille à fabriquer des liens, des liens vivants, et qui va de la syntaxe à la composition, de la transition et de l’enchaînement au réseau et à l’épaisseur, de l’allant du rythme au mouvement dynamique, de la coulée sonore à la voix.

Cette esthétique du continu dans le roman permettrait de ne pas confondre le roman avec le récit et ses mille avatars, elle permettrait aussi de penser que les exigences du romancier n’ont depuis longtemps plus rien à envier à celles du poète, qu’il serait heureux que les poètes en finissent avec leur implicite et archaïque conception hiérarchique des « genres » et cessent de s’imaginer que c’est à eux qu’est dévolue la charge de « l’essentiel »...

[D'autre part,] l’idée de « monologue » est à l’opposé de ce qui m’intéresse puisque justement je cherche à rendre sensible le fait que la parole intérieure est rarement tout à fait solitaire : elle est le plus souvent tissée de la parole d’autrui, elle se développe dans la reprise et l’assimilation constantes de la parole d’autrui, et de la parole qu’on a ou qu’on aurait pu, qu’on va ou qu’on pourrait adresser à autrui, si bien qu’elle est plutôt une polyphonie. Ce qui m’intéresse, c’est de représenter l’activité intérieure qui s’accomplit dans ce mélange complexe et hétérogène où se retrouvent des éléments verbalisés ou non : sensations évoquées, images mentales, souvenirs et anticipations, scénarios, bribes de paroles prononcées ou entendues, et bribes de paroles jamais prononcées mais que nous prononcerions si nous avions à parler - tout ce qui fait la « vie intérieure », tout ce qui nous relie à la trame du monde et nous y insère, et qui n’est en réalité qu’un magma incohérent. Une forme littéraire peut tenter non pas de mimer ce magma de l’activité intérieure, non pas de le montrer mais de le représenter, d’en donner un équivalent qui ne soit ni un décalque ni une reproduction : la parole silencieuse n’est pas l’activité mentale réelle que je viens d’évoquer, c’est la forme littéraire que peut prendre sa représentation. (...) Elle a beaucoup à voir avec le mouvement de la rêverie, sa souplesse, son allant, cette énergie qui la porte en avant, et sans qu’elle ait besoin d’être conclue par une solution, en quoi elle est aussi une quête. Elle tient enfin de la voix, de la sensation de présence de celui qui parle, de cette tension qui porte la voix.
(J.-P.G.)
cf. que ça continue
cf. (incon...) nu
cf. au fond, sollers, c'est moi